La
page
blanche

Le dépôt

CABINETS

Sandrine Cerruti

poèmes

belladone


 


tu l’as bien voulue l’ingestion au premier baiser mal dosé

 

ça t’a bien grisé tous ces baisers à excaver ta propre tombe

baisers

des baisers

que de baisers

et de creuser         insistants           encore             

 

lors te voilà l’entreprenant autofossoyé

c’est bien fait        

tu ne l’as pas volé                       non                franchement pas volé

autocouronné épris

autoproclamations désirantes  

 

et tous ces mots

les mots aveugles de tout le monde          

tes pensées salivaires               glaires amourachées

                   

tu ne t’es pas méfié de la fille des friches

 

oui toxicité                            toxicité annoncée oui  

ses rétines à la convexité photogène         leurs concavités brunes

la densité suspecte des ondes olfactives      

la ligne d’épaules            cloches hermaphrodites resserrées refermées

elles ploient               

tout le corps s’affaisse

 

empoisonnement massif à sa totalité alcaloïde

 

 


Sandrine Cerruti juillet 2022


 

charnier


 


il est avibratoire

il est inchanté le chant de l’oiseau des charniers

 

pourtant c’est celui que l’oiseau ne cesse de chanter

 

il est l’éternel imperçu

le chant dont nul ne peut attester

chant-tu-au-monde

parce que son chant en forclusion est celui du premier charnier

celui du charnier fondateur             

syrinx tu aux ondes humaines

syrinx impotent aux alarmes

alerte invalidée au premier chant tu

 

sonde des charniers

sonde à  stratigraphier le charnier

charnier mesuré à l’aulne de l’humanité désertée d’elle-même

humanité autoexterminée

humanité pendue-perdue-suspendue aux rebords mutiques de ses charniers

de la totalité des charniers depuis le premier            tout premier charnier

charnier mère charnier originaire

 

celui aux êtres             précipités

 

être décimé

être exterminé

être génocidé

 

son chant que nul ne saura percevoir             c’est celui des hécatombés

c’est l’inchanté de l’oiseau veilleur

oiseau ton chant mort-né                     

chant renversé au rebord du premier des charniers      

 

nul n’entend la grande ode muette


très grande ode au non-être


c’est parce que son chant est disparaître


 


Sandrine Cerruti Juillet 2022