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Commentaires - Collectif d'auteurs

Notes de lecture (par ordre alphabétique des auteurs)

A


ANTHOLOGIE - Nous, avec le poème comme seul courage - Éditions Le castor Astral


84 poètes (dont 32 femmes) d'aujourd'hui (2020) réunis dans un livre de 400 pages par Jean-Yves Rouzeau. Dans ce livre quelques un des textes de chaque poète choisi. Un panorama de la poésie qui s'écrit aujourd'hui d'une diversité et d'une richesse étonnante.



B


BAILLY Jean-Christophe - Le parti pris des animaux - Christian Bourgois éditeur 


Nous nous demandons quelle peut être la consistance d'un monde de choses innommées et comment, dans ce monde auquel nous n'avons eu qu'un accès furtif dans une enfance lointaine et sans souvenirs, quelque chose comme un sens - un sens qui n'est pas notre sens - affleure et, d'une certaine façon, pour autant que nous nous disposions à le pressentir, nous parvient.



BERTHET Frédéric - Daimler s'en va – La Table Ronde


Auteur français méconnu, mort jeune (suicide?) qui a laissé cependant une impressionnante correspondance, notamment avec des auteurs comme Echenoz ou Michon. Considéré longtemps comme l'écrivain le plus doué de sa génération, il a consacré sa courte vie à vouloir écrire LE roman et n'aura finalement fait paraître que deux ou trois écrits.

A fait un essai sur le roman de Flaubert Bouvard et Pecuchet, ce qui traduit bien son état d'esprit.


« Quand il avait une quinzaine d'années, Daimler écrivait des poèmes, en octosyllabes, où il était question d'envols de corbeaux au-dessus des terres labourées, d'odeurs citronnées, de parfum capiteux et de femmes alanguies. Il se dit qu'il devrait s'y remettre. Ce qui donne :`


OVER

Rio Bravo appelle Tango II

Crapaud IV appelle Tango, bon sang

Coyote hurlant appelle Tango malade

Over.


A part le fait qu'il soit passé au vers libre, son état d'esprit a changé. L'inspiration ne se commande pas. »


BOBIN Christian - Le Très-Bas - éditions Folio


J’ai lu deux livres depuis hier : de Christian Bobin Le Très-Bas et d’Annie Ernaux La place. Ces deux livres sont pour moi une ode à l’humilité. La vie de Saint François d’Assise racontée à la façon d’un Christian Bobin est intéressante à suivre avec ses petits chapitres chronologiques, et pour moi ce roman est une réussite parce que son écriture est originale, que le thème de la chrétienté et de la Bible sont traités de façon suggestive avec un ton juste même pour un athée anti-sectaire et donc anti-clériqual.



BOLANO Roberto - Les détectives sauvages – Folio


Roman somme (1000 pages), une fresque qui dépeint le Mexique et l'Amérique du Sud, écrit de façon crue et poétique à la fois. C'est exceptionnel!

L’histoire évoque avec ironie la création d’un mouvement poétique, le réalisme viscéral et le vagabondage de deux poètes, dont un se nomme Arturo Belano. Roberto Bolano a lui-même créé un mouvement poétique qui se nommait l’infra-réalisme.

« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent a l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l’Œuvre voyage irremédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. Tout ce qui commence en comédie s’achève en tragédie. »




BOLANO Roberto - La littérature nazie en Amérique – édition Christian Bourgeois


Un dictionnaire fictif d'auteurs ayant des accointances avec l'extrême droite. L'ensemble est accompagné d'une bibliographie fictive, d'une liste de maisons d'éditions fictives... Bref, passionnant... Bolano, sans doute un des plus grands lecteurs-écrivains, était un admirateur de Perec et on retrouve cet amour du jeu ici...


BOLANO Roberto - 2666 – édition Christian Bourgeois


Roman énorme, roman monstrueux mais à la lecture assez facile.

4 grandes parties dans ce roman sans, à priori, de liens étroits entre eux : 

la première raconte les atermoiements amoureux d'un groupe d'universitaires, lesquels sont à la recherche d'un poète mystérieux, Archimboldi, qui se serait réfugié dans la ville de Santa Thérésa, au Mexique, ville dans laquelle on apprend que de nombreuses femmes disparaissent chaque jour.

la deuxième suit un journaliste reconverti malgré lui en journaliste sportif et qui doit faire un papier sur un match de boxe se déroulant à Santa Thérésa

la troisième, la plus importante, 500 pages tout de même, raconte tous les crimes commis à Santa Thérésa. On s'attend à de la lassitude mais, en réalité, cela se lit très bien

la dernière enfin suit un soldat lors de la 2ème GM et dans l'après-guerre...


BOURG Lionel - Prière d'insérer suivi de Cote d'alerte - Ed. Le Passe Vent


Certains écrivains aiment à prendre la lumière des médias, arborant avec fierté leur dernier ouvrage devant les journalistes qui n’attendent que quelques bons mots pour leur papier, sans vraiment chercher l’homme ou la femme qu’il y a derrière. Lionel Bourg préfère la simplicité dans les rapports humains et l’amitié. Modeste, il sait « La vanité voire la parfaite incongruité d’écrire » et que « Les mots mentent. N’avouent que mon insuffisance ». Modestie dont certains devraient bien s’inspirer…

Bourg écrit donc en peaufinant ses mots, en nettoyant bien leur peau, comme le suggère l’étymologie de ce mot. Il écrit en décrivant ce qu’il ressent plutôt que ce qu’il voit, en de longues phrases qui restent à la lecture pendant plusieurs secondes, comme le goût sucré des bonbons sur la langue. Il n’a pas besoin de voyager loin. Sa ville de Saint-Étienne, son département lui suffisent pour nous donner à comprendre beaucoup de choses sur notre propre vie, le monde qui nous entoure, la nostalgie de ce qu’il a été. « Écrire, c’est compliquer le réel. Souffrir peut-être, tant l’Ouvert dont Rilke fit grand cas se referme à chaque tentative de s’y précipiter. Envie de fuir. De partir. Et pour moi, sédentaire confirmé, la rêverie quelque peu douceâtre de me mettre à voyager… ».

Lionel Bourg observe la vie qui l’entoure avec une grande acuité. Il a de l’empathie par exemple pour ces petits vieux qui, « de l’extrémité de leur canne dessinent des hiéroglyphes à même le gravier qui recouvre le sol ». Quand il évoque Saint-Étienne, il ne cherche à tirer aucune ficelle touristique. « Écrire sur une ville, sa ville, n’a de sens à cette aune que si l’on s’extirpe de ramifications fallacieuses, l’imbroglio des lignages, la mangrove asphyxiante où l’on barbote avec les siens sans réussir à sectionner le nœud de vipères généalogiques auquel on doit un nom, une carte d’identité, cette nasse, ou ce terreau, cette patrie résolument perverse de qui parcourt toujours la même circonférence, n’établissant au mieux qu’une apparence illusoire ».

