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blanche

Le dépôt

Cercle des poètes de LPB

Victor Ozbolt - rédacteur de LPB

Il y aura toujours

Il y aura toujours 

Il y aura toujours ce rien qui nous échappe, cette couleur qui fuit là-bas au crépuscule, cette corde qui vibre dans des cœurs enflammés, ces amours qui façonnent leurs corolles secrètes, cette encre qui frémit envoûtée par les mots, cet enfant qui déchiffre des fragments d'univers, ces êtres chers qui glissent vers un astre inconnu, il y aura toujours ce rien qui nous échappe, nous ronge ou nous fascine sur les marches des jours 




Un ciel

 

Un ciel silencieux lisse et sans noirceur, l’orage est passé, voici un nuage qui au loin s’avance chargé de mystères d’angoisse et d’espoir, voici un poème 



Entre les récifs urbains

 

Entre les récifs urbains se faufile une frégate dont les phares ardents flottent sur les frimas fantastiques, les fiers marins des faubourgs affrontent flots et saisons et font rêver les enfants qui les saluent aux fenêtres, aventuriers fabuleux éboueurs infatigables 



Enfants migrants 


Canari claudicant aux parents disparus j'ai fui les ouragans de ma contrée lointaine. Ici je réapprends à voler et chanter parmi des oisillons dont j'ignore les mots. Je chante pour l'azur que nous réinventons dans un charmant désordre de pinceaux et de rires pour ce nid de dentelle de lune et de tendresse qu'en la paume d'un orme je confectionnerai avec mes souvenirs 



Donnez-moi un peu de temps 


Donnez-moi un peu de temps pour assembler les couleurs et peupler l’obscurité. Donnez-moi un peu de temps pour inverser les étoiles et surprendre l’océan. Donnez-moi un peu de temps pour réinventer les mots et apprivoiser la lune. Donnez-moi un peu de temps juste encore un peu de temps pour déguster l’univers avant que la lueur s’estompe 



Cette mélodie 


Le murmure de l'écume sur la peau marbrée du monde ne s'éloigne qu'un moment, le costume des comètes sur le panorama flâne l'été en caméléon, cette mélodie enflamme mon cœur immédiatement, Ô mémoire de nos jours mélodie de notre amour 



Nos pirogues 


Des visages adorés s'illuminent dans nos cœurs quand nos pirogues s'élancent loin des rives familières sur des fleuves empourprés dont les ardentes cymbales à l'embouchure des rêves réinventent l'horizon et où pleins d'espoir s'envolent des papillons de rubis lorsque nous donnons du sang 



Qu’adviendra-t-il ? 


Or qu’adviendra-t-il plus tard de nos rêves de nos mots ? Nous butinons chaque jour de forêts en violoncelles de lagons en aquarelles sans entrevoir l’avenir - Le pollen à l’horizon peu à peu disparaîtra tandis que se dresseront dans un humble jardinet quelques tiges prodigieuses aux corolles flamboyantes - Jardinet insoupçonné Amour incommensurable 



Oiseaux


Les grands oiseaux blancs s'agitent autour d'un nuage gris dès que s'invite l'aurore, je suis un tout autre oiseau au plumage imprévisible en caméléon des airs, un oiseau porteur de rêves qui offre au bord de la lune un coin de mon duvet tendre, un oiseau porteur de rires jongleur de mots et d'instants qui brave la maladie moi le clown de l'hôpital 



Cymbale étourdissante 


Cymbale étourdissante écho interminable, entre ses doigts crochus la pénombre et les larmes, vautour impitoyable dans son azur sanglant où l’harmonie ne règne qu’en des matins trop courts, cymbale étourdissante écho interminable, éclairs et frissons lorsque à une heure improbable surgit ce triste appel 




Si je devais m'éloigner 


Si je devais m'éloigner brusquement vers l'au- delà je n'aurais pas réussi à rassembler tous ces astres à écouter chaque saule sa sagesse et son fou rire, à ausculter chaque mot sa silhouette et son secret, à garder chaque seconde sa couleur et son arôme, si je devais m'éloigner brusquement je vous dirais : 

Non ne pleurez pas ainsi mon séjour dans l'au-delà, grâce à votre amour sublime j'ai pu parcourir en prince des palais insoupçonnés sur la rosée de mes songes, partout des ponts apparaissent et mes pas suivront les vôtres 




Temps mort 


Lorsque pépé tournait en rond ainsi qu’un poisson dans son bocal, que même ses mots s’égaraient, nous enfants coquins on l’imitait sans savoir qu’il avait quitté l’océan pour un lac nauséabond où tyrannisés par les piranhas les poissons zèbres s’entassaient. Ils rêvaient de pain chaud et de sommeil mais s’écaillaient à édifier des digues et beaucoup flottaient à la surface. On ignorait ce qu’était Buchenwald. Un jour enfin il revit l’océan, vogua sur les flots rayonnants de l’aube sans poissons zèbres ni piranhas mais le spectre du lac resurgissait. Lorsque pépé tournait dans son bocal nous enfants coquins on l’imitait sans savoir que pour lui Buchenwald ne s’arrêterait jamais