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AUTEUR-E-S

59 - Lolita Michel

LETTRE DE FEU


LETTRE DE FEU



J’ai rêvé cette nuit que je traversais la France de bas en haut, de haut en bas, de fond en comble, comme on lève une main



Mais mes points d'arrivée étaient trop excentrés de mes sources de désirs 

Je parcours le monde le jour et la nuit


Je traverse des lumières poreuses des couleurs hideuses


je m'agite entière dans des cartes postales



je coupe des morceaux de terre des grands voiles du ciel que j'ajoute à mes soutes



je fais du monde, de ses cent visages une lettre de feu


que je t’envoie, essoufflée


et tu ne me réponds pas



Je sens encore les morsures du requin sur l’épaule


les bouquets de roches et d’azur vif posés sur ma table


Le monde est un puzzle, un trésor qui se déplie sur des nuits géantes


je l’agite, je le plie, le recouvre de saveurs, le mélange aux dieux des danses et du rythme


il prend sous mes mains


des allures de nymphes éclatées par des eaux trop gourmandes,


des allures soyeuses qui crissent sur des rails qui entaillent ses peaux


pour la seconde où ton buste vers moi s’est tourné


j’avais enveloppé dans des aquariums itinérants des sabres calcinés qui brisent les chaînes qui alourdissent des goélands somptueux


Ceux qui bravent des continents de soufre et d’argile


pour prendre la couleur des Enfers et la diluer


comme un filtre d’amour sur le monde enneigé


j’avais réuni sur une terre immaculée la totalité


de mes trésors de voyage qui ouvrait sous les pas de celui qui le traverse


des parcelles de souffles célestes, qui tombent sur ses yeux et les remplissent de voies lactées,


des milliers d’étoiles



Il ne me reste qu’un lointain souvenir de toi Et j’ai les mains qui coulent


Et j’ai les mains qui pleurent


des pluies



d’étoiles filantes



Je ne te toucherai pas


Car déjà j’ai la peau qui brûle au souvenir de ta voix Tu es tous les dieux de mon ciel


L’objet de tous mes voyages mes pensées et mes mots En excès sur tous mes mondes



Ta main qui m'effleurera me tuera