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AUTEUR-E-S

42 - Valery Oisteanu

Poèmes Zendada


POÈMES ZENDADA



Peter Lamborn Wilson

in memoriam

Valery Oisteanu

 

 

 

We ate at Joshua tree in Woodstock

Where you had arrived from New Paltz

Headed for a poetry reading at the Colony Café

Peter the anarchist, the clumsy alchemist

Alone, a teacher at the “School of Nite”

Verses falling from deep in his body

Each line a breakdown, death and resurrection

Whispering,” welcome to the dark whose spiral

Delineates the esoteric axis of a hermit crab”

We spoke of Ira Cohen reminiscing in Saugerties

I’m still searching for you through the empire of delight

You left yourself in your last will and testament

Your many books, your eyeglasses and your hats

The magic of those mismatched words

Flow as a drumbeat, every stanza a repressed desire

Van Gogh Ear, Baudelairean melting tiger

The rhythms of a wild shaman’s last dance

Omnia Tua Tecum Portas!

All what you had, you carried with you!

 

 

 




Peter Lamborn Wilson

in memoriam

Valery Oisteanu

 

 

 

Nous avons déjeuné au Joshua Tree à Woodstock, où tu étais arrivé de New Paltz, en route pour une lecture de poésie au Colony Café.

 

Peter anarchiste, alchimiste maladroit, solitaire, enseignant à l’« École de Nite », aux versets tombés du plus profond de son corps, chaque ligne faisant rupture, mort et résurrection. Murmurant  « Bienvenue dans l’obscurité dont la spirale délimite l’axe ésotérique d’un Bernard-l’ermite » .

 

Nous avons parlé d’Ira Cohen en nous remémorant Saugerties. Je te cherche encore à travers un empire délicieux. Tu as laissé de toi dans tes dernières volontés et ton testament, dans tes nombreux livres, tes lunettes et tes chapeaux, dans la magie de tes mots dépareillés, des flots de tambour, à chaque strophe un désir refoulé, l’oreille de Van Gogh, le tigre fondu Baudelairien, les rythmes de la dernière danse d’un chaman sauvage.

 

Omnia Tua Tecum Portas! Tout ce que tu avais, tu l’as emporté avec toi !







The Forest Shamanista

Valery Oisteanu

 

Let me be your wabi-sabi guide of the forest

With sequential blinking lights at the entrance

Psychedelic melting colors snaking backwards

As perching wild turkeys carpet bomb visitors

Assisted by squirrels’ precision blasting of nuts

Birds continue to bark in intraspecies sounds

Coyotes howl and wild cats menace behind trees

My Third Eye travels over and under bear trails

Watch them training cubs to break into parked cars

Lepidoptera and infinite insects converge quickly

While only the bees know the secret coves of honeycombs

Birds of the dead waterfalls nest in driftwood decay

The imperfect tarnished landscape unfolds bewildered

Into a withered orchestra of dry logs and branches

Tree trunks sprouting horizontal dried fish

Listen to my whistle, hear my healing drumbeat

Follow the path into my sacred cave labyrinth

Each handprint is a petroglyph of spider webs

Observe the mystical initiation begin to unfold.

 

 

 

 

 

Le chaman de la forêt

Valery Oisteanu

 

Laisse-moi être ton wabi-sabi guide de la forêt. Avec d'entrée

des séquences de lumières clignotantes aux couleurs fondues psychédéliques serpentant à rebours des visiteurs tapis de bombes tandis que se perchent des dindes sauvages assistées d’un dynamitage précis des noix par les écureuils. Des oiseaux continuent d’aboyer dans les sons intraspécifiques, des coyotes hurlent et les chats sauvages menacent derrière des arbres. Mon troisième œil parcourt sur et sous les sentiers d'ours. Observez-les entraîner les oursons à entrer par effraction dans les voitures garées. Des lépidoptères et d'infinis insectes convergent rapidement alors que seules les abeilles repèrent les secrètes criques des rayons de miel. Des oiseaux de cascades mortes nichent dans la pourriture du bois flotté. L'imparfait paysage terni se déploie ahuri en un orchestre desséché de rondins secs, de branches et troncs d’arbres poussant du poisson sec à l'horizontale.

Écoute mon sifflet, entends le battement de mon tambour.

Suis ce chemin dans le labyrinthe de ma caverne sacrée.

Chaque empreinte est un pétroglyphe de toiles d’araignées. Observe l’initiation mystique commencer son déroulement.






