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45 - Marc Bedjai

PIERRETTE MICHELOUP A LA PAGE BLANCHE


PIERRETTE MICHELOUP A LA PAGE BLANCHE


MARC BEDJAI


 

 

   De la rencontre avec Pierrette Micheloud le 24 juin 1993 au Marché de la Poésie à Paris, Place St Sulpice (Paris 6e) est née une amitié poétique flamboyante qui s’est prolongée jusqu’à son départ en Suisse en 2006 dans nos entretiens orphiques au petit studio qu’elle habitait 5 rue Perronet dans le 7e, à deux pas de la rue des Saints-Pères et du Bd Saint Germain. Ils se rapportaient notamment à nos œuvres respectives comme la lecture critique d’Isfra qu’elle devait annoter de sa belle écriture, à son intuition gnostique de la Gynandre, mythe de la Déesse-Dieu qu’elle portait en elle, ou à l’évocation de l’univers hermético-alchimique qui nous passionnait tant et qui avait décidé de la vie spirituelle de Spinoza dans les Provinces-Unies au XVIIe siècle. Il lui est arrivée de me consulter sur des œuvres présentées au prix de Poésie qu’elle animait ou sur la théorisation de sa vision gnostique appuyée sur une prose poétique, tentative dont je la dissuadais : nos échanges étaient francs, directs, amicaux sans une once de friction. Quelle âme attentive, joyeuse, enthousiaste qui laissait venir à elle l’âme Sœur. C’était bouleversant. Je vois en elle, dans son itinéraire d’une gynandre née de la contemplation du beau et de la trangression- celle de l’homosexualité-, la poétesse de l’Illumination subite qui nous habitue au sublime avec son Grand-Œuvre eurydicéen  nous installant En amont de l’oubli. Ce sommet de prose poétique qu’est  le Témoignage de L’ombre ardente (1995) de Pierrette Micheloud est magnifique.

   Son pèlerinage poétique à la conquête d’elle-même dans la Lumière-Source de la Vérité d’Elle-Il opposée à celle du Monothéisme - et pourtant proche de Shekina, la présence divine au féminin dans le Zohar (XIIIe siècle) - s’incarne dans trois grands textes :

Les Mots La Pierre (1983), méditation alchimique sur la pierre

p.11

Pierre trois fois obscure, souffrance

De l’UN, sa virginité femelle

Ebruitée, antre d’incohérence.

 

Mais la même souffrance est en elle

De qui fut arraché du réseau

De son être l’astre qui féconde.

 

Mère-Père, en ton lointain vaisseau

Quand l’aube rassemble ses errances

Tu fends l’oubli, deviens notre songe.

______


 

 

 

 

 

 

 

 

 

p.25

Pierre d’un astre errant, amours mortes

D’éons engendrés lors de la folle

Pulsion d’Il-Elle à travers le rien.

 

Et soudain ne plus se reconnaître

Le cœur scindé en deux cœurs reclus

Chacun dans le ghetto de son sexe

 

Pauvres étourneaux pris à la glu.

Elle est passée l’heure qui pardonne

Cloîtrons-nous dans ton froid cristallin.

______


p.56

Pierrette, petite pierre miche

De l’oued, lyre d’eau serpentine

Pierre à feu. Pierrette Micheloud

 

P : lettre séminifère ignée

M : eau matricielle, un avant-goût

De fleur. Mon nom de gynandracée.

 

Par osmose féconder l’ovaire

Et m’en réjouir jusqu’au fruit. Paître

Le loup dans l’œil de la licorne

____

Entre ta mort et la vie (1984)(non paginé) inspiré du Bardo Thôdol des tibétains

 

Répète trois fois sept fois

Le point de lumière

Qui vibre en moi est uni

Au corps de splendeur

Qui conçoit et engendre la vie ;

Comme lui ma conscience

N’a ni naissance ni mort

_____


Rendre vivante la Vie

Ton identité

Réelle au centre du cœur.

 

Communier à sa lumière

Suprême alchimie du sang

 

 

Azoth suivi de Mélusine (2000

p.47

J’entre dans la chambre profonde

Où je m’attends moi-même

J’ai laissé à la porte

Mon étui de voyage

Aux velours noirs et roses

Le miroir où l’été

Ma neige-amante

Regardait parmi les gentianes

Fondre mon cœur

 

J’entre seule

A visage découvert

Pas tout à fait seule

La mort m’escorte, la vie me suit.

______


p.68

Seul pourrait être éternel

Le point de folle lumière

Antérieur à toute chose

Toute chose d’étant faite

A partir de lui.

Mais lui, comment s’est-il fait

Dans cette absence infinie

                                            ______


p.73


Notre génèse a son germe

Dans le brasier d’un amour

Solitaire éclaté vif

N’en pouvant plus de douleur

De s’aimer lui-même.

