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blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

34 - Bruno Giffard

Bord et débord


Bord & débord (empreintes inspirées par mon expérience contactuelle de lpb, nourries des voies semées par d'autres... même si ça ne tombe pas sous le sens)


24 novembre 2022


D’un gouffre à l’autre

pour fil ce ciel

dans la couleur des dents





2 (?) novembre 2022


pas de sot métier : alors l’ultime disparité de nos vaisseaux.





30 octobre 2022


Une eau suspendue sur ma tête, la nuit. On sent dans l’air le givre s’approcher. Et mes pensées sur cette onde noire dérapent; avec un bruit de patins qui freinent, laissant leur strie pareille à un fil de soie, une égratignure. Et malgré la lenteur des visions – arbres et trottoirs dont on endosse le traveling – une sensation de chute folle, de vitesse pareille à un coup de vent – alors que le trafic fonce par à coups, nous laisse pourtant sur place, derrière (soulagé de ne plus nous concentrer sur les lignes, les feux, les signes, après l’envoi à la ferraille du destrier à huile, pistons), tentant d’accrocher notre œil aux branches, aux lampadaires, d’entrebâiller assez la poitrine pour que la poésie pousse ses extrémités à travers la scène - cette mixture de mécanicité, de convalescence, tapis roulant que supportent tant de fléaux, malversations pour ribambelles - qui souffre de ratés, de tarés.

Voir venir les heures cependant qu’elles nous poussent dans le dos – ainsi sur le chemin du retour on pense déjà à la douche du lendemain, graisseuse de fatigue, vapeur sans oubli… et cette action routinière dont on tentera d’extraire la détente nous projette un peu plus avant dans les heures jusqu’à celle où il s’agit d’attraper le bus déjà et de nous taper la seconde soirée au travail. Notre main ne sait plus si elle actionne la roue, ou si les engrenages la précipitent, la tirent, provoquant une série d’évènements assez semblables, confinés – un rire d’enfant repassera avec ses ailes, des textes nous offriront le soleil des cordes respirant la cime. Écumer l'échine...

Sur notre plancher des éclats de rêves, dans notre tête les sirènes musclées du sang. Malgré l’attention nos gestes filent à la fenêtre, partent avec une furie de train et tout se ramène à ce caisson, ce compartiment – des bielles plutôt que l’aise de racines – nos cuisses tellement loin du sexe, nos nerfs tellement en creux d’étoiles; bouches à lait qui appartiennent à d’autres mémoires, somptueuses dentelles brodant les genèses; la peau réduite à une flamme seulement utile à nous tirer du voyage, attendre le choc, un renouveau de distances - retour d’investissement des sens qui se montrent murs d’assaut, flancs sans mots, mâchoires sourdes, dents folles, langues lourdes. Yeux, lèvres dans un éblouissement de crime perpétuel.





11 octobre 2022


Open your chest, to feed the sun


To raise a child, you need to be a tree

right yet eschew

solid but porous

ever rooted and transported by a melody of light

yet knowing how darkness breathe underneath

veins drawn into the air

but heart made solid skin

you need to twist with the stars

be that patient pulsation of dew

hiding death by every tones

bones humming in supernal

discreet but eloquent

vacant yet thoughtful

hermetic, torn, overseeing, pervasive, honest, galvanic

musical silence





17 septembre 2022


Laisser l’eau chaude s’écouler sur nos épaules un temps indéterminé parce que (de l’autre côté des rideaux de douche) le jour cache sa promesse.

Après la serviette, identité et fragrances du savon se mirent. Carrière du vent, azur qui ensable les pores. Câbles des rues.





27 août 2022


Peur des ponts rompus, amour du vide – qui force l’invention; rails qui se démontent en plein transport pour cette seule raison – repos du bleu au-delà du mètre de nos enjambées, course d’un rire au milieu des sphères.

Parois à l’étouffée.





14 août 2022


Écume embrasée l’argent des feuilles

braises de plomb les nues en maraude


ma tête, aimerait pour oreiller ces wagons d’orage

transportant leur bruit de majesté, prochaine issue


lente plénitude du gris des confins magnétiques

Je m’absorbe dans la pierre même, tour sans voix





9 août 2022


Palette de ciels pour notre seule confusion.





