La
page
blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

14 - Denis Heudré

Le cri du froissement de journal



Le cri du froissement de journal


Un journal extime sur fond noir. Comme un journal pour recueillir tout le noir en moi. Chaque jour déverser un peu plus de noir dans l'obscurité ambiante. Et puis froisser la page et la jeter au vent, ne pas la retenir. Le noir aussi a le droit à sa liberté.


Froissements de journal, le noir chiffonné mais partagé. Des fois que mes errements pourraient intéresser quelqu'un, qu'à venir fouiller dans ses froissements on puisse les transformer en lumière. Des fois qu'une page blanche vienne à s'écrire...



7 juin 2022


et tout autour     une musique forte    avec des vrais morceaux     de mots dedans     et moi avec     les miens     en silence     en tête    en recherche     dans les replis de la langue     ses commissures     et l'effacement des artifices     ne pas rentrer dans la danse     juste tenter d'approcher     la nuée ardente     que l'on nomme inspiration



5 juin 2022


j'arrive des ronces     que j'ai semées en moi pendant toutes mes années     toute eau repliée     dans le paysage de mes émotions    les larmes     balayées     le désordre dans la bouche     en cris de chiffons     j’avais trouvé dans la distance     le meilleur point de vue     sur le petit monde     que je porte     en moi     au fond de quel vide     parviendrai-je à rebondir 


10 avril 2022


Hautacam

le silence de la hauteur 

la hauteur du silence 

et le vent qui chuchote


du sable du Sahara 

a sali la neige

les touristes partis

l'herbe fatiguée se repose 


*


jour

ciel bleu nu


et pourtant 

j'ai froid


de tant de détresses 

dans le monde


s'épuisent mes os




6 avril 2022


Ukraine encore et toujours


au dernier étage du pardon

un sous-sol bien noir

tapissé de vengeance


une mémoire gravée au burin


*


une demeure isolée dans les gravats

le piège du silence

après le départ de la horde


*


qui trouvera les mots

pour ce roman de courage

une fois la vague noire en allée 


Boutcha, rue des cadavres

la lecture d'une brûlure 

à jamais dans les mémoires



5 avril 2022


Ukraine encore


des humains comme des débris 

le mensonge des bouchers

tuer, torturer, violer, détruire 

atrocités toujours

le monde indigné


le printemps est là 

mais il neige encore des bombes




4 avril 2022


Boutcha boucherie

vaine indignation

devant ces corps


d'un côté le monde ému

devant ces morts innocents


de l'autre le mensonge

qui l'emp

orte encore




30 mars 2022


je pressens la révolte du jour

qui s'en va fâché

de si peu de lumière 

dans l'esprit des hommes


*


la libellule connaît bien

la lassitude des ruisseaux 

à survivre malgré tout


l'égarement des hommes


*


au jour des certitudes passées

se dire que l'on devient vieux


*


Bernard Chambaz :

"la poésie n'est pas faite

pour initiés

surtout pas

quels que soient les oiseaux qui y volent

elle s'adresse à tout le monde

à priori 

même si elle paraît ardue

mais tout le monde doit comprendre

qu'il faut être prêt à plonger dans le vide pour voler"


*


Sarajevo 

Alep

Marioupol


comment renaissent 

les villes exterminées 

sans les humains

qui ne pourront y renaître ?


*


chercher la méthode

le chemin vers

le chemin vrai


le on déshabillé de ses émotions 

de ses croyances

de ses préjugés 

égale un on objectif

pour sortir de la caverne des certitudes


ce que l'on dit = ce qui est 

véritable équation de la vérité 

mais si ce que l'on ne dit pas est ce qui est

est-il mentir ?

si ce que l'on dit est ce qui n'est pas

ou pas tout à fait

est-il mentir ou inventer ?



28 mars 2022


émerveillement matinal

tombé dans le piège de la lampe

qui se prend pour la lumière du jour 

y traquer le poème 


*


toujours cette ornière de la religion 

ses œillères si solidement ajustées


en Russie un patriarche qui prône la guerre

contre les "forces du mal"

contre "l'occident décadent"


à souffler sur les braises des prières

des pauvres croyants qui n'aspirent qu'à la paix


*


Poutine aurait-il lu Arendt ?


"Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n'est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien (...). Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d'agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez".


A moins qu'il n'ait lu cette citation sur internet ? Quand internet donne de mauvaises idées aux esprits pervers...



26 mars 2022


"Je n'ai pas mal, je suis mal"

A mi-chemin dans son marathon des chimios. Le corps très amaigri. Le regard si las, rêveur devant son pêcher en fleurs. Au bord de l'adieu. Le pas lent. La lumière éclipsée par le mal. La voix affaiblie, les mots qui ne sortent pas. Même son sourire n'est pas joyeux. Et puis préférer s'asseoir et prendre son visage entre ses mains. Et se perdre dans des pensées tristes. Et nous de nous battre contre les pressentiments. 