 

D’où le soc de nos regards inquiets

Labourant l’éternité

 

 

 

 

 

 

 

REPERES CHRONOLOGIQUES

 


6 décembre 1915, Romont : Naissance en Suisse de Pierrette Micheloud


Etudes classiques à Neuchâtel et Lausanne


1937 : séjour en Angleterre pour apprendre la langue


 1940-1941 : Université de Zurich, Cours d'allemand et de littérature française


           Université de Lausanne, Cours de théologie


1950 : s’installe à Paris et commence son parcours orphique et son parcours de peintre


1952-1960 : écrit dans les journaux suisses La Liberté, la Gazette de Lausanne, Treize Etoiles


1964 :  crée avec Edith Mora le prix de poésie Louise-Labé


      Prix Schiller pour Valais dc coeur


1964-1968 : critique littéraire à Paris aux Nouvelles littéraires


1969 : Prix de l’Académie française


1969- 1976 :   rédactrice en chef de la revue Les Pharaons, une collection liée à La voix des poètes que fondèrent Simone Chevallier et Franz Weber.


1972 : Prix Edgard Poe de la Maison de la Poésie à Paris


1975 : Prix de la fondation Archon-Despérouses, fondation de l’Académie Française pour                            Tout un jour, toute une nuit


1979 : Grand prix des pharaons


1980 : rubrique Vivante poésie dans Construire


      Prix Schiller pour Douce-amer


1984 : Prix Guillaume Apollinaire pour Les mots la pierre


1991 : Prix de la Société des gens de lettres


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24 juin 1993 : Rencontre de Pierrette Micheloud au Marché de la Poésie, Place St Sulpice, Paris 6e.

Naissance d’une amitié poétique flamboyante

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1995 :  Je fais connaître Pierrette Micheloud à Marcel Rio qui dirige Les Cahiers de La Baule


1996 : Prix de la Société des gens de lettres


2000 : Grand prix de poésie Charles-Vildrac de la Société des gens de Lettres de France pour Poésies


2002 : Prix de consécration de l’Etat du Valais


 

14 novembre 2007 : Pierrette décède à Cully

2008 : Création du Prix Pierrette Micheloud

 

Fondation Pierrette Micheloud

Bibliographie de Pierrette Micheloud

 

 

Saisons, poèmes, Editions Held, Lausanne, 1945, 19 X 14, non paginé [128 p.].

Pluies d’ombre et de soleil, poèmes, Editions Held, Lausanne, 1947, 14 X 19, 112 p.

 Sortilèges, poèmes, avec un dessin de l’auteur (autoportrait), Editions des Rivières, Lausanne, 1949, 15 X 21, 40 p., 300 exemplaires numérotés sur papier volumineux blanc-neige Swissthick.

Le feu des ombres, poèmes, Editions des Rivières, Lausanne, 1950, 17 X 23, 32 p., 250 exemplaires numérotés sur papier volumineux blanc-neige Swissthick.

 Simouns, poèmes, Editions des Rivières, Lausanne, 1952, 14 X 21, 36 p., 400 exemplaires numérotés sur papier bouffant blanc. Points suspendus, poèmes, Pierre Seghers, collection Poésie 53 n° 253 , Paris, 1953, 11 X 18, 44 p., 10 ex. sur Hollande marqués A à J, 100 ex. numérotés sur Alfa marais + édition courante.

Points suspendus, 2e édition, Editions des Rivières, Paris, s.d. [1953], 11 X 18, 42 p.

Dictionnaire psychanalytique des rêves, avec la reproduction d’un tableau de Leonor Fini en couverture, Les Nouvelles Editions Debresse, Paris, 1957, 11,5 X 18, 160 p.

Ce double visage, poèmes, Editions du C.E.L.F., collection Le Trou dans le Ciel série VII n° 42, Malines (Belgique), 1959, 14 X 9,5, 18 p.

Passionnément, seize fleurs sauvages, poèmes en prose, dessins de Claire Finaz, La Baconnière, Neuchâtel, 1960, 16 X 17, 72 p.

L’enfant de Salmacis, poèmes, avec un dessin de Leonor Fini, Nouvelles Editions Debresse, Paris, 1963, 14 X 22,5 , 104 p., 20 ex. numérotés sur pur fil Lafuma + édition courante.

Valais de cœur, proses poétiques, photographies de Jean-Jacques Luder, La Baconnière, Neuchâtel, 1964, 18 X 21, 112 p.

Tant qu’ira le vent, poèmes, avec un dessin de Gromaire en couverture, Editions Seghers, collection P.S., Paris, 1966, 12 X 19, 64 p., 20 ex. numérotés sur Alfamarais + édition courante.

Tout un jour Toute une nuit, poèmes, La Baconnière, collection La Mandragore qui chante n° 28, Neuchâtel, 1974, 14 X 21, 68 p

Douce-Amère, poèmes, La Baconnière, collection La Mandragore qui chante n° 35, Neuchâtel, 1979, 14 X 21, 104 p.

