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Commentaires du CAMP

Notes critiques en poésie


DÉBAT SUR LA PARCIMONIE


"La simplicité est la sophistication suprême" (Léonard de Vinci), mais "toutes choses étant égales par ailleurs, la solution la plus simple est généralement une ânerie" (Dan Simmons), mais "entre deux mots il faut choisir le moindre, la plus ancienne falsification philosophique fut d’appeler vrai, le logiquement correct" ( Paul Valery), mais "il semble

que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher" (Antoine de Saint-Exupéry), 

mais "pour chaque problème complexe il existe une solution simple, directe et… fausse" (H.L. Menckel), mais "less is more" (Ludwig Mies van der Rohe ). DONC : Pourquoi se compliquer la vie à faire simple quand il est si simple de faire compliqué ?


P.

L



LETTRE À UNE POÈTE


Je n’ai pas particulièrement été enchanté de ce que j’ai lu. Mais continuez à vous ennuyer et continuez à trouver ça drôle. Continuez, allez, courez, donnez suite, existez, persévérez, durez, insistez et persistez, ne laissez pas de vous prolonger. Votre voix est drôle, cocasse, pittoresque, bref : risible. Continuez à me faire sourire, car cela est un fait.

Votre façon d’écrire m’évoque la façon d’écrire de W. Carlos Williams : une même indifférence au lecteur. Un écriture pour soi-même. Selon moi c’est le premier poète à avoir perpétré délibérément le crime de lèse lecteur. Je ne comprends pas ce que vous dites dans vos poèmes, de même je trouve ce goût du non sens chez WC Williams (cf sa poésie cubiste dans Paterson, son grand-oeuvre). J’ai juste des flashes par moments en vous lisant mais votre verbe ne baigne pas dans la lumière, pourtant je l’estime assez votre verbe pour penser que vous êtes une vraie poète. Vous me l’avez prouvé dès vos premiers textes et vous pourriez écrire désormais n’importe quoi, toujours plus surprenant, décousu, plus incohérent, abracadabrant, plus confus, déraisonnable, discordant, plus extravagant, hétéroclite, mais pas imbécile, incompréhensible mais pas inconsistant, insensé mais pas irrationnel, ni sot ni balourd, mais bizarre, contradiction et transgression, désordonné et disparate, fantastiquement illogique et inadmissiblement inconséquent, mais pas inepte ni saugrenu ni stupide! Vous seriez toujours excellente poète ! Mais vous seule le sauriez comme moi je le sais. C’est un secret entre nous !


P.

L



Poésie cuite, poésie crue


C’est dans le livre "Le joyeux anniversaire de la mort" de Gregory Corso, traductions de Blandine Longre, éditions Black Herald Press, que j’ai entendu parler de poésie cuite et poésie crue sous la plume du préfacier Paul Stubbs…

Je le cite : « L’expression « cooked poetry » renvoie à une conception formaliste, sophistiquée et savante de la poésie,, celle de « raw poetry » (poésie crue, ndlr) à une conception brute et dissidente, plus spontanée. Robert Lowel, dans le discours prononcé à l’occasion de la remise du National Book Awards pour Études d’après nature (1969), expliquait cette distinction en ces termes : « Deux poésies sont à présent en concurrence, l’une cuite, l’autre crue. La première, merveilleusement experte, semble souvent concoctée à seule fin d’être goûtée et digérée par une classe d’étudiants. La seconde, morceaux sanguinolent d’expérience sans assaisonnement, est servie à des auditeurs de minuit. Il est une poésie qui ne peut être qu'étudiée, et une poésie qui ne peut être que déclamée, une poésie pédante, une poésie scandaleuse. J’exagère, évidemment. Rabdall Jarell affirme que le monde moderne a anéanti le public du poète intelligent pour lui offrir des étudiants » .


P.

L



ÊTRE POÈTE EN FRANCE, UN SI TRISTE SORT ?


https://www.franceculture.fr/litterature/etre-poete-en-france-un-si-triste-sort?






À UN JEUNE POÈTE : CONTRE LE VERS LIBRE ! 