*


Le mal d'un ami ne doit pas faire oublier le mal d'un peuple...


Bernard Chambaz :

"Si par définition il n'y a pas de mot pour dire l'indicible, il peut en être (des mots) pour en approcher. Sinon nous n'écririons pas.

Quoiqu'il en soit, aucun tourment n'aura son équivalent en mots. Dès lors, autant penser la poésie comme raid dans l'inarticulé, route France avec les moyens du bord, expédition dans des territoires déserts où le poème tente d'articuler (ou rejointer) quelques mots ensemble.

Alors le moindre mot peut devenir rayonnant c'est-à-dire émettre un rayonnement parfois fossile comme les astres déjà morts dont la lumière nous parvient seulement qui s'étend au vers ou à la phrase.


*


Pourquoi écrire tout ça le malheur des autres la misère humaine la guerre si détestable recopier les mots des autres pour dire l'indicible la souffrance que cela peut m'infliger de faiblesse de lâcheté à ne pas me battre contre tout ce noir ce goudron qui me colle aux pieds cette envie de plus voir de fermer les yeux sur mon petit bonheur impassible j'écris des mots que je regrette que je froisse avant de les jeter très haut à tous les vents pour qu'ils ne me reviennent pas parfois cela fait poème parfois non ça se bouscule se télescope les mots en tous sens non triés juste expectorés vomis j'ai mal aux mots quand ils sont impuissants contre la guerre contre le cancer d'un ami mes mots me font mal et m'empêchent d'avancer caillou à jamais dans ma chaussure il y a pourtant le ciel il y a pourtant les arbres même le chant du rouge-gorge ne réussit pas à me distraire de ces moments tachés de noir





25 mars 2022


Svetlana TRAGOCKAYA, poète russe (biographie ici 

https://avoska-gazeta.ru/news/08-12-2021-17-20-43-vyazemskoy-poetesse-svetlane-tragockoy-ispolnilos-75-let.html) que j'ai connue grâce à un concours de citations, m'a envoyé ce poème de Leonid Kisselev, poète ukrainien 


Un poète ne peut pas mourir

À l'hôpital ou à la maison au lit.

Et même dans le Caucase, au duel

Un poète ne peut pas mourir.


Un poète ne peut pas mourir

Dans un camp de concentration,

en prison faisant écho à la peur grondant,

Et même dans les convulsions collantes du billot

Un poète ne peut pas mourir.


Les poètes meurent dans les cieux

Leur haute chair ne connaît pas la pourriture.

Comme étoile filante, un signe de feu

Les poètes meurent dans les cieux...



Je lui répond en écho :


dans les décombres 

des villes d'Ukraine

sous les gravats

des immeubles effondrés 

sous les bombes

parmi les milliers de morts

Il y a peut-être des poètes


un poète ukrainien peut mourir

et avec lui les mots

qu'il vient d'écrire 

à son amour

à son pays 

à ce printemps sanglant

à défendre sa liberté


dans les colonnes de blindés

dans les avions

russes en guerre

partout en Ukraine

il y a aussi

des milliers de morts

Il y a peut-être des poètes


un poète russe peut mourir

et avec lui les mots

qu'il vient d'écrire 

à son amour

à son pays 

à ce printemps sanglant

à défendre on ne sait qui.


*


une clarté

survivra au fond du puit


un espoir 

sortira de ce sombre tunnel


*


Cet hommage de Xavier Grall à Georges Perros :


"Nous étions de ces frères pudiques

Qui ne sont graves

Que dans les lettres et les cartes postales

Je l'aimais bien

Il m'aimait bien 

Ça suffit"


Me fait penser que je n'ai point de frère ou de soeur pas plus en poésie que dans ma famille. A m'éloigner de tout groupe, à me méfier de toute association, je suis plus proche du vieux chêne au milieu de son champ que de mes congénères.




24 mars 2022


cette histoire brûlante 

sous les bombes et sous le sang

ce massacre aveugle 

et le monde qui s'émeut 


cette histoire s'endormira 

après quelques générations 

à moins que les images

continuent de brûler les écrans


*


terriens

terrés en sous-sol 

dans la terreur des bombes


terre est devenue folie


*


pense à la ville martyrisée 

à la ville courageuse

droite et fière face à l'ennemi 

à la ville piégée, assiégée, bombardée

à la ville souffrante, implorante 

à la ville en sang, en larmes et gravats


pense à elle et ne l'oublie pas


pense à tous ces morts

par la folie d'un homme



23 mars 2022


pelouse à tondre

jardin à bêcher 

dos à casser


*


Fatigué après ce travail au jardin, je m'assoupis avec ces mots d'Ezra Pound :

"Chaque lecteur devrait être un homme intensément vivant, et le livre, une sphère de lumière entre ses mains." 


et ce début de poème de T.S.Eliot :

"Nous sommes les hommes creux

Les hommes empaillés

Cherchant appui ensemble

La caboche pleine de bourre"


Et je me dis que bien que sympathisant avec les fascistes, ces auteurs de la Lost Generation méritent d'être lu.



