La
page
blanche

Le dépôt

CABANES

Jean-Michel Maubert

COMME DES FLEURS DE MIGRAINE [poèmes]


l'estuaire brûlant l'horizon mua en une lente vapeur noire


des veaux léchant leurs paupières de sel


parfum d'armoise, une pierre blanche une graine de lin dormant dans ta poche


un hérisson écrasé pourrissant dans l'herbe du talus



ta poitrine est un bloc de calcaire


une bête morose dort à tes pieds


des lions amputés prennent docilement le soleil


autour de nous le feu le temps enlisé



nous retournerons tout au fond,


mêlés aux ronces


dans la lumière inféconde


des chardons grandissent à présent dans ma bouche






des lézards imitant les songes,

une vache amputée prise dans une chaleur de miel

le ciel grinçait

dans ta pupille

et puis, ce vent

gorgé de pluie, de grains de sang,

ces long cils, l'insecte fané à l'heure des morts,

ainsi germent, roseaux,

l'amertume du pissenlit, ta robe où brûle le bleu

comme un fragment

corps noué au roc, la douce lumière du thé






la lampe brûlant veuve blanche


tes veines : des gravures sur bois


maigres racines de l'astre bu


coupure sale d'un jeune ciel


des trèfles s'étreignant dans le soleil


pleure au fond du sommeil


la tête de l'homme-éléphant


ainsi reposer sur le lit sans oreillers nuque brisée


bêtes humant une lumière de sable


la lagune feu noir des mains ton sternum


les ronces au matin nid de petits rats un papillon noir


l'œil du poisson comme un mur






une odeur de violettes l'encens sœur cette vieille chambre les pleurs d'un petit singe


ronces le mercure des toits lumière de lait roses brûlées ces mains cassées l'âne


le couteau sale usé du boucher des marguerites dans la boue d'hiver attendre la nuit jaune






dans cet effondrement froid la lumière amputée


derniers jours porcelaine du visage un cheval dormant dans la neige aimante







ainsi naquit

le ver humain industriel

attendant l'aurore du sang

des plaques d'acier

pour la douleur des jours

cheval éventré

paupières cousues de nuit

bouche rouge inox

poussière de ce monde où rêve un chien rendu schizophrène

lacs froids

briques couleur boucherie l'os candide moelle

cassure des orages

une sirène pourrissant dans un lit d'hôpital

viande crue vaches écorchées





petit front de nacre

un poison fœtal

pour clore

ce nom de cendre

à peine

des cartilages un astre

imberbe

vertèbres taillés dans une glace lunaire

bosselures noires

chair murée en toi

comme un cri lourd

racine de nuit

puisant dans l'épaisseur des cendres

l'âme crue d'un axolotl