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blanche

Le dépôt

CAGIBIS

3- Patrick Modolo


Patrick Modolo est né en 1979 au cœur du Périgord. Après 18 années passées à Périgueux, il part à Bordeaux faire des études de lettres modernes. Il devient professeur de français, parce qu'il aimait lire, mais surtout écrire.

Il aime la Beat Generation, et surtout la poésie de Brautigan, et il voit en Apollinaire, Baudelaire, et surtout Jean de La Ville de Mirmont ses maîtres. Depuis 2006, il enseigne les lettres à Lormont, en collège, à côté de Bordeaux.


Questionnaire LPB:


1/ - Pouvez-vous indiquer un livre que vous aimez particulièrement ?

L'Horizon chimérique", de Jean de La Ville de Mirmont que je mets, bien entendu, sur ma table de chevet!


2/ - Pouvez-vous donner un vers, un mot, que vous aimez ?

"Et l'unique cordeau des trompettes marines", de Guillaume Apollinaire, car c'est un poème d'un seul vers, d'un seul tenant, un vers libre comme l'air de ses trompettes marines qui soufflent au vent de ce splendide jeu de mots poétique!


3/ - Quelles sont vos lectures habituelles aujourd’hui et comment s’expliquent ces habitudes ?

Je pratique la lecture plurielle! Toujours un roman en cours, que je lis de façon linéaire, et toujours de la Poésie, de ci, de là, que je picore au gré des envies, du moment, mais un peu tous les jours ou presque. 

Et en Périgord, chez moi, j'aime lire et relire du Pierre Fanlac, grand écrivain du crû et de ce terroir millénaire! Selon ma définition, je le "fréquente" là-bas, sur ses terres qui sont les miennes. Sinon, j'apprécie beaucoup lire des auteurs locaux aux endroits de villégiature !


4/ - Pouvez-vous citer un support de diffusion de la poésie que vous affectionnez (autre que le livre)?

Les festivals de poésie où les textes s'oralisent ! 

Ou la poésie de Rostand dans la pièce "Cyrano de Bergerac"!

Mais les manuels scolaires m'ont permis de découvrir bien des poètes! Dont Laâbi ! Merci les collègues !


5/ - Le monde lit-il toujours et quoi?

Oui, le monde lit, lit toujours autant, mais plus comme avant! Twitter par exemple fait la part belle aux citations poétiques et autres! Peut-être que le confinement a eu cela de bon de recentrer les gens sur la lecture, et sur eux-mêmes en s'ouvrant à l'autre qui écrit!


6/ - Quel est votre plat préféré ?

Tous les bons plats, de toutes les cuisines du monde! Du moment que je trouve un bel accord mets et vins! Ou mets et bières...parce que le welsh, quand même...


7/ - Quelle sont votre musique, votre film, préférés ?

Ôde au Hard Rock, évidemment pour la musique, avec beaucoup de Led Zep et de Dylan, avant même qu'il ne soit Nobel...de littérature ! Mais beaucoup, beaucoup de guitare, si possible électrique !

Quant au film préféré, il y en a tellement! Mais j'adore l'adaptation de "Cyrano de Bergerac" de Rappeneau avec Depardieu dans le rôle éponyme!


8/ - Question subsidiaire : pourriez-vous recommander un site de poésie et expliquer votre choix ?

 En voici un que je ne manque pas de fréquenter chaque année avant mars : celui qui organise le festival Expoésie de Périgueux (Dordogne) pour le Printemps des Poètes ! Parce que c'est la Poésie, et le Périgord. Mes deux poumons ou presque!


https://ferocemarquise.org/





Mascaret

Gronde

Gironde

Sur ton onde

Intuition sonore

Que ton bruit inonde

Le long d'immobiles mascarons

Que ta vue masque jusques à la Garonne :

Voici que naît ton mascaret

Qui aussi tôt

Disparait!


Pars !


Pars !

 

Pars ! Pars !

 

Pars !

 

Largue les amarres

De ta vie

Abandonne-là

Tes souvenirs !

 

Pars !

Sans escale

Voyage !

 

Pars ! Pars !

Pars loin d’ici !

 

Pars ! Pars 

Découvrir de nouveaux pays

De nouveaux paysages

De nouveaux paris

Et d’infinis

Passages

 

Pars ! Pars !

Et regarde derrière toi

S’évanouir l’onde des toits

 

Pars !

 

Pars ! Pars !

 

Pars !

  

Caresse les visages

Par les temps assagis

Invente des cavernes obscurcies

Traverse des plages, des places, des villages

Dépasse les âges

Et quitte

Cette galaxie

 

Pars ! Pars !

Sinon le regard hagard

Des ombres faméliques

Te rappellera

De bien tristes nuits

  

Pars ! Pars !

Les arbres de marbre

Te l’ont déjà dit :

Le Voyage est la base

Qui t’évitera

L’Ennui

  

Pars !

 

Pars ! Pars !

 

Pars !

 

Va visiter

Les parois d’albâtre

Des villes imaginaires

Des cités lointaines

Souterraines

Souveraines

Et d’autres

Disparues

Enfouies

Englouties

 

 

Pars ! Pars !

