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INDEX DES AUTEUR-E-S

4 - Matthieu Lorin

Cartographie des rancunes (2)

Matthieu Lorin – Extraits de Cartographie des rancunes

 

 

 


53

 

 

Je rencontre des façades derrière lesquels se composent des symphonies sans pudeur, des balcons où poussent les désespoirs et la mousse du nord.

 

Le sens n’est plus qu’accessoire. Les rues se vident de la même façon qu’on vide ses poches,

 

ou une syntaxe.

 

 


 


54

 

 

La colère fend mon corps d’obliques que je parcours à pied.

 

Un mur effondré laisse apparaître jardin et pensées en équilibre : famille brisée comme se brise une ampoule, une vague ou un os.

 

Avenir réduit à un mégot que l’’employé ramasse aussitôt avec une pince : il n’est même plus question de se baisser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

55

 

 

Rancœurs fragiles comme des îles. Pores et souvenirs troués. 

 

Je saute par-dessus les flaques. Retrousse ma peau, à la recherche d’un ego aux allures de couteau émoussé.

 

Révolte absente mais goût pour les fruits défendus, les regards de biais et les tuiles poreuses.


 


 


56

 

 

Les renfoncements n'abritent rien d'autre que de menus larcins : cigarettes fendues, bière éventée, rires et emballages premier prix. 

On retrouve là des misères anecdotiques, des satisfactions aussitôt écroulées.

 

Mes rancunes sont de ce bois-là…

 

 

57

 

 

Il y a cet oiseau qui m’observe, lit les lignes de ma main, sermonne mes hésitations et se moque du cri qui se terre en moi comme une chenille blessée.

 

Il craint le plomb, l'Avitrol et les voitures lancées de plein fouet. 

 

De nous deux, qui est le plus à plaindre ?