Saint-Étienne, c’est donc là qu’il a vécu. Il n’y a pas d’écriture déconnectée d’un lieu, cela devient un cliché. Le lieu est vie, il est donc personnage. Et cet ouvrage aux éditions Quidam est une vraie symphonie de noms propres. Comment nommer un collectionneur de noms propres ? Tout y passe, histoire, géographie, sport, cinéma, chanson, amis… Existe-t-il un record du monde du nombre de noms propres dans un récit ? En faire la liste ici serait à proposer à Bernard Bretonnière…

C’est donc là que Lionel Bourg a vécu, mais c’est surtout avec tous ceux-là. Car si un lieu marque un homme, les rencontres, réelles ou non, le façonnent. Les lieux, les hommes, les mots. De quelles rencontres, de quels mots le lieu est-il l’œuvre ? C’est un peu à cette question que tente de répondre Lionel Bourg avec ce livre sorte de mémoire de canut en bluesman.

Deux livres à conseiller donc, de Lionel Bourg, pour découvrir un auteur, un lieu, une œuvre :

C’est là que j’ai vécu, Quidam éditeur, octobre 2019, 128 pages, 14 €

Prière d’insérer suivi de Cote d’alerte, Editions La Passe du Vent, mai 2019, 48 pages, 5 €



BOUVIER Nicolas - L'Usage du monde - Éditions La Découverte



Excellent style. Des phrases parfaites. Une qualité d’écriture. Mais aussi le récit d’une aventure hors du commun. Et dès le jeune âge une grande culture. Enfin, surtout, une personnalité attachante.

Je pourrais écrire des kilomètres de commentaires, tellement ce livre est inspirant. Par exemple, belles l’une après l’autre, ses phrases… par exemple, ce goût du contact, ce goût de la culture, cette façon suisse de se comporter avec calme, sans emphase, discrètement, avec pudeur. Cette envie de vivre à fond, ce courage, des qualités si nécessaires dans une telle entreprise d’usage du monde…


A lire les phrases de Nicolas Bouvier on devine l’influence du cinématographe dans sa littérature d’images en mouvement… certains courts chapitres sont des poèmes.


« De faux-fuyants en gentillesses sincères, de réticences en attentions délicates, la conversation finissait par mourir et Thierry prenait l’accordéon pour faire danser les dames » .


« Et, le coeur chaud, on retombait en feuilles mortes dans ce fraternel ennui provincial, gonflé de désirs vagues, qui baigne les pièces de Tchekov. » .


« Pharda toujours invoqué. Phrada gonflé de promesses. Pharda, la vie sera meilleure. » 


Être l’impossible troisième passager de la Fiat Topolinio, voyager dans une partie du monde avec eux, écouter parler Nicolas, voir dessiner Thierry, pousser la voiture à trois, c’est un rêve…



BRAUTIGAN Richard - Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus -Le Castor Astral


Poèmes écrits à 21 ans et donnés à Edna Webster comme "sécurité sociale". Superbes poèmes que la critique a souvent rapprochés dans le style à ceux de Williams Carlos William ou à ceux de Ginsberg.

Voici le début de son recueil :

"je m'appelle Richard Brautigan. J'ai 21 ans.

Je suis un poète inconnu. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas d'amis. Ça veut dire que mes amis savent que je suis un poète parce que je leur ai dit."


Tout est résumé ici : la tendresse et l'ironie de Richard Brautigan. Un des plus grands poètes de la fin du XXeme siècle.


BRAUTIGAN Richard - La vengeance de la pelouse, Christian Bourgeois

Qui n'a jamais lu Brautigan devrait se pencher sur cet auteur, sur ce livre ou un autre. Ne pas s'arrêter au titre car les titres de Brautigan sont souvent farfelus (La pêche à la truite en amérique, sucre de pastèque, willard et ses trophées de bowling...). Ne pas s'arrêter au titre mais comprendre également que le titre fait déjà partie de l'art de Brautigan : une fausse nonchalance, une poésie qui ne s'assume pas toujours, une simplicité apparente, un esprit un peu "foutraque".La vengeance de la pelouse est une succession de très courts textes en prose, au genre indéfinissable. C'est dans ce type de texte que je trouve qu'il est le meilleur. Je pense que ce sont des textes à mettre entre les mains de ceux qui veulent écrire de la poésie.



C


CARLOS WILLIAMS William- Paterson - Trad. Yves di Manno - Ed. Corti


Franchement dépité, frustré par Paterson de W.C. Williams. Car décousu, car absurdité, car degré de plaisir voisin de zéro. Des perles, bien sûr, de la qualité parfois, rarement … (Aujourd'hui je sens que je peux lire n’importe quoi)


* Le temps! Comptez ! Divisez et marquez le temps !


* Illumine l’angle où tu te tiens


* une perle posée entre les océans à travers lesquels passe un fil


* des phrases, mais pas au sens grammatical : de vrais traquenards tendus à l’esprit


Je ne ferai sûrement pas de compte rendu de Paterson dans une note de lecture… à chacun de se faire une idée de ce livre dont l’astuce consiste à intercaler des chroniques de l’histoire de la ville de Paterson… Grâce à ce stratagème le lecteur ne se lasse pas totalement de cette poésie aimable et bizarre et sans profondeur, et vient à bout du livre ainsi rythmé… D’accord c’est bien disposé sur la page mais c’est tout. Ce n’est pas votre opinion ? Mais je suis comme je suis, je m’exprime en liberté.


* je vous rejoins sur certains points et comprends votre avis. Ce n'est néanmoins pas tout à fait le mien car il y a des passages que je trouve admirables, des bijoux qui montrent que Carlos Williams était un grand poète.

Mais le but de Carlos Williams était autre : il s'agissait pour lui d'ouvrir une nouvelle voie à la poésie plutôt que passer pour un grand poète, créer un mouvement plus que laisser une trace.

En cela il faut recontextualiser. Avant Carlos Williams, la poésie restait sur des thématiques très classiques, l'amour, la mort, la nuit... Certes, E. Pound, T.S Eliott et d'autres ont trouvé de la poésie dans des événements plus concrets mais c'est bien lui qui a poussé le curseur plus loin. A lancé un mouvement.

Ce mouvement mènera à la beat generation, avec le succès que l'on sait, et qui a mis au centre de ses textes les laissés pour compte, avec le succès que l'on sait.

Bref, il se peut que ce ne soit pas une œuvre pour vous, peut-être même est-ce un texte pour personne car il est défrichement plutôt que route goudronnée.


