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AUTEURS

21 - Calique

Présentation

CALIQUE



Calique entretient des relations familiales avec son frère Pierre Lamarque, poète comme elle. Elle a édité un recueil de poésie , paru en 2005, intitulé Danse avec le vent.





QESTIONNAIRE DE LPB



--Peux-tu indiquer un livre que tu aimes particulièrement ?


--  Tout récemment, Le parti-pris des animaux  de  J.C Bailly : j’ai aimé et admiré la justesse, l’exigence  de cette pensée, qui donne à réfléchir en profondeur. Elle est à l’unisson de tout ce que j’ai pu éprouver du rapport de l’homme aux (autres) animaux, et de « l’animalité », c’est-à-dire, littéralement, de l’état d’être animé, pourvu d’une âme. Bailly aborde le sujet sous un angle que je trouve totalement inédit, ce n’est pas un argumentaire de plus, c’est une méditation qui s’appuie sur une observation très fine .


 


--Peux-tu donner un vers, un mot que tu aimes ?


-- « Dire ton nom est plus lourd que soulever une pierre » : cette phrase d’un poème d’E. O. Mandelstäm  déborde pour moi de son contexte, exprimant avec acuité la souffrance de ne pouvoir communiquer, et m’accompagne depuis longtemps. Mais beaucoup d’autres échos affleurent ça et la à mon esprit, comme des vagues. Quand j’étais petite, c’était : « Etre ou ne pas être, telle est la question ». Je n’avais pas lu Shakespeare ! Mais ce vers m’avait frappé comme une révélation et plongée dans une sorte de stupeur dont je ne suis jamais revenue…


 


--Quelles sont tes lectures habituelles aujourd’hui, et comment s’expliquent ces habitudes ?


--Je n’en ai pas d’habituelles, même si je reviens boire à la source de certains auteurs, comme F. Garcia Lorca, Virginia Woolf, Guillaume Apollinaire, et d’autres poètes. J’aime par-dessus tout être engloutie à l’improviste par une phrase, une page saisissante, au gré du hasard miraculeux, me perdre dans la pensée d’un(e) autre, laisser les miracles surgir et m’accompagner (Comme les tout petits, je crois que la lune m’accompagne…)                                                    Et depuis l’enfance, je n’ai pas cessé de lire des contes et des légendes. Je ne lis pas BEAUCOUP, je suis lente, j’ai besoin de longs espaces de silence pour entendre ma propre voix, mais je lis avec passion.


 


--Peux-tu citer un support de diffusion de la poésie que tu affectionnes (autre que le livre) ?


--Je préfère les livres à tout autre. Mais les sites ouvrent le champ du possible, surtout celui de la Page Blanche, qui ne cesse de se réinventer ! Et j’aimerais beaucoup que la poésie soit (bien) lue, chantée, voire chorégraphiée et dansée, et peut-être tout cela à la fois : et qu’elle sorte DANS LA RUE, portée par des voix humaines, accessible à tous, qu’elle gagne du terrain, qu’elle se dégage du fourreau étroit dans lequel on veut la contenir, à l’écart du monde !


 


--Le monde lit -il toujours, et quoi ?


--Je ne sais pas, une partie du monde, oui … Je trouve le rapport au livre trop rigide, la lecture trop souvent associée à un savoir sacralisé ou à un divertissement sans conséquence – pas assez à la jubilation, à l’émancipation et à la quête de sens – ce qui, il me semble, détourne beaucoup de lecteurs potentiels, qui auraient découverts en elle des jalons pour tracer leur chemin. Mais ceux qui ont eu la chance d’y goûter ne s’arrêtent jamais : c’est à eux de partager leurs enthousiasmes pour briser le carcan inhibiteur… Les sites ont un grand rôle à jouer dans ce sens !


 


--Quel est ton plat préféré ?


-- Toute la cuisine asiatique ! et au quotidien, ma spécialité, la salade à l’échalote.


 


--Quels sont ta musique, ton film préférés ?


--J’écoute beaucoup de musique(s), j’aime en découvrir de toutes sortes, de la musique dite « classique », on se demande bien pourquoi, au jazz Manouche, au jazz en général (avec une affection particulière pour Chet Baker) et à la pop. Et il y a les musiques majeures : Le vent, la pluie, le chant des grillons, des oiseaux …


Mon film préféré : Will Hunting, parce qu’il évoque avec beaucoup d’humanité la douloureuse laideur du monde social, et plus généralement, ces barrières qui nous séparent et peuvent nous détruire, et la nécessité, la possibilité de les franchir ; et aussi parce que les mathématiques, auxquelles je n’entends rien, exercent sur moi une étrange fascination…


 


--Peux-tu parler de tes amours au présent ?


--Quelle qu’en soit la forme, c’est inexprimable pour moi autrement qu’en poésie, comme tout l’essentiel. La poésie est l’acte magique qui m’aide à (re)trouver la parole.


 


--Dans le cours de ta jeunesse (16-25 ans), quels sont ou ont été tes principaux intérêts intellectuels ?


--L’art, la poésie, depuis toujours. Toutes les formes d’exploration de la vie intérieure et de la vie tout court, de questionnement sur le monde et ce que nous sommes. Pour l’instant, dans le cours actuel de ma jeunesse, parce que je ne sais rien des mystères au-delà de ma soixante-troisième année.


 


--Est-il nécessaire de produire ?


--Oh non ! Le mot a une double connotation détestable de « résultat attendu » et de « rendement » : il appartient au vocabulaire marchand, aux antipodes des finalités de l’art. Ecrire, par exemple c’est  exsuder, tant bien que mal, ce que l’on est, ce que l’on porte en soi, ce vers quoi l’on tend : rien à voir avec la fabrication d’une certaine quantité de quelque chose, d’un objet utilitaire, abstrait ou pas, précieux ou non.