La
page
blanche

Le dépôt

INDEX DES AUTEUR-E-S

75 - Julien Boutreux

Vingt-et-un noms de ?

Vingt et un noms de ?

 

 

 

mon premier est l’arête d’un poisson

mon second l’est aussi

mon troisième est une fleur

et mon tout n’existe pas

 

 

mon quatrième se terre dans l’œil d’un serpent

mon cinquième a peur du noir

mon sixième est une couleur rare

et mon tout n’a pas de nom

 

 

mon septième n’a pas d’oreilles

mon huitième parle à travers une bouche

mon neuvième possède un corps translucide

et mon tout cherche un lieu à habiter

 

 

mon dixième est invisible

mon onzième est inaudible

mon douzième est intangible, inodore, insipide

et mon tout est illisible

 

 

mon treizième cherche un enfant sans tête

mon quatorzième trouve un oiseau mort

mon quinzième est un nombre compris entre zéro et l’infini

et mon tout ressemble à la vérité quand elle se trompe

 

 

mon seizième brusque les choses

mon dix-septième exsude du sens par tous ses pores

mon dix-huitième produit de la poésie

et mon tout exorcise sa propre possession

 

 

mon dix-neuvième est comme mon vingtième

mon vingtième est comme mon vingt-et-unième

mon vingt et unième ne veut rien dire

et mon tout n’est pas différent des précédents

 

 

mon vingt-deuxième est un oiseau qui disparaît

mon vingt-troisième a tout l’air d’un poisson volant

mon vingt-quatrième se réveille dans ses rêves

et mon tout est une partie sans tout

 

 

mon vingt-cinquième vient d’une exoplanète

mon vingt-sixième parle une langue familière

mon vingt-septième est étranger à son propre langage

et mon tout n’a pas de solution

 

 

mon vingt-huitième cherche Dieu dans sa tête

mon vingt-neuvième ne le trouve pas

mon trentième doute de tout

et mon tout est semblable au rêve d’une pierre

 

 

mon trente et unième est une question ouverte

mon trente-deuxième formule des réponses

mon trente-troisième n’écoute personne

et mon tout parle à tout le monde

 

 

mon trente-quatrième cherche à faire le vide

mon trente-cinquième accumule le non savoir

mon trente-sixième collectionne les cailloux

et mon tout voudrait être une chose

 

 

mon trente-septième est un champ magnétique

mon trente-huitième tient la porte ouverte

mon trente-neuvième garde bouche close

et mon tout est attiré par les longs couloirs vides

 

 

mon quarantième a les mêmes yeux que l’aube

mon quarante et unième embrasse les ombres du regard

mon quarante-deuxième guide un chien aveugle

et mon tout dévore la nuit qui l’habite

 

 

mon quarante-troisième parle bas

mon quarante-quatrième ne parle pas

mon quarante-cinquième n’entend rien

et mon tout a tout oublié

 

 

mon quarante-sixième a sa subjectivité comme objectif

mon quarante-septième est un sujet

mon quarante-huitième est un objet

et mon tout est une place vide

 

 

mon quarante-neuvième est un thème

mon cinquantième est un prédicat

mon cinquante et unième aurait dû être une phrase

et mon tout n’est même pas un mot

 

 

mon cinquante-deuxième lance les dés comme un poète

mon cinquante-troisième est mort d’avoir trop joué

mon cinquante-quatrième est une sorte de main tendue

et mon tout ne s’en saisit pas

 

 

mon cinquante-cinquième est un vide détaché du vide

mon cinquante-sixième est un plein faisant partie du tout

mon cinquante-septième croit être ce qu’il croit être

et mon tout n’est pas ce qu’il n’est pas                      

 

 

mon cinquante-huitième attend qu’on vienne le chercher

mon cinquante-neuvième est déjà parti

mon soixantième est une montre arrêtée

et mon tout a oublié de venir

 

 

mon soixante et unième est un miroir sans reflet

mon soixante-deuxième réfléchit tout le temps

mon soixante-troisième cherche une ressemblance

et mon tout ne sait pas ce qu’il est

 

 

—   qui suis-je ?