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blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

29 - Susy Desrosiers

Poèmes

Polaire


neige perpétuelle,

horizon blanc sur blanc


 

Je marche sur le sol ancestral, les yeux battus, la froidure collée au visage. 

Mes pas à la cadence des chants de gorge, des échos de dialectes, 

de légendes disparues : des femmes, des hommes, tous égarés dans les hiers.

Leurs empreintes condamnées au silence.

Au fond du froid, j’avance vers l’ubac, transie par leur vécu tracé de sang.

Je crie avec les loups.


 


 


Exil


on laboure tes origines,

te déporte



Derrière le chaos, les cendres, tu as laissé ta blancheur, ton duvet.

Sur le quai, tu as abandonné une race sacrifiée, ton sang.


Au fond d’une cale ballotée par les vents du large, les airs marins,

tu tangues sur les eaux d’exil, vers des saisons inconnues.


Ton être est un désert assoiffé d’azur.

À grandes goulées, tu bois l’océan.


S’éparpillent les éclats de brumes :

une île aux horizons hachurés de promesses.


 


 


Réminiscences


n’as-tu pas oublié

nos jardins d’enfance

nos moustaches de lait

le sable dans nos yeux

la boue entre nos orteils

nos petites mains tachées de gouache

les contes de fées

nos joues rosies par les morsures de l’hiver

le ballon-chasseur

nos querelles d’enfants gâtés


ne te souviens-tu pas

des ruelles de notre enfance

notre première cigarette

nos états d’ivresse

nos rires jusqu’à tard la nuit

ta main dans la mienne

nos baisers clandestins

nos faux pas

notre fièvre de liberté

nos rébellions


nous étions immortels


désormais

 

n’entends-tu pas

son murmure

ses pas

son souffle court

 

elle s’approche

 

n’entends-tu pas

les battements d’ailes de mes mots

vers l’autre rive

 

ne sens-tu pas

sa présence

sa froideur

son haleine

 

elle est là

 

redonne-moi ta main

un baiser

la force

de supporter son courroux

de transcender le voile





Langueur

 

j’ai épuisé ma plume

jusqu’au bout de moi

jusqu’à plus rien


la gorge pleine de roches

ma voix s’étrangle

mes mains deviennent muettes

 

je m’égare dans mes silences


 

***

 

j’erre dans des ailleurs

habite des espaces

qui ne m’appartiennent pas

 

j’incarne des chairs inconnues

respire une autre vie

me perds dans de nouveaux visages

 

je meurs une fois de plus