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blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

43 - Allan Graubard

Poems

For Carolyn

 

 

I am a ghost, phantom, fiction

from you I draw flesh, gesture, presence

 

from stone, tree

grass, sky, clouds,

rivers, light which lifts, light

which flashes

 

this your strength

this your shadow

from which

I am born again, again, and again

 

present, composed, vibrant

 

because you

because I have become the man

       you want

because in love life drinks

because this, this kiss,

           lips to air to lips to light …

 

 

 

 

                                                    Allan Graubard

 

 

 


Pour Carolyn



Je suis un revenant, un fantôme, une fiction

en toi je puise chair, geste, présence 


la pierre, l'arbre

l’herbe, le ciel, les nuages, 

les rivières, la lumière qui se lève, la lumière

étincelante 



c’est ta force

c’est ton ombre

d’où

Je renais chaque fois, encore et encore

 

présent, calme, vibrant


grâce à toi

parce que je suis devenu l’homme 

       que tu veux

parce qu'en l'amour la vie s’abreuve

 

Parce que ce, ce baiser, 

des lèvres à l’air aux lèvres à la lumière

 

 

 

                                                     Allan Graubard`

Trad. G&J





World Without End


     for David Gascoyne


 


 


There he is again


Silver hair, high-toned sibylline reading his last poem


Or not so last but left in these last days of Corinth silence


Neglected ruins pitched to the sky


Hopeless fantasy still on the sly straddling narrow banks, a mill wheel for grinding wheat


And the surging Potomac on hotter days sparkle fleet as if Mercury in yellow reruns


     Chanced this way


I run aground


Seeking solace in frail, wind-tipped images


That have as much of life as a breath might glean from midnight’s moon


scudding tin-tinged clouds


                  And now the silence settles in his voice


     That vision years back, the sudden grainy gold of dusk


Floating in viscid air


Mimicry in March years later, but this in snow and sun above a late winter Hudson


Where Spring had come ashore in quick green infant buds and gulls roamed, perhaps a hawk higher up and higher still a jet


 


Only this fragment, Gascoyne


Today


The late afternoon levels me


Some ill adaptation to the current disaster


 


The usual mull of traffic distended verb crowned with spurs of laminate


However insubstantial …


 


And still your voice in shaky tremolo, arthritic fingers curled around the edge of the book, not lament but epilogue to askesis,


For those of us


who listen, now


      the whirlwind …


 


“for that which is above … as that which is below


For the perfecting of the One Thing, which is


As it shall ever be, World without End”


 


 


Allan Graubard


 


Monde sans fin


    pour David Gascoyne


 


 


Le revoilà


Cheveux argent, élégant sibyllin lisant son dernier poème


Ou pas si dernier mais laissé dans ces derniers jours de silence à Corinthe


Ruine négligée dressée vers le ciel


Fantaisie pour toujours sans espoir sur des rives étroites et bancales, roue de moulin à moudre le blé


Et le Potomac en plein bond aux jours les plus chauds faisant briller sa flotte comme si Mercure en replay jaune


    Courait le risque de cette façon


Je me suis échoué


Cherchant du réconfort dans des images fragiles, agitées par le vent


Qui ont autant de vie qu'un souffle pourrait glaner à la lune de minuit


des nuages d’étain ​​teintés filant à toute vitesse


                  Et maintenant le silence s'installe dans sa voix


     Cette vision il y a des années, l'or granuleux soudain du crépuscule


Flottant dans l'air visqueux


Mimétisme en mars des années plus tard, mais cela dans la neige et le soleil au-dessus d'un Hudson de fin d'hiver


Là où le printemps avait débarqué en rapides petits bourgeons verts et des mouettes erraient, peut-être un faucon plus haut et plus haut encore un jet


 


Seul ce fragment, Gascoyne


Aujourd'hui


La fin d'après-midi me nivelle


Quelque mauvaise adaptation à la catastrophe actuelle


 


L'habituelle mousseline du verbe au trafic distendu couronné d'éperons de stratifié


Cependant insignifiante…


 


Et toujours ta voix dans un trémolo tremblant, tes doigts arthritiques enroulés sur le bord du livre, pas lamentation mais épilogue d'ascèse,


Pour ceux d'entre nous


qui écoutent, maintenant


     le tourbillon…


 


"pour ce qui est au-dessus ... comme ce qui est en bas


Pour le perfectionnement de la Chose Unique, qui est


Comme elle le sera toujours, Monde sans Fin"


 


 


 




The garden, an apparition


 


Where is that garden of sweet pea


That once embraced us?