"Nulle défaite n’est seulement faite de défaite – puisque

le monde qu’elle révèle est un territoire

dont on n’avait jamais

soupçonné l’existence. Un monde

perdu,

un monde impensable

nous attire vers d’autres territoires

et nulle pureté (perdue) n’est plus pure que le

souvenir de la pureté ."




CARRÈRE Emmanuel - L'adversaire – Folio


Style journalistique à la Truman Capote qui raconte l'histoire vraie de Jean-Claude Romand. Récit étonnant dans sa forme, glaçant dans le fond. Les remarques faites par Emmanuel Carrère, notamment à la fin du texte sur ces « visiteuses de prison » me semblent d’une grande pertinence.


"Qu'il ne joue pas la comédie pour les autres, j'en suis sûr mais est-ce que le menteur qui est en lui ne lui la joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d'être aimé malgré tout fait couler sur ses joues des larmes de joie, est-ce que ce n'est pas pas encore l'Adversaire qui le trompe ?"



CASSOU-NOGUÈS Pierre - Les démons de Gödel, logique et folie - Éditions Points


Je lis un livre de Pierre Cassou Noguès , Les démons de Gödel - Logique et folie. Je crois que Jean-Michel Maubert m’a dit qu’il ferait une note de lecture, donc je n’en parlerai pas hihi, sauf pour dire que c’est un patient et constructif travail de recherche de l’auteur, dans une langue claire sur des textes édifiants de Kurt Gôdel, de mathématique - son théorème d’incomplétude a bouleversé les fondements des mathématiques, de logique, d’épistémologie et philosophie , qu’a laissés dans ses papier le logicien, dont l’imagination était hors normes ce qui pour certains est un signe de folie, sans doute, mais de folie positive, la folie telle qu’on l’entend est une maladie qui ronge le cerveau, tandis qu’il existe une autre folie qui est au contraire un gage de bonne santé mentale. Enfin il existe une folie sociale que tout le monde connait et partage plus ou moins. Celle-là insécurise et terrorise des sociétés. Voilà pourquoi l’histoire de Gödel que j’ai presque fini de lire m’a enthousiasmé. Au passage j’ai eu l’impression de me cultiver, de me renseigner sur les mathématiques, de comprendre que les mathématiques font partie des possibilité de langue, des possibilités de cerveau, qui permettent de comprendre le monde. Je me suis dit, en lisant ce livre, que les mathématiques et la poésie sont deux domaines intellectuels différents mais présentent des analogies. Les deux matières ont partie liée au langage, les mathématiques utilisent le langage des lettres combiné au langage des signes mathématiques, ou le langage purement des signes mathématiques … la poésie n’emploie pour son art que le langage des lettres. L’analogie se trouve dans le plaisir, la tension, que peut trouver un.e mathématicien.ne dans son écriture, du même ordre que celui d'un.e poète dans la sienne…


La logique comme une discipline, un usage à des fins scientifiques, c’est ce domaine de l’ignorance qu’explorait Gödel...




CORSO Gregory - Le joyeux anniversaire de la mort - Black Herald Press


Du poète américain de la beat génération, Gregory Corso, peu connu et peu traduit en France, que Blandine Longre a traduit en français, que Ginsberg considérait comme le meilleur poète de sa génération…

Je conseille ce livre de poésie car vous y trouverez un poète dont l’expression est originale et excitante, avec un effort permanent sur les signifiants et la syntaxe… à se demander si Corso n’écrivait pas sous l’emprise de stupéfiants, c’est stupéfiant...


D


DERRIDA Jacques - L'animal que donc je suis - Ed. Galilée


Une bonne syntaxe et un bon choix des mots, voilà un bon texte, voilà une bonne rédaction... On découvre dans ce livre, bien sûr la pensée, la façon de penser, de Jacques Derrida, aussi un panorama de la pensée philosophique sur la question du rapport de l'homme à l'animal, donc aussi sur la question du rapport de l'homme à l'homme. Et cela vous change un homme.




DES FORÊTS Louis René - Ostinato - L'imaginaire Gallimard


J'ai lu pour le moment les premières pages du livre Ostinato de Louis-René des Forêts mais ces pages de prose me suffisent pour entrer dans air poétiquement palpable, concret, et pour y respirer pensées subtiles, bel esprit, style raffiné. Lente lecture jalonnée d'éclairs.


DÖBLIN Alfred - Berlin Alexanderplatz - Ed Folio


Je parcours avec application et détachement le livre de Döblin et heureusement que je suis encouragé dans cette lecture parce que c’est une lecture difficile, beaucoup plus difficile que la lecture des classiques. La lecture du livre Berlin Alexanderplatz est une épreuve pour moi et en même temps une conquête. En cela cette lecture si mouvementée me rappelle vaguement mes émotions à la lecture d'Ulysse de Joyce par exemple… j’y retrouve aussi Céline… Ce que j’apprécie pour le moment - je n'en suis qu’à la page 188, c’est cette liberté exceptionnelle que s’accorde l’écrivain.


Je croyais, encore il y a peu, qu’il n’y avait pas de différence entre la vie et la poésie… mais depuis que je lis des livres difficiles à lire, encouragé par mes amis et par Wim Wenders dans sa post-face au livre de Döblin, je pense maintenant qu’il n’y a pas de différence entre la vie, la poésie, et le roman.


Je viens de finir de lire Berlin Alexanderplatz…qui n’’est pas un roman comme les autres, à cause de son écriture faite d’associations poétiques autour de l’histoire, comme vécue du dedans, du personnage principal… livre burlesque bien documenté sur la pègre berlinoise d’entre les deux guerres… livre d’une grande qualité psychologique et livre riche en général...

La traduction n’a pas du être facile car le livre est écrit dans une sorte d’argot sûrement pas facile à rendre, et franchement pas très agréable à lire… donc c’est vraiment un livre un peu à part… un de ces livres qui achevé permet de décerner une médaille au lecteur.



E


ERNAUX Annie - La place - éditions Folio


« J’ai fini de mettre à jour l’héritage que j’ai dû déposer au seuil du monde bourgeois et cultivé quand j’y suis entré ». Ce court roman familial d’Annie Ernaux se lit en une heure. Il raconte avec simplicité, tendresse et une pointe d'humour la vie d’humbles normands, une vie de famille centrée autour du père de la narratrice dont elle fait le portrait avec des mots patois, des expressions locales, des syntagmes du cru. Annie Ernaux est sortie de la vie humble en devenant enseignante de lettres modernes puis écrivaine. « Je me souviens d’un titre L’expérience des limites. Mon découragement en lisant le début, il n’y était question que de métaphysique et de littérature…///…Ce jeu des idées me causait la même impression que le luxe, sentiment d’irréalité, envie de pleurer » .