 

 

 

Le titre peut paraître provocateur. Mais un titre provocateur est une façon d’attirer l’attention sur un vrai problème avec de vraies questions. Je parle de la façon molle que certains poètes ont, et qu’ils estiment si belle, de disposer les mots sur la page en lignes plus ou moins longues qu’ils appellent vers libres. Libres c’est-à-dire sans règle de versification. Certains réussissent très bien dans cette opération, d’autres échouent. Ceux-là feraient mieux de s’interroger sur leur échec. 

 

Écrivez une prose plutôt que des vers libres car votre poésie n’est pas dans le rythme que vous croyez donner à vos poèmes en découpant les phrases maladroitement à vue de nez. En vérité votre poésie se trouve au fond de la prose et non à la surface paresseuse de vers soi-disant libres. 

 

Ce sont des mots, les mêmes, qu’on voit dans leur miroir de prose, mais si vous ne vous reconnaissez pas dans la prose, pourtant vous pourriez retrouver le sens de vos mots renforcé par une expression en ligne droite…Vous ne comprenez pas l’intérêt d’une expression simple, sobre, de votre pensée que la lecture peut capter plus facilement, du fait du balancement naturel de votre belle phrase. Vous ne voyez pas la beauté de vos mots. C’est assez terrible pour un poète de ne pas comprendre qu'au cœur même de sa poésie il y a de la beauté grâce à ses mots… Pour beaucoup l’idée de poésie est associée à l’idée de vers, c’est dommage, pour d’autres l’idée de poésie est associée à l’idée de mots, c’est le bon chemin. Fréquemment la disposition versifiée adoptée n’a pas beaucoup de sens, ainsi isoler artificiellement des bouts de phrase n’apporte rien et au contraire diminue le plaisir de lecture. Il faut que l’intelligence puisse se délecter sans entrave du fumet du poème. Ce qui compte dans la disposition du poème sur la page, c'est que le sens du poème fasse mouche du mieux possible. C’est d'ailleurs pour cela que j’aime beaucoup les expérimentations authentiques autour de la disposition des mots sur la page blanche. Je ne suis pas maniaque de la forme en prose, simplement il se trouve que j’ai plus de plaisir à la lire quand la poésie est mise en forme de prose, sauf si la poésie a réellement besoin d'une forme particulière, une forme libre, sauf si la disposition en vers est un must, ce qui arrive souvent mais n’est pas toujours la règle.


J'écris de la prose, toi de la poésie. Or la poésie étant, des deux, la plus élémentaire, la plus simple, la plus crue, équipée également d'un charme adventice, avec la rime et le mètre, elle ne peut transmettre la beauté aussi bien que le prose." Virginia Woolf - lettre à Vita - 1 septembre 1925 - Journal intégral.


P.

L





MARTÈLEMENT DU POÈME !


 

J’aime un corps poétique dans sa nudité, démaquillé, simple. C’est difficile pour le poète de défaire les lacets de ses habits anciens, particulièrement ceux du sonnet; qui est un bijou, une conque, un exercice de style amoureux pour celles et ceux qui sont inspirés par la mécanique poétique du sonnet. Par cette façon propre au sonnet de condenser une pièce de poésie. La forme du sonnet pour moi c’est la forme la plus élégante, la plus concentrée, c’est la plus riche façon de faire de l’art avec les mots. Mais la forme du sonnet me semble à l’évidence comme un corset de mots à l'ancienne, les temps ont changé, les lacets de la poésie ancienne ont été défaits.


Les formes anciennes sont des formes à contrainte syntaxique ou sonore hormis l’éternelle prose, mais les textes poétiques en prose sont certainement les plus anciens, (cf. La poésie de la Légende de Gilgamesh, 2000 ans avant J-C, des passages de l’Ancien Testament, dès 700 ans avant J.C.)… Comme je le martèle nuit après jour, la poésie c’est de la parole, la parole étant l’expression orale d’une pensée, et pour moi c’est seulement la pensée telle qu’elle est qui vaut et prévaut…Si la pensée est éclatée comme dans des textes de Madame HELLWIG, ou de Monsieur CASENOBE, ou de Monsieur DEVILLE, alors la disposition éclatée sur la page, comme la diction hachée, coule de source… Si la pensée a besoin d’une forme particulière, d’accord c’est une parole particulière, mais si la pensée est une parole qui s’exprime simplement alors une simple prose lui convient. La prose est une tenue moulante de la pensée. La question est alors pourquoi cette nécessité vitale d’échafauder des contraintes ? Parce que la poésie a besoin de construire très haut vers les cinq soleils pour s’éclairer.


Prenons les chose autrement, voyons les réalités sous un autre angle. Mais toujours selon l’idée que la poésie des mots est une matière légère constituée de paroles. Cette matière légère constituée de paroles peut s’analyser plus finement, la parole elle-même étant faite de phrases. Arrêtons-nous un instant sur la phrase. La phrase comme molécule organisée elle-même en mots atomiques d’une certaine façon agencés… la phrase exténuante sur laquelle on peine, on rature. La phrase ronflante du charabia, la moindre phrase murmurée, la fameuse phrase, la phrase sifflée comme une chanson lente et monotone, la phrase toute faite, la phrase choc, la sentence à l’anglaise, la jùzī à la chinoise… toutes ces phrases qui font le langage, c’est-à-dire la matière impondérable de la parole. D’accord, mais où en venir, jusqu’où aller ? À la prose éternelle, indépassable. On est trop bien dans l’espace déshabillé et nu, on s’entend merveilleusement bien dans une langue en prose qui chante d’elle-même. 



P.

L





Dada manifeste sur l'amour faible et l'amour amer 

Bryan Gysin - Tristan Tzara , 1920 (1921) lu à la galerie Povolozky, à Paris, le 9 décembre 1920, paru dans La Vie des lettres, n°4, 1921.


« Dada manifeste sur l'amour faible et l'amour amer » est l'un des manifestes trop peu connus de Tristan Tzara, qui l'a lu lors de l'exposition de Francis Picabia à la galerie La Cible Povolozky le 12 décembre 1920. Sept jours plus tard il y lisait «Comment je suis devenu charmant, sympathique et délicieux» (19 décembre) . Dans la relation qu'il a donnée de ce vernissage dans son Projet d'histoire littéraire contemporaine, Aragon a regretté que ce manifeste ait paru à l'époque dans un endroit qui n'en a pas favorisé le retentissement, la revue La Vie des lettres. (Marc Dachy, Archives Dada: Chronique. Hazan, 2005)


I

préambule = sardanapale un = valise

femme = femmes pantalon = eau

si = moustache

2 = trois

canne = peut-être après = déchiffrer irritant = émeraude vice = vis

octobre = périscope nerf = xxx

ou tout cela ensemble dans n'importe quel arrangement savoureux, savonneux, brusque ou définitif - tiré au sort - est vivant.

C'est ainsi que par-dessus l'esprit vigilant du clergyman bâti au coin de chaque rue animale, végétale, imaginable ou organique, tout est pareil au tout est sans pareil. Même si je ne le croyais pas, c'est la vérité du fait que je l'ai mis sur le papier - parce que c'est un mensonge que j'ai FIXE comme un papillon au chapeau.

Le mensonge circule - salue Monsieur Opportun et Monsieur Commode : je l'arrête, il devient vérité.


Ainsi DADA se charge de la police à pédales et de la morale en sourdine.

Tout le monde (à un certain moment) était complet dans sa tête et dans son corps. Répéter cela 30 fois.

Je me trouve très sympathique. Tristan Tzara


II

Un manifeste est une communication faite au monde entier, où il n'y a comme prétention que la découverte du moyen de guérir instantanément la syphilis politique, astronomique, artistique, parlementaire, agronomique et littéraire. Il peut être doux, bonhomme, il a toujours raison, il est fort, vigoureux et logique.

À propos de logique, je me trouve très sympathique. Tristan Tzara

L'orgueil est l'étoile qui bâille et pénètre par les yeux et par la bouche, elle appuie, s'enfonce sur son sein est écrit: tu crèveras. C'est son seul remède. Qui croit encore aux médecins? Je préfère le poète qui est un pet dans une machine à vapeur - il est doux mais ne pleure pas - poli et semi-pédéraste, nage. Je m'en fous complètement de tous les deux. C'est un hasard (qui n'est pas nécessaire) que le premier soit allemand, le second espagnol. Loin de nous, réellement, l'idée de découvrir la théorie de la probabilité des races et l'épistolaire perfectionné de l'amertume.


