La
page
blanche

Le dépôt

CABANES

Jean-Michel Maubert

PARAGES [poème]

ville germée nue dans le matériau

d'une interminable pluie

communauté d'os et de murs

crânes d'hominiens chiens aux yeux humides

écrasés sous les pneus aveugles


sur le monumental rond-point

île entourée d'air solide

de tracassantes rumeurs huileuses

l'acier les résines bitume tournoyant

des clochards entre les herbes

sous les arbres de fer

rivés à eux une frêle bande de chiens timides

et souffreteux jaunâtre empire

visages ridés des hommes

perdus dans leurs soupe

une odeur de cigarette au maïs

gamelles, rouille

les os les dents les enflures de la mâchoire

ciel de conserves, momies urbaines

tête de béton - crève, dit un graffiti

comme la grêle l'imminence du jour


au dessus, plus au nord,

perchées sur leur colline bitumeuse :

tours blanches et bleues

rayée comme un ciel d'hiver

linge aux balcons

antennes scrutant d'autres rumeurs

sous les reins mûrs des nuages


derrière une vitre que mollement le ciel enfarine

crachotant, un petit vieux tête blanche

en scrute un autre mains et visage emmaillotés de rides

deux cannes en ferraille un chien traînant son amicale carcasse

vers un parking un trou d'ombre près du jour

rugissement d'orage polaire une moto une femme sur un banc

teint pâle longues jambes se transformant en fines araignées

mégots dénudés pelouse sans queue ni tête buvant mille déjections

une corneille morte la tête sur le gravier œil ouvert

comme la bouche d'un garçon criant



jour où vient l'asphalte fondu par endroits

ramolli presque l'été on y croît

sous le soleil dur aujourd'hui ciel de traîne

eau de lessive dans l'air

la petite vieille rabougrie

dans sa robe fanée bleutée

ex infirmière de nuit insomniaque

rose absurde penchée elle aussi

à sa fenêtre prendre l'air, oui

des yeux transparents

qui regardent au hasard

des mômes courant se précipitant sur des grilles

tels des oiseaux affolés par le passage d'une voiture

réverbères balançoires pour sauterelles fragmentées

terrains vagues aussi

herbes psychotropes de ce vert sans suite

immeubles démolis

châteaux de cartes basculants dans le vide enfant



brûle un mastodonte réfrigéré

flaques d'huiles dunes compactes

ils chassent des chats

à coup de pierres

de fusils à air comprimé

un caddy roulettes en l'air

où nichent de jeunes sourds

rumeur grise dans les yeux

pas d'horizon les tours ont des vies de macro-champignons

la bretelle d'autoroute vomissant son flux ses chocs

sous le pont voie ferrée grincement de wagons

l'odeur du métal chauffé un bus au corps canin

suit une pente trop sinueuse



pavillons désossés

la plaine, remugle de baiser industriel

crache ces restes de visages

corps usinés la bave comme ciel

l'escargot nucléaire

dévorant ses rimes - son intime fêlure




portée de souris dormant dans l'hébétude


soleil ça rouille ou d'un repli de désert


sel fleurs rouges écaillées l'œil brûlant de ce nuage


chargé d'oiseaux toxiques



crame tes poumons

le moindre songe

devient décharge et plaie

rongeurs frères noyés

quelques cloportes

ventres en l'air

tête au formol

reste le froid