La
page
blanche

Le dépôt

CABINETS

Bruno Giffard

Statues de cordes

Extraits d'un recueil encore à la recherche d'une Maison,

par Frot



 


Dans les édifices à l'abandon que nous laisse la ville une forêt appelle.


Aux fenêtres en toile d'ombre des regards courent, couvent des songes.


 

 

 *

 

 

Trousseau de règles.

Faisceau de rails.


 

*

 

 

Mort d’ongle.

 

 *

 

 

Biche dont le pied blanc se cale sur tes pierres chaudes, soulève des régiments de sang. Que tu précipites, falaise par-dessus tête.

Belle dont le sabot léger coince avec savoir les broderies du cœur. Explicite instant qu’elle permet de parcourir.


 

 *

 


Argent, toit troué qui pèse la tête.

Tours de faim rampante, ventre mis de côté.

 

 

 


Un pas devant, une traverse après l’autre… le train arrivera plus tard.



 *



Descendu par boulets de sang

détendre un ventre

à la cave

tirer le calibre d’encre

 

Je te vois passer

mollets crus

derrière le soupirail

 

alors qu’une blancheur de lune

écrase, rend nuit mes forces.


 

*



Riche des rêves dont on me dépouille.

Mais encore prêt à prendre, rendre

terre par affleurements d'entrailles.

À en découdre par feux incisifs.

 

 

 *



Chat qui regarde la poignée de porte, joue avec le bec du robinet pour qu'on lui ouvre, laisse sortir un filet – et nous un point donné dans notre tête, ciel nominatif.

 

 

 *

 

 

Devant la chambre à révélation incluse dans son boîtier obscur

telle femme prête à s'étendre, entre les racines

niche foisonnante pour ses membres à foudre solaire;

 

droites et courbes personnelles surgissent, imbriquées se délient

       empreintes mobiles, succion moussue

ramifications aspirantes, croissants larvaires

déballent le moule sûr, appliqué

d'une robe sensible – pour tenir lieu d'embrasure

       calme tempétueux; vers l’échelle des sphères;

 

prenant nudité, écoulant luminosité de chants

       bouche ruisselante, pierre d'angle

l'air foulé voit le cœur boire, entend l'œil en cours ressentir;

 

tandis que silhouette

elle grimpe, se déroule

rire sur les épaules, rappel d’un crépuscule

distend cambrée sa course jusqu’aux nues

portant le diaphragme coronal

       livre ses secousses tièdes au papier dont l’ombre s’argente.

 

 

*

 

      

Ta bouche m'apportait des clefs, en soupirs d’émail

édifiait mes pas sans plus de vagues.

Retouches d'essor dépareillé, maintenant je quête

sur des passerelles aux abois leur parfum aux souvenirs.

Écho dans la nuit, enclave sans haleine.


 

*

 

 

À hauteur d'yeux

derrière de minces barreaux

passent tes chevilles

 

rendu insoupçonnable

j’enfonce mon cri

pour mieux retenir mes ailes

 

béatifié raide

 

 

 *

 

 

Deux visages pour le même ciel.

 

 

 *


 

À rechercher plus fort que tout : le territoire qui nous invente.

Traits et paysage développés au même surpoint.

 

 

 *


 

Pinte en main je me sens déjà moitié versé, près d'un degré plus aigu de versatilité élective. Précision du large, aiguille se dilatant. Féru d’accélération.

 

 

 *

 

 

Au ras du sol, étages à la tonne. Sortir,

en pleine rue ne tomber que sur soi, personne.

Je marche en-dedans jusqu’au soir : orée,

développement faucille qui redresse les épaules.

L’énergie tourne, empressée révise mon buste

avec ses mensurations – tailleur ou coach de boxe.

 

 

*

 

 

« De quelle plage astrale arrives-tu dans ton maillot invraisemblable à subtiliser le souffle? »

 

 

 *


 

L’autre matou gris-blanc à six doigts qui traîne dans la cour possède un logis dans celle avoisinante mais renâcle, hésite entre câlins et coups de patte, se frôle à condition de gronder. Son ambivalence reflétant un trait enfoncé dans mon caractère je n’insiste pas, avec une petite onomatopée dans l’espoir que mes intentions paluchantes lui parviennent.

 

 

*

 


Lueur verte des feuilles, versée avec le vin d'orge. La toile de fatigue se retire qui ombrageait mon périmètre de briques. Dans le bruissement des veines qui s'étirent, je circule.