III

On a toujours fait des erreurs, mais les plus grandes erreurs, sont les poèmes qu'on a écrits. Le bavardage a une seule raison d'être: le rajeunissement et le maintien des traditions de la bible. Le bavardage est encouragé par l'administration des postes qui, hélas! se perfectionne, encouragé par la régie des tabacs, les compagnies de chemins de fer, les hôpitaux, les entreprises de pompes funèbres, les fabriques d'étoffe. Le bavardage est encouragé par la culture des familles. Le bavardage est encouragé par les derniers du pape. Chaque goutte de salive qui s'évade de la conversation se convertit en or. Les peuples ayant toujours besoin de divinités pour garder les 3 lois essentielles, qui sont celles de Dieu: manger, faire l'amour et chier, les rois étant en voyage et les lois étant trop dures, il n'y a que le bavardage qui compte actuellement. La forme sous laquelle il se présente le plus souvent est DADA.

Il y a des gens (journalistes, avocats, amateurs, philosophes) qui tiennent même les autres formes : affaires, mariages, visites, guerres, congrès divers, sociétés anonymes, politique, accidents, dancings, crises économiques, crises de nerfs, pour des variations de dada.

N'étant pas impérialiste, je ne partage pas leur opinion -je crois plutôt que dada n'est qu'une divinité de second ordre, qu'il faut placer tout simplement à côté des autres formes du nouveau mécanisme à religions d'interrègne.

La simplicité est-elle simple ou dada? Je me trouve assez sympathique. Tristan Tzara


IV

La poésie est-elle nécessaire? Je sais que ceux qui crient le plus fort contre elle, lui destinent sans le savoir et lui préparent une perfection confortable ; -ils nomment cela futur hygiénique.29

On envisage l'anéantissement (toujours prochain) de l'art. Ici l'on désire un art plus art. Hygiène devient pureté mondieu mondieu.

Faut-il ne plus croire aux mots? Depuis quand expriment-ils le contraire de ce que l'organe qui les émet, pense et veut?*

Le grand secret est là :

La pensée se fait dans la bouche.

Je me trouve toujours très sympathique.

Tristan Tzara

Un grand philosophe canadien a dit: Le pensée et le passé sont aussi très sympathiques.

*Pense, veut et désire penser.


V

Un ami, qui m'est trop bon ami pour ne pas être très intelligent, me disait l'autre jour:

le tressaillement le chiromancien N'EST QUE LA FAÇON DONT ON DIT bonjour bonsoir ET QUI DÉPEND DE LA FORME QU'ON A DONNÉE

À son myosotis ses cheveux Je lui répondis :

TU AS RAISON idiot prince PARCE QUE JE SUIS PERSUADÉ DU contraire tartare naturellement nous hésitons Nous N'AVONS PAS raison. Je m'appelle envie de comprendre L'AUTRE

La diversité étant divertissante, cette partie de golf donne l'illusion d'une « certaine » profondeur. Je maintiens toutes les conventions - les supprimer serait en faire·de nouvelles, ce qui nous compliquerait la vie d'une manière vraiment répugnante.

On ne saurait plus ce qui est chic: aimer les enfants du premier ou du second mariage. Le « pistil du pistolet » nous a mis souvent dans des situations bizarres et agitées. Désordonner le sens - désordonner les notions et toutes les petites pluies tropicales de la démoralisation, désorganisation, destruction, carambolage, sont des actions assurées contre la foudre et reconnues d'utilité publique. Il y a un fait connu : on ne trouve plus des dadaïstes qu'à l'Académie française. Je me trouve pourtant très sympathique.

Tristan Tzara


VI

Il paraît que cela existe : plus logique, très logique, trop logique, moins logique, peu logique, vraiment logique, assez logique.

Eh bien, tirez les conséquences.

- C'est fait:

Appelez maintenant dans la mémoire l'être que vous aimez le plus. - C'est fait?

Dites-moi le numéro je vous dirai la loterie.


VII

A priori, c'est-à-dire les yeux fermés, Dada place avant l'action et au-dessus de tout : Le Doute. DADA doute de tout. Dada est tatou. Tout est Dada. Méfiez-vous de Dada.

L'anti-dadaïsme est une maladie : la selfcleptomanie, l'état normal de l'homme est DADA.

Mais les vrais dadas sont contre DADA.

Le selfcleptomane.