F


FANTE John - Demande à la poussière - éditions 10/18


"C'est une vraie histoire que John Fante, c'est une histoire de chance, de destin et de grand courage. Un jour peut-être on vous le racontera, mais j'ai le sentiment qu'il ne veut pas que je vous le raconte. Mais laissez-moi vous dire que ses mots et sa vie sont les mêmes : forts, bons et chaleureux. C'est tout. Maintenant le livre est à vous." Charles Bukovski


FAULKNER William - Absalon, Absalon ! – collection L’imaginaire


Difficile d'accès, incompréhensible, envie de jeter le bouquin au feu car comprendre une page équivaut à une partie d'échecs et puis, à un moment donné tout s'éclaire comme le soleil lève le brouillard, comme l'eau soulève le couvercle pour dire que je suis prêt. Alors nos yeux se décillent comme dit la Bible.

Écrivain de génie qui se prétendait seulement un modeste terrien américain.


« On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela sans savoir pourquoi, mais on continue d’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, tout embrouillé avec eux, comme si on s’efforçait, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais les mêmes ficelles sont attachées à tous les autres bras et jambes et tous les autres essayent également et ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est qu’ils se prennent dans les ficelles des autres comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier mais avec chacune d’elles voulant tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, on le sait, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance puisque l’on continue à essayer ou que l’on est obligé de continuer, et puis tout à coup tout est fini et tout ce qui vous reste est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire mettre le marbre en place et d’y faire marquer quelque chose, et il pleut dessus et le soleil brille dessus et au bout d’un peu de temps on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les marques essayaient de dire, et cela n’a pas d’importance. »


FAULKNER William - Tandis que j’agonise - Folio


Moins difficile à lire que "Le bruit et la fureur", c'est un livre magnifique.

L'histoire grotesque d'une famille (un père et ses 4 enfants) qui doivent parcourir quelques miles avec le cercueil de la mère pour l'enterrer auprès de sa famille. De multiples déroutes les attend : le cercueil qui tombe à l'eau, un enfant qui devient fou, un autre qui se casse la jambe et qu’on cimente littéralement, le cercueil percé au vilebrequin par un enfant persuadé que "maman est un poisson"...

Pour moi, le meilleur livre que j’ai jamais lu.


"Des fois, je ne sais pas trop si l'on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans l'autre."


FAULKNER William - Le Bruit et la fureur - éditions Folio


Les deux premières parties (215 pages tout de même) sont très difficiles, en tout cas pour moi : la narration se fait à la 1ere personne et, dans la partie 1, c'est un handicapé mental qui s'exprime. Cela va dans tous les sens. Ce n'est même pas digressif, c'est une volonté de représenter le psychisme de ce personnage (Benji) et donc on s'y perd royalement. Par exemple, voir une partie de golf lui rappelle sa sœur, surnommée Caddie.

Dans la deuxième partie, on est cette fois dans l'esprit de son frère, Quentin, habité par la colère et une relation presque incestueuse avec sa sœur, Candice. Là deux difficultés : cela se passe 15 ans avant la première partie alors on se perd. Surtout, Quentin ne termine pas souvent ses phrases... Cela traduit son impulsivité... Dur également à comprendre.

Les deux dernières parties sont plus simples et éclairent rétroactivement les deux premières.

Bref, grand livre, certainement un de ceux qui me resteront en tête pour longtemps.


« C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. [...] Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. »



G


GARCIA MARQUEZ Gabriel - Cent ans de solitude - Point Seuil


Quel chef d'oeuvre! Avec ce roman, Garcia Marquez donne toute l'étendue de ce que l'on nommera le réalisme magique.

Un roman où il pleut des pétales, où un village perd le sommeil, où une femme mange les crépis faits en chaux vive, où une révolution en remplace une autre...

Impossible à résumer si ce n'est que nous suivons la famille Buendia sur plus de cent ans, dynastie qui s'éteindra lorsque le dernier de la famille naîtra avec une queue de cochon.


"Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d'une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des œufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. Tous les ans, au mois de mars, une famille de gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins, faisait part des nouvelles inventions. Ils commencèrent par apporter l'aimant. Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s'en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. "Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là."


GAUDÉ Laurent - Eldorado - Éditions J'ai lu


Beaucoup d'émotions en lisant ce livre et en le refermant. L'histoire parallèle d'un homme qui cherche à gagner l'Europe depuis l'Afrique, et d'un homme qui fait le trajet en sens inverse. L'un : espoir et désir de vivre, l'autre : désespoir et désir de mourir. Entre les deux le lecteur retient son souffle et ne pourra jamais oublier ce roman réaliste qui décrit de l'intérieur les cheminements de l'un et l'autre.

Le livre Eldorado de Laurent Gaudé se penche sur moi et m' attend.

(Ce n'est pas moi qui trouve un livre, un livre me trouve).


GEVAMAGDALA Evgue-Riek - LUDI NUIT - Dancot-Pinchart éditions


Votre poésie n'est n'est-elle pas le résultat d'une contradiction insoluble par le raisonnement ? Votre poésie peu commune nous fait sortir, comme dirait Francis Ponge, de notre rainure. Votre effort tendrait-il à courber les choses vers une modestie qui serait elle-même fille d'un étonnement ... tiendrait-il à ne pas associer de façon automatique et impensée, comme cela se passe couramment, l'absence de logos articulé à l'imbécilité ou à une situation forcément subalterne ?Votre mouvement poétique : l'abstraction concrète.. Votre poésie ne tendrait-elle pas à désolidariser le "propre de l'homme", son langage, de la gangue de fierté qui le nimbe, et ainsi à prendre le parti des animaux , des plantes et des minéraux... Evgue, vous trouverez dans le livre "Le parti pris des animaux", de Jean-Christophe Bailli, édité chez Christian Bourgois, l'inspiration- en partie, de mon questionnement à propos de votre poésie.






GOES Albrecht - Jusqu'à l'aube - Ed. Librio


Jusqu’à l’aube est un roman court, au ton juste, à l’écriture sobre, presque nécessairement terne, l’histoire d’un prêtre protestant allemand sous le régime nazi en mission pour accompagner les derniers instants d’un condamné à mort… un roman aussi réaliste qu’un fim documentaire, un témoignage d’un humain chez les nazis.



GUIBERT Hervé - A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie - Folio


Un sujet compliqué à aborder, celui du sida, dont il est atteint. Hervé Guibert contourne le problème pendant la première moitié du récit en parlant de la maladie de Muzil (Michel Foucault dans la réalité). Puis, il évoque les perturbations de la maladie sur lui-même, sur son rapport à l'autre surtout. Une écriture limpide, d'une grande beauté formelle.


"J'ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. "


H




HARRISON Jim - La position du mort flottant - Éditions héros-limite


Le dernier livre écrit par Jim Harrison, une succession de poèmes en prose dans lesquels il évoque son corps vacillant et quelques bribes de son enfance. Des leitmotiv se retrouvent de pages en pages : la perte de son oeil (instant passé), sa fascination pour les oiseaux (instant présent), sa volonté de pouvoir remarcher pour sillonner la campagne avec sa chienne (instant à venir).