22 mars 2022


c'est le printemps 

une guerre au loin


ici la destruction 

de la grande maison de l'ancien maire


là-bas des immeubles détruits 

ici des immeubles à construire


destruction construction 

le rythme des saisons 


c'est le printemps 

la fin d'un passé



20 mars 2022


J’atteste qu’il n’y a d’être humain

que celui dont le cœur tremble d’amour 

pour tous ses frères en humanité


Celui qui désire ardemment

plus pour eux que pour lui-même

liberté, paix, dignité


celui qui considère la Vie

est encore plus sacré

que ses croyances et ses divinités


J’atteste qu’il n’y a d’être humain

que Celui qui combat sans relâche

la Haine en lui et autour de lui


Celui qui,

dès qu’il ouvre les yeux le matin,

se pose la question :

Que vais-je faire aujourd’hui

pour ne pas perdre ma qualité et ma fierté 

d’être homme ?


Abdellatif LAÂBI,

Je rêve le monde, assis sur un vieux crocodile, Editions Rue du monde




17 mars 2022


Je vois l'eau qui défile lentement comme l'âge vers son estuaire mortuaire. Je vois que les problèmes demeurent les mêmes. La confiance, la bienveillance, la solidarité ne sont toujours acquises, ni plus ni moins. Qu'il faut des formations, des séminaires pour apprendre à écouter, respecter, prêter attention à l'autre. Apprendre et toujours réapprendre le bon sens du cœur.


*


Loin de toi, je repense à mon non-enterrement tout près de la petite chapelle de Notre-Dame des Flots. Mes cendres répandues dans les buissons d'épines au bord du sentier. Avec vue sur la mer de ma chère Côte d'Emeraude. Un lieu de joie et de légèreté à offrir à mes enfants à la place des corvées du cimetière.


Je veux qu'ils se souviennent des bons moments, qu'ils profitent des belles journées à chaque saison pour venir ici. Ce très bel endroit que j'ai élu comme terre mortuaire à défaut d'avoir été ma terre natale. Je veux avoir autour de moi que des lapins, des hérissons et des oiseaux. Des chiens viendront sans doute y lever la patte et ainsi j'appartiendrai à leur territoire. Je veux qu'ils vieillissent sans le poids de cette lourde pierre devant eux. Je ne veux pas devenir une pierre. Je veux leur promettre la légèreté d'un vol de goéland. Je veux me plonger dans l'immortalité du lieu. Je ne serai plus là pour leur tenir la main mais ne veux surtout pas leur tenir l'esprit, juste une présence légère auprès de la chapelle blanche.


Ils reliront peut-être mes poèmes, ou pas. Ils auront leur vie. Je n'y serai plus. J'espère que je les aurai rendu heureux.





16 mars 2022


poussière du Sahara

plus légère qu'un pas de merle


mais qui sait sa colère 

d'abandonner son territoire ?


posée délicatement

sur nos villes et nos bronches


le mariage de la légèreté 

et d'une fin annoncée


*


Je doute d'avoir de quelconques certitudes et suis certain de mes doutes.




15 mars 2022


mon terrain de jeu

entre jachères et pépiements


jachères de mon esprit

à la recherche de mots enfouis

recouverts par les ronces du quotidien 


pépiements de passereaux

à tenter de déchiffrer 

pour en écrire le poème 




14 mars 2022


les masques ôtés 

visages retrouvés


changés un peu

par deux années soucieuses 


*


"Quand l'ignorance devient la norme, la vérité quant à elle devient un péché."

Kateb Yacine



13 mars 2022


"Ces mots que tu graves

sur la feuille 

ils naissent des lèvres 

de la blessure"


ici Charles Juliet parle au tu de lui-même. Un tu aux accents graves. Un tu de souffrance. Un tu à ne plus taire. 

Un tu "pour plus de lumière "


*


& des hommes qui pleurent

& des femmes résignées 

& des enfants qui garderont en eux


la mémoire des caves noires

et de leurs jouets perdus

laissés dans les ruines de la blessure 

dans les gravats du désespoir 


*


La guerre est (malheureusement) un sport traditionnel. Mais la tradition n'est qu'un tunnel noir vers le passé. L'espoir n'est que dans le chemin inverse porté par la lumière d'une sortie.



que pense le merle du retour des pâquerettes ?




12 mars 2022


Balade au soleil printanier pour penser à l'ami malade plutôt qu'a la guerre. Les fleurs adoucissent les pensées. Mais on le sait luttant en silence contre ce mal cruel entre doutes et douleurs. La peur de s'engager dans la voie du cesser-d'être. 




