La
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blanche

Le dépôt

CABANES

Simon A Langevin

Minute Papillon

Puis c’est là que je me suis mis à penser à la vitesse de l’éclair que j’étais rendu ici à cet endroit précis où je t’avais donné rendez-vous quelques heures plus tôt et je me demande encore si je dois espérer ta présence tout près de ce site à mes pieds dans la terre où j’ai enterré mon secret à ton sujet et dont tu ignores tout encore malgré que tout le cosmos au-dessus de nos têtes et sous nos pieds soit au courant oui toutes les étoiles et les astres ainsi que tous les objets exotiques de l’univers et la nature avec toutes les plantes et les arbres et les animaux et les roches connus et inconnus de l’humanité le savent et en sont imprégnés de ce secret de Polichinelle que j’ai lancé à tout hasard aux confins de cette expansion universelle afin d’en colorer d’en parfumer d’en inscrire chaque atome chaque parcelle chaque particule chaque onde afin qu’il puisse circuler et se transcender à toutes choses existantes et à venir et peut-être ton intuition sera-t-elle assez puissante pour en détecter une sorte d’effluve d’y capter quelques indices subtiles mais ô combien véridiques et concrets qui en fin de compte parviennent et émanent de mon centre au cœur de mon corps qui a su en premier lieu capter les arômes de ton parfum les phéromones de ton être qui t’enveloppent d’une indescriptible beauté visible et invisible et les choses qui ne se voient pas sont d’autant plus attirantes parce que mystérieuses et tout cela me pend au bout du nez comme l’odeur d’un bifteck saignant fait saliver le chien ou le loup qui a faim qui a le ventre creux or moi j’ai le cœur creux et je le remplis de toi tant que je peux tant que tu me le permets et j’espère de tout ce cœur que tu vas venir dans quelques minutes à l’heure convenue afin que je puisse le renflouer davantage de ta vue et de ta personne malgré que tu ne sais pas encore à quel point je suis épris des moindres détails de ta silhouette des moindres intonations de ta voix des moindres nuances de couleur de ta peau de tes cheveux et de tes yeux qui lorsqu’ils se plongent dans les miens comme une marée de caramel je fond et je fige et j’aimerais en goûter tous les sucres comme des bonbons au chocolat au café au miel pour moi tu sembles délicieuse et il s’en faut de peu pour que je ne te dévore pas tout entière pour cela il faut que je reprenne sur moi que j’empêche cette bête de loup de jaillir de moi et de s’élancer à tes trousses comme si tu étais pour lui un morceau de viande de choix triple a mais viens quand même je te jure qu’il n’y a aucun danger et tu dois absolument savoir que je ne veux rien d’autres que de te faire sourire et rire et être heureuse et te faire sentir bien au moins autant heureuse que le plus beau jour de ta vie que tu as pu avoir jusqu’à ce jour et ainsi plus tu seras heureuse plus tu seras belle et plus je serai heureux avec toi en même temps comme deux organes d’un même corps fonctionnant en une symbiose parfaite l’un allant de pair avec l’autre l’un l’autre se faisant jouir d’un bonheur toujours plus complet et intense donc ne te fais plus attendre montre-toi de toute façon tu le sais peut-être pas encore mais les planètes le disent les cartes le disent les lignes des mains le disent les marcs de café le disent alors comment veux-tu échapper à cet avenir si proche qui doit inévitablement nous rapprocher pour au moins un bon bout de temps ensemble combien de temps je ne sais pas le plus longtemps possible pour toujours si possible ça dépend de tellement de choses de causes et de conséquences de tellement de choses qui ne sont probablement même pas de mon ressort ni du tien mais tout ce qu’il faut entre nous deux c’est de l’amour de l’amour en veux-tu en voilà moi j’en ai pour toi si tu veux est-ce que tu en veux est-ce que tu le veux est-ce que tu le peux si tu le veux tu le peux au fond c’est si simple surtout quand l’oracle et tous les astres à la fois disent oui comment résister comment se refuser ce magnifique état d’aimer comment dire non aux forces lumineuses et invisibles qui poussent les uns dans les bras des autres qui tissent des fils et des liens que l’on ne peut pas voir mais que l’on ressent