Pour qui garde l'image de Jim Harrison comme celui d'un roc qu'on peut difficilement ébranler, il faut se pencher sur ce livre.



I


J


JULIET Charles - Lambeaux - Editions Folio


Tu penses donc tu déprimes donc tu reconstruis donc tu écris. Tu penses donc tu vis.


K


KAFKA Franz - Lettre au père - Editions Mille et une nuits


Ces confidences sont émouvantes. On voit à quel point l’emprise du père fut forte et négative. Père mauvais, fils intelligent.


KARINTHY Ferenc - Épépé - Ed Zulma


Je viens de finir de lire le livre Épépé de Ferenc Karinthy, et je ne regrette pas de l’avoir lu même si pour moi ce n’est pas du tout un chef d’oeuvre littéraire. 

Je ne regrette pas car j’aime les livres où se déploie l’imagination. Ici une imagination dont l’origine est le sentiment de l’absurde. Là où l’imagination m'est la plus excitante c’est lorsque l’imagination est très proche d’une réalité. Je ne regrette pas car le personnage de Budaï est attachant. Je ne regrette pas car Budaï est linguiste et son sentiment d’enfermement dans une langue absurde est très touchant. L’enquête scientifique linguistique qui est proposée vaut le détour. Mais ce n’est pas selon moi un chef d’oeuvre à cause de ce sentiment pénible que j’ai éprouvé tout au long du roman, sentiment d’invraisemblance peut-être, mais surtout liée au sentiment de devoir avaler sans cesse des descriptions... à n’en plus finir. 

C’est un livre qui utilise la description de façon outrancière et indigeste. Il donne l’impression d’un monticule de détails entassés, d’une nourriture obsessionnelle. 

La fin du livre sauve le livre et me permet, lecteur, d’avoir accès à un génie inventif (l’invention de la guerre civile est géniale), une sorte de génie mythomaniaque, et à une merveilleuse étincelle de poésie à la toute fin du livre de l’écrivain (la découverte que de l’eau s’écoule jusqu’à la mer depuis le centre de la ville improbable). 

C’est pour ces raison que j’ai envie de connaître d’autres livres de Ferenc Karinthy, en espérant ne pas tomber à nouveau sur des descriptions…

L’excès de descriptions ressemble à l’excès d’adjectifs, l'abus révèle malheureusement une psychologie beaucoup trop obsessionnelle à mon goût.

Pour moi pour qu’un roman soit un chef d’oeuvre, il faut qu’il respire et non pas qu’il étouffe. Il faut plus de santé dans la littérature...


KELLEY William Melvin - Un autre tambour - 10/18.


Roman qui date des années 50 et qui vient seulement d'être réédité en France. Kelley était considéré comme un autre Faulkner (même intérêt pour les sans rien du Sud des États-Unis) de son temps mais a été injustement oublié par la postérité.

Ce récit raconte la désertion de tout un état américain par la communauté noire : tous s'en vont, sans explication aucune.

Très bien mené comme récit avec une succession de points de vue différents.



L


LAGARCE Jean-Luc - Juste la fin du monde - édition Les Solitaires intempestifs


Pièce très juste qui traite de l'impossibilité de communiquer, de dire quelque chose d'essentiel, de la volonté de rester dans le superficiel pour chasser d'un revers les vérités qui blessent.

Quand on la lit, on se demande quel est son intérêt et puis, une fois la lecture terminée, elle nous poursuit et nous interroge sur le monde et la relation que nous entretenons avec celui-ci.


« Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu'ils veulent entendre, mais souvent, tu ne sais pas, je me taisais pour donner l'exemple. »

 

« je pense du mal.

je n'aime personne,

je ne vous ai jamais aimés, c'était des mensonges,

je n'aime personne et je suis solitaire,

et solitaire, je ne risque rien,

je décide de tout,

la Mort aussi, elle est ma décision

et mourir vous abîme et c'est vous abîmer que je veux. »


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Je viens de finir de lire « Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce et j’éprouve les mêmes sentiments post-lecture que ceux que vous exprimez avec clarté dans votre note de lecture du Dépôt. Pourquoi Louis dit-il (à lui-même, dans un monologue, je crois) "la mort nous abime et c’est vous abimer que je veux", sachant que la mort abime tout et que personne n’a moyen d’empêcher ça… Alors pourquoi en parler ? En parler dans sa famille ou dans une pièce de théâtre (c’est bien pareil...) ?

Louis sait qu’il va mourir, et au lieu de craindre la mort - il veut mourir, de cette mort annoncée et imposée il fait une volonté. Je crois que si Louis ne dit rien à sa famille malgré son désir de la revoir avec comme motif annoncer aux siens sa mort, si Louis ne peut rien dire c’est parce qu’il n’y a rien à dire : la mort s’en chargera. Se chargera d’abimer tout le monde. C’est pour ça que j’aime cette pièce. Absolument linéaire et répétitive, d’une simplicité de langue familiale tout à fait vraie, juste, convaincante. Il s’agit donc d’une pièce sur la mort, sur la vie familiale, et sur la discrétion de l'auteur. Une pièce qui semble dire que la mort a beaucoup d’importance dans le peu à en dire des familles , qui semble dire que la famille est un nid, et la solitude un oiseau né dans ce nid. Si j’ai bien compris Jean-Luc Lagarce n’avait pas peur de la mort quand il a appris la sentence de sa "séropositivité" . Jean-Luc Lagarce fait preuve d’indifférence envers la mort.

C’est la mort qui est le sujet de la pièce. C’est pour cela que Louis se tait. Les membres de la famille de Louis, Louis inclus, communiquent, comme les membres de la presque totalité des familles… Qu’ils n'aient pas grand-chose à se dire est un fait. Sur la mort et sur l’amour, c’est un fait. Mais ils communiquent : la pièce montre de quelle façon les gens communiquent dans une famille, dans la presque totalité des familles, dans la presque totalité de l’humanité…


Cette pièce a eu une résonance dans le public et jusque chez les enseignants de littérature…à cause de la mort… dont il n’y a rien à dire... Il faut vivre sa mort pour pouvoir la dire. Pour pouvoir se lâcher comme fait Jean-Luc Lagarce.


LAWRENCE D. H. - L'amant de Lady Chatterley - Le livre de poche


L’amant de Lady Chatterley, c’est une histoire d’amour mais aussi un livre qui parle de la libération des femmes, du pouvoir de l’argent, de l’évolution des moeurs et de la société du temps de l'écrivain, le tout début du XXème s., il y a cent ans, accessoirement de la nature. Un livre actuel… Même si l’histoire est prenante et bien racontée, ce n’est pas un roman précieux pour moi. Même si j’ai aimé cette histoire. C’est une question d’écriture, linéaire et sans surprise. Une écriture emprisonnée par les contraintes de la réthorique romanesque d'une époque finissante.