11 mars 2022


Il a fallu allumer la lampe. La pluie a dérobé toute la lumière. Le vent la jette sur les vitres. Moment Einaudi-Bobin. Le livre et la musique pour dire l'en-dehors qui pleut. L'en-dedans de l'émotion. L'à-travers de la mélancolie. Bobin explore l'outrenoir de Soulages. Je voudrais fouiller dans cette pluie pour y chercher un rapport avec la mélancolie. La pluie n'œuvre qu'à l'arrêt du temps. Elle a déjà fixé les limites du paysage. Chacun stoppe son pas, retourne à l'intérieur de ses états d'âme pour laisser passer l'averse des larmes contenues dans les notes de musique. La pluie nous ramène à notre juste dimension : n'être rien. Ne pas être en mesure de stopper ou accélérer cette giboulée. N'être rien qu'un humain à trop réfléchir. Là-bas la guerre déverse sa boue plus sale encore que toutes les boues. Un noir sali par la folie des hommes. Et moi je voudrais bavarder avec la pluie. 


Quel peintre pour la pluie ? Quel peintre pour le transparent ? Quel musicien pour interpréter la pluie sur la vitre ? 


*


J'ai fini ma journée. Une journée ne peut se finir sans quelques mots écrits. Une journée ne peut pousser sans quelques poèmes semés la veille.





10 mars 2022


Les portes ne tiennent plus debout. Des pas hésitant traversent des portes qui ne tiennent plus debout. Des portes hésitent à s'effondrer sur les passants qui tiennent encore le coup. Les portes ne portent plus rien, même pas la lumière du jour. Ni même le son des cris et des pleurs.


Les fenêtres n'ont pas tenu le coup de feu. La lumière hésite encore. Son pas tiendra-t-il dans la folie des nuages ? Les fenêtres sont aveugles et pourtant voient bien le malheur entrer dans la ville.


Les murs ont délaissé les portes, les fenêtres. Ont délaissé le pas des vivants fuyant. Les murs aussi sont des victimes. Les murs en viennent à détester leur destin et même devenus gravats continuent à plaindre les survivants et à s'excuser d'ensevelir des corps.




9 mars 2022


"De quoi souffres-tu ?

De l'irréel intact dans le réel dévasté."

René Char in Le Nu Perdu, 1971



8 mars 2022


je regarde des images

des images sans le son

des images du chaos


des larmes coulent sur des gravats

et les gravats recouvrent les larmes


je ne vois pas la mort c'est pire 

je la ressens 

comme si j'étais sur place


dans l'agonie d'un espoir qui meurt

je ne vois que de l'encre noire 

versée dans les mémoires 




7 mars 2022


marie-pierre et sa météo 

annonçant bise de nord-est


comment un mot est-il si froid

si chaleureux en même temps 


*


qu'elles nous font mal en ce moment 

les nouvelles qui viennent d'est


*


deux hommes fâchés aux cent mots

vérité absolue des causes 

du mal insupportable


liberté écrasée au pied


*


ici les immeubles 

tiennent encore debout 




6 mars 2022


j’observe 

j’essaye de comprendre

ce futur 

que tracent les oiseaux

dans un ciel aussi chargé


*


voir des bombes

dans le gui des arbres


mon pas dérangé

par des images lointaines


*


la folie d'un seul homme 

de quelle secrète enfance 

a-t-il souffert ?


alors le bien prédit

s'est abattu 

sur un pays martyr 


*


la survie

n'est pas vivre au-dessus 

ni vivre mieux


la survie

cette forme de 

sous-vie


*


deux peuples frères 

des relations reniées


tout un héritage 

jeté à terre


*


ce soir pour m'endormir 

j'attendrai ta main


ton corps contre le mien

pour garder confiance 


sans rien te dire

de tout ce noir




5 Mars 2022


on n'imagine pas 

les ruses d'une étoile 

pour me parler de toi

trois vers de six 


*


depuis des années 

tes lèvres aux éclats riant

pour tout univers

t'embrasser dans le haïku


*


vieillir se désaccorder 

les chutes et rebonds 

de Jacques Roubaud

me prouvent que non


*


encore ce soir

le crépuscule se dérobe

derrière la guerre



3 mars 2022


Le sang ne fait pas un bon engrais pour la terre. Elle se gorge alors de ressentiments qui activent la poussée des adventices de vengeance et de haine.


*


Il y a la guerre, il y a la pluie. Il y a des larmes à la télé. Il y a Cat Power, May be not. Il y a la playlist Tristessances. Il y a la vie qui défile. Il y a l'âge qui envahit le corps. Il y a tout ça en moi. Tout ce dégoût des hommes qui placent l'argent et leur fierté au-dessus de l'humain et que j'essaye de combattre avec des mots, des rêves, les Océans d'Yves Simon.




28 février 2022


Plus rien ne tourne rond. Peut-être la planète Terre et encore, jusqu'à quand ? On a beau faire le tour de l'actualité, rien ne va bien. La guerre en Ukraine, une campagne électorale médiocre, une gauche encore plus médiocre, une droite pas mieux, l'extrême droite qui avance, le climat dont tout le monde se fiche, les prix qui augmentent, etc. 

