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AUTEURS

18 - Tristan Felix

Présentation

TRISTAN FELIX


Polyphrène et polymorphe, nous sommes poète, chroniqueuse de coeur, marionnettiste (Le petit théâtre des Pendus), clowne (Gove de Crustace), conteuse/bruiteuse/chanteuse en langues imaginaires et dessinatrice. Notre univers onirique et inquiétant, entre cabinet de curiosités et cirque de rue intérieure, mêle dans la tragédie et la farce, les tendres invisibles et les monstres. Site: www.tristanfelix.fr/

 

Questionnaire de LPB



1/ - Pouvez-vous indiquer un livre que vous aimez particulièrement ?


 Peau pour peau, de Llewelyn Powys, trad. de Skin for skin (1925) par Marie-Christine Simian, Éd. Isolato, 2008


 2/ - Pouvez-vous donner un vers, un mot, que vous aimez ?


« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent


  Dans une ténébreuse et profonde unité » (Correspondances de Baudelaire)



3/ - Quelles sont vos lectures habituelles aujourd’hui et comment s’expliquent ces habitudes ?


Je lis lentement, à travers de vieilles cicatrices de lecture. Je n’ai pas d’habitude.


Je lis des auteurs découverts sur des vide-greniers (Richepin, Marcelle Vioux …), des proches que je chronique et dans l’écriture desquels j’ai confiance (Maurice Mourier, Anne Peslier, Jean-Michel Maubert, Hubert Haddad…), des romans que l’on m’offre (Jón Kalman Stefánsson, Sara Baume, Stephen King…) et qui m’ouvrent à des sensibilités parentes, des auteurs dada échevelés de Venus d’ailleurs (un de mes éditeurs), des écrits politiques, philosophiques ou esthétiques (Barbara Stiegler, Juan Branco, Czeslaw Milosz, Nietzsche, Orwell, Annie Lebrun…) pour donner un sens ou un non-sens au monde. Je lis aussi Victor Hugo, John Cooper Powys, Baudelaire, Witkiewicz, des gens effrayants qui me font descendre à pic.


4/ - Pouvez-vous citer un support de diffusion de la poésie que vous affectionnez (autre que le livre) ?


 Certains tags sur les murs que mon meilleur ami nicAmy photographie dans le 18è ardt  https://vimeo.com/nicamy (Ce 18è qui nous est cher, film ouvert). La poésie y est populaire et en lutte.

Dans mes cours au collège, j’invente tous les exercices à partir de phrases improvisées qui réveillent la poésie sur le fil du rasoir. Transformer l’enseignement en aventure.


5/ - Le monde lit-il toujours et quoi ?


Le monde lit des mangas et Musso, selon une invitée de France Culture, ravie que le livre se soit aussi bien défendu pendant le confinement, avec 30 pour cent d’augmentation du chiffre d’affaires.


Le monde aliéné n’a plus le temps de lire que ce qui lui est servi.


6/ - Quel est votre plat préféré ?


La pieuvre, dans tous ses états. Tout ce qui est cuisiné avec gourmandise et élégance.



7/ - Question subsidiaire : pourriez-vous recommander un site de poésie et expliquer votre choix ?


Je préfère lire les poèmes sur du papier, en contact avec ma main.


Je fréquente quelques sites pour des chroniques, articles de réflexion et créations : Recours au poème, Poezibao, Diacritik, Libr’critique et EaN.


Il me semble que LPB serait pourtant à mon humble connaissance un rare site de poésie qui propose des poèmes libres d’injonction, de psittacisme ou d’effets spéculaires, dans un esprit collectif aventurier et droit dans ses bottes en caoutchouc, sur des grèves cahoteuses animées de vies minuscules et rares.


La poésie est si méprisée que son petit lopin est agité de coteries.


9/ - Peux-tu parler de tes amours au présent ?

Elles sont passées par la justice sclérosée et mal bienveillante, qui persiste dans sa cécité. Le présent a assez duré, il traîne en longueur. Il n'y a pas que l'amour qui soit aveugle, la mort aussi. Impossible d'échapper à la société qui ronge par incurie l'intimité. L'amour est le plus ahurissant agent de modification du comportement. Il tétanise le présent. Après la catastrophe, il ne la ramène pas de si tôt. Il envoie ses limiers renifler les mines. L'un d'eux parfois ramène un joli bout de vivant. La justice est un repaire de justiciables.


10/ - Dans le cours de ta jeunesse (16-25 ans), quels sont ou ont été tes principaux intérêts intellectuels ?



Je me suis intéressée au comportement des

animaux, aux natures mortesau pouvoir magique des mots et du chant, aux mécanismes du langage, à toutes ses formes de renversement, à ses désordres.


11/ - Est-il nécessaire de produire ?


Au sens capitalistique du terme, produire est un symptôme planétaire de dégénérescence programmée. C'est un halètement suicidaire qui se paie le luxe d'asservir, donc de tuer la dignité de l'autre lui-même devenu produit à produire. Mais le cinéma a besoin de producteurs et le cerveau produit des toxines, des endorphines... Une boite de production, une starteupe qui ne se développeraient pas seraient amenées à disparaître, au nom de la concurrence, et comme se développer outrancièrement c'est se condamner à disparaître à plus ou moins long terme, l'enfer est bouclé. 

Moi, je m'active, empile les tâches, crée. Ai bien du mal à ne rien faire. J'espère continuer d'avoir la chance de ne jamais produire.