Celui qui vole - sans penser à son intérêt, à sa volonté, - des éléments de son individu, est un cleptomane. Il se vole lui-même. Il fait disparaître les caractères qui l'éloignent de la communauté. Les bourgeois se ressemblent - ils sont tous pareils. Ils ne se ressemblaient pas. On leur a appris à voler - le vol est devenu fonction - le plus commode et le moins dangereux c'est de se voler soi-même. Ils sont tous très pauvres. Les pauvres sont contre DADA. Ils ont beaucoup à faire avec leurs cerveaux. Ils n'en finiront jamais. Ils travaillent. Ils se travaillent - se trompent eux-mêmes - ils se volent - ils sont très pauvres. Les pauvres. Les pauvres travaillent. Les pauvres sont contre DADA. Qui est contre DADA. Qui est avec moi, a dit un homme illustre, mais il mourut aussitôt. On l'enterra comme un vrai dadaïste. Anno domini Dada. Méfiez- vous! Et rappelez-vous cet exemple.


VIII

Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal

Prenez des ciseaux.

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.

Découpez l'article.

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.

Agitez doucement.

Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre.

Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.

Le poème vous ressemblera.

Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.*


* Exemple:

lorsque les chiens traversent l'air dans un diamant comme les idées et l'appendice de la méninge montre l'heure du réveil programme (le titre est de moi) prix ils sont hier convenant ensuite tableaux / apprécier le rêve époque des yeux / pompeusement que réciter l'évangile genre s'obscurcit / groupe l'apothéose imaginer dit-il fatalité pouvoir des couleurs / tailla cintres ahuri la réalité un enchantement / spectateur tous à effort de la ce n'est plus 10 à 12 / pendant divagation virevolte descend pression / rendre de fous queuleu-leu chairs sur un monstrueuse écrasant scène / célébrer mais leur 160 adeptes dans pas aux mis en mon nacré / fastueux de terre bananes soutint s'éclairer / joie demander réunis presque / de a la un tant que le invoquait des visions / des chante celle-ci rit / sort situation disparaît décrit celle 25 dans salut / dissimula le tout de ce n'est pas fut / magnifique l'ascension a la bande mieux lumière dont somptuosité scène me music-hall / reparaît suivant instant s'agite vivre / affaires qu'il n' y a prêtait / manière mots viennent ces gens


IX

Il y a des gens qui expliquent parce qu'il y en a d'autres qui apprennent. Supprimez-les il ne reste que dada.

Trempez la plume dans un liquide noir avec des intentions manifestes - ce n'est que votre autobiographie que vous couvez sous le ventre du cervelet en fleur.

Biographie est l'équipage de l'homme illustre.

Grand ou fort. Et vous voilà, vous, homme simple comme les autres, après avoir trempé la plume dans l'encre, plein de PRÉTENTlONS

qui se manifestent sous des formes aussi diverses qu'imprévues, s'appliquant à toutes les formes de l'activité et de l'état d'esprit et de mimique ; Vous voilà plein d' AMBITIONS de vous maintenir sur le cadran de la vie, à l'endroit où vous êtes arrivé à l'instant même, de progresser en marche ascendante illusoire et ridicule vers une apothéose qui n'existe que dans votre neurasthénie :

vous voilà plein d'ORGUEIL plus grand, plus fort, plus profond que tous les autres.

Chers confrères: un grand homme, un petit, fort, faible, profond, superficiel, voilà pourquoi vous crèverez tous.

Il y a des gens qui ont antidaté leurs manifestes pour faire croire qu'ils ont eu un peu avant l'idée de leur propre grandeur. Mes chers confrères : avant après, passé futur, maintenant hier,

voilà pourquoi vous crèverez.

Il y a des gens qui ont dit: dada est bon parce qu'il n'est pas mauvais, dada est mauvais, dada est une religion, dada est une poésie, dada est un esprit, dada est sceptique, dada est une magie, je connais dada.

Mes chers confrères: bon mauvais, religion poésie, esprit scepticisme, définition définition, voilà pourquoi vous crèverez je vous le jure.

Le grand mystère est un secret, mais il est connu par quelques personnes. Ils ne diront jamais ce que c'est que dada. Pour vous distraire encore une fois je vous dirai quelque chose comme: dada est la dictature de l'esprit, ou dada est la dictature du langage, ou bien dada est la mort de l'esprit, ce qui fera plaisir à beaucoup de mes amis. Amis.