si fortement à l’unisson et auxquels on ne peut pas dire non ce serait de la folie ou bien de l'imbécillité je me dis tout le monde a un cœur et le cœur est fait pour aimer même un tout petit cœur d’enfant peut contenir tout l’amour qui se trouve sur la terre ce n’est pas peu dire et je ne peux pas croire que quelqu’un n’en voudrait pas ni toi non plus je ne peux pas croire que tu pourrais être ce quelqu’un ça me briserait tellement de me faire dire « non » un gros « non » irrévocable coulé dans le béton comme si tu n’en voulais pas de toute cette force et cette promesse de bonheur parce qu’en quelque sorte on ne peut pas être malheureux lorsqu’on se laisse submerger par une telle puissance d’émotion du ixième degré tout ce qu’il y a de plus profond et de plus véritable comme une immense vague chaude qui vous noie de joie et qui réconforte en permanence en rendant tout en soi plus fort et plus durable et cela j’ai de bonnes chances de croire que tu le ressens en moi tout ce qui se passe tout ce qui se trame et que ça t’intéresse et t’intrigue dans une certaine mesure mais aussitôt que tu auras mis le pied dedans que tu y auras glissé ton doigt curieux tout le reste va y passer tu n’auras plus le choix que de te laisser entraîner dans les méandres de ce nouveau monde que je porte et que tous portent aussi mais sans le savoir ou sans avoir le goût d’y adhérer puisque ici-bas il y a trop de choses qui servent à faire diversion et qui détournent l’attention de l’essentiel qui est invisible et qui échappe par le fait même à la science non parce qu’il n’est pas mesurable mais parce qu’il est démesuré car l’amour est invisible la pensée est invisible l’esprit est invisible pourtant ils sont là au cœur de la vie et c’est tout ce qui compte et toi tu comptes plus que tout pour moi vas-tu vouloir le comprendre et surtout l’accepter je te lance l’invitation je te tends la main je t’implore de ne pas me laisser seul perdu au milieu de moi-même dans ce vaste étendu plus grand encore que le cosmos tout entier et pourquoi il n’y aurait pas plusieurs cosmos comme il y a des amas de galaxies des monticules de grains de sable dans un espace déterminé je ne te le demande pas je te l’offre c’est ma loi de l’offre sans la demande je ne te dirai pas je t’en conjure je t’en supplie mais plutôt regarde ce que j’ai vois ce qu’il y a est-ce que ça te tente ou bien est-ce que tu es occupée à d’autres tentations je ne te juge pas moi je flotte dans l’air et j’évite de m’enraciner de rester sur place j’aime mieux les hauteurs qui ne me donnent plus le vertige mais qui me permettent de mieux voir et de ne pas vivre en-dessous de mes moyens ce n’est pas que je me prenne pour un oiseau puisque c’est toi la chouette d’ailleurs n’as-tu jamais imaginer le mariage d’une chouette et d’un loup ça ferait un drôle de couple je t’en parle comme si tu étais là mais tu n’es pas là encore le seras-tu seulement répondras-tu à mon appel à mon envoûtement c’est bien ce que j’ai hâte de voir de quelle espèce de pâte est-ce que tu es faite de quel bois est-ce que tu te chauffes de quelle pointure est-ce que tu te chausses j’ai l’air de t’idéaliser et de t’idolâtrer mais je te laisse une marge afin d’être à cent pourcent ce que tu es réellement tu ne dois pas devenir un personnage ou une caricature de ce que je cherche mais il faut que tu restes et que tu sois toute toi dans ta version intégrale sans truchements ni artifices ni déguisements ni cachotteries sinon je ne pourrai plus t’aimer parfaitement comme je l’ai déjà dit au creux de cette terre à mes pieds que je n’ose pas fouler de peur de laisser ce secret s’échapper au vent et ainsi d’en détruire la magnificence la beauté de la chose hein tu ne trouves pas que c’est beau ces antiques rituels païens offerts aux dieux savent qui et à cette nature qui est notre berceau depuis le premier souffle la première inspiration jusqu’à la dernière expiration qui est cette vie ici par le cycle inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer inspirer expirer durant lequel tout se joue à la vie à la mort à l’amour aussi n’es-tu pas d’accord n’y as-tu jamais songé n’as-tu jamais eu la sensation qu’il te manquait quelque chose d’absolument fondamentale dont tu as été privée dès le début