The subway in the sky


 

Dreaming in the afternoon, waking on the uptown local


Went up to the street, where the tablecloth of air unfolds


Colored shades of blue, between emaciated buildings


Smothered in red, sway rhythmically from left to deep left


A cruise ship moored on the rocks, drops dripping humans


Water cascades out of churches, revealing tiled swans


Pain killed in play, sardonic nostrils of the eardrums vibrate


To the accelerated staccato of the frolicking Betty Boop


Crashed birds land in the assigned tragedy of a three headed snake


Vertical balconies of destiny stacked beyond the clouds


Guitar riffs encircling the Lychee gardens


Sunken enigmas glide, anguished dreams in slanted skyscrapers


Angular crystal decanters house red cardinals


A cluttered subway car passes without a motorman


Driving us all past the repetitious destinations


Next stop at shamanic desperado amnesia


At the side of the rivers in silent confluence


Where transient sadness barely recognized


Is exchanged for ephemeral erotic insanity


Possessed in a city that is not even there


 


 


Le métro dans le ciel


 


Rêvé dans l'après-midi, réveillé dans le métro local


Monté dans la rue, où se déplie la nappe d'air


Nuances colorées de bleu, entre des immeubles émaciés


Étouffés de rouge, balancé rythmiquement de gauche à gauche profonde


Un bateau de croisière amarré sur les rochers, dégoulinantes gouttes d'humains


Eaux en cascades hors des églises, révélant des carrelages de cygnes


Douleur tuée en jouant, les narines sardoniques des tympans vibrant


Au staccato accéléré de la gambade de Betty Boop


Des oiseaux écrasés atterrissent dans la tragédie assignée d'un serpent à trois têtes


Balcons verticaux du destin empilés au-delà des nuages


Riffs de guitare encerclant les jardins Lychee


Des énigmes englouties glissent, des rêves d’angoisse dans des gratte-ciel inclinés


D’angulaires carafes en cristal logent de rouges cardinaux


Une voiture de métro encombrée passe sans motoriste


Nous conduisant tous au-delà des destinations répétitives


Prochain arrêt à l'amnésie chamanique desperado


Au bord des rivières au confluent silencieux


Où la tristesse passagère est à peine reconnue


S'échange contre une folie érotique éphémère


Possédée dans une ville qui n'est même pas là


 


 



The End Game 

 

When there is not enough time to dream

When the very last note is played

When the musicians have left the party 

When the musical notes have drowned 

When the final rat leaves the sinking ship

When the last man is not standing 

When the beer keg runs empty 

When the ultimate time to leave arrives

When one is at their wits' end

When even the dance its totally over

When the sole remaining fat lady cannot sing 

When the shit hits the fan

When the time times out 

When you just can't stand-it anymore 

When there are no more bottles to drink

When there is no one to say it's good till the last drop

When there is not a drop left

When the only hired stripper can't find her clothes 

Where the road is a dark cul-de-sac  

When we run out of rolling paper

When the phone is out of juice and there’s no charger 

When the pens run dry of black ink 

When the time is totally up 

No ice (icebergs all melted)

No black rhinos or albino gorillas 

When the county wells run dry 

When the last poet takes his last breath

After everything, the unbearable persists

It all comes to the last fistful of pills

And just one bullet left


Valery Oisteanu


LE JEU FINAL



Quand il n'y a pas assez de temps pour rêver

Quand la toute dernière note est jouée

Quand les musiciens ont quitté la fête

Quand les notes de musique se sont noyées

Quand le dernier rat quitte le navire qui coule

Quand l’homme final n'est pas debout

Quand le fût de bière est vide

Quand le moment ultime de partir arrive

Quand on est à bout de souffle

Quand même la danse est totalement terminée

Quand la seule grosse dame restante ne peut pas chanter

Quand la merde frappe le ventilateur

Quand le temps s'écoule

Quand tu ne peux plus le supporter

Quand il n'y a plus de bouteilles à boire

Quand il n'y a personne pour dire que c'est bon jusqu'à la dernière goutte

Quand il ne reste plus une goutte

Quand la seule strip-teaseuse engagée ne trouve pas ses vêtements

Quand la route est un sombre cul-de-sac

Quand nous manquons de papier à rouler

Lorsque le téléphone est épuisé et qu'il n'y a pas de chargeur

Lorsque les stylos sont secs de l'encre noire

Quand le temps est totalement écoulé

Pas de glace (les icebergs ont tous fondu)

Pas de rhinocéros noirs ni de gorilles albinos

Quand les puits du comté s'assèchent

Quand le dernier poète prend son dernier souffle

Après tout, l'insupportable persiste

Tout vient à la dernière poignée de pilules

Et juste une balle à gauche



Valery Oisteanu

Traduction Gilles&John