La
page
blanche

Le dépôt

LE CAMP VD

Denis Heudré

Rien

Il ne se passe rien. Alors écrire ce qui ne se passe pas. Le corps se traine au rythme lent des heures qui passent. L’énergie est notre avenir, économisons-la, entend-on à la radio. Mon énergie à moi est restée avec mon passé, bien accrochée à un porte-manteau de vestiaire. Les ronces ont déjà entamé l’ascension vers mon cerveau. Je me laisse porter par l’escalator des habitudes du quotidien. