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blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

30 - François Desnoyers

Poésie

Extrait tiré de "La vie en pièces détachées"  

 

 

Mon ivresse parle toute seule

Cette table n’a plus l’air d’elle-même

Les repas devant moi font naufrage

Entrailles débordantes d’ennui

 

L’huile des mots me trace un silence qui tache

Au mitan du visage

Sous la gouttière des lèvres

 

 

Je fais corps avec les rumeurs


 



Extrait tiré de "Corps à tue-tête"



  

   

     Il eut voulu conjurer l’exactitude, ligoter les distances, mordre dans la nuit des temps. Essorer ses doutes et ses gaspillages



           le caractère improbable de l’existence




           Refaire chaque matin à son image

 

 

         Bien sûr, on peint ce tableau avec le gris de la solitude. Le fumier d’un paramètre inéluctable.


  

En avance sur son temps




Extraits de "Lampes de fond"



            Les jours qui suivirent furent dégagés, sans épaisseur ni durcissement. Léthargie de la surface plane. Pâleur du palimpseste... aux quatre vents de la respiration.

            Pour que leur réclusion se déchiffre un jour, l’air s’était taillé une blessure impossible, sans forme.

            Un visage reculé.

            Exposé à tous les regrets.

 


 *

             

Algèbre



               

             Un mot n’est jamais exactement, par lui-même, cette variable qui se plie parfaitement à nos besoins particuliers, ni un opérateur essentiel à la résolution de nos propres inéquations.

              Pour se convier, se résoudre à une plus simple expression, se rompre au doigt et à l’œil, mise à part la pulsation du geste, il nous manque encore le définitif , temps du  verbe auquel nous échappons tous, où chaque part de silence nous appartient.

              Pour que ces aspirations soient attentives aux déchirures, à la ténacité du cadastre, à l’impartialité du calcul, il y aura peut-être la patience de l’eau dans les yeux.

La souplesse du sourire.

L’intensité de la faille qui nous sollicite.

              Nous sommes le produit d’un nombre fini de facteurs indépendants, considérant l’intangible possibilité que l’un d’eux seul soit nul.

              Sans voix.

 

 *

 

              Table d’hôte


 

              Chaque service doit supporter un minimum de paroles, l’armée des gestes déplacés, les langues pêle-mêle, les angles imprévus.

               Couper les opinions en petits morceaux. Les faire revenir environ cinq minutes. Jusqu’à ce qu’elles deviennent lucides. Brasser régulièrement, jusqu'à capitulation de la sauce.

               Délayer les manières brusques. Faire réduire les premières impressions. Introduire les cas douteux, les oublis. Chauffer les idées préconçues. Mélanger l'air de rien aux

promesses vides.

               Prévoir les coups. Les regards aigus, disposés en papillotes autour de la table.

               S'agiter inutilement devant la lourdeur des choses dites. Laisser mijoter les implications. Percer la paroi des excuses.

                Voler quelques minutes au destin.

                Servir sans explication.

 

                Tous les mensonges possèdent une horlogerie.