5 août 2022


L’éros me rejoint par la corde des pieds, le suc des doigts, un gland et son son sac, là où s’appliquent les cuisses, par le filet des lèvres, la bande du regard, offre du gîte, clameur d’amarres, par cette nuque tissée en fils tendres sous la chevelure, suggestions de délire aux arcs cabrés de douceur, les épaules qui descendent vers ma longue enfance fragile où la nudité sort de sa forge d’innocence, force vulnérable en parchemin de veines, fugue d’orientation, miel serti, soupirs s’assénant. Et une mort qui passe, museau au vent dans l’ombre des feuilles, laisse la terre se découvrir. Joyaux nés organes, soleil à coups de noyaux. Langue déroulée au fond du puits. Gisements lunaires.





1er & 2 août 2022


Déserté de cris


Parfois l’étoile

prise dans l’or

fend le crâne

qui descend

se dérègle

 

repos strié

dans le sable

probation bleue





vendredi 29 juillet 2022


Chaque chose dans son élan d’estampe,

chaque empreinte cognitive à son relent d’étalage.

 

Reconduire son désir aux vidanges, sacs noirs soigneusement noués. Étrange procuration que ces gargarismes de containers, ces rigidités croulantes, banquises de ciment – la prestidigitation des rongeurs, les mouettes par cercles mêlés.

Sous les étoiles nues mes ligaments, ma graisse, mon squelette se rassemblent. Et la cueillette s’effectue peu importe la fraîcheur (vive ou rapetassée) des soupirs.

Silhouette je baisse ma tête sous la fleur du soleil.





mercredi & jeudi 13-14 juillet 2022


Les plages du temps se déforment. Avec un rythme de pulsations que je n'arrive à pénétrer. La tête, son bagage disparate de nouveau, d'ancien, se roule ainsi qu'une moquette – alors gare à la direction du ciel disparue par grandeur de jour. Simple pelure, notre prétention à l'exercice du bleu. Les mouettes d'un moment à l'autre acquièrent une substance de cire et déboulent dans cet espace aux bras cycloniques entourant avec lenteur, détachant leurs formes vers une molle dépression centrale sûre d'elle-même. Chaque objet visé par nos yeux alors pâture d'embâcle, hennissante mécanique mentale : pourtant ceux qui marchent dehors ne remarquent rien, sauf en se jetant dans mon regard, faisant levier sur mon front avec un expédient social ou un autre, voire m'offrant par voie de conséquence la planche d'un sourire, leur propre regard prêt à dégager ses roues; sauf en décelant peut-être sous ma silhouette une pression d'informe, un recroquevillement de chancres tectoniques, qui évolueront à travers leur aura de silence. La mémoire succombe aux coups de mâchoire du camion des éboueurs qui passe – ballon, membres, couleurs de l'enfance crèvent les sacs, juteuse noyade... mais une sauvegarde des apparences intervient, et l'intelligence en perd un peu plus son niveau. Ses avirons, jugement approximatif.

Notre tapisserie mange les mouches, motifs s'incorporant leur surprise, leur faim, une fébrilité d'ailes goulue, pattes dont la panique se renverse en pouvoir. D'autres murs constituent en sacs de sable qui sous nos coups exhalent des enveloppes ectoplasmiques. Des quasi concerts, des portes d'ébranlement. Une montre lâche sur le poignet une violence de volcan, l'écran du cellulaire jappe ses applis. Notre peau se referme, il faut respirer lourd sous ce haut lieu d'intimité. Mais les nuages tracent des cygnes, l'avant-bras des belles suggèrent un chant de bourgeon; il berce sans briser la vitrine d'une hache d'incendie. (Et notre bouche remballe son écume, notre langue se crache plus loin par pages. Un forceps étouffe la crise des cuisses accouchant jouissance. Dans le tiroir au chevet se pige un raz-de-purée. Chœur de rats amené à grignoter les restes du jerky.)





jeudi 9 juin 2022


La pluie tombe pas mal – encore. Mais pas assez pour effacer les trottoirs. Les gens.

Se ramener au niveau du ciel (plancher d'une tête).

 

Comme certains s'amusent à arracher les pattes des faucheuses, j'ai enlevé au soleil la couleur de ses rayons pour épouser sa vérité (à elle, pur témoignage en robe et cheveux, forme libre, fourbe, franche ou farouche des fleurs), mieux me rapprocher de l'action qui me rend cause à la dérive (imbroglio de remous passionnels là où s'ébranle le moteur des uns, des autres, avec l'instruction de fonctionner – dans cette grave masse d'eaux où se fend notre image, procédé d'échantillonnage d'une voix).

