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INDEX DES AUTEUR-E-S

63 - Pierre Goujon

Courants d'EIRE


Le Limerick du jour


The marriage of poor Kim Kardashian

Was krushed like a kar in a krashian.

Her Kris kried, 'Not fair!

Why kan't I keep my share?'

But Kardashian fell klean outa fashian.


Salman Rushdie

 


Ce limerick fut envoyé sur twitter par S.R. (en 2011) en réponse à un de ses « followers » qui le plaisantait à propos de Kim Kardashian.  Laquelle était célèbre (en autres) pour son divorce d’avec un joueur de basket-ball nommé Kris Humphries, après un mariage qui n’avait duré que 72 jours !

 

Trois interprétations pour ce limerick :

 

1.    S.R. s’amusait

2.    S.R. avouait involontairement sa frustration de ne jamais avoir pu partager la couche de Kim. D’où cette chute fielleuse : « Kardashian fell klean outa fashian », qu’on pourrait traduire (sauf erreur) par « Kardashian était carrément passée de mode », ce qui était manifestement abusif.

3.    Interprétation philologique. De loin la plus intéressante. 

 

Arrêtons-nous sur cette dernière interprétation. 

 

L’obsession du K, d’abord.

K : phonème occlusif, sourd, vélaire, origine Phénicienne, kaph, trou, cavité, en particulier « creux de la main ». Déjà deux idées : 1°) idée de coup (occlusif, sourd) porté avec la main, baffe, mandale, etc… 2°) idée de trou, de cavité sombre. Ça commence bien.

 

Viennent ensuite tous ces Kim, Kar, Krush, Kar, Krash, Kris, Kried, Kan’t, Keep, Kar, Klean

 

Ici, on va rejoindre les préoccupations de nos bons amis albédoins chantres du minimalisme poétique (cf P. Lamarque, A. Poncin, et al).  Car, naturellement, l’analyse des « K » du limerick de S.R. nous renvoie immédiatement au début du début des premières tentatives langagières de l’humanité. On évoque ici les signes (compositions élémentaires de phonèmes, préfigurations de nos mots modernes) qui auraient été les media de communication oraux primordiaux de nos arrière-arrière-…arrière-grand-pères (et mères) du Néolithique, voire du Mésolithique (consensus de la plupart des linguistes contemporains). 

 

Alors, notre limerick devient ce sublime poème pré-minimaliste :

 

Kim    Kardash

Krush             Kar     Krash

Kris                                       Kried

Kan’t  Keep

Kar                Klean

 

aux  racines proto-indo-européennes suivantes :

(sauf latin « quiritate » d’origine obscure)

(on a négligé le « Kim » nom propre moderne)

 

-kar    -dash

-bhreg            -kar    -kar

-kers                          [quiritate (Lat.)]

-gno   -ser

-kar                -gel

 

Qu’on pourra traduire en :

 

cœur dur        coup dur

broyer            cœur dur        cœur dur

           sombre                       crier

savoir comment         préserver

cœur dur                    pur

 

(avec l’aimable participation de l’American Heritage Dictionary of the English Language)

 

Où le limerick de S.R. d’apparence ironique ou facétieuse se découvre riche de signifiés inattendus, révélant un aspect saisissant des obsessions et des peurs de S.R.. Ces dernières héritées sans doute des trouilles d’un ancêtre lointain grelottant, sans savoir ce que diable il faisait là, auprès d’une Kim au cœur insensible, dans les recoins sombres de quelque grotte obscure du Moyen Orient..  Etonnant, non ?

 

Et encore, on n’a pas parlé de Pierre Lamark, ni de Joseph K, ni de tous les k d’école, les k d’urgence, les k de force majeure, etc.