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AUTEUR-E-S

18 - Tristan Felix

Extraits inédits d'Augures

Extraits inédits d’Augures


Tristan Felix 

http://www.tristanfelix.fr/spip.php?rubrique2 



face

l’empreinte acéphale d’un lézard

pile

la crête d’un roi

l’Idiot retrouvera une écaille de sa tête

entre ses doigts frotteurs d’écus

il en mourra de rire jusqu’à

retrouver son royaume peut-être

*

entre ses esgourdes brûlantes

sa tête cogne à sa carcasse

une remorque de phrases d’abattoir

qui dès l’éveil sonnent à cloche-fêlée

un âne blanc, hi ! la carriole pleine de têtes, han !

traverse la place à grand fracas

« cherche poète à main nue

pour taire un peu tout ça ! »

*

ouvert aux vertes vapeurs

le ventre des truies

les troncs en prière sur leur fente

la fuite d’une jument dans l’écume des morts

les averses sont venues décoller

les papiers peints des baraques flottantes

il est temps de partir

tout est prêt

*

la gueule du silence

taille son bec de lièvre

à percer la peau des sons inutiles

l’ouïe féroce et vivante

s’opercule

jouira-t-elle plus tard d’échos

remontés des os creux ?

*

se pourrait-il que les crapauds songent

à notre place ?

l’étang macère un chant du bout des herbes

un chant pur

plus qu’insensé

plus qu’un baiser

les cervelles des crapauds sont en cristal

on y voit au travers

*

ils battent leur mesure

échoués sur ce banc d’hiver

six vieux tout en doigts gourds

en douze étoiles autour de leurs genoux

ils ont bien le choix, tiens

serrer la goule du soir violet

manger froid la cire des offices

ou caresser les faux seins de la vierge

*

la rose (haïku de mauvais augure)

depuis Ronsard

aspermée plus qu’éclose en sa fin

fourrée d’ail au cul

par séries cadavérifiées

qui l’ose encore

est enfant

*

à te multiplier tu sors

imprudemment de l’invisible

tu t’agrippes à toi-même

tu comptes les cheveux

d’anges nés morts

dans la crinière de ton apocalypse

sous tes sabots vibre un fil tendu

mais à frotter contre la dent des cailloux

il rompt le partage des voix

tu croyais qu’elles te reconnaîtraient

*

Finbar des ondées a creusé

ongles en sang

sa fosse en travers de l’île

assis au bord il attend

la pluie qui ne vient pas

il faudrait la prier

freux chiens errants pies

attendent l’air de rien

en s’épouillant le ventre

il voudrait se laver

il voudrait se baigner

avant d’être mangé

*

le sel en cercle versé

improvise sa lumière

incorpore aux songes sa candeur

chaque cristal dépouille

la mort de sa douceur

le sel en cercle versé

interroge la soif

*

jette ta langue de serpe, Bud

que ton apex attaque

de front tous les galops

assoiffe ta meute

claque ta sangle

frappe d’ivoire

la corde ensauvagée du cœur

Cleopatra’s dream

bat la chamade j’ai peur de joie

tends ta peau, Bud Powel

*

dans la lune de mire

un vieux couteau n’a eu le temps

de happer l’or sitôt frappé

quelques danseurs poudrés

branlant dans leurs collants troués

remuent le charnier du cirque

y caressent la main lente

d’une écuyère tombée de son palefroi

les yeux dans les étoiles

toutes les nuits il rue

martèle sa danse inachevée

quand le hibou médite contre l’effroi

*

chétif à l’épreuve

presque à ras il tient

sur ses jambes de bois sec

la corde en sang s’use

déchire autour du cou la robe

plissée de l’âne buté

sa croix de Saint-André

le découpe en quatre morceaux

inégaux, délicats

*

mues d’âmes à dos d’âne

dessiquées par cent fards

au cirque foireux des foules

chacune pète au chapiteau

pour plus d’être avoir

réclame son aura son chromo

ça claque du fouet

caracole en foirade

mues d’âme à dos d’âne