Et maintenant que l'été roule ses manches (que mon désir réaccède à certaine sueur), je fantasme de café glacé par litres, d'une immobilité assommante. Les mouches se lavent à coups de trompes, telles dames s'épilent. Aucun espoir d'acquérir assez d'astuce, de volume imperturbable pour me sortir de la pauvreté avec quelque combine louche. Un jour je nage, le lendemain me noie dans une piscine vide. Seulement les gens agissent en fantômes prêts à se mêler de rien (perpétuant un mécénat invincible, occupant le rôle d'une ligne). Mes bras, mes jambes les écartent, continuent de creuser (foi d'étrave). Des vacanciers arrivent, repartent, une hiérarchie d'habitués s'exerce... au bout des doigts quelques nuages, puis le ciment qu'ils peignent. Je fantasme de café glacé, de savoir quelle place j'occupe entre la chambre à l'épaisseur de verres fumés, la chaise longue jaune pissenlit, et cette piscine inabordable.





mercredi 26 avril 2022


Burrruit d'étoile stationnée au fond d'une voûte à l'encaustique

presque juste devant ta pensée. Péroraison du réverbère.

Souffle en mailles de jute ajoutée

alors que le printemps aménage sa vitrine.

 

Et cet émois, baratin de copeaux qu'on croit bon de partager par des œufs aux couleurs beurrées, main en drapeau écrasé sur l'épaule – cloaques sur une table qu'il reste à fendre.

Piaillements, paille sur la langue. Nom à arrondir ses vapes, ceinture d'échantillonage. Épée prise dans l'étang pneumonique mais montrant la caresse des valves.





vendredi 22 avril 2022


Et le soleil de hisser jusqu'à une incertitude frontalière nos muscles scandés vers la tension de sa jante - point de ronde.

Bras épris du bleu qui en vire, tire les forces. Halo bille contre l'élan vers un beau fixe.

Toute pierre consumée pour que notre joie se rende au phare - vaillance d'éclat.





mardi 5 avril 2022


Cœur de glas. Volée d’astres qui gèlent.

Nos muscles jouent avec la corde des notes en équilibre contre un gouffre de nuit.

La mesure du cri depuis longtemps jetée.

Des trajets affichent leur scintillance tranchante, douleur du silence sans poids.





lundi 4 avril 2022


La rame des jours continue de passer : pas encore à destination...

Les nuits grattent la terre

de ma poitrine

                                                    dégringole

tranquillement, sur place je reste ce quai d'embarquement et son néon.

Ma paume

au soleil d'une faim.





mardi 29 mars 2022


M'enfermer dans une valise. Dernier rêve. Sur toute mémoire tombe un déclic de noirceur. Mais d'abord plier les membres. Chaque pièce comporte l'intime signature du verbiage véhiculé, ferrures entre défaut et aplomb, circuits en calque d'abîme, orchestre dans sa fosse à munitions – chaque acte courtise des murs s'arrogeant par tapisserie, étendue cousue aux veines plaque les volitions d'océan, remous à la cuillère, aiguilles au vent, baleine née sans précession de regard : il s'agit de rentrer dans son crâne l'haleine du sens, donc le projet de chaque oiseau. Ne plus rien dire, ramener sur la boîte à serrure une fin d'étouffement plutôt que sa production.





lundi 21 mars 2022


Ne plus tomber en amour. Ne plus casser l'aurore. Ne plus prendre nos vertèbres pour les œufs d'une mythologie express. Soleil rétamé, à grands coups de marteau ces fenêtres d'aveuglement explicite. Le trajet vers nos épaules pour éteindre le tremblement fou du lustre se complique au dialogue des sabots.

Fuite en bateau de plaisance, avant que disparaisse le fleuve. Ventre creux arpenté du compte en banque.





samedi 19 mars 2022


Je cours après le temps qui me rattrape. Point mort dépassé. La pluie m'entrouvre, scènes grises propres à écouler la ville fidèle à ses trottoirs. Elle m'encourage à tourner la manivelle de la fenêtre pour écouter autre chose que le bruit. Tomber dans ma cage mentale sur des notes souples, une amplitude répétée.