et que tu dois récupérer à tout prix qu’en fait c’est un peu là le sens de la vie que pour dix mille choses vaines de perdues il est possible d’en retrouver une primordiale autour de laquelle tout le monde devrait se ruer tourner se réapproprier et à juste titre cela va de soi mais il faut en avoir envie sinon tout passe sous silence passe sous le nez sans qu’on le sache sans se rendre compte qu’il est trop tard parce qu’on a passé à côté on l’a frôlé d’une aile d’un cheveu d’un poil et on a raté la chance de regagner ce qui avait été perdu d’améliorer son sort de redevenir ce que l’on était au départ au commencement de tout au premier jour juste avant cette première inspiration qui nous a fait déchoir ici ensemble pas seulement toi et moi mais aussi tout le monde autour bien que je me foute pas mal de tout le monde autour en autant que tu sois là toi mais y seras-tu seulement est-ce que tu pourras finir par ouvrir tes yeux et voir tout cela que je porte et que j’ai à offrir non pas à la première venue mais à toi toi toi peux-tu le voir peux-tu le croire c’est bien ce que je souhaite pour moi pour toi pour nous pour tout l’or du monde car oui tous les trésors et toute la richesse que la terre peut porter en son sein deviennent tellement insignifiant à côté de ce qui me tient le plus à cœur c’est-à-dire toi qui est d’une valeur et d’une préciosité encore plus grande que tout ce que le monde peut receler à mes yeux et je suis là tout seul au milieu de nulle part à attendre que tu viennes comme un chien abandonné erre sans arrêt en attendant de se trouver un maître qui lui donnerait raison qui lui donnerait un véritable sens à sa vie comme quoi personne n’est ici à rien faire à attendre que le ciel nous tombe sur la tête ou que des anges viennent nous dire pourquoi on est présent en chair et en os et ce que l’on attend de nous il ne faut pas attendre puisque toutes les attentes toutes les réponses sont à l’intérieur de nous en fait tous les problèmes sont à l’extérieur alors que toutes les solutions sont à l’intérieur et celui ou celle qui le comprend est condamné par le fait même à être heureux à pouvoir jouir de son bonheur et moi je te tends la main je déroule le tapis rouge sous tes pas en t’invitant à venir me rejoindre et c’est pour cela que je poireaute ici dans l’espoir que tu aies entendu cet appel qu’au fond de toi-même tu comprennes ce que sont les vraies aspirations de ton âme et qu’elles puissent te guider sur le bon chemin et c’est sur le bord de ce chemin que j’attends près de la croix qui avec le crépuscule qui va arriver d’une heure à l’autre s’illuminera d’une lumière rouge au sommet de cette petite butte qui permet au regard de plonger dans l’horizon du sud là où la chaleur s’accentue là où le sang s’échauffe or cette température extérieure d’est en ouest de tout le long de l’équateur moi je la veux à l’intérieur de haut en bas je veux ce feu en moi et ne plus jamais courir le risque d’avoir froid même au nord aux pôles et si tu veux tu peux venir danser avec moi dans les flammes non pas de l’enfer mais dans le feu de la vie dans ce feu qui ne brûle pas ni ne consume rien mais qui plutôt vivifie et protège enveloppe et console transforme les êtres en buissons ardents il y a moyen d’opérer cette magie de donner libre cours à toute ces facultés supérieures qui demeurent enfouies en chacun de nous il suffit de l’étincelle initiale qui donnera naissance à tout le brasier ensuite en se touchant l’un l’autre on pourra s’embraser on pourra laisser nos corps s’unir dans cette force torride mais m’entends-tu ressens-tu de près ou de loin cette chaleur salvatrice qui incinérera tous les maux qui viendront se coller à toi qui calcinera et réduira en cendres toutes mauvaises influences et toutes impuretés quelles qu’elles soient qui tenteront de t’infiltrer comme un poison violent fait pour détruire de l’intérieur n’importe quel organisme vivant et répondant sous tous les principes bienfaiteurs d’une sorte de dieu englobant pour nous et qui ultimement ne désire que notre fusion qui cherche à travers nous à tout amalgamer à profusion tous les êtres en une seule et même mer d’amour comme si nous étions chacun une particule appartenant à un même tout d’une grandeur et d’une puissance