La
page
blanche

Le dépôt

CABANES

Jean-Michel Maubert

ÉLÉGIE [poèmes]

pour Claudia

In Memoriam



cette noirceur des eaux

où je cherche mon visage d'enfance

tes lointains murmures

ce que furent les lisières

la lune électrique

tes cheveux ta chair la nuit

ce temps des roses mortes...

demeurent

ces vitres la pluie l'enterrement

des rêves laisse moi maintenant






dans la terre

où tu dors

jeune rose

près du cœur

ce lent tumulte

le silence





dans cette nuit où nous sommes

restés

tes mains ton visage

je suis

seul muet

il y a quelquefois une lumière

sur ta tombe





ces ronces

les mots en sang

l'hébétude

les cendres du souffle

ton visage

d'encre blanche

en moi





le temps –– miroir animal

un drap de silence

la lassitude des jours





je suis fait

de ces fragments gris

oubliant toujours cette

auréole dans la boue

les coups

les nuits sans mots





murmurer ton nom

pour que rien ne s'amenuise

cette fraîcheur

l'éclat du visage





dans le rêve

innommé

cette étreinte

comme un souffle

fragile





lumière trop lente

la bougie au bord du sommeil

le vent au dehors

la campagne voilée

et il y aura la forêt

le silence des champs





la chambre close

pour que ne

s'éteigne pas

l'image

absente





ce suaire des mots

à peine





maintenant nous sommes

dans le pays gris

à peine las

il y aura d'autres couleurs

l'odeur des cuisines

les chiens

le gravier

la grille du cimetière





les arbres

ce fragment de pain

la vibration d'une libellule

ce jeune linceul





jamais je n'ai oublié ce jour

le visage de ta mère

sa voix

l'insomnie

la douleur





la pluie hors sommeil

sur ces routes

où je reste

avec ces cendres

de mémoire





l'émotion à Berlin

face aux dessins

de Käte Kollwitz

ce silence

et cette ombre

des douleurs





la nuit seule

éloignant

tout matin


l'encre désuète


la ligne asséchée

d'un sourire





la terre

où reposent aussi

ces minuscules animaux

l'inachèvement des lumières

ma bouche fanée

effleurant ta peau





je songe à cette robe

colorée

à ces fines pierres blanches

serrées dans les mains

à ces vieilles porcelaines

aux rideaux remuant si lentement au gré du vent

au carrelage fêlé

à cette vitre donnant sur la rue





ainsi

loin de toi

il faut retourner

au silence