La
page
blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

62 - Andreea Buse

Présentation


Questionnaire de LPB

 

1/ - Peux-tu indiquer un livre que tu aimes particulièrement ?



J’apprécie beaucoup le recueil de poèmes de Jacques Prévert, Paroles, pour la joie et l’amertume de l’instant, pour l’amour de la vie et l’amour d’une vie.



2/ - Peux-tu donner un vers, un mot, que tu aimes ?


Quel jour sommes-nous/Nous sommes tous les jours/ Mon amie/Nous sommes toute la vie/– Chanson, Prévert.  


Ces vers me rappellent mes premiers cours de français. Lorsque le professeur arrivait pour nous enseigner la langue française, il nous posait toujours la même question « Quelle jour sommes-nous aujourd’hui ? », alors on devrait toujours répondre et écrire « Aujourd’hui nous sommes le…. ». Plus tard, en découvrant Prévert, j’ai compris les nuances de cette question qui continuaient à frémir dans mon esprit.


Le mot qui m’habite depuis deux ans déjà c’est frémissement. Par conséquent, j’ai rédigé un texte en français et publié en roumain, Le frémissement de l’instant. http://revistaramuri.ro/index.php?id=5031&editie=180&autor=de%20Andreea%20Bu%BAe



3/ - Quelles sont tes lectures habituelles aujourd’hui et comment s’expliquent ces habitudes ?


Je lis un peu de tout, roman, poésie, nouvelle, conte, article, etc, mais une lecture régulière serait la Bible et des textes religieux.


La lecture est pour moi un besoin, une sortie, un coin de paix.



4/ - Peux-tu citer un support de diffusion de la poésie que tu affectionnes (autre que le livre)?


Même si je préfère le livre format classique papier, je lis souvent en ligne sur Instagram, des poètes contemporains de tous les coins du monde.



5/ - Le monde lit-il toujours et quoi?


  Le monde non seulement lit, mais écrit. Cela est un sujet qui m’intéresse particulièrement pour le sujet de ma thèse de doctorat. Autrement dit, la dernière année dans le contexte d’une société profondément marquée par une pandémie mondiale, des crises sanitaire, socio-économiques et écologiques, la France a touché un record de 400 millions livres vendus[1]. Besoin essentiel, la littérature, a été parmi les seuls domaines d’activité qui n’a pas ressenti des contraintes dans cette période inquiétante. La lecture est la grande créatrice des vocations littéraires.[2] Beaucoup de Français ont été intéressés non seulement par leurs lectures, mais aussi pour le statut d’écrivain. Pourtant, ce désir d’écrire n’est pas totalement nouveau chez le grand public. Un sondage[3] effectué en 2015 montre l’appétence des Français pour l’écriture. Le confinement a favorisé ce phénomène, en permettant la consécration de projets littéraires, le développement d’une vocation ou le dévouement d’une thérapie.


En d’autres termes, pendant qu’en France on lit plutôt des romans, en Roumanie on lit plutôt de la poésie.



6/ - Quel est ton plat préféré ?


  Si vous me le permettez, je voudrais reprendre les mots de Bartleby I would prefer not to, magnifiquement exposés dans l’article de M. Jean-Michel Maubert pour La page Blanche ou encore ceux réinterprétés par le personnage de saga La Traversée des temps d’Éric-Emmanuel Schmitt, Derek.



7/ - Quelle sont ta musique, ton film, préférés ?


 Les Nocturnes de Chopin, La foule d’Édith Piaf, Ce bine ca esti, musique de Nicu Alifantis, les vers appartient à Nichita Stanescu, un grand poète roumain, Nebun de alb, musique Emric Imre, texte d’Adrian Paunescu, écrivain roumain.


 


Un film que j’ai beaucoup apprécie serait Interstellar (2014).



8/ - Peux-tu recommander un site de poésie et expliquer ton choix ?


 


Evidemment, je suis vraiment très contente de découvrir l’ouverture et la bienveillance de la revue La Page Blanche que j’apprécie beaucoup. De même, je recommanderais La Revista Kametsa du Pérou pour la diversité de la poésie actuelle. En bref, tout site qui réussit à franchir les frontières et réunir les poètes est un succès.



9/ - Peux-tu parler de tes amours au présent ?


