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INDEX DES AUTEUR-E-S

2 - Pierre Lamarque

la poésie de pierre lamarque



P O / R É S I D U



PO



Par Constantin Pricop




Les quelques lignes qui suivent ne sont pas une présentation systématique et cohérente de la poésie de Pierre Lamarque. Faire de telles présentations pour un auteur en activité c’est d’ailleurs inutile: la poésie évolue plus vite que sa description dans un commentaire… Cette constatation ne peut pas nous empêcher quand même d’observer qu’il y des auteurs qui ne changent pas (bonne ou mauvaise, leur corde est irremplaçable), comme il y a des poètes qui changent tout le temps, qui ne peuvent pas être fixés… Pierre Lamarque ne fait partie ni d’une catégorie, ni de l’autre. Ou, mieux, il peut illustrer aussi bien l’une que l’autre. « Fixe » et « mobile » dans le même temps; conservateur et expérimental…; traditionnel et moderne… 


Au long du temps j’ai eu sous mes yeux (voilà, on peut parler de « LPB » dans ces termes : au long du temps… - nous avons donc dans nos sacs à dos au moins une… petite histoire…) les phases de la poésie de Pierre. Ou, en tout cas, les dernières – celles d’après notre rencontre, il y a pas mal d’années. Ce qu’il écrivait au moment de notre croisement sur internet ne m’a pas vraiment impressionné : il se manifestait alors dans un conclave de poètes qui ne retiennent pas l’attention sinon par leurs illusions littéraires. Dans de tels contextes on se rend compte qu’il y a tant de poètes… - et tant de sincérités - et on se rend compte encore une fois que la sincérité n’est pas, quand même, la qualité suffisante de la poésie… Pierre Lamarque est sorti de la grosse végétation de la poésie underground de l’internet. Ensuite nous sommes montés sur le petit îlot de LPB. Il y a des caractéristiques pour ce foisonnement qui se présente sur internet comme poésie. C’est un médium qui ouvre les portes à tous et qui n’a pas, de l’intérieur, la force et les instruments nécessaires pour faire une sélection. Voilà le principal problème de l’internet-chance-d’expression-pour-tous… Pour les auteurs d’exception la chance est plutôt… négative, parce-que le milieu a la tendance d’abaisser tout, portant en bas aussi les auteurs vraiment bons, qui sont toujours en minorité...


Sur Pierre Lamarque ces risques n’ont eu pas eu des grands effets. Son travail à LPB, revue qui a essayé d’introduire dans cette renaissance populaire et indistincte de la poésie un critère de sélection, y joue son rôle, j’en suis sûr. En fin de compte, il a réussi à se construire, à se dégager de la quantité qui ne croise pas la qualité. Son résultat est, dans ces conditions, remarquable. Il a construit son style, a éloigné d’abord la tentation de trop de mots, a serré le discours - quelques fois il a dépassé la limite, il a gardé seulement l’ossature et a éliminé tous les muscle et les tendons… 


J’ai fait attention à ses textes quand dans l’un d’eux à surgi à la surface Rousseau le Douanier… Je ne me souviens plus de cette poésie-là, mais j’ai toujours dans ma mémoire l’image de cet artiste hirsute – l’artiste qui va, peut-être, si bien ensemble avec sa poésie… A cause de toutes ces circonstances dans sa poésie il y a une relation aléatoire avec la poésie. Quelques fois elle est très proche de lui – presque une confession… D’autres fois la distance est relative et leur relation presque un jeu… Enfin, on a des situations de distance maximale, comme s’il s’agissait d’ expérimentations très avancées, un être étudiant et un matériel indifférent… 


