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page
blanche

Le dépôt

CAMP des poètes de LPB

Jean-Michel Maubert

APHASIE – CHAMBRE – FEU NOIR [poèmes]

supplicié

sans linceul

fauves brûlants

forêt de souffles

larve sans lèvres

pauvre né

suis-je cela

pour toi

à germer ici

sans cesse

dans la chair la boue

désossé édenté

t'attendant

en mille plissements

et involutions

est-ce moi

la bouche d'ici-bas

affamée

mordant la terre

tandis que pousse en elle

ce rêve d'ombre

cherchant

ce qui reste

spasmes et cendres

de la vie nue

sevrée

sans larmes

nourris-moi

encore







veines à peine visible une seule étoile


scandant le ciel morcelé d'hiver


rasoir de mer––l'encre sur la bouche







pâle fente––entre les draps––

crachin d'os––vieille bouche

nuit d'une pauvre chair entrelacée

à l'autre sommeil /


cette zone d'ombre

où nage mon cœur-momie

happé par l'énigme

d'un vaste feu central


souvent : en toi

comme une abeille de sang

l'étrange

langue des chrysanthèmes


corbeau / main de sel / la rumeur de la mer /

le chien sourd dans le labyrinthe––

animal songeur / son cœur de

soleil––viande faisandée







dans le lait gris du vieux monde

dort ce visage de craie

la ville s'efface

en amas de fumées

dans les arrières cours

tout n'est que

chuintements têtes parquées au dehors

de vieux mulots

blottis

dans les mottes

d'herbe coupée

puis leur

sang dans la terre

les museaux écorchés

des fourmis dans les yeux







pommes

tachées

le travail de la douleur

crache

un peu de ce sang

noir fumet

d'avorton

il est là

blême –– racorni

irascible

un fragment

de masque

une cassure

elle ne sait pas

comment

nommer

ce qui

dans le coin

de la chambre

sans cesse remue

tête du jamais sommeil

grogner –

on dirait le frère mort

une petite chose

un rêve corrompu

l'ombre

ne s'arrête pas







chair des cargos

baleine morte

l'œil gelé - morsure au fond

comme

suspendu sur le mur

de tes cauchemars

immobile dans son cadre


berceau

poussière

sur ces dents

de rats

rieurs,

priant

l'étoile rousse, juteuse,

drainant les reins







feu

acier écartelant

la chair

étalée hurlante

au fond

d'un lit de boue

sa réserve de faim

s'étiole

coupeur de nuit

indélicat fossile

cierge, lumière cornue

l'abeille,

centre noir, son lait ––

florale aréole

dans sa crêpe noire

l'araignée moite

comme un miroir

au creux de ta paume, un pétale de dent







le lapereau en poussière


visage dans les mains


cheveux brûlant


les épaules dans le sel


sillons noirs du soleil


mouettes stériles


têtards crachant ta tête de sodium


ces cargos défunts


brisant l'étendue froide des lignes







lente bouillie des lunes plates

un carnaval féru en os

le cierge

mêlé

à ton lait de rêve - chaque nuit, mords

le ventre du cafard


la méduse électrique,

familière

grignotant

ces jours savonneux


cherche ami

l'indigne calvaire

sous le vieux ciel sans dents