LODGE David - La chute du British Museum - Rivages poche


La chute du British Museum de David Lodge, vraiment "un tout petit monde". Le livre La chute du British Museum m’a donné une claque mais une claque de mauvais goût, de superficialité, de mensonge, de mauvaise foi, de snobisme, de degré zéro de la littérature. La fin est absolument pathétique mais pathétique pour l’ auteur , vraiment un britannique ridicule. C’est le premier livre que je lis et que je trouve totalement raté et nul. Je l’ai pourtant lu jusqu’au bout car je voyais bien qu’il se passait quelque chose de dramatique (pour l’auteur) et je voulais voir le bout du bout de son livre. Une horreur, une plaie béante ! Je ne comprends pas que les éditions Rivages poche se permettent de dire que David Lodge, né en 1935, est l’un des plus grands écrivains britanniques. Je vais écrire aux éditions Rivages Poche pour leur demander le remboursement de ce défilé de mots, de cette mascarade littéraire. Jamais je n’avais éprouvé autant de mépris pour un auteur aussi insensé, auto complaisant, aussi minable ! L’histoire que David Lodge se fend à raconter sans aucune verve est invraisemblable au point que c’en est cocasse. Ce qui me surprend c’est que ce bonhomme si nul ait acquis une réputation si imméritée. La littérature anglaise est tombée si bas ! Comment est-ce possible ?



LOWRY Malcolm - Sous le volcan – Les cahiers rouges


Roman difficile d'accès. L'on suit les déambulations de Geoffrey Firmin, consul au Mexique, hanté par l'alcool et des crises de delirium tremens.

On ne comprend pas toujours tout (en tout cas, je n'ai pas toujours tout compris) mais il en ressort une atmosphère poignante et la relation entre Geoffrey et sa femme Yvonne, laquelle l'a trompé, est poignante.

Jetez-y un oeil car c'est un roman qui ne ressemble à rien d'autre. Une expérience.


« Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? »



M


MAUBERT Jean-Michel - LIMBES suivie de RONCES - Ed. Maurice Nadeau



LIMBES


Peinture lumineuse et sombre, réaliste et onirique, prosaïque et poétique, singulière et universelle. Musique des limbes, des marges grises, des franges froides. Magistrale, envoûtante.



RONCES


La mort d’une araignée (peut-être la mort du poète Georg Trackl ) racontée par Jean-Michel Maubert. Lente progression des personnages à travers ronces. Qui s’accélère au milieu du livre jusqu’à la fin. C’est un très vaste espace. Avec des scènes d'atrocités de la guerre.

Les phrases sont souvent faites de propositions incises séparées par des longs tirets. Ce qui donne un rendu -- un effet de flux .


… Un immense boeuf musqué - ou un Aurochs, peut-être - blanc et gris…

La boue, la pluie — l’ombre lointaine, verte et fraîche et brune, des forêts



MEYER Bernard - Liaison - auto-édition


Liaison est un récit bien mené, au rythme soutenu, au lexique riche, aux phrases claires, aux images agréables et parfois surprenantes de finesse, fait de courts paragraphes qui s’enchaînent magistralement, et cette qualité architecturale de l’écriture est à souligner, qui entraine le lecteur en Amérique du Sud (Buenos Aires en Argentine, Rio au Brésil); Le narrateur s’appelle Bruno, 37 ans, son amant Oscar, 19 ans. De Bruno on ne sait que peu de choses, pas suffisamment à mon goût pour faire de ce récit un récit parfaitement équilibré et réussi. On sait juste que Bruno (son prénom n’est cité qu’une seule fois) est un français, bien élevé, cultivé, rien n’est vraiment dit sur sa profession, sur ses origines, son histoire, on apprend juste qu’il fait de temps en temps des conférences mais on ne saura pas de quoi, qu’il a des amis, mais l’auteur reste trop discret sur le personnage de Bruno pour que les deux protagonistes de cette histoire d’amour puissent être considérés par le lecteur à égalité de traitement. Oscar est un jeune homme qui travaille pour un maigre salaire. Au contact de son amant, en l’espace des quelques semaines que dure leur liaison, le lecteur sent l’influence positive qu’exerce Bruno sur Oscar et Oscar sur Bruno. C’est une belle histoire. Il manque à cette histoire, je le redis, d’étoffer le personnage de Bruno en lui donnant un passé, comme cela est fait pour le personnage d’Oscar.

Bernard Meyer n’a pas atteint encore le stade de la lecture en livre de poche d'un grand auteur mais Liaison mériterait d'être publié comme un grand roman, car c'est bien un récit romanesque, mené tambour battant, dans une grande maison d’édition à condition de faire un paragraphe ou du moins quelques phrases pour cerner mieux le personnage du grand Bruno.


"Pour moi, j'ai l'alcool gai. Quand il me pénètre, il agit comme le Saint-Esprit de l'hymne : il fléchit ce qui est rigide, relâche ce qui est contraint, réchauffe ce qui est de glace. Spleen, anxiété, découragement, tous les oiseaux de malheur s'envolent. Les tourments de l'existence prennent des proportions modestes. Une secrète assurance m'envahit. Je deviens disert, je brille, je vois dans le regard d'autrui le reflet de ma séduisante métamorphose. Et le miracle est là : j'aime la vie."



MIRON Gaston - L'homme rapaillé - Poésie Gallimard


L'oeuvre poétique d'une vie, réunie en un recueil qui, à partir de la moitié du livre, devient d'une intense splendeur sans arrêt jusqu'à la fin.


NATURE VIVANTE


Le vent rend l'âme dans un amas d'ombres 

les étoiles bourdonnent dans leur feu d'abeilles 

et l'air est doux d'un passage d'écureuil 

tu déjoues le monde qui assiège nos lieux secrets

tu es belle et belle comme des ruses de renard 


Par le vieux silence animal de la plaine 

lorsque fraîche et buvant les rosées d'envol 

comme un ciel défaillant tu viens t'allonger 

mes paumes te portent comme la mer

en un tourbillon du cœur dans le corps entier



Gaston Miron

L'homme rapaillé 

Poésie Gallimard 





N


NABOKOV Vladimir - Lolita – édition Folio


Classique sulfureux : je pensais polémique de pacotille mais les cent cinquante premières pages "méritent" le tremblement de terre. 

En dehors de cela, roman superbe dans lequel certains passages peuvent être considérés comme des poèmes en prose.

Rarement lu un auteur qui maitrise aussi bien la langue, alors que ce n'est pas sa langue maternelle.

L'histoire d'Humbert Humbert qui tombe en fascination devant une jeune "nymphette", fille de sa logeuse. Il se mariera avec la mère pour rester en contact avec la fille, Dolorès Haze, alias Lolita.