  Je pense l’amour ne connaît pas la temporalité. On porte toujours avec soi les réminiscences de tel ou tel amour.



10/ - Dans le cours de ta jeunesse (16-25 ans), quels sont ou ont été tes principaux intérêts intellectuels ?


 


A 13 ans je publie mes pensées empathiques dans le magazine de l’école, alors dès 16 ans jusqu’à 25 je ne fais que poursuivre ma passion pour l’écriture. En fait, a 16 ans, lors d’un voyage en Bretagne, a Notre Dames des Naufragés, je ressens la culmination du désir d’écrire sérieusement.


 A 20 ans je débute en littérature avec le roman, Iubire la juma’ de pret (Amour au rabais). https://vivatstudentia.ro/2013/11/andreea-pirsu-cred-ca-exista-cate-o-carte-pentru-noi-toti/ http://aius.ro/21-noutati/iubire-la-juma-de-pret-277?vmcchk=1 et jusqu’à 25 ans je publie régulièrement des articles littéraires dans des revues culturelles comme Mozaicul, EgoPhobia, Actualitatea Literara.


De même, la passion pour la francophonie ne m’abandonne jamais et je décide de suivre la Faculté de Lettres et parallèlement la Faculté de Droit pour contenter mes parents. Par conséquent, je participe aux concours de traductions littéraires et aux activités organisées par le Lectorat Français et l’Association Dimanche au sein de l’Université de Craiova.



11/ - est-il nécessaire de produire ? 


 A mon humble avis, je pense que si Dieu est le Créateur, nous sommes tous des artisans. Pour soi ou pour l’autre, l’homme a besoin de produire, de créer. L’acte de création représente non seulement une grande preuve d’amour, celle qui rappelle l’amour ancestral du Créateur pour sa création, mais aussi un besoin, l’impulse de (se) (re)créer tel le serpent ouroboros lemniscate, le symbole de l’infini, du cycle de la vie et de la mort. Cela représente le besoin de revenir à l’origine, comme au moment d’avant la chute de Paradis[4] pour mieux avancer, une cyclicité : « Maman, je suis très malheureux. Je n’ai pas trop réussi ma première vie... Mais peut-être la deuxième fois, peut-être la troisième fois, peut-être la quatrième fois... peut-être la dixième fois. N’ai pas peur, maman, et donne-moi toujours naissance. »[5]


 


12/ - Pour qui écris-tu de la poésie? 



 Premièrement, je tiens à souligner que j’apprécie beaucoup cette question. Le psychanalyste Didier Anzieu affirmait qu’on écrit pour se faire accepter. Cioran disait dans un interview en 1973 avec Christian Bussy qu’il écrivait par misère, peut-être pour adoucir son insouciance d’être roumain comme le dirait son vieil ami, Petru Tutea. De l’autre part, Éric-Emmanuel Schmitt disait qu’il écrit pour rendre la vie meilleure.


En ce qui me concerne, j’écris pour me soulager d’un sentiment, d’une émotion, de moi-même parfois. J’ai commencé à écrire officiellement de la poésie cette année grâce aux Cahiers de Paul Valéry, l’œuvre a libéré ce besoin que je ressentais depuis l’enfance. Petite fille, j’écrivais des rimes enfantines, j’admirais des grandes femmes de l’histoire qui coquetaient avec la poésie comme par exemple, Sissi (l’impératrice Elisabeth de l’Autriche et son admiration jusqu’à obsession pour Heinrich Heine), la poétesse Carmen Sylva (la première reine de la Roumanie, Elisabeta I) ou encore Sapho.  


Autrement dit, j’écris pour m’libérer, par égoïsme, pour moi, mais j’écris surtout pour l’autre pour qu’on regarde ensemble vers la même direction.



[1] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-decryptage-eco/covid-19-un-record-de-400-millions-de-livres-vendus-en-2021-en-france_4929689.html

[2] Comment on devient écrivain, p.6

[3] http://www.odoxa.fr/sondage/francais-plaisir-decrire/

[4] Cela pourrait expliquer l'ascèse de l'écrivain pendant le processus créatif, c’est-à-dire le besoin d’atteindre l’état avant la chute de Paradis lorsque l’homme était encore pur, le catharsis comme une voie vers une nouvelle (re)création.

[5]Marin Sorescu