Les mots La pierre, poèmes, La Baconnière, collection La Mandragore qui chante n° 39, Neuchâtel, 1983, 14 X 21, 120 p.

Entre ta mort et la vie, poèmes, avec 40 illustrations en couleur de l’auteur, Editions pourquoi pas…, Anières (Genève), 1984, 18 X 24, non paginé [100 p.], 400 ex. numérotés.

La Cerisaie, poème, La Balance, Sauveterre-du-Gard (France), 1990, 13 X 21, non paginé [20 p.], 13 ex. nominatifs avec 2 gravures de Dagmar Martens, 36 + 3 ex. avec 1 gravure. Elle, vêtue de rien, poèmes, avec un dessin de l’auteur en couverture, L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents n° 5, Paris, 1990, 13,5 X 21,5 , 96 p.

En amont de l’oubli, poèmes, avec un dessin de l’auteur en couverture, L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents n° 43, Paris, 1993, 13,5 X 21,5 , 160 p.

L’ombre ardente, témoignage, Monographic, collection Racines du Rhône n° 8 , Sierre, 1995, 14 X 21, 264 p.

Pas plus que la neige, poèmes, avec des dessins d’Erik Bersou, Gravos Press, collection poétique « iô », s.l. [imprimé à Neuilly le Bisson (France)] , 1998, 16 X 21, non paginé [28 p.], 100 ex. numérotés sur papier centaure. Poésie 1945-1993, avec la reproduction d’un tableau de l’auteur en couverture, préface de Jean-Pierre Vallotton, L’Age d’Homme, Lausanne, 1999, 15,5 X 22,5, 272 p.

 Azoth suivi de Mélusine, poèmes, avec une illustration de l’auteur en couverture, Proverbe, Marchainville (France), 2000, 14 X 21, 120 p.

Seize fleurs sauvages à dire leur âme, poèmes en prose, photographies en couleur de Didier Bruchez et Egidio Anchisi, Editions Pillet, Saint-Maurice, 2001, 12 X 19, 88 p. [version définitive de Passionnément ].

Regard sur… le Rhône, prose poétique, avec des aquarelles de Françoise Carruzzo, Editions Porte-

 Du fuseau fileur de lin, poèmes, avec une illustration de l’auteur en couverture, Monographic, Sierre, 2004, 15 X 21, 96 p.

Qu’est-ce que la poésie ?, texte d’une conférence, Editions du Madrier, Pailly, 2005, 15 X 21, 8 pages. Nostalgie de l’innocence, récit, L’Aire, Vevey, 2006, 14 X 22, 236 p.

 Choix de poèmes (1952-2004), établi et présenté par Jean-Pierre Vallotton, L’Age d’Homme, collection Poche Suisse n° 271, Lausanne, 2011, 11,5 X 18, 176 pages.

Choix de textes, établi et présenté par Catherine Dubuis, Editions des Vanneaux, collection Présence de la poésie, Montreuil-sur-Brèche (France), 2012, 13 x 17,5, 316 p.

 Journal de mes amours, édition établie, présentée et annotée par Catherine Dubuis, Slatkine, Genève, 2015, 15 x 22, 152 pages.

 Poèmes du Zodiaque, avec 46 illustrations en couleur, BK Editions, Le-Mont-sur-Lausanne, 2015, 18 x 20, 112 pages.

 Derniers poèmes (2003-2006), Le Miel de l’Ours, Genève, 2015, postface de Jean-Dominique Humbert, 12 x 16, 44 pages, 200 exemplaires numérotés.

Poèmes pour Edmée, livre d’artiste sous coffret avec 2 gravures originales d’Armand C. Desarzens, Editions d’Orzens, Lutry, 24 x 32, 38 pages, 67 exemplaires numérotés.

Nostalgie de l’innocence, Editions de L’Aire, collection L’Aire bleue, Vevey, 2016, préface de Julien Dunilac, 12 x 19, 272 pages.

 

 

Notre contribution à deux hommages rendus de son vivant à Pierrette Micheloud , en 1995 et 2002:

 

Les Cahiers de La Baule, Directeur Marcel Rio, n° 72, La Baule (France), 1995, Poèmes de P. Micheloud, pp.9,68-69 ; A l’euvre de P.Micheloud :Andrée Chedid, Jean Celte, Serge Brindeau, Yvette Reynaud-Kherlakian & Marc Bedjaï : « L’ombre ardente de Pierrette Micheloud », pp.52-61 Micheloud ; Le Grand Oeuvre de Pierrette Micheloud, pp.62-67.

 

 Présence de Pierrette Micheloud, ouvrage publié sous la direction de Jean-Pierre Vallotton, avec la reproduction d’un tableau de l’auteur en couverture et 16 pages de hors-texte en couleur, Monographic, Sierre, 2002, 16 X 22, 188 p. :Marc Bedjai, présentation de Saisons

 

Marc Bedjai, Azoth ou l’alchimie poétique de Pierrette Micheloud : 4 p. , non publié