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LE CAMP VD

Denis Heudré

Mécanique de la mélancolie




Mécanique de la mélancolie

(inédit)









j’ouvre 

néfaste patience

le tranchant

d’un jour flétri

 

*


pas du noir

ni du gris

trop cendres


de la couleur 

qui englue


de la boue

mélancolie

 

*

désunité 

de temps et de lieu


juste un coup

à l’estomac


boues intimes

marquent le visage

et

masquées par le visage

 

*


un regard

une main tremblante

l'absence


encore une pelletée

la source

les soleils bâillonnés 

 

*

et l’on voyait

entre mensonge et méchancetés


mourir les mots 

sous les morsures d’acier

 

*


ici éloigné


quelques traces d'absence


un fil secret

me retient de toute averse

 

*


jour bâti comme un hiver

sans sa charpente-lumière

comme oublié des ombres


jour sans la mer en relief

juste un vent-piège

à border l’absence


jour balaye ses feuilles

et me rentre près du chat

endormi sur le poème

 

*



conserve de ma jeunesse

la plainte au jour

l'ombre

sous chaque pas


tant d'amour jamais

quand chaque baiser

aiguise l'absence 

 

*


le matin fait cri

à contre brume


le sommeil

vite lavé


bonjour hors baiser

hors tendresse

 

*

l’ombre

en garrot


aucun oiseau

pour lui déchirer

l’aile


j’étouffe

 

*


cueillir l'équilibre

ne se traduit pas


chute inévitable

la preuve par le sol


seuls les chats

et peut-être les ombres


connaissent le nom

du tombé d'âme 

 

*


un goût de terre contre

le goût de fer

les regards d'étain


la carcasse d'un chant

bâillonné de ronces

et ridé de larmes

 

*


mille détours

absence


toujours maintenir

la parole en filaments

 

*


seul le linceul

chiffon sur ces nuits

chavirées d'absence 

 

*

rouge mensonger

- un halo s'est fourvoyé -

rouge deuil

où s'embrasent les ombres


puissent mes espoirs

succomber sans trace 

 

*



comme l'arbre

tombé

racines à l'air


quand la douleur

quitte l'ombre

le passé fait cri


c'est le remord

qui pourrit

les chevilles 

 

*


à la fenêtre

s’invite 

l’hiver


journées

sans rencontre

saccagées d’ombre


le temps passe

pire que neige

 

*


et l'Homme

se sent plus petit

chairs en friche

en lit desséché

chemins rebroussés

et paroles en l'air


ne lui est acquis

pas même le jour

que cette peau de paille

qui s'enflamme

à peine étreinte

et qu'il abandonnera

                                    un jour 

 

*


d'amour, une terre dévastée

comme une ombre, puis rien

comme un rempart déchiré


un soleil enterré

dans l'impossible danse

de nos destins arides

 

*

la nuit, le sommeil


les destinées s’apaisent

et les horizons s’entremêlent 


l’enfant est tombé de son lit

et moi j’ai peur

de mourir sur ta poitrine

 

*

à peine les chiens

se sont-ils emparés

de ces lambeaux d'horizon


qu’une boue

s’est emmêlée

dans la lumière

 

*

je me prends

pour un autre


mais mon corps

reste seul


si j'étais 

moi


mon corps 

serait autre

 

*

dans la bouche

la soif, le sel


il n'est plus de rive

pour la voix


tout chant épanché

reste plainte


les mots

ne font plus salive


à l'éveil des sables intimes

un cri          blanc

 

*


les yeux criblés

du revoir


desséchés

de l'attente


n'était ce que paupière

que cette pénombre 

 

*


dehors rien ne bouge


des murs ont été plantés

pour éluder les questions

des vents des passants


ni chat ni oiseau

– qui a perdu l’autre ? –


quelques feuilles emprisonnées

ont renoncé 

à colorer le ciel


il ne suffirait qu’un pas

 

*


le soleil a enterré 

ses jouets

– brûlé sa danse

du froid de la main –


la mort

prend lieu

dans l’affleurement

des secrets

 

*


issue de poussière

ces brasiers déjà

nul ne demeure sa vie

 

*

prend bien soin de tes semelles

il ne faudrait pas revenir

avec un pas égaré


les fossés ont des oreilles

et tu ne saurais

y échouer tes rêves

 

*


les yeux de craie

– qu’importe la fenêtre – 

s’effritent au bleu

du temps passé


il n’y a plus de pas

pour aucun chemin

ni de danse

pour quelconque lumière

 

*


à quoi notre vie

s'ennuivre


une vulgaire douceur 

sans relief


quelque l’autre

en plus du moi seul


où est l'entrée?

 

*






© Denis Heudré 2012

Tous droits réservés

Reproduction interdite

le jour boitille

appuyé sur son passé


des cheveux impertinents

sont venus l'incendier


et la mécanique de la mélancolie

s'est arrêtée