X

Il est certain que depuis Gambetta, la guerre, le Panama et l'affaire Steinheil, on trouve l'intelligence dans la rue. L'intelligent est devenu un type complet, normal. Ce qui nous manque, ce qui présente de l'intérêt, ce qui est rare parce qu'il a les anomalies d'un être précieux, la fraîcheur et la liberté des grands antihommes, c'est L'IDIOT, Dada travaille avec toutes ses forces à l'instauration de l'idiot partout. Mais consciemment. Et tend lui-même à le devenir de plus en plus.

Dada est terrible: il ne s'attendrit pas sur les défaites de l'intelligence. Dada est plutôt lâche, mais lâche comme un chien enragé, il ne reconnaît pas de méthode ni d'excès persuasif.

Le manque de jarretières qui le fait se baisser systématiquement nous rappelle le fameux manque de système qui au fond n'a jamais existé. La fausse nouvelle fut lancée par une blanchisseuse en bas de sa page, la page fut portée au pays barbare où les colibris font les sandwichmen de la nature cordiale.

Cela me fut raconté par un horloger qui tenait dans sa main une seringue souple, et qu'il nomma en souvenir caractéristique des pays chauds, flegmatique et insinuante.


XI

Dada est un chien - un compas - l'argile abdominale - ni nouveau ni japonaise nue - gazomètre des sentiments en boules - Dada est brutal et ne fait pas de propagande - Dada est une quantité de vie en transformation transparente sans effort et giratoire.


XII

messieurs mesdames achetez entrez achetez et ne lisez pas vous verrez celui qui a dans ses mains la clef du niagara l'homme qui boite dans une boîte les hémisphères dans une valise le nez enfermé dans un lampion chinois vous verrez vous verrez vous verrez la danse du ventre dans le saloon de massachussets celui qui enfonce le clou et le pneu se dégonfle les bas de soie de mademoiselle atlantide la malle qui fait 6 fois le tour du monde pour trouver le destinataire monsieur et sa fiancée son frère et sa belle- soeur vous trouverez l'adresse du menuisier la montre à crapauds le nerf en coupe- papier vous aurez l'adresse de l'épingle mineure pour le sexe féminin et de celui qui fournit les photos obscènes au roi de grèce ainsi que l'adresse de l'action française.


XIII

DADA est un microbe vierge

Dada est contre la vie chère

Dada

société anonyme pour l'exploitation des idées Dada a 391 attitudes et couleurs différentes suivant le sexe du président

Il se transforme - affirme - dit en même temps le contraire - sans importance - crie - pêche à la ligne.

Dada est le caméléon du changement rapide et intéressé.

Dada est contre le futur. Dada est mort. Dada est idiot. Vive Dada. Dada n'est pas une école littéraire, hurle Tristan Tzara.


XIV

Maquiller la vie dans le binocle - couverture de caresses - panoplie à papillons, - voilà la vie des femmes de chambre de la vie.

Coucher sur un rasoir et sur les puces en rut - voyager en baromètre - pisser comme une cartouche - faire des gaffes, être idiot, prendre des douches de minutes saintes - être battu, être toujours le dernier- crier le contraire de ce que l'autre dit - être la salle de rédaction et de bain de Dieu qui prend chaque jour un bain en nous en compagnie du vidangeur, - voilà la vie des dadaïstes.

Être intelligent - respecter tout le monde - mourir sur le champ d'honneur - souscrire à l'Emprunt - voter pour un Tel - le respect de la nature et de la peinture - gueuler aux manifestations dada, - voilà la vie des hommes.



XV

DADA n'est pas une doctrine à mettre en pratique: Dada, - c'est pour mentir: une affaire qui marche bien

- Dada fait des dettes et ne vit pas sur son matelas

Le bon Dieu a créé une langue universelle

c'est pourquoi on ne le prend pas au sérieux

Une


langue est une utopie. Dieu peut se permettre de ne pas avoir de succès 

Dada aussi

C'est pourquoi les critiques disent: Dada fait du luxe

ou Dada est en rut. Dieu fait du luxe

ou Dieu est en rut. Qui a raison: Dieu

Dada ou le critique?


- « Vous déviez », me dit un charmant lecteur.


- Mais non, pas du tout! Je voulais seulement arriver à la conclusion 

Souscrivez à Dada, le seul emprunt qui ne rapporte rien.


XVI

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Qui se trouve encore très sympathique.



(Ressource Wikipédia)