" Nous avions été partout, et nous n'avions rien vu. Je me surprends à penser aujourd'hui que notre voyage n'avait fait que souiller de longs méandres de fange ce pays immense et admirable, cette Amérique confiante et pleine de rêves, qui n'était déjà plus pour nous, rétrospectivement, qu'une collection de cartes écornées, de guides disloqués, de pneus usés - et les sanglots de Lo dans la nuit, chaque nuit, chaque nuit, dès que je feignais de dormir."


O




OSTER Christian - Loin d’Odile -Les éditions de Minuit


Un des écrivains contemporains français que j'estime le plus. Drôle et profond à la fois. Et surtout, l'écriture est vraiment remarquable.

L’histoire d’un homme quitté par Odile et qui refait sa vie… avec une mouche.


« Peut-être, dis-je. Peut-être que tu vas trop vite. Je ne te connaissais pas, Jeanne. Je ne peux pas aller si vite. Dans l'idéal, ce que j'aimerais, c'est que tout s'arrête, mais je ne peux pas m'arrêter avec toi. Moi, si jamais je dois revivre un jour, j'aimerais que ce soit sur le bord de quelque chose, qu'il y ait quelque chose à voir du bord où je vivrais, et que je prenne le temps de le voir en me disant que c'est ça, peut-être, vivre, regarder quelque chose qui n'est pas à proprement parler la vie mais qui la rappelle, un reflet, une photo, pendant que là où l'on est la vraie vie, celle qui s'échappe, la vraie vie coule, elle, mais toi, je veux dire moi, tu regardes ailleurs. Et même quand ton regard tombe sur toi tu t'arrêtes, tu fais un pas de côté en prenant garde de tomber toi-même dans ce vide au bord de quoi tu vis, et tu regardes, et tu dis j'existe, mais toi, Jeanne, non, tu ne veux pas attendre, tu ne veux pas regarder, je ne sais pas ce que tu veux, dis-je. Mais je sais ce que je ne veux pas. 

Tu es complètement fou, dit-elle avec simplicité. »


P


PESSOA Fernando - Pourquoi rêver des autres ? - Ed. L'Orma


Fini de lire ces lettres choisies de Fernando Pessoa et suis encore sous le coup de l’émotion. Je connais Pessoa depuis longtemps, je l’ai lu le long de ma vie et je n’ai pas fini de le lire…

 

Ces lettres sont émouvantes car elles vous font plonger au coeur de la personnalité de l’écrivain. Personnalité littéraire, personnalité tout court. À partir de ces précieuses lettres je peux maintenant tenter une synthèse de ce que j’avais cru comprendre de Fernando Pessoa. Pessoa aimait se regarder dans le miroir clinique de la psychiatrie. Comme tous les « autistes »* de son espèce. Ses lettres à sa dulcinée sont empreintes d’ambivalence selon quel païen Pessoaque les écrit, Fernando Pessoa lui-même ou Álvaro de Campos*. Ofélia Queirós, sa dulcinée, a probablement dû beaucoup souffrir du dédoublement de personnalité de F.P. Mais ses lecteurs, pas autant !

 

* parmi nous il y a des gens qui entendent des voix

* Alvaro de Campos est immodeste et très agressif envers Ofélia Queirós


Q



QUIMPER Charles - La fleuve - Ed. L'oie de Cravan


" Je t'aime même le dimanche matin, par-dessus le tas de lessive. Je trace

ton nom au bas des listes d'épicerie, je t'aime jusqu'au coin de la rue Christophe Colomb, jusqu'au poteau de téléphone planté au fond de la cour."



R


RADIGUET Raymond - Le diable au corps - Les Cahiers Rouges, Grasset

Histoire d’un ado qui s'éprend d'une jeune femme dont le mari est parti au front. Roman publié en 1923 et qui fit scandale car, à une période où on louait les soldats et les gueules cassées, Radiguet commence son roman en disant que la guerre fut pour lui comme des vacances merveilleuses. « J'étais ivre de passion. Marthe était à moi ; ce n'est pas moi qui l'avais dit, c'était elle. Je pouvais toucher sa figure, embrasser ses yeux, ses bras, l'habiller, l'abîmer, à ma guise. Dans mon délire, je la mordais aux endroits où sa peau était nue, pour que sa mère la soupçonnât d'avoir un amant. J'aurais voulu pouvoir y marquer mes initiales. Ma sauvagerie d'enfant retrouvait le vieux sens des tatouages. »



ROTH Philip - La pastorale américaine - Folio



"On lutte contre sa propre superficialité, son manque de profondeur, pour essayer d’arriver devant autrui sans attente irréaliste, sans cargaison de préjugés, d’espoirs, d’arrogance; on ne veut pas faire le tank, on laisse son canon, ses mitrailleuses et son blindage; on arrive devant autrui sans le menacer, on marche pieds nus sur ses dix orteils au lieu d’écraser la pelouse sous ses chenilles; on arrive l’esprit ouvert, pour l’aborder d’égal à égal, d’homme à homme comme on disait jadis. Et, avec tout ça, on se trompe à tous les coups. Comme si on n’avait pas plus de cervelle qu’un tank. On se trompe avant même avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux; on se trompe quand on est avec eux; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on raconte la rencontre à quelque un d’autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n’y voit que du feu, ce n’est qu’illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s’y prendre dans cette affaire si importante- les autres- qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d’autrui et ses mobiles cachés? Est-ce qu’il faut pour autant que chacun s’en aille de son côté ,s’enferme dans sa tour d’ivoire , isolée de tout bruit, comme les écrivains solitaires, et fasse naître les gens à partir de mots, pour postuler ensuite que ces êtres de mots sont plus vrais que les vrais, que nous massacrons tous les jours par notre ignorance? Le fait est que comprendre les autres n’est pas la règle, dans la vie. L’histoire de la vie, c’est de se tromper sur leur compte, encore et encore, encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper à nouveau. C’est même comme ça qu’on sait qu’on est vivant: on se trompe. Peut être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raison sur autrui, et continuer, rien que pour la balade. Mais si vous y arrivez, vous..alors vous avez de la chance."





S


SAJA Tom - L'homme qui ne dort plus - Aube cessante - Éditions Pourquoi viens-tu si tard ?