A quand l'occupation des rond-points pour dire STOP à la connerie ? Pour dire Place à la bienveillance. Intelligence, amour et paix. Hippie, hip hip hip hourra ! De la rondeur que diable dans les relations ! Si toutes les bonnes volontés voulaient bien cesser de serrer la main des semeurs de haine.




27 février 2022


Refuser de vieillir. Se croire plus fort que le temps alors qu'il est en train d'aiguiser sa lame. Se donner l'illusion que l'on reste jeune. Tous ces insurgés de l'âge qui s'habillent comme des jeunes me font pitié. Bien sûr mal vieillir et mourir font peur mais refuser le destin n'y changera rien. Refuser de vieillir ou se voiler la face pour ne pas voir la réalité en face. Refuser le combat. Fuir.




26 février 2022


Les vieux de ma jeunesse étaient toujours riches de pleins d'histoires. Ils avaient souffert, connu des guerres, des drames, eu des enfances difficiles, avaient fait les quatre cents coups. Ils avaient exercé des métiers pénibles, certains à la mine, d'autres en usine, d'autre encore à cultiver la terre, à arpenter l'océan. Ils étaient ridés et leurs mains auraient pu parler pour eux de leur passé de travail. 


Ils racontaient des histoires de combats, de lutte, d'aventures, de douleurs, de peines ou des petits plaisirs dont ils se satisfaisaient faute de mieux. Ils n'hésitaient pas à formuler des conseils pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Parfois, ils prenaient un air sérieux pour nous conter les légendes qu'eux-mêmes avaient entendu dans leur enfance. Ils avaient appris à tout faire. Ils savaient jardiner, bricoler, réparer, construire. Et tout cela avec jugeote et bon sens.


Nous les écoutions, satisfaits de n'avoir pas à vivre de telles difficultés. Leur courage nous impressionnait. L'aurions-nous été autant à leur époque ? 


D'autres plus gâtés par la vie avaient travaillé dans des bureaux, avaient profité de leur argent pour s'aventurer dans des pays lointains où peu de voyageurs avaient mis les pieds. Ils avaient connu des gens célèbres, avaient lus des livres aux histoires extraordinaires, certains en avaient même écrits. Ils avaient vu des spectacles dont ils parleront longtemps à leurs petits enfants. Eux aussi savaient raconter. Ils avaient pu profiter du progrès en pouvant se payer les derniers appareils et matériels dès leur sortie.


Serons-nous à la hauteur de ces anciens ? Aurons-nous assez vécu de moments difficiles pour être en mesure d'apporter des conseils à nos petits enfants ? Ces générations futures n'auront peut-être pas la même vie facile comme nous. Oserons-nous leur dépeindre notre bonheur de vivre en paix, sans véritable drame, avec des joies de voyages, de spectacles, de restaurants ? Donnerons-nous envie à nos petits enfants de rester à nous écouter ? Qu'aurons-nous comme légendes à leur conter ? Aurons-nous assez vécu ?




25 février 2022


Je regarde l'heure. J'ai beau la regarder bien en face, je lui trouve un air fuyant, comme si elle avait quelque chose à se reprocher. Je ne parviens pas à bien capter l'expression de son regard toujours en mouvement, tout comme ces gens peu sûrs d'eux et complexés. Alors que ce n'est certainement pas le cas, l'heure est plutôt du genre à s'affirmer et à se sentir supérieure. N'est-ce pas elle qui fait se lever des millions de personnes le matin pour aller au travail ? Même si c'est en renaclant, tout le monde obéit et sort de son lit. 


Je regarde l'heure. Je ne lui fais pas confiance. Elle veut toujours imposer son pas. Avec elle il faudrait toujours aller de l'avant, jamais s'arrêter ni même reculer. Trop rigide pour accepter le dialogue.

Je regarde le temps. Pourtant au beau fixe. Lui aussi me parait fragile. Il n'avance pas aussi franchement que je le souhaiterais. Je ne suis pas certain de pouvoir compter sur lui.


Je regarde l'heure. J'ai peur qu'elle m'échappe. Que, fuyante, elle me glisse entre les doigts. Je regarde l'heure et j'attends. J'attends l'heure mais je sais qu'elle ne m'attendra pas.




24 février 2022


Les mots ont perdu. Les mots n'ont plus aucune valeur. L'argent impose sa loi au mépris des valeurs humaines. La manipulation de l'information de totale mauvaise fois est à l'œuvre en Russie. Les premiers sangs coulent déjà sur les mains du président dictateur général. La guerre, la défaite de l'intelligence. La victoire de l'instinct primaire de l'homme.


*


Je préfère aller marcher. Le ciel d'ici est bleu avec quelques nuages mais aucun missile en vue. La nature est le repos et le répit que je souhaite. L'air frais voire froid, huit degrés avec un ressenti de six à cause du vent de noroit, n'empêche pas les rouges-gorges de s'en donner à cœur joie, je devrais plutôt écrire à "chœur joie", pour chanter dans les arbres du parc du Chêne Joli. Pour peu je me verrais bien chanter avec eux pour faire sortir tout ça. Cette angoisse de vivre sur la même terre que ces cons.




23 février 2022


J'ai froid à mes idéaux 


*


La poésie évoque, invoque, convoque facilement, il lui reste à provoquer, combattre et survivre.




22 février 2022


Les vieux artistes vivent dans les mots. Ils continuent de créer avec de l'encre, de la peinture, de l'argile ou de la ferraille, du bois de la pierre, un piano, une guitare. Ils continuent de créer des objets avec les mots qu'ils ont dans la tête. Ils survivent par les mots qui les entourent. Dans leur maison, la lumière entre timidement, sans faire de bruit, sans vouloir déranger. Les étagères sont remplies d'ouvrages de littérature, d'histoire, d'art, de correspondances, de souvenirs. Aux murs des affiches, des gravures, des photographies encadrées, des souvenirs, leur oeuvre. Par terre, en désordre, quelques ébauches dans des cartons à dessin, des revues. Le désordre est leur compagnon dans la création. Toujours déranger les idées. Ne pas classer, se faire télescoper les étiquettes, ne s'interdire aucun accident. 


Ils se lèvent tôt pour créer ce qu'ils ont imaginé dans leurs insomnies. La nuit ils sont libres de se lever pour admirer la lune. Les projets les maintiennent en éveil. C'est cela qui les fait tenir dans un monde qu'ils ne parviennent plus toujours à comprendre. L'important pour eux est de ne plus avoir à connaître la guerre et conserver leur petite santé. Un chat traîne certainement sa nonchalance autour du canapé. Les livres sont partout. La télévision est éteinte, elle n'est que rarement allumée. Ils préfèrent s'informer par leur journal auquel ils sont abonnés depuis cinquante ans. La nature en pleine ville ou à ses abords leur offre un meilleur spectacle propice à la création. Une mésange viendra-t-elle se poser sur l'épaule de l'homme qu'il redeviendra petit enfant avec ses crayons de couleurs. 


Ils ont eu une vie difficile mais ne s'en plaignent pas. N'ont jamais eu d'enfants. Elle n'a aucun regret, considère terrifiant le destin humain. L'ombre est un moteur dans leur travail. L'encre noire vient éclairer leurs mots et dessins blessés. Tout leur esprit est tourné vers le futur. Créer toujours et encore, peut-être même plus. L'escalier pentu qui mène au grenier-atelier ne les rebute pas. La montée et la descente sont prudentes, la rampe fermement tenue. Pris par le temps qui leur échappe, ils baignent dans une frénésie de tentatives d'exploration d'espaces inconnus, de nouvelles pistes à défricher en eux. Ils ne craignent pas d'affronter l'ombre qui hante leur vie depuis la guerre. Ils la transforment en créatures oniriques ou bien en entrelacs de branchages entravant la vision.


L'art et la tendresse, la promesse d'une longue vie ?





19 février 2022


Des mots j'en connais. Des mots des noms j'en ai pleins. Des que j'ai appris de la bouche de mes parents. Des que j'ai retenus par cœur à l'école. Des que j'ai découverts dans le dictionnaire. Des que j'ai devinés dans les mots croisés. Des qui viennent d'autres pays. Des qui ont été prononcés à la télévision ou bien chantés à la radio ou bien écrits dans les journaux. Des que j'ai lus. J'en ai pleins qui viennent de livres. D'autres de l'internet. Des qui ont été joués au cinéma, déclamés au théâtre. Des qui ont été tagués sur les murs. D'autres sur des affiches déchirées ou des panneaux lumineux. Des mots sanglots longs, des mots fureur et mystère, des mots qui nourrissent et qui apaisent... Des mots tordus et des mots doux. 


Des mots des noms j'en connais pleins. J'en ai même façonné. Des mots, des noms, nom de nom que oui j'en connais. Mon cerveau est rempli de mots. On ne se débarrasse pas des mots comme ça. Les mots sont collants. Ils s'accrochent à nous autant qu'on s'agrippe à eux. Les mots font des titres, des slogans, des manifestes, des courriers, des plaquettes de communication. On les pétrit, on les malmène, on les recycle, on leur fait dire le contraire de ce qu'ils pensent. On exploite leurs faiblesses pour leur faire dire n'importe quoi. Il y a même des mots qui ne disent rien d'autre que des mensonges. Les mots ne sont pas francs. Écrire c'est domestiquer leur fourberie. 

Des mots j'en connais, j'en étale un peu partout. J'en perds souvent dans le désordre de mon esprit. J'en sème à tous vents sur les réseaux. Poèmes-bouteille dans l'espace pour les visiteurs du futur. Les mots ne seront sans doute plus les mêmes. La poésie sera-t-elle toujours poésie ?


