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AUTEUR-E-S

34 - Bruno Giffard

Commentaire du recueil 'À se tailler la voix'

À se tailler la voix - le titre est parlant. Plus loin l’auteur dira « Ma voix, gasoil totémique »

« Sortir chercher un cornet au kiosque m’affûte, me rase. » 

Ascension d’une haute montagne . Le lecteur est engagé dans une lecture prenante et difficile et chaque pas qu’il fait est un pas en hauteur. Il faut le dire d’emblée : « Que c’est bien écrit ! » 

On ne peut pas s’empêcher de penser au surréalisme. Mais on est propulsé dans un autre monde en lisant ces lignes, on est propulsé dans une période longue où le maintenant de la littérature fait suite au surréalisme.

Lire c’est parfois entrer en contact petit à petit avec un livre comme on entre en contact petit à petit avec une montagne et il se peut que l’ascension soit raide mais il ne faut pas vous décourager car bientôt vous atteindrez un superbe panorama.

À ce stade il ne reste plus que deux alpinistes encordés dont les ombres se projettent sur les rochers enneigés : le premier de cordée est le lecteur qui comprend, et le lecteur qui ne comprend pas suit, confiant.

« Sourire du front quand le bleu fait rage, la tempête démonte le manuel d’œillères. »

On peut se demander si la lecture se fait vite. Vite ou lentement. Vite et lentement. Plutôt je dirais, la lecture se fait vite et lentement.

Il dit : « Comment supporter la structure chorale des sensations avec pour seul secours un épanchement intarissable?…///...Ainsi notre position se trouve-t-elle engagée entre conséquences contraires, compromise par signaux instables …///… Bien sûr je perds de vue les cercueils…. /// … Suspendu à bras de béances »

Il dit aussi : « Se retrouver face à la charpente des mots, appel axial – avec les souvenirs d’une femme dans l’interpénétration gigogne, répétée….///… Tes seins gravis ma langue freine, se retire telle une épine »

Le poème se joue avec des associations d’idées « Laisse mes mots glisser le long de leur courant souterrain ». « De là je dérive, membres perdus d’un langage. » . « Tes pensées grincent, hurlent, se rincent hululent ».

Le poème est lyrique : « Aller au coin de la rue, m’offrir un buisson pas cher, fine bouche de basse-ville – bouée d’errance, bouillante d’aisance, gorgée d’air sous un reflet d’asphalte »… le lyrisme installe en soi un bien-être que vivent et font vivre les poètes. Le lyrisme, ici la beauté et le rythme des phrases.


Pierre Lamarque