inimaginables et qui cela n’intéresserait pas moi du moins je ne peux pas penser que tu dirais non à tout cela mais est-ce que je te connais et toi est-ce que tu me connais est-ce que tu me reconnaîtrais pour ce qu’en apparence je ne semble pas être planté ici comme un piquet c’est ce que je souhaite que tu possèdes une paire de yeux supplémentaires tournés vers en-dedans ayant le pouvoir de voir comme moi les choses invisibles de les percevoir avec ces sens surnaturels auxquels on ne peut rien cacher rien dissimuler avec lesquels aussi on peut tout voir tout entendre tout sentir tout goûter tout toucher aller droit à l’essentiel au cœur et tout le monde les porte en soi et toi aussi mais est-ce qu’ils te serviront à me détecter à me voir tel que je suis en réalité malgré tout ce qui brouille malgré toutes les distorsions que le monde apporte et érige en face de chacun répondras-tu à cette aventure qui demeure latente autour de nous comme l’air que nous respirons sans en prendre conscience comme une odeur de vie qui sort des forêts et qui embaume l’esprit de son parfum génésiaque je l’espère j’espère que oui en faisant les cents pas dans ma tête demeuré immobile au-dessus de cette surface de terre qui me soutient inlassablement qui me tient comme sur une tribune propre à ma fondation et je scrute je renifle j’écoute cette réalité factice qui m’entoure à la recherche d’une molécule de toi d’un de tes battements de cils d’un de tes grains de beauté d’un des froissements de ta peau du moindre souffle d’air qui aurait pu entrer en toi et en ressortir imprégné de la tiédeur de ton haleine car d’après les positions des étoiles qu’on ne peut pas encore apercevoir et l’intensité des rayons solaires qui dardent encore notre belle planète par réfraction je pressens qu’il sera bientôt l’heure de toutes les vérités que tout ce remue-méninge auquel je m’adonne depuis quelques secondes aboutira éminemment à une sorte d’avènement paroxysmique comme si un grand cortège marchant à grand frais de superfluité au transport d’une reine apparaissait au loin avec tout l’apparat et le faste de l’or et des fleurs accordés aux divinités qui ne sont à toute fin pratique pas de ce monde mais sur lequel cependant elles y déversent leur pouvoir leur influence prédominante et j’en suis comme plusieurs comme d’aucuns qui attendent avec une foi bien ancrée la Parousie promise sans savoir que tout est accompli que tout ce qui se produit a déjà été écrit depuis longtemps et que cette foi n’est en fait que l’intuition profonde de ce qui est déjà là à nos portes et qu’il faille fermer les yeux pour le voir tout comme je te vois et lorsque j’ouvre les yeux ce n’est plus ce cortège céleste que je vois mais un bosquet aménagé de roses et de jonquilles sur lesquels s’éternisent les derniers rayons dorés d’un soleil couchant et derrière celui-ci il y a des silhouettes et des êtres qui vaquent et qui déambulent et je te cherche et t’espère en chacun d’eux car je voudrais que tu te matérialises en cet instant même où je pense à toi si fort que j’ai l’impression que les parois de mon crâne vont voler en éclats tout d’un coup et que mon cœur va se tordre et se réduire à la taille d’un raisin de Corinthe en se vidant de son jus et je m’accroche à cette fatalité de l’oracle à ce serment du destin qui m’a parlé qui m’a levé un pan du voile qui recouvre tout qui garde tout celé jusqu’à l’heure propice puisque chaque chose arrive en son temps et qu’il y a un temps pour chaque chose et toi tu n’es pas une chose mais tu as un temps et ce temps je le sens tout proche à l’approche je le flaire dans l’air je le sens avec mon sixième sens bien que je ne sache plus si mes yeux sont maintenant ouverts ou fermés quelque chose a investi le lieu qui m’environne a soufflé dans les feuilles des arbres et sur les pétales des fleurs comme une sorte de vent nouveau d’une fraîcheur nouvelle est-ce un esprit frappeur un spectre errant de la fin du Kali Yuga je n’ose le dire le penser le croire et le voile de mon regard disparaît tout à coup et une vision se dessine un tableau se peint au bout de moi au milieu duquel auréolée par la végétation de la nature et les petits oiseaux et les papillons multicolores tu es là enfin venant vers moi le visage tout sourire