Il n’est pas toujours ancré dans l’art comme existence en soi, il a des grandes ouvertures vers une sorte d’humanité qui ne tienne pas obligatoirement de l’art, mais d’une sorte de compréhension universelle… Il a projeté de diffuser sa poésie dans la rue, n’importe où, pour tous… C’est une particularité parce que… sa poésie n’a pas d’éléments discursif, elle ne stimule aucune rhétorique. Elle est courte, essoufflée, presque muette. Un mutisme qui veut crier dans la rue… Chez lui la poésie se cache et ensuite apparaît dans des endroits surprenants, exactement là où on ne l’attend pas… C’est un élément de surprise très précieux. Du manque de décision surgit l’accumulation des sens, la générosité – la générosité de la pauvreté. La plus riche. C’est pas simple d’employer dans son cas des formules. La poésie explose comme un phénomène de la passion, de l’attention accrue aux nervures du monde. Comme un petit miracle. Elle s’édifie des ressources les plus diverses. D’une image inventée par sa fantasia; d’une citation d’un auteur d’autrefois qu’il recontextualise; d’une découpe surprenante dans une phrase quotidienne ou dans un texte scientifique. Il ne tient pas à ce que la poésie soit « comme il faut », d’après les conventions qui couvrent le monde poétique. Il est spontané et veux être toujours lui même sans, et il faut souligner ça, s’exposer dans sa spontanéité… Il se veut un anonyme - sans réussir vraiment à se perdre parmi les autres... C’est une poésie de la surprise; une poésie qui vit de la confiance en poésie… 


Constantin Pricop 




RÉSIDU


par Jean-Michel Maubert



Cher Pierre,


je sors tout juste de la lecture de Résidu.


Un moment de lecture qui a fait naître en moi sensations et émotions, images, rires doux, germes de rêves, et parfois on ferme les yeux quelques instants pour laisser la mélancolie vibrer, avant de replonger.


Je me dis que si je lis Résidu le soir avant de m'endormir, je me réveillerai sûrement sous la forme de la plante Beckettienne  dont tu parlais dans ton message précédent. . J'en suis presque sûr, en fait.


Pour toi, pour nous, tu dessines, dans ces pages, un cheminement, journal en fragme(s). Mouvement mental, intime, mémoriel, mais noué au monde, aux textures, aux fragments de corps (le doigt) et de silhouettes (maintenant dans ma tête passe aussi "une cellulitique vraiment belle, une statue ronde d'ambre, le temps qu'il faut à l'horizon pour se poser, se courber"). 


Aux mots, tu redonnes un souffle, ce souffle vif qui si souvent nous manque. Peut-être est-ce cela les Po, des moteurs topologiques, des puissances matricielles, impulsions génératrices, qui font naître-germer-pousser des mots-images et peu à peu donnent au poème une masse, un corps, une forme, mais qui ne sont pas tout à fait d'ici.


Sensation d'une langue/d'une parole intensément libre. Je ne crois pas avoir déjà ressenti cela à ce point.


Oui, sensation que ta pensée devient une forme vivante. 


Sensation que tu rends palpable ce que Rilke nomme l'Ouvert.


Cela donne des envies de métamorphoses.


Le mot méandres m'était venu immédiatement. Méandres est préférable à labyrinthe - trop figé et dur, et sentant la mort. L'image du bord revient à plusieurs reprises (d'où cette impression durable d'une topologie au travail, ce malaxage puissant de la matière poétique - une topologie sensible et frémissante s'entend).


Ainsi on te suit pas à pas, mot à mot - tout au long de ces lignes de mots, de silence(s), on est heureux (un peu comme si on redevenait léger) de parcourir un tel espace, celui de la langue-Pierre et de ses formes, natives, inespérées, drôles/grave(s) - et c'est bien davantage qu'un équilibre : un alliage subtil des deux. 


L'étrangeté de certaines images - leur beauté sans fioritures me restera longtemps en tête.


J'ai ressenti la réalité de ce qui est rues, tamanoirs, objets, lune, et tant d'autres choses formant ce qu'on pourrait appeler un monde.


A quelqu'un qui me demanderait ce qu'est la poésie, j'aurai envie de dire : lis Résidu ! Si tu ne comprends toujours pas, dirais-je alors, je ne peux pas grand chose pour toi, pauvre âme vissée à l'aujourd'hui propageant l'appauvrissement de l'expérience, comme le sentait-et-pensait Walter Benjamin.


Étudie la "méthode d'optimisation minimaliste" de Pierre !


Ce ne sont, cher Pierre, que mes premières impressions - mais déjà vives et fortes.


Merci encore pour tout ça !

A très bientôt.

Amitiés.

jean-michel



Jean-Michel Maubert