 


That iridescent mist


That rose from the flesh 


 


Those first frail stars


And vanished time


 


Intimate clarities


At summer’s end


 


Ariadne’s thread


And slow swirling gyres


 


Redolent lust


Without hope, without end


 


*


In each brief breath


It is born and dies and lives again


 

Allan Graubard




Le jardin, une apparition

 

 

Où est ce jardin de pois de senteur qui nous a embrassés une fois

 

Cette brume irisée qui est sortie de la chair

 

Ces premières étoiles frêles et le temps disparu

 

Clartés intimes à la fin de l'été

 

Le fil d'Ariane et ses tourbillons lents

 

Luxure odorante sans espoir, sans fin

 

*

Dans chaque bref souffle elle naît et meurt et revit

 

 

Alain Graubard

Trad. Gilles&John

 



THE TANGO

 

 

Because the tango wants to tear your heart out and leave you breathless

 

At the edge of the river

 

Where cypresses bend low in the summer heat

 

White drifts coiling languidly in the burning blue

 

Dragon flies with tiny jade shovels sprouting from their eyes

 

Lifting mossy baubles in homage to the light

 

Muddy totems from an ambient death 1873 tornado weaving quick biers of splinter and ash

 

Because the music wants to cast its spell over these febrile words

 

While dancers trade geometries of shadow for encrypted kisses, sheer nylon bands that lift us from the armpits to glissando transits

 

Because the music wants to combust cradles from deveined wintry wampum scattered across the table at dawn

 

Because in their empty pockets sidereal monuments brush fleeting faces in dusty windows that, once ingrained, fondle distraught mementos, meeting you

 

that last magnetic station

 

those flags of mucous and blood

 

eruptive ballerinas caged in dice armadas

 

Because the music sifts islands through its clichéd pirouettes

 

And it just doesn’t matter how many times it does it

 

Because the music wants you here, not there or then but where you are and ever are

 

Fabulous ancestor viscous windy bust

 

Nightingales charmed by Thyrsus dips and turns

 

 

 

Because the tango dresses us

 

In moist slivers and leaf-lush falsetto

 

 

 

Stripped thighs

 

Ankle hands

 

Pendulum legs

 

 

 

The tango

 

 

 

-- Allan Graubard

 

 

LE TANGO

 

Parce que le tango veut t'arracher le cœur et te couper le souffle

 

Au bord de la rivière

 

Où les cyprès se courbent dans la chaleur estivale

 

Du blanc dérivant langoureusement dans du bleu brûlant

 

Un  dragon volant avec de minuscules pelles de jade qui lui sortent des yeux

 

Soulevant des babioles moussues en hommage à la lumière

 

Totems boueux d'une tornade de mort ambiante en 1873 tissant en vitesse des linceuls   d'éclats et de cendres

 

Parce que la musique veut ensorceler ces mots fébriles

 

Tandis que les danseurs échangent des géométries d'ombre contre des baisers cryptés, des bandes de nylon transparent nous soulevant les aisselles en transits glissando

 

Parce que la musique veut brûler des berceaux de wampums d'hiver déveinés éparpillés sur une table à l'aube

 

Parce que dans leurs poches vides, les monuments sidéraux effleurent des visages fugaces dans des vitres poussiéreuses qui, une fois enracinées, caressent des souvenirs désemparés, à ta rencontre

 

cette dernière station magnétique

 

ces drapeaux de mucus et de sang

 

ballerines éruptives encagées dans des armadas de dés

 

Parce que la musique tamise les îles à travers ses pirouettes de clichés

 

Et peu importe combien de fois elle le fait

 

Parce que la musique te veut ici, pas là ou là mais où tu es et où toujours tu es

 

Fabuleux buste venteux visqueux d'ancêtre

 

Rossignols charmés par les plongeons et virages du thyrse

 

 

 

Parce que le tango nous habille

 

En lamelles humides et falsetto aux feuilles luxuriantes

 

 

 

Cuisses dénudées

 

Mains chevilles

 

Jambes de pendule

 

 

 

Le tango

 

 

 

--Allan Graubard

traduction de Gilles&John




FOG


Fog, sun

Wisps of cloud

 

From the sea she comes, chimeric

 

Long low whitecaps, her bangs

Bass horns, her lips

 

In fog I call you

In sun you return, singing

 

Red coral eyes

And thick black lashes

 

Tell me your name again –

 

Thrush, Robin, Mockingbird

 

 

-- Allan Graubard




BROUILLARD


Brouillard, soleil, mèches de nuages 

Depuis la mer elle arrive, chimère


De longs et bas chapeaux blancs, 

Sa frange en cors de basse, ses lèvres

 

Dans le brouillard, je t'appelle

Au soleil tu reviens en chantant

 

Yeux de corail rouge

Et cils noirs épais

 

Dis-moi encore ton nom -

 

Grive, Robin, Oiseau Moqueur

 

 

--Allan Graubard

Traduction de Gilles&John