*


Je cherche en rond. Je cherche profond. Je recherche dans mes idées celles qui pourraient s'aligner en poème. J'explore, j'exploite. J'active mes neurones à expliquer le monde détraqué en moi. J'avance en cherchant. Je triture et torture les mots. J'arrange, dérange, rerange, ordonne, desordonne, coupe et colle. Je les fais tourner en rond, à toute vitesse, comptant sur la force centrifuge, pour en extraire l'essence. 




10 février 2022


Que les vents soient sincères ou non ils portent en eux l'extrême souffrance d'être invisibles.


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Février et ses bouquets de vents se jouant des goélands, s'en prenant jusqu'aux pierres. Février et la pluie qui s'implique dans le parfum de la terre. Février et dans son combat contre la mer le vent n'aura pas triché.


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Un jour les hirondelles se fâcheront contre notre incapacité à ne pas polluer et iront voir ailleurs.




7 Février 2022


On découvre assez tôt l'esprit de compétition, la loi du plus fort, mais où apprendre la loi du plus bienveillant (un concept qui n'existe même pas), les sentiments d'empathie, d'amitié et de solidarité ?


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Qu'il en soit pour le soleil comme il en est pour tous ces noms qu'on grave sur la pierre mortuaire immortelle, qu'il demeure en nous plus qu'un souvenir, une énergie.




2 Février 2022


Quelques poèmes rétro-éclairés sur des petites tablettes qui servent aussi à s'informer sur le temps qu'il fera ici ou là, sur l'actualité des faits divers, de la politique et des faits divers de la politique, des petites phrases pour de grandes causes, des résultats de l'équipe de sports divers d'ici où là, des chiffres sévères de l'économie (la trinité infernale croissance - inflation - chômage), s'informer du monde qui va mal mais pas du voisin en mauvaise forme.



31 janvier 2022


La tourterelle sur la branche nue éternise son chant à trois syllabes. Est-ce appel, plainte ou prière

entendu en haut du cerisier ? Il y a bien longtemps que les dieux écoutent les oiseaux et déchirent toutes les prières qui lui parviennent des hommes.


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Retrouver cette joie de silence avec les mots qui coulent aisément au bout des doigts. J'aimerais que ne finisse jamais ce temps du plaisir à s'émouvoir d'un poème en construction.




29 janvier 2022



Je n'ai jamais rien compris aux mathématiques alors justement écrire un poème avec la théorie des grands ensembles bien ordonnés, un argument diagonal, des segments emboîtés, l'hypothèse généralisée du continu, la théorie des langages formels, congruentiels, des corps communatifs et des polynômes cyclotomiques... et tout çà pour ne rien dire... ou peut-être juste faire comprendre que les nombres ne sont pas ennemis des mots.


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aucun vent

les nuages sont chez eux


installés confortablement 


à nous observer 

se mettront-ils en colère ?




26 janvier 2022


être là figé

à consumer des poèmes 


comme l'encens 


autour du cercueil

de mon inspiration 


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Prose avec rien d'ex dedans


A force de trituration les images deviennent des mots. L'effort est de plus en plus difficile. Les voitures qui passent ne font que me distraire. Elles passent et moi je les fais repasser pour distraire mes mots, soustraire mes pensées aux us quotidiens. Il me faut écrire ce besoin vital de rédiger des phrases insensées pour des lecteurs inexistants. C'est dans l'ardent de la fièvre que les mots trouvent un sens. Alors continuer à faire le tri dans mes tribulations trituratoires. Les voitures passent et ne me sont d'aucun transport.


Parfois j'attends. Parfois longtemps. J'attends l'heure où les images disparaissent en moi pour mieux les voir rejoindre la partie oubliée de mon enfance. L'enfance, cette seule piscine où j'aime à replonger. Rien d'extraordinaire là-dedans. Rien d'extra non plus. Les mots raccourcis s'amaigrissent de leur sens. On voudrait tout diminuer, tout résumer. Aller plus vite. Rien d'ex là-dedans. Rien d'ex dans ces mots qui ne viennent pas. Encore une enfance qui n'est pas au rendez-vous.




25 janvier 2022


quelques corbeaux 

leur vol autour

désormais fulgurance


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devant le soir

la pierre seule

sait parler du silence 



20 janvier 2022


Écrire pour attraper le monde par le col et le pousser fermement à ouvrir les yeux sur les dangers tapis dans les recoins du présent et prêts à jaillir.


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Écrire n'est jamais qu'une tentative de transhumance vers les mondes inconnus à découvrir en soi-même.


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Dans nos messageries, gavées de cordialement et d'amicalement, se perd la vérité d'un vrai dialogue avec les yeux comme juge de paix.




16 janvier 2022


Depuis hier la brume recouvre le paysage et masque l'église. D'ici, elle ne trône plus au milieu du village. Ce repére disparu, j'aime savoir cette direction ainsi cachée. Liberté de ne pas se laisser emmener vers la religion. Retour de la croyance à sa place : dans le brouillard, alors que la science elle mène à la lumière.


