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blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S

68 - Audrey Dumont

Trois poèmes pour La Page Blanche


CANOPEE

 

Qui a senti sur son front la douce main de la canopée, 

l’auréole de joyaux verts sous les rayons miroitants, 

l’ombre étoilée dansant sur le visage, 

la palme des larges branchages

éclaboussés de lumière,

 

Qui a marché entre les troncs grandiloquents,

palpitant de siècles contemplés et de vies minuscules                               

- monuments édifiés et chorégraphie mouvante, 

auberges mansardées à fleur de ciel -

 

Qui a flairé la sève et l’humus, 

caressé du regard les colonnes burinées, 

savouré le chant sylvestre -

crépitement d’écorce, péroraisons des oiseaux, 

onde bruissante, 

 

Qui a foulé, sous la ramure vivante des voûtes, 

le tapis merveilleux - pèlerin abrité de la pluie

qui, parfois, au détour d’un sentier,

croise l’âme sauvage,

 

Celui-là

ne craint ni l’érosion

ni l’aspérité des jours.

 

 

Il a goûté l’éternité

                  

   

                         

 

 


 


 


 

 


 


MEMBRANE

 

Au coucher à l’aube

À certaines heures creuses du jour et de la nuit

L’absence d’une empreinte sur la peau

Le négatif d’une étreinte

 

La solitude de mon corps dans l’espace

 

 

Le roulis vertigineux du train

Les forêts sombres et dorées

Les nuages moutonnants 

Irradiés de lumière

 

L’atome de mon corps dans l’espace

 

 

Les regards fulgurants et limpides

Les chorégraphies invisibles d’arabesques enlacées

Les éclairs de pensées qui se croisent

 

L’aimant de mon corps dans l’espace 

 

 

Les mots

Les sons

Les ponts dessinés entre les hommes

 

L’écho de mon corps dans l’espace 

 

 

Les parures humaines

Les grâces les façades les gonflements

Les rôles les fissures les rayonnements

 

L’enceinte de mon corps dans l’espace 

 

 

Le vert lumineux de l’herbe

L’haleine chaude du vent

Le bain de roses et de tilleuls

L’accord soudain d’un contrepoint d’oiseaux

 

L’empreinte de mon corps dans l’espace

 

 

De pas en pas

De boucles en boucles 

Toujours je reviens 

À ce point 

 

Les contours de ma solitude dans l’espace

 

 

                          

 


 

 

 

 

 

L’HEURE DES MERLES

 

Joie brûlante et lancinante

Le chant des merles

Déchire l’obscurité limpide d’avant-matin

 

Sur la rosée frissonnante les volatiles distillent

Clarté incandescente perçant

Le lourd manteau de ténèbres


Le chant des merles est un feu noir qui invite à l’aurore

 

Chant de solitude

Longs corridors d’insomnie

Conquête des empires déserts et silencieux

 

Il est la brume du sommeil fendue par les premières pensées

Le rite secret de qui devance les premiers bruits du jour

 

L’attente

Les braises rougeoyantes de l’espoir

La brûlure de l’absence


Il est le monde à venir et la fin de l’éternité noire


La blessure de l’au-delà

Le cri des écorchés joyeux

La voix de l’entre-deux-mondes