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AUTEURS

53 - Guillaume Lamarque

Poèmes

LA FRITURE


«Quelques jours plus tard elle se gratta le squaloïde malgré quelques gênantes branchailles. Ca sentait la friture. D’humeur congre elle insista. Son grondin puant, qu’elle aimait appeler Ulysse, lui rappela soudain un rêve étrange à cause de l’odeur de hareng. Ça commençait dans un bar à friture. Accoudée au comptoir crasseux elle commanda un corégone au barman bouseux. Plutôt que de la servir il lui jeta un guignon à la face en hurlant « Grondin de lamproie !». Alors elle sortit sa carpe et lui touilla un gluant turbotin qui colla le poissard au sol. En bonne guigne, elle poussa un gras soupir et pris la gnôle du voisin. Le voisin mécontent grogna salé mais redoutant la vieille truite, ne broncha mot. Le barman se releva et nettoya sa crassane avec son mouille-bouche en marmonnant : «Quelle journée de barbeau». Un pêcheur poisseux avec une tête de pigeon arriva avec ses morues qu’il posa sur le comptoir. Le merdeux lorgna la vieille. Agacée elle déculotta son plumet, prit une morue, s’en torcha le croupion et fit bouffer la poiscaille au pouilleux.