C’est la marche de sable

Qui guidera ton pas

Fragile

Et transformera

Ton horizon pâle

En ligne verticale

 

  

Pars ! Pars !

Déplace les montagnes

De ton Existence

Abolis ton Enfance

Renie ton Adolescence

Assassine ta Mémoire

Et sa mélancolie

 

 

Pars ! Pars !

Assombris les nuages

Et les transperce

Traverse l’orage

Et ne t’arrête pas

Lorsque tu rejoindras

Les étoiles filant vers l’avenir

 

 

Pars ! Pars !

Va-t’en fuis

Ton destin te suit

Pars ! Pars !

Le sort t’a choisi

Pars ou bien subis

Car déjà la Parque

Luit aux côtés

Du fatal

Nocher

 

 

Pars ! Pars ! Pars !

Pendant qu’il en est temps

 

 

Attends

Entends

Ecoute

 

Ecoute le Temps

Passer à tes côtés

 

L’âme des lames

Vagues et lasses

Se brise

Se vide

Se déchire

 

Pars !

 

Pars ! Pars !

 

Pars !

 

 

Pars ! Pars !

La nostalgie te berce

Et te verse son infâme

Et diabolique mélodie

 

 

Pars ! Pars !

N’accorde pas crédit

Aux chants de ces si

Charmantes Sirènes

 

 

Laisse-là la Chimère

Accrochée par sa chaîne

A cette maudite Terre

 

 

Maintenant pars !

Pars ! Pars ! Pars 

Avant qu’il ne soit

Trop tard !

 

 

Pars ! Pars !

 

 

Pars ! Pars ! Pars loin d’

Ici bien d’autres

Ont péri

 

 

Pars ! Pars ! Pars !

Pars ! Pars !

Pars !

 

 

Car

Là-bas

T’attend 


            Banlieue


A Lawrence Ferlinghetti, et Abdel Malik

Je dis banlieue

Lieu du ban

Lieu dit

Du bandit

Lieu du non-dit

A cent, mille lieues

De se douter que

Les bannis

Ne sont pas des bandits

 

Paris

Lyon

Marseille

Bordeaux

 

Je dis banlieue

Lieu mis au ban

Au ban du Droit

Du droit du sang

Sans bain de sang

A mille, dix mille lieues

De se douter que

Les bannis

Ne sont pas des maudits

 

Lille

Toulouse

Grenoble

Mulhouse


A une lieue

A cent lieues

A mille lieues

A mille et une lieues

De ces lieux-là mis au

Ban

Je dis Banlieue

Lieu sans foi

Lieu sans loi

Loin s’en faut

Ban sans feu

Ban sans lieu

 

 

Banlieue

Je dis Banlieue

Oasis pourtant tarie

D'une seule France

Fascinée de mille bannières exilées 

Mille et une fois plus riche qu'hier


De La Ville de Mirmont

 

Jean

Jean de La Ville

Jean de la Ville de Mirmont

 

Sergent

Sergent de La Ville

Sergent de La Ville de Mirmont

 

Ta vie fut brève

Ta vie fut belle

Ta vie fut celle

D’une même génération

 

Soldat reconnu

Méconnu poète

Être de renom

 

Ta vie fut belle

Ta vie fut brève

Ta vie fut celle

De ton chimérique horizon

 

Nostalgie sans retour

Voyage à rebours

Dans un si large sillage

 

Ta vie fut brève

Ta vie fut celle

Ta vie fut belle

Des belles-lettres

De ton noble nom


  

Disparaît!


Le bègue

 

 

Le bébé,

Le bébé,

Le bébé,

Gai, gai, gai,

 

Le bébé gai,

Le gai bébé,

 

Le bébé gai, gai,

Ment, ment, ment.

 

Gaiement, gaîment,

Le bègue ment,

 

Plus il, plus,

Plus, plus il

Essaye,

Ressaye,

Teste,

Déteste,

Tente,

Une distante

Attente,

 

Puis il prend

Entreprend et reprend,

Sans cesse,

Sans cesse,

Sans cesser

De cesser,

 

Plus il pète,

Pète, répète,

Plus il bille, bille

Babille,

Plus il ment,

 

Bla-bla,

Bla-bla-bla,

Déblatère-t-il,

Il force et s’efforce,

Il douille,

Bredouille,

Sans arrêt, 

Sans arrêt,

Sans arrêter

De s’arrêter,

Il commence,

Recommence,

 

Il fouille,

Bafouille,

Il dote,

Radote,

Sans cesser

De s’arrêter,

Une lallation

D’émotions,

Un fatras

De phonèmes,

Un charabia

De morphèmes,

Un salmigondis

De consonnes et voyelles,

Un amphigouri

De syllabes rebelles,

Un galimatias

De monèmes,

Un imbroglio

De lexèmes :

Il désigne le qui par le quo !

 

Mais affable

De vocables,

Il hasarde

Une sonore harde.

 

Puis dans un élan

Sans bégaiement,

Il finit en disant

Haut et clairement :

« Quel poème ! »

 

 

Paris, gare du Nord,

Beauvais, Décembre 2005