Toutes ces brumes ne donnent pas forcément le moral. Alors je me rapproche du peintre japonais Kawaï Gyokudo et ses paysages de montagnes sur soie. Chez les chinois, j'ai une tendresse particulières pour les pies de Xu Beihong (symboles du Yin et Yang) sur des branches de pruniers fleuries, plus que ses chevaux galopant qui pourtant ont fait sa célébrité. 


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L. amaigri    L. triste   L. faible   L. dans ses pensées    lumière luxe absent dans son regard   rythmique hebdomadaire (traitement traitement pause traitement)    ne pas y échapper    pas éviter   et vitae    et vital   chimio  

quel pas pour empr(einte)unter le chemin escarpé de la guérison      guère d'espoir     sinon guerre contre soi      contre le corps encore souffrant      prendre les mots amis pour argent comptant    ou pas(mais quel pas?)  gaiement rire     guérir quérir       le moindre espoir dans l'étincelle d'un œil ami     courir après ce qu'on nomme destin




15 janvier 2022


Je m'efforce d'écrire des mots (les miens et d'autres). Mais une fois écrits, ils ont du mal à s'agencer, à s'organiser autour d'un thème unique. C'est comme si je n'osais pas, de peur de les affaiblir en les regroupant. Enregistrés ces mots me fuient, m'échappent, me débordent. Je ne parviens plus à dominer mon propos. Je ne trouve pas l'équilibre entre chaque poème, mais pas plus le déséquilibre qui en ferait un ouvrage à multiples entrées.




14 janvier 2022


Je me souviens l'avoir vue chez Pivot. Elle avait mon âge dix-huit ans. Et déjà publié un recueil de poèmes aux éditions JC Lattes. Sous son charme, j'ai acheté ce livre Premiers Instants et suis tombé sur une poésie moderne, inventive. Des mots que je n'avais pas l'habitude de lire. J'ai compris que c'était comme ça que je voulais écrire. Quelques temps plus tard je lui ai même écrit chez son éditeur pour lui dire que j'avais aimé ses mots. Elle m'a répondu en m'envoyant son second recueil A l'envers des jours. Elle s'appelait Perrine Bize. Et c'était mes premiers instants de poésie, ma période romantique.


Quelques années plus tard, grâce à internet, j'ai découvert qui elle était vraiment. Une héritière de la famille Bize-Leroy, bien connue en Bourgogne, propriétaire du domaine de Romanée-Conti. Je me suis interrogé, comment une jeune femme promise à un avenir si doré pouvait-elle écrire de cette façon si sensible ? Et je m'interroge toujours, continue-t-elle d'écrire ? A-t-elle un peu de temps pour sortir de ses affaires pour lire des poètes ? Pour ses lectures, doit-elle se contenter des livres de comptes ? Avec sa fortune, n'a-t-elle pas perdu sa capacité à s'émouvoir de "l'éclat des mots mots / en longs traits d'aube" et du "petit matin / flou de brouillard / et de sommeil" ? Ne regrette-t-elle pas de n'avoir pas continué à publier ses poèmes ?


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Juste en levant les yeux être avec son corps à soi, son être propre, ressentir le silence des sangs, l'essentiel




6 janvier 2022


Des mots en étincelles pour étouffer les cendres de la mélancolie. Il fait soleil et les mots m'arrivent en nuages. Je maudis cette encre grise qui se déverse en moi. Le cancer, la mort, qui nous entourent, y a-t-il un passe pour en réchapper ? 


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Je veux une solitude entourée. Être seul dans la compagnie humaine. Seul avec. Avec les autres et avec moi-même et mes idées saugrenues qu'il m'arrive de transformer en poèmes. Une solitude partagée avec les mots mais pas que. Il me faut de l'humain pour me nourrir. Anthropophagie non, paroles ou pensées échangées oui. Regards muets, coups de gueule ou rires tonitruants. Et l'amour bien sûr. Tout ça source de mots dans la chaudière du poème. Sans carburant le moteur s'éteint. 


Laura Vasquez évoque la poésie comme une forme de chimie, en ajoutant une "substance en contact avec telle autre". Moi je la vois plutôt comme une mécanique, quasi horlogère avec ses rouages, ses accélérations, ses détours, ses pannes aussi parfois. La solitude est l'un de ces rouages.


La solitude, dans la mécanique du poème. 




3 janvier 2022


Retour au fondamentaux, à la base. Le pied, le socle, le lien à la terre. Le pied aussi, le rythme du pas, le pied du vers de poésie. Mes pieds ne sont pas assez puissants. Pieds d'argile et même pas colosse. Pieds trop fins, même pas capables de danser. Pieds mal-tombants. Instables, mal-assurant. Faisant s'écrouler tout ce corps poétique qui prend forme en mes cellules. 


Cette poésie chevillée en moi, fixée solidement à ma colonne vertébrale, mérite un socle plus robuste. Muscler tout cela, assouplir les attaches. Revenir à mes bases pour me grandir.