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AUTEURS

31 - Anne Barbusse

Comme un art poétique post-internet


Comme un art poétique post internet


 


 


 


Tu as traversé la misère proverbiale les HLM et les gravats les commissariats clôturés les quartiers d’ouvriers les ouvriers partis le linge sur les balcons la désintoxication industrielle les friches les friches.


Des enfants ont favorisé le parcours de cette misère ils ont des visages bruns et les hommes fument tandis que les femmes sont plus fugaces que l’exclusion.


Rocade nord, la Belle de Mai plus défavorisée que la mer lointaine mangée de ferries après la voie rapide.


Les quatre voies ont encerclé la ville, les cheminées rouges d’usines ont fabriqué des paysages mutants et les briques ont désamorcé l’industrialisation du monde. Alors s’allume Profondeville.


Entre les colonnes de béton s’ouvre un écran-vidéo, nu et seul, et une fosse remplie d’eau le reflétant, double écran approfondi.


Le monde prend la tangente s’autorise un mélange couleurs/lumières qui t’explose à la figure juste après le carré de permaculture et des ateliers pour enfants de quartiers défavorisés.


D’ailleurs les enfants ont affiché leurs œuvres. Les plantes attendent.


Entre colonnes de béton et cartes postales de feux d’artifice figées dans plastique élémentaire.


La crise fait le choix des gyrophares.


Entre les colonnes nues de béton et le toit de tuiles marseillaises certaines transparentes comme le ciel. Paysage urbain brut. Espace encore.


Rendre visible/visuelle l’électricité.


Gyrophares hypnotiques assemblés.


On s’engouffre dans les lumières.


La fosse d’eau bleue immobile dédouble les écrans imaginés.


Lumières reflétées à perte.


Lumières pures lumières. Lumières-taches surajoutées aux images adjacentes. Lumières rectangulaires.


Gyrophares tournent.


Gendarmerie/police sur canapé.


Frigos très américains derrière l’écran, dépecés désossés avec lumières froides faibles.


De séquence en séquence image désossée de l’électricité purifiée des fils et conducteurs.


Lumière hors matière.


Des fils électriques raccordés par du scotch.


Courant circule.


Electricité éclaire.


Gyrophares dépecés, des anonymes installent un dispositif totalement déconnecté de la réalité policière. Ils ont des pavillons de banlieue, des jardinets quelconques, des salons interchangeables, des chambres à coucher pauvres et proprettes.


Circuits électriques à nu, déplacement suggestif des matériaux.


Lumières courent tels rushs échappés de la matière contemporaine et sûre.


Musique remplissant les interstices. Inachèvement du spectacle réitéré par instinct.


Hypnose sous-jacente. Scandale du ready made qui s’affranchit de la destination intrinsèque à l’objet industriel. Un doute plane.


Gyrophares tournent.


Sirènes hurlent.


Une voix américaine converge vers l’image, caverneuse à la Lynch, évacuée de ses mythes ; prenant à rebours le found footage miraculeux.


Internet démantibulé de l’intérieur.


Voix inouïe superposée à l’urgence.


Gyrophares aussi inutiles que les policiers absents entre colonnes de béton et hangar industriel.


Le béton hurle. L’écran accueille. Refabrique couleurs et images. Caverne plus que platonicienne et bétonnée en attente de travaux, pour ateliers d’artistes. L’industrie lourde se reconvertit. Les hommes résistent.


Un frigo américain renfermant un bloc de plexiglas en dit plus sur l’Amérique que tout discours présidentiable.


Nous aurons des luttes intransigeantes. Nous réinstallerons l’art dans l’usine. Nous ferons des vidéos pour survivre. Et des enfants regarderont, assis au bord de la fosse d’eau calme.


Urgence de gyrophares hors stéréotypes, brûlant la langue des exclus.


Dans la forêt des incandescences dénudées une image a tracé la route hors carte. Il s’agit juste de modifier le gyrophare d’une ambulance intégré à un frigo pour que l’inutilité du dispositif allume des feux.


Ton GPS facultatif.


La ville est plus profonde quand on la révulse. Les vidéos la réalisent/déréalisent. Les flics sont alors déconstruits, clignotements inoffensifs et durs.


Si nous sommes plus malins que les objets qui nous manipulent/terrorisent, nous avons la lumière au bout de nos doigts. La fée électricité sillonne notre art.


Déconstruire, déconstruire. Pour être, désassimiler les objets et raviver lumières, clignotement exacerbé de notre fragilité combative.


Déminer la consommation capitaliste et la société policière/policée. Cela flashe et cela rupture.


Allumer l’art.


Tel écran fulgurant anti-platonicien et dysfonctionnel.


Comme un art poétique électrifié de l’intérieur, post internet et catastrophique.


 


 


Après avoir vu l’exposition Profondeville de Rémi Bragard, Atelier Jeanne Barret, Marseille, juin 2022.