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page
blanche

Le dépôt

AUTEURS

16 - Julie Cayeux

Longtemps

Longtemps j’ai croupi au sous-sol de mon âme, jusqu’à me disloquer.

Mon corps avait même commencé à fondre,

si bien qu’à la place des tripes je me suis retrouvée avec un trou.

Mon trou, je l’ai comblé avec des bouts de chiffon fripé,

des kilos de guenilles fourrées à l’intérieur.

Cela n’a pas suffi…

Pour étouffer les larmes on m’a cousu deux boutons à la place des yeux,

j’ai enfermé mon cri dans le silence,

les malédictions se sont embourbées,

j’ai fini par tourner la page.

Depuis que j’ai failli la perdre,

la vie fait preuve d’une grande amabilité envers moi.

Il me reste ce trou, mon trou.

Il me démange encore parfois.

Et la nuit, l’arbre de l’évier continue à pousser

comme si un bout de moi avait fermenté trop longtemps,

ça se déchire de partout.

Et maintenant, je me tricote les liens,

les racines réveillent les visages disparus.

Il faudrait que ce bout de moi que j’ai laissé pourrir

je lui fabrique un sens,

ou une indication.

Parce que chaque image que je ressuscite,

c’est une petite agrafe que je peux accrocher à mon cœur

pour l’empêcher de rompre.




Julie Cayeux ( Extraits Des ombres sous la langue)