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COQUILLE

MÉMOIRE DE COQUILLE

Chap 2 - Amours

Vie amoureuse de Mary


« Mesure-toi à l'humanité. Elle fait douter celui qui doute, et elle fait croire celui qui croit. »

« Journaux et lettres de Kafka », Bibliothèque de la Pléïade.


"Dans le delta de tes fesses, la Camargue s’épanouit, un taureau rêvasse."

Guillaume Poutrain





INTRODUCTION


L'architecture de ce roman moderne, comme celle du Château de l'Âme, est faite de pièces. Chaque pièce est construite avec des pierres de taille fournies par les auteurs invités à construire eux-mêmes le site de poésie Le Dépôt de La Page Blanche.



La vie amoureuse de Mary Coquille


TOME 1



(1) Vous raconter ma vie amoureuse serait une paralipse, car je refuse obstinément d'en parler. Or, je ne fais que ça depuis vingt ans. Je ne suis pas avare de détails croustillants qui me valent une solide réputation de pornographe de pauses-café; mais par pudeur, je change les noms. Ainsi, personne ne peut dire exactement qui occupe la position du dessus, et qui occupe celle du dessous. C'est aussi ce qu'on appelle l'aporie sexuelle ; ou encore, reformulé en terme woke : faut-il demander le consentement lorsqu'on change de position ?



Ce n'est pas ma mère qui m'a poussé vers la prostitution à l'âge de trente-huit ans, mais bien le désir de venir en aide aux hommes (et aussi les femmes) amant(e)s de littérature marié(e)s a des incultes et des illettré(e)s. Pour vingt euros, je discute avec vous durant une heure aussi bien de poésie zutique que de Gogol, dont on sous-estime la valeur balistique. Je suis comme on dit une pute de la culture, mais dans le sens noble du terme.



Je dois toutefois avouer n'avoir pas toujours été heureuse en amour. Mes maris n'étaient pas tous complètement fous, mais ils avaient presque tous des petites manies qui rendaient la vie commune difficile. Jérôme, par exemple, bien que parfaitement sain d'esprit, avait l'habitude de manger des couteaux. Il vous regardait ensuite en souriant, la bouche pleine de sang, et on avait mal à l'estomac pour lui. Matthieu, lui, passait son temps à courir et ne dormait jamais la nuit. Quant à Pierre, il avait la fâcheuse habitude d'enfiler ses vestes avec le cintre, y compris le jour de notre mariage. Mais j'ai néanmoins été heureuse durant les années que j'ai partagées avec ces hommes, et je crois les avoirs aidés, en retour, à ne pas avoir sombré dans ces dangereuses addictions que sont, par exemple, le cidre, les pastilles contre la toux et (2) j'ai moi-même eu mainte fois l'occasion d'apprécier la différence qu'il y a d'homme à homme dont le membre parvenu à l'âge adulte atteint des fois des proportions si considérables qu'il nous est loisible de nous demander s'ils sont de même substance. Entre individus de contrées éloignées, la différence se perçoit d'avantage. Les opinions livresques sont, appartiennent aux ignorants. Tant chez les italiens qui l'ont fine mais allongée que chez les Gascons dont la lame est parfois plus réduite mais la poignée plus large. Mais il n'y a pas que la verge qui diffère d'un mâle à l'autre. L'usage que nous faisons de la verge diffère d'un mâle à l'autre. Témoin la vigueur des amants qu'on dit tournée contre nature - c'est simplement par habitude que les mâles se mêlent aux mâles.


On dit qu' en Chine où, l'inceste, entre les pères et leurs filles, était couramment pratiqué, il ne paraissait pas plus étrange à ce peuple que nos mariages entre cousins et cousines. Et les Grecs ne considéraient-ils pas la sodomie comme le plus sûr moyen de faire passer le savoir d'un homme fait dans la jolie tête d'un adolescent encore ignorant ? Platon raconte ce fait dans ses ouvrages. Nos conventions ne sont pas meilleures que les leurs. (Nos guerres fournissent tant d'exemples de notre barbarie. ). Je prendrais plus facilement pour homme une femme plutôt qu'un harenger, si celle-ci savait me procurer ce que réclame mon appétit. Nous ne nous excitons qu'à la vue et l'admiration. Et les femmes

prisonnières dans un harem, comment peuvent-elles se satisfaire sinon en s'enlaçant ?


J'eus moi-même une grande amitié qui ne dura malheureusement que trop peu d'ans. Et quand mon amie mourut, elle m'appela en dernier à son chevet et me demanda de lui laisser une place dans mon coeur, de lui donner une place.. Ce que je fais.


Je me mariai par diversion avec les arts après la mort de mon amie qui me laissa inconsolable et sans force. Je me fis, par art et par étude, à quoi l'âge m'aidait, (3) et les chats ont des griffes pour ne pas patiner dans les appartements et (4) À propos d’éjaculation :


Des chiennes clitoridiennes s’emparent de ce suc de pavot très souvent au moment de l’aspiration extemporanée.


Ces dernières peuvent dans cinquante pour cent (50 %) de quelques dizaines de cas issus de données écoépidémiologiques en moyenne, entrer dans son rectum jusqu’à ce qu'éjectant des gouttes elles expliquent la légende des pluies de sang.

Pluies de sang de lèse-majesté à l’état primipare dans les vingt-quatre premières heures. Si tu dis « cunnilingus »

en anténatal tu résous la tuméfaction inguinoscrotale et limite le risque d’orchidectomie abusive.


Des chiennes clitoridiennes peuvent induire des calcifications péritonéales résiduelles d’épanchement péritesticulaire

et méritent une première étude prospective de cohorte corrélée au lubriant des glandes de Bartholin. 1,934 microgrammes/gramme pour que la sclérotinisation soit complète. 


La liqueur Pubo-Coccygiennes/π des jeunes filles et des jeunes femmes a été instruite par Megalostrata. Les deux peuvent remuer ou l’une des deux peut rester « passive ». Ciseau vertical/alterné/allongé. Libération de la cyprine des glandes para-urétrales des femmes éjaculant en grande quantité. Utrum virgo semen emiserit in copulatione cum spiritu. 39,5 % des femmes aiment ressentir l’imminence du jaillissement pouvant atteindre un volume de 300 ml.


(5) Et maintenant ? ( Un temps..) Et maintenant, Willie ? (Un temps long.) Ce jour-là. (Un temps.) Le champagne rose. (Un temps.) Les verres flûtes. (

Un temps.) Enfin seuls. (Un temps.) La dernière rasade, les corps se touchant presque. (Un temps.) Le regard. (Un temps long.) Quel jour-là ? (

Un temps.) Quel regard ? (Un temps long.) J'entends des cris. (Un temps.

) Chante. (Un temps.) Chante ta vieille chanson, Mary.


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(6) Mary dans le miroir

 

Il était une fois un homme qui se regardait trop dans le miroir, mais pas d'une manière introspective. Ses propres méfaits ne l’intéressaient pas, il ne cherchait pas à soutenir son propre regard. Sa pensée et son jugement se portaient sur les contours de ses lèvres et sur la forme de ses yeux. Quand il se regardait dans le miroir, il ne trouvait aucun bon angle, mais il y avait toujours une lueur dans sa paire d’yeux qui semblait à la fois vide et en colère. Peu importe ce qu'il faisait de sa bouche ou ses yeux, peu importe sa façon de tenir sa tête, un regard diabolique le suivait. Malheureusement, lorsqu'il détournait le regard du miroir, ses vrais traits étaient conçus de telle sorte par le Créateur qu’il montrait un regard insouciant et fier, alors qu'il n'y avait plus d'image miroir pour saboter son apparence. Il cherchait un moyen d'être attirant, avec tant de ténacité qu'il passait des heures obsédé par son visage, et quand il vit son visage dans un selfie, il n’en revint pas de sa propre beauté, à cause de son manque d'éducation en questions scientifiques et de la réalité de la réflexion de la lumière dans les images miroir.

 

Mary fit la connaissance de cet homme, du nom de Isildor, par le biais d'une rencontre fortuite. Isildor la regardait avec du feu dans les yeux, et elle aimait son regard, aussi l’approcha-t-elle en l’invitant à dîner avec elle chez elle. Isildor était tellement choqué qu'il tâtonna un oui, ils échangèrent des numéros et Mary était partie avant que l'homme ne puisse faire un faux pas.

 

Chez elle, elle mit de la musique et des bougies, la table était basse et ils étaient assis sur des coussins -  plan parfait pour faire de la table un lit en même temps. Le bel homme s'assit dans un état second alors qu'elle apportait son dîner à trois plats avec des éclairs pour le dessert. En fait, l'homme était dans un état second parce qu'il avait bu quelques verres de whisky avant de se présenter. La conversation scintillante de Mary, ses beaux grands yeux qui brillaient quand il souriait, étaient presque complètement perdus pour lui, alors qu'il s'aspergeait de vin rouge. Pourtant, il se retrouva à l'embrasser et à remonter son chemisier vers ses seins, comme un homme doit le faire. (elle lui avait tendu une embuscade en faisant semblant de tomber sur ses genoux). Leur amour fut rapide et chaud, et elle était complètement satisfaite.

 

Isildor était allongé de contentement, transpirant nu dans les bras de Mary, jusqu'à ce que son obsession pour son apparence revienne. Il se redressa brusquement, rassembla maladroitement ses vêtements tandis que sa tête tournait légèrement, alors que Mary tentait de calmer son anxiété par des caresses et des mots gentils. Il réagit mal à ces gestes, et, chemise pendue à son pantalon, il remercia Mary pour son hospitalité tout en essuyant le rouge à lèvres de sa bouche avec sa manche.

 

Une journée passa et Mary l'appela dans la soirée, alors qu'Isildor fixait ses propres traits hideux (pour lui).

 

 

-     Bonjour, Isildor ? prononça-t-elle dubitative.

 

Isildor fixait toujours son reflet en parlant dans son téléphone.

 

-    Oui, Mary... j'espère que tu vas bien," répondit-il avec une froideur cinglante.

 

-    Je vais bien... tu voulais m'appeler ?"  demanda-t-elle du tac au tac.

 

-    Oui... oui beaucoup," bégaya-t-il presque.

 

-     Et pourquoi ne l'as-tu pas fait ? demanda-t-elle en tremblant.

 

A ce moment Isildor vit son visage changer dans le miroir. Il était beau et Mary était à côté de lui. Des flashs dans le miroir les montraient tournoyant dans une valse lente, ensuite il s'agenouillait pour demander sa main, enfin ils marchaient mariés dans l'allée. Au fur et à mesure que ces éclairs apparaissaient devant lui, ils devenaient de plus en plus lointains, plus vagues. Il avait pris ces belles photos, mais elles avaient disparu. "Marie?" dit-il d'une voix rauque et émue, mais il n'y eut pas de réponse. "Marie!" dit-il à nouveau, mais le téléphone n'était pas connecté, et malgré ses essais, il restait bloqué sur le téléphone. Il ne l'a jamais revue, mais il a revu son vieux visage hideux dans le miroir tel qu'il le connaissait.

 

Vieillard, Isildor commençait à se perdre dans sa vieillesse, et il croyait se souvenir de son mariage avec Marie, vu dans une lumière tamisée comme dans un reflet - l'étreinte, le sexe et tous les plaisirs de l'amour. Il se souvint de sa mort et de sa douleur et de son chagrin, mais cela ne le touchait pas beaucoup. Seulement un chagrin vague, clignotant dans son esprit comme les éclairs dans le miroir dont il se souvenait si bien.





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TOME 2