La
page
blanche

Le dépôt

CAMP des poètes de LPB

Jean-Michel Maubert

CORPS DE NUIT - poèmes

l'éléphant d'ombre blessé la

trompe ensanglantée sa béquille ses

ligatures –– sans fin

longer ainsi les murs noirs

ce désastre pour l'enfant sans tête

mordant l'obscur

l'âne sous le ciel d'oubli

comme s'il pouvait dormir

entre les murs du poème






ventre gris

l'estomac du chimpanzé

retournant

à son cercueil


les engrenages du feu


cocon,


grumeleuse la chair

rêvée–––membrane–––de–––mots









route


finissant


dans un ciel


de sciure


d'énormes


tuyaux


invaginant la terre


chevaux


pourrissant seuls


dans les étangs


la chambre membraneuse


l'autre scène –– sœur naine


peut être joue t-il aux dés


dans le couloir où tu dormais


derrière les rideaux noirs


un lièvre édenté







cette colline –– ses clones


fracas de feux industriels

crevasses ––

trous d'eau huileuse


lumière

peuplée de germes blanchis

fleurs muettes

consumées


la larve

tel un petit songe

brisant l'abîme ––


sommeil où flottent en masse des lueurs placentaires


froid sombre des crânes

nœud secret

l'œuf au fond


puis –– le lit

radiateur en fonte

insomnie

rumeurs métalliques

remodelant

les terrains vagues



tête de lapin écorché

emmailloté

roulant des yeux

la vapeur indocile

la petite table



par la fenêtre

les fumées

des usines

lune électrique

bruit sourd

des trains

se mêlant

à ton éternelle plainte



la fenêtre –– membrane

tissu de terre

glisse l'orage

brume

ça palpite au loin

rideaux cheminées

l'oreiller comme un poulpe

fièvre –– l'argile des sons

la main sur ton front

les pleurs








les cheminées ––

les mouettes

dans des vases

de béton

tremblement noir

ce lait d'humeurs

dormir près du kiosque ensablé





l'écorce batracienne

la peau vertèbres

lionne tu entends

derrière la porte

la machine à coudre







près du lit chaque nuit

ce masque remué dans

le blanc farine

lèvres purpurines

l'éclat suranné des dents

ton vieil amour







os fleurissant jaune

au pied de l'usine

vieilles roses

dans les chambres sentant la boue

ces champignons que mangent les chevaux

brûle tes béquilles

le cafard se lava dans un chou-fleur

cette peau de mort du vieil éléphant

elle aimait la dentelle les rêves industriels

le lait les légumes fades

pourtant la fille édentée partit en fumée

ses amours brûlant sous un ciel de formol






larve –– les sons

le bois de ta tête

la pensée

d'un monde sourd

les nuits de douleur

un vent laineux tissé du

sommeil strident des insectes






cloches de verre

les fenêtres

la ville

baisers

de rouille

songe

à ton âme muette

sa saveur de pomme pourrie





(doux rêve)

face à toi

ma gueule de cachalot ––

ton visage terrifié

tes lèvres remuant

comme celles

d'un lièvre blanc ––

ton visage tendu

glacé de sueur

penché sur une assiette

d'opale

ornée de quelques petits pois

que ta fourchette

ne parvient pas à déplacer





Radiateur écosystème de la Dame écrasant un à un sans le moindre courroux de flasques avortons écoute leurs plastiques chuintements l'angoisse des vers s'étiolent les fumées du petit théâtre harmonium souffle noir ombilics drames insectoïdes peaux fibreuses vois sa taie sur l'œil le lait brûlé de la naissance terre quadrillée elle chante danse à pas comptés menue désuète au fond de son paradis de fonte cloche de verre vie sans larmes mort électrique excroissances osseuses petites îles à même l'os blancheur malade du teint de la Dame blême arctique elle revient limant les tympans son hymne métallique chant funèbre un beau cloaque de sons trop tendres pour le singe en béquilles la vie gagne en épaisseur les rideaux s'écartent mornes lumières ampoules grésillements du feu la Dame entre personne ne vient danser jardin fluet et squelettique cabaret d'infra-monde elle arbore sans joie ce pâle sourire de demi-reine tandis que l'insecte croît belle mourante parmi les fumées vapeurs veuves l'idiot se demande que savons nous de l'air du Radiateur ?