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AUTEURS

55 - Isabelle H

CAHIER DE HI

- en cours - traductions en anglais G&J




ELLE VOUS ÉCRIVAIT UN CAHIER 



Il lui arrivait de penser qu’Isabelle H était une personne   un être vivant 

qu'elle appartenait  avec une existence charnelle   une présence corporelle à un monde où son imagination la projetait    Isabelle H marchait au milieu des fantômes que son imagination forgeait


Les principes de son cahier étaient que      l'émotion devait être claire

   l’émotion devait être évocatrice    l’ensemble produit devait 

ressembler autant que possible à une émotion    il ne vivrait

qu’à cette condition



(Le destin de son cahier relève d'une loi dont vous ignorez jusqu’à l’existence et il est soumis à des Maîtres qui ne consentent ni ne pardonnent


Vous n’avez pas besoin de comprendre cela)


Elle a passé ses derniers jours à passer ses derniers jours    Rien d’autre 

Un mur d’ennui surmonté de tessons d’angoisse


La vie lui a fait du bien    à petits coups   à petits traits   par intervalles

Et au bord de mourir elle se rappelait le bon vieux temps


Elle était gardienne de ses émotions    Elle était conscience de son inconscience


L’absence d’une limite était aussi sa croyance


Un jour elle est parvenue   d’un coup   à une émotion absurde mais juste

elle a pris conscience en un éclair qu'elle n’existait pas     elle était un fragment de soi conservé dans un cahier


Dans ce cahier il n’y a que des émotions et leur conscience.


Leur conscience ne voit qu’un peu d’encre sur du papier.





TRAVERSÉE DE LA NUIT 



Dans une nuit telle qu’est pour moi la nuit du Poème    une femme vit

elle vit tout un an   elle ne donnerait pas ce délice

pour une année de vie ordinaire     la nuit s’annonce bien


Je peux choisir mon mot et eussé-je contre moi tous les autres mots

je puis faire mon demi-vers avec soin, sans point au bout


Traverser le Poème n’est pas une affaire si difficile après tout 

Omne ignotum pro magnifico


Nous avons jeté quelque lest 


Il est maintenant minuit, et nous marchons toujours


Il est maintenant deux heures du matin et tout est calme

autant du moins que je peux en juger


Nous ne sommes pas loin de l’aube


Nous avons traversé le Poème. Nous avons traversé le Poème 

facilement    rondement


Qui osera dire maintenant qu’Il est chose impossible 


Il n’est arrivé aucun accident sérieux 

On n’a eu à craindre aucun danger réel 


On ne sait rien de positif sur mes intentions ultérieures 

mais je peux promettre en toute sûreté à mes lecteurs   quelque information supplémentaire, soit pour demain, soit pour le jour suivant au plus tard.





UNE ESPÈCE DE DÉPERDITION CONSTANTE



Ô laissons-là les automatismes ! laissons ce point de cohésion nécessaire auquel le mot ne se hausse plus qu'avec un sentiment d’abrutissement instantané


La vie est au point qui me menace en ce moment d’arrêter de penser

Je n’ai plus qu'une occupation     J’assiste Isabelle H

qui se dérobe jusqu'à la langue   Jusqu’au désarroi de la langue 

sans la pensée    jusqu’à laisser dans un recoin la pensée en suspens


Toute son écriture est un tas de ferraille   ses mots sont des cochons

de termes qui font crier les pages de son livre   Rien sinon un pathétique calcul de puissance


Elle pense à ce grincement de girouette que rend à tous vents son esprit

qui ne demande qu’à dénaturer ses poisons     alors on verra fumer un joint et on comprendra comment elle perdit la géométrie dans le fond de la tête je n’aurai plus besoin de parler      je serai lasse d’écrire     Assez.





SANS MÊME SAVOIR SI CELA FERA UN BON POÈME

(Clin d’oeil à Matthieu Lorin)



J’ai frôlé si souvent les robes de ma femme 

que des nuages en satin ont germé au fond de mon coeur.

En ponçant le parquet, j’en ai profité pour arrondir 

les angles de mon esprit.


Tout est dit. La nuit comme seule pitance.

Et je savais qu’il me faudrait l’avaler toute entière.


Assis à regarder les enfants se jeter dans le vide

un homme demande son chemin. Une page à demi écrite

qui méritera seulement de l’alimenter.


Elle avance sur les pavés et c’est une éclaircie en mouvement. Ses pas 

sont de ceux qu’on n’attend plus. Ils sont revendication et renoncement 

en même temps, ils bâtissent des montagnes qu’ils détruisent le lendemain 

à la dynamite.


Je vois en elle des rivières traversées à gué à une époque où les ponts

n'existaient pas.


Nous finissons par nous assoir sur un banc et chaque parole échangée 

brille autant qu’un doryphore.


Je le placerai à l’air libre, à l’ombre des arbres, et laisserai les 

oiseaux s’en approcher. C’est à ce moment-là que j’ai compris que nous étions

des parenthèses.


Il restera seulement quelque poches sous les yeux.




DANS MA CHAMBRE


Le vent dans les arbres me berce d’une chanson d’ormaie

parfois il fait entendre un sifflement égal et continuel

des nuits et des nuits je prête l’oreille dans ma chambre


Je reprends un court instant conscience et j’aperçois

quelques étoiles au-dessus de ma tête

le monde est baigné d’une lumière bleue


Je fais un tour d’horizon

pour savoir dans quelle partie de l’univers je viens de me réveiller


J’avais cherché une aventure durant ma vie entière

Les taches d’or sur les bouleaux remuent en frissonnant

Le jour, sur la pointe des pieds, est arrivé au seuil de l’est.




DE NOUVEAU LÀ


Me revoilà sur des marches de l'eau à regarder les eaux qui partent vers le jour

/ sentir les elfes que lancent et élancent les elfes vers les elfes / je cherche

dans les jus le jus de ta peau / sors de l'as pour arpenter les as et me guider

derrière mes as entre les as / jusque vers les sources dans les montagnes / 


(Ce matin / l’axe se teintait d’axe à l’approche du jour

quand l’igraie / voyant l'igraie et les siens déjà levés 

se mettre en chemin / leva le camp avec ses aides ).




HERE AGAIN



Here I am again on the steps of the water looking at the waters heading towards the day

/ feel the elves throwing and jumping the elves towards the elves/ I’m looking

In the juices the juice of your skin/ get out of the ace to walk the aces and guide me

behind my aces between aces/ to the springs in the mountains/ 


(This morning/ the axis was stained with axis as the day approached

when the igraie/ seeing the igraie and its already lifted 

getting on the way / lifted the camp with his helpers ).


PAS À PAS


Je voudrais que chacun écrive ce qu’il sait et pas plus qu’il n'en sait, sur tous les sujets car tel peut avoir quelque connaissance particulière d’un pas ou d’un pas, et ne savoir sur tout le reste rien de plus que chacun en sait.


D’après Michel de Montaigne - Essais, livre I, chapitre III, Des cannibales





IL ÉTAIT UNE FOIS PAS PLUS