 

 

 *

 


Avant de m'endormir je songe aux paroles d'autorité benoîte qui lèveraient par elle-même la barrière au poste de péage, obligeance empressée; à une fleur dont le soleil pousse la beauté au bord de l'autoroute et qui s’extirpe vers ses bras rayonnants.

Quelle langue frappée, offrir au panier de ton ventre? Ségrégation atomique, harpe d’anatomie. Fantômes soucieux de plaquer, se marier harmonieusement aux courants d’air. Hormones qui volent avec d'autres essaims de pistils.

 

 

*

 


Chant océanique sur une île

hautes écailles, ruisselantes agaves

la sirène se compose,

 

ombre du mat ma tête vogue

vaque au cirage, défraie ses voiles

vise la coruscante ceinture.

 

 

*

 


Je marche, toujours frêle dans des brisures d'œuf. Encore et encore grêle sous des ruptures de barrage.

Ne rime à personne. Perdu à demeure, faute de savoir renouveler l’égarement, surpasser les barrières, laisser ma chemise en échange d’un peu de peau. Incapacité aussi à me cacher, rester au pas, otage des heures, me sentir à l'abri, ne pas faire les frais de leur régularité.

 


*



Ticket vers une savane poinçonnée. En vitrine.

 


 *

 

 

Cristal qu'on étire, presse, tâte, laisse en plan, dépoussière, refaçonne, le grain de conscience…

 


*

 


Lit de nuages au-dessus des vapeurs du ballast

phosphore exsudé par trombes grises.

 

De rudes larmes écrasent le pastel du matelas

ses ressorts soudain prières remuent.

 

Mon instinct entre les rails s’avance criblé de fleurs.

 

 

 *

 


Le pain repose sur la planche

magnétisme poreux, cric glucidique

attaque notre gosier.


 

 *



L'ombre plane sur une faim blanche

       somptueuse égalité de ventre nubile

 

L'ombre plane demande ce que tu lui serviras

       tes mains sur la chair avec la réponse s'égarent


 


 

 

Encore entre les tombes du cimetière Belmont hier j'appuyai ma tête contre une souche d'arbre pourrissante; soleil surgissant d’en haut sur les feuilles du dernier automne, fleurs développant leur gloire, diverses plantes lacées ensemble entre les montants d'écorce où le vent ruisselle, j'écoutais cette marée d'or.

Pas loin des restes de feu, l'air aussi perdu que moi le jeune dans son chandail en coton aux larges bandes beige-rose brun-bourgogne (grunge délavé) se comporta en apparition avant de repartir.

Au retour, un fauteuil quasi antique avec ses bordures boisées attira mon désir, trop lourd pour que je le ramène (même en ahanant à deux), donc pas de touche aristo-défoncé pour le salon… pas d'échange entre un matelas maculé de fluides rappelant une scène post-mortem qui commence à me crever les reins et le fidèle divan-lit dont les deux chattes exprimèrent la bourre des dossiers à force de s'étendre dessus que l’autre remplacerait; sa seule vue à même d’inciter une dérive entre quatre murs, le trafic d'autres veines rappliquant. Je consultai même quelques petites annonces mais sans succès, deuil hélas! trop peu d’heures avant le lendemain et le passage des vidangeurs (d’un autre chanceux plus vraisemblablement)!

 

 

*

 


Prélude à l'amour entre deux batraciens flasques.

Quant-à-soi du nénuphar.

 

 

 *

 


Un baiser à l’étang paisible en contrebas

referme sur nous l’ancienne fenêtre.

 

(Le vague ovale obscur du miroir, sourire tarabiscoté d’or.)


 

*



Des bras s’ouvrirent sur une suavité de laitue.

 

Les limaces renouent avec le cœur

une glaise se mêle aux flots.

 

Un passé pas à pas renonce à ses traces

qui le remorquent à rebours.

 

Rot d’égouts, auprès du container

âcre tu ramasses tes sacs

les bars commencent à dépaqueter les tables

servir le même ressassement.

 

Une musique, elle s’éloigne

robe fondue des seins aux hanches

détrempe de rêves,

ton front vissé à la table

pour que l’œil n’envoie pas

tanguer les colonnades.

 

 

*

 

 

Sablier rompu, écrins en perte de perles.

Cris d’abattoir dans la peine rase.

 


*

 


Peu importe que le ciel se rembrunisse, s’ensoleille, me couve ou non : sortir toucher le fond de la bouteille.