Bonjour ! "L’homme qui ne dort plus" et "Aube cessante" de Tom Saja se lisent avec gourmandise d’un trait, d' une goulée. Ces 48 pages harmonieusement illustrées par Lou Devaux, donnent le ton dès l’ouverture, avec les vers : Noire est la nuit / blanche est la mienne/. Suit un discours rythmé de bouts de paroles qui forment des marches d’escalier, des cascades d’idées et d’images : pas plus tard que ce matin / j’ai recueilli de l’eau de pluie / dans ces puits / que j’ai sous les yeux / de quoi abreuver tous les moutons / que je compte / … mon sommeil / une grenade dégoupillée / qui tarde à faire / BOUM / … Et le jour m’a été chouré / par la somnole / … Ce grand rien/ si aucun n’en est revenu / c’est peut-être que / c’est parce que c’est bien / … Pas âme qui vive / toute la ville flottante / dans un chut / … etc. Merci. Bonne nuit !


SIMON Yves - La dérive des sentiments - Ed. Grasset


Une très bonne étude des sentiments et moeurs contemporains, qui fait réfléchir, brio et élégance, centrée sur les relations de couple homme-femme, attentive à la psychologie des personnages, très appréciée de Michel Foucault.


SVEVO Italo - La conscience de Zeno - Ed. Folio


Fumer - La mort de mon père - Histoire de mon mariage - L’épouse et la maîtresse - Histoire d’une association commerciale - Psychanalyse . Le titre des chapitres donne une idée de l’histoire… 

La conscience de Zeno est un récit qui se laisse lire sans trop de mal, qui ne séduit pas par des tournures de phrase ou par des images poétiques, qui m’a intéressé par son sujet qui touche à la vie des gens dans leur ordinaire, avec cette trouvaille de la psychanalyse qui fait sonner le livre comme une confession - c’est sans doute pour cela que le titre fait allusion à la conscience, pas véritablement à l’inconscient, caricaturé par l'auteur, mais allusion à la conscience qu’a Zeno de sa vie, de ses attentes et désirs, des valeurs de sa vie douillette. Pour moi, ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas l’écriture qui n’a rien d’extraordinaire, c’est le mensonge et l’hypocrisie de la psychologie du narrateur : Zeno vit en permanence, page après page, avec le problème que pose le mensonge… à mon goût il ne faut jamais mentir. Sauf exceptions. Mentir et se mentir c’est s’engager chaque fois dans la fiction . Il semblerait que tout cela (mensonge, hypocrisie, fabulation) soit normal et admis dans la société toscane du début XXème, normal et admis par l’auteur du roman…

Tout le roman est centré sur le mensonge que concocte Zeno, sur son arrangement hypocrite avec sa vie d'hypocondriaque…La conscience de Zéno : un miroir mental renvoyant un impitoyable reflet de nos propres vies…en cela un juste roman. Pas un beau roman. Un roman qui vise juste.



T


THUNBERG Greta - No one is too small to make a différence - Ed. Pinguin Book


Premier livre de Greta Thunberg en anglais, non traduit en français, rassemblant ses discours devant diverses institutions internationales et divers parlements dont son célèbre discours devant l’ONU « Comment osons-nous » Ce livre de cent pages de Greta Thunberg est très intéressant à lire en anglais. Très intéressant en tant qu’expression de pensée …et franchement je vois qu'il me suffit de mon apprentissage de l’anglais à l’école pour me débrouiller quand la pensée est si claire. Est-ce que cette pensée claire fera son chemin à temps dans les consciences, j’en doute…je pense que la catastrophe a déjà commencé depuis des années, envoyant ici et là sur nos villes et nos campagnes ses premières et régulières tempêtes inondations tornades. Sècheresses, incendies. Pleurs et grimaces. Dans le livre des pensées de Greta Thunberg je veux remarquer la qualité de ses discours adressés à l'humanité. Qualité d'humanité de l'écrivaine.



U


V


VONNEGUT Kurt - Abattoir 5 - Signatures Points


Livre étrange, classé dans le genre de la science-fiction puisque le personnage prétend avoir été enlevé par les tramalfadoriens, et dans lequel Kurt Vonnegut raconte son expérience de la guerre : prisonnier de guerre à Dresde lors des bombardements alliés, il est un rare rescapé et sera chargé ensuite d'enterrer les morts de la ville, par milliers.

Ce qui déroute le plus est l'éclatement temporel, comme si la guerre avait fait voler en éclat la chronologie même. Une expérience et un style désinvolte qui me rappelle Brautigan.


"Un Tralfamadorien, en présence d'un cadavre, se contente de penser que le mort est pour l'heure en mauvais état, mais que le même individu se porte fort bien à de nombreuses autres époques. Aujourd'hui, quand on m'annonce que quelqu'un est décédé, je hausse les épaules et prononce les paroles des Tralfamadoriens à cette occasion : c’est la vie."


Il est question du temps et des mathématiques. Ce que j'apprécie chez lui, c'est cette capacité à ne pas tomber dans le pathétique, à ne pas faire un récit gris de son existence malheureuse. Il faut une sacrée force de caractère pour rendre compte ainsi de ce que Kurt a vécu à Dresde. 

J'aime aussi cette explosion du temps : il n'existe plus, il est inutile de s'interroger sur l'instant, sur la mort, sur le passé ou l'avenir. 

Il me fait penser à Brautigan, un côté foutraque qui finit par créer quelque chose de fort.


"Un livre que je recommande chaleureusement, un livre absolument remarquable !"



W


WEIL Simone - L’enracinement (sous titre : Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain) - Ed. Folio Essais


Ce livre a été écrit en 1943, peu de temps avant la mort de l’autrice. Il a été publié en 1949 grâce à Albert Camus. 

Il correspond à l’intention d'un témoignage, dans cette période de la deuxième guerre mondiale en Europe.

La théorie centrale de ce livre est la théorie des racines. L’auteur explique cela en détail dans la deuxième partie de son livre.

Mais c’est la première partie du livre, environ le premier tiers qui retient l’attention, toute l’attention du lecteur.

L’auteur y expose une théorie de valeurs selon elle essentielles. Valeurs humaines. C’est en cela que ce livre est fort.




WOOLF Virginia - Orlando - Folio classique


Passées les premières pages un peu indigestes, où l'autrice essuie ses semelles sur la patience avide du lecteur, nous entrons dans le vif de la littérature à la façon de Virginia Woolf, façon Orlando qui laisse loin derrière elle D. H. Lauwrence et son Amant de Lady Chatterley, Marguerite Yourcenar et son Empereur Hadrien, Marcel Proust et son Temps perdu et Louis Ferdinand Céline et son Guignols Band. Pourtant certainement sensationnels.


Orlando, oeuvre déroutante au sens strict : elle semble faite pour empêcher le lecteur de deviner où et par quel chemin l'autrice nous conduit, au point que nous finissons par nous demander si elle le sait elle-même lorsqu'elle nous présente un personnage dont la vie s'étend du milieu du XVI ème siècle jusqu'à nos jours et qui change de sexe à mi-parcours sous le regard de son biographe.


"Car en vérité j'éprouve le besoin d'une escapade après ces livres expérimentaux, poétiques et sérieux, dont la forme est toujours minutieusement envisagée".



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