N’empêche, son goulot fait penser à un trou de pistolet. Petit orifice attendant de projeter son éclair obscur, ciseler sa poudre. Par coups successifs il exécute – abat, dresse, emboutit, éclate, brasse gentiment celui qui se demande à qui parler. Ou encore un œil, qui part rencontrer celui entre les lobes à l’autre bout.

Un museau aussi, remontant à fleur fond d’entrailles. Canon qui se lèche, essuyé au pavillon du sang.

 

 

 *

 

 

Un goût prend d’édifice à étages, d’en suivre, piger les intrigues – caoutchouc des rampes dont la mémoire respire, éclairage en coin aux séries rassurantes, enjeux d’humeurs mêlées aux fumets bon marché, désuétude de moquette dans une neutralité clinique – minutieuses particules que filtre chaque porte.

Faute de se fondre aux accents télévisés, grondements du vacuum, on se rencogne sous une cage d’escalier de parking, sort la flasque. Écoute avec une curiosité amortie de lièvre fiévreux, morbidement effrayé par les yeux magiques.

 

 

 *

 


Désert palpitant avec son mirage de ville.

Bavardage, bras de fumée, éléments de cigarettes dans le tissu des réflexions. Taches de lampadaires et lignes des néons sur la vitre du bus.

Départ d’où, de quand? quel moment atteindre?

Démangeaisons de l’antre sur le siège rembourré. Fêlures du squelette à dimensions.

Clignements d’appétits. À travers des structures d’autoroute.

Deal de dope, commotions murmurées, moulin à viande dans les vidanges. Lamentations d’harmonica, îlots dans une activité de patrouilles.

 


*

 

 

Haut versant de nuit à boire.

Les minces tiges frappant les lettres convoquent les muscles des yeux.

Sourire que je me sers à travers les filtres de moi-même.

Détente du fumier.

 

 

*

 


Temps jadis, ivre sans boire, la rosée dessinait ses parois, palpitation soutenue te tendait le vert, le rose.

Un ruisseau courait entre les cuisses riantes de la fille contemplée en classe t’invitant ensuite sous de studieux reflets d’écorce, vers des retraites moussues.

Le bois clair du pupitre prenait dans ta main un réconfort.

D’une chandelle montait candide le discours d’ange. Mathématiques d’une procession, formes vêtues de toges, corridor en cire, lenteur dominicale.

 

 

 *

 


Ta poigne ulcérée entoure mon repos. Le jour ne se desserre pas, ruminations d’azur.

À travers cette colère en travail dévalé ta source de lieu pourtant m’assiste. La nuit se déclare au front, perce les épaules.

 

 

 *

 


En route vers l’épicerie négocier l’importance des rues. Les oiseaux m’envoûtent par leurs cercles. Couronne nerveuse, pureté millénaire, magie vierge.

 

 

*

 


Commotions en attente dans le cagibi : brandy d’Eaubon et crème de menthe Isabelle! Bouteilles au calme altier derrière la porte basse, saveur lisse d’un savoir-faire. Sous l’étiquette poli et la rondeur du bouchon se renforcent les rasades de cristal. Mon front couve les courbes claires, songe passé au verre de loupe – déjà dans l’ambre qui soupèse, avive sa netteté, palpe, entonne ses embruns.

Donc branle-bas de combat vers crâne de bois, gueule noire, cervelle en cendre! mais pas avant que les langues ne produisent vrilles, trilles, félicité synaptique au-dessus des séquences remises d’une table, combines d’alphabet à chaque tournée, chaises chavirant chaque minute criblée d’ampleur sirupeuse, l’antre jurant parmi des accouplements de ventouse, que la tête ne passe plus dans le frigo, nuit lâchant son cadavre.

 

 

 *

 

 

Aux talons s’impriment les dents du quotidien

à peine bousculé par nos expédients rituels,

et sur les tempes des ailes en plomb dessinent

à relief tiré la fixation de notre substance.

 


 *

 


Éminence des autres, habit dans lequel on se tasse.

Panier d’accoutumance.

 

 

*

 


Ces drosophiles sorties des résidus peinturlurant les tuiles de ma cuisine avec leurs fientes. Nuages domestiques, fièvre d’agrément, apocalypse de compagnie, couverts suspects… je les laisse, souligner ma paix.

 

 

 *

 


Dés pliants.


 

*

 


Contrepoids aux nuages

sauter clôtures après clôtures

d’un carré de gazon à l’autre

sans autorisation sinon celle

qui va au cloporte chanceux

Joue sciée par le sang à l’oblique

du soleil se lèche une crème

molle tête striée de mélodies

redonnant au tapis des nervures

champs de rêves germés

De quel côté du temps ces visages

famille d’albums qu’il brouille

La chair se sillonne sans issue

ni le secours d’autres doigts

Marche sans connaître personne

réception des niches à saints

en descendant le parvis de pierre

des traits cognent au souvenir

Circulation des trottoirs

impasse d’un cirque d’étendue

la vieille église fend le ciel

nuages gardiens de quelle loi

 

 

 *

 


Dormir avec la belle étoile.

 

 

 *

 


Tête en échos qui roulent

dans la gorge du ciel

tranché au corps

l’escaladant.

 

 

 *



Lumière ta peau sur une contrée osseuse.


Seins avec un goût de lait en conserve, fraises ferreuses. Poitrine auréolée par une énigmatique fragrance d'agrumes.



 *



Au lieu de l’irrémédiable choc d'une balle crevant ma tête, la pureté du bleu s’écoule autour. Flottent quelques éclats de nues.



*



Des mouches contre la fenêtre escaladent leur pan de ciel.



*



Un coq perce l'aube avec son chant. J'ai mis ma compréhension de côté, lambeaux de tapisserie intellectuelle. Livre, pinte. Paragraphes moussus, gorgées de lignes. L'enfant, la femme dorment. Étoile à tisser l'émerveillement… au-dessus.


Encore là lui entretient sa panse, salive devant les garnitures du placard de la cuisine d’été. Ce salaud avec ses investissements d'infini à la mauvaise place, ne se figure pas encore la ronde terraquée d'après la position du soleil. Mais essuie les fenêtres avec son sourire pâle, et lâche un rot d’engouement avancé, de verve qui s’enfonce.


 

*



S'échouer sur une bande de gazon à l’arrière du bois. Laisser filer les heures, l’astre meuble imprégner les traits jusqu'à transmettre notre histoire, rendre intelligible. Débusquer un terrain aux doléances, humeurs aléatoires, faire preuve de vagabondage.


Wagons aux attaches dissipées par le transport, tandis qu’on piétine. À défaut de marais à côtoyer dans le coin s'enfoncer dans un récit, susciter un moindre film.


Ou encore : longer des maisons, doigts s’attardant sur un treillis de clôture; sonder le vide blanc-vert, piscine en creux; s'allumer, fugitif entre les cuisses qui s’exhibent; passer par l’écorce entre des troncs; descendre une cannette; prendre à témoin une buvette de parc, bec cristallin, refluer aux moindres échos de rire, blessure pressante; voir l'ombre avaler une haie, des taches de lumière sourdre, fluides multicolores, alors que le ciel se change; soupirer sous un poids d'ailes; sympathiser avec le chien langue en vadrouille, reins haletants; prêter l’ouïe aux grilles d'égouts, suivre des piste de détritus, se questionner sur l'aire du vent; à la dérive sentir une jeunesse fantôme tandis résonner avec son  skateboard – nourrir, établir l'humus, se peindre entre quatre horizons, gagner l'atmosphère, tirer des joints de conscience à cette fenêtre entre les nuages.



Tinker pour s'attendrir les tempes, dissoudre le martèlement tympanique (alcool contact qui laisse avide de vase la clarté du lit). Voir par le déluge. Gratter jusqu’au flash. Éclaboussante rencontre nos nappes, nos tares, butin imbibé de méandres interstitiels.


 

*

 


[manifeste à trois lignes]



Assumer la dérive.


S’enhardir aux crevasses.


Boire l'ombre.



*



Souffle meuble d’apports, éléments en paliers. Empreintes viscérales aux coordonnées logiques.


Détente sa coquille invite l’œil, roche contre peau s’acquiert un velours.


Les racines délivrent la féminine couronne transmise au recueillement tonal.


Chaque vertèbre tire des nues un sanctuaire d’insularité face à cette chevelure, ces talons qui suggèrent l’onde lumineuse, noyau glissant.


 


Les serrures bâillent, l’air cligne. Arabesques engagées, fleur soutenue de vertige.


Sève du ressac à l'oreille.


Toison développant son sourire rose.


 


Un modèle engendre la quatrième dimension.



*



Attirés par la lampe d’immenses coléoptères plaquent une symétrie difforme contre la moustiquaire, assaillent de vibrations intermittentes couleurs fauves la tête où des pensées se cognent, cherchent aussi de leur bord à passer par le grillage pour s’engouffrer dans le chaud courant nocturne.


Plus tard en haut crâne contre l'oreiller, grenouilles, grillons installent leur réponse au pullulement d'étoiles. Rideau auditif sur l’éternité, berceuse de saturation électrique.


 

*



Agir, d’entre mes lacunes sortir une preuve de concordance.



 *

 


Dans le noir yeux fermés regarder le mur blanc.


 

*



Tête renversée dans l’herbe. La surmonte un toit, plâtrage de cheminée et bardeaux en pente, seul visible sous des continents de nuages. Métamorphoses toute vapeur entérinant puis laissant derrière le battage des associations. Au fin fond du bleu l’esprit émerge en lui-même.


 

*



Autour d’un col de pinte se hisse la main. Mon abattement s’offre une exaltation d'écume, rassure sa charpente.



 *



Quai qui me voit arriver avec mes fulminations, sourdes litanies, sourires vagues pour bagages, propos de caractère. Cargaison d'images établies, larguées en chemin; régime s’aiguillonnant déjà vers un prochain départ. Cumul de fumée, stations épistémologiques. Les divers wagons qui me précèdent me suivent, échangent entre eux une matière de filtre à transferts. Mon passage ressemble à un arbre penché, fondu, pris par la vitesse; mais je connais par cœur l’esseulement des planches fixes. Un retour guette le non débarqué.



 *



Des araignées jusqu’à crochir l’expression dans le dos se laissent glisser, longeant les moulures déclenchent des réactions acrobatiques. Pattes anguleuses, corps ronds, peau de feutre ratatinent notre courage, inévitablement imaginaires s’immiscent malgré nos précautions.



*



Gouffre ma routine, ritournelle cernée de briques – le ciel du faubourg s'y découpe en trappe d’aération


chute qui passe, ne file pas. Intimité, domestication statique, la hauteur manque au fond.


 

*

 


Fétu mon désir?


Une congestion masse la poutre centrale, de l’étrave à l’étambot des cellules jurent leurs halos suspendus dans une gelée de nuit. Errance d’assemblage…


 

 *



Le chat part dans la cour quérir pour nous parmi plantes et arbustes quelques arômes cirés d’étoiles vives. Affection pansue qui dérange les feuilles, égare ses vibrisses entre quelques mottes avant de revenir, abandonnant sa classe sur le plancher. Heureuse flaque noire de poils.


 

*

 


Sous le pont vieillot avec ses bras de métal ajouré couleur Poséidon mon dos s’accote contre des graffiti. À l'oblique sur l’autre rive un saule pleureur dans sa chevelure de détails vaporeux. Dans la trame souple et impérieuse du courant sans cesse redéfini tombe le scintillement des câbles – des traces d’ondes s’étirent, glissent contre le front accroché aux pas de ceux qui évoluent dans les rumeurs amorties du crépuscule. Le regard plonge, remonte, dérive avant de choisir un nouveau motif de départ. Quelques branches de part et d’autre ralentissent à peine ce flot méditatif. Figures et fesses y défilent, bouffées motrices. Une joggeuse d’ailleurs dans son attirail dernier cri ramène son haleine au cocon dont le goût sélect se camoufle parmi d’autres portes numérotées. Rhétorique d’activité qui bifurquera pour parachever repas du soir et rituel subséquent, laissant des secousses directionnelles entre les lueurs d’abord frêles qu’étoffera la nuit.


Quelques mètres plus loin les restes d’un campement provisoire – nervures de cordes, toile déchiquetée joints à une structure en ruines. Je ne sais pourquoi je pense à une scène affective qui laisse son mauve-vert sur la cuisse, les flancs, à des joues molles, des gencives harcelées de faim, un rire de bengale, pulsation dont se dissipa l’emballage, fatigue de fée. La terre autour mâche le cahier anneau et le tupperware tombés d’un sac d’école. Au-dessus des nuages signent leurs volutes, l’air se pique d’étoiles, vibre discrètement. Une fumée vague traîne entre les troncs écorce tatouée, rainurée. Par sa mélodie la locomotive décale, embarque ma tête… qu’attendent un lit, la teinture des songes. Mes veines s’enroulent tandis que ces appels d’échange tiraillent, militent pour un autre quelque part.


 

*

 


Plutôt que du sucre acheté chez le confiseur, tend-moi donc l’os de lune.


Trempons nos ailes dans une mollesse haute-tension.


 

*

 


Vétéran désuni de sa guerre. Épongeant la fraîcheur des blessures par une chemise à fleurs textiles. Des taches de cafard se promènent sur sa peau. Spectres et chèques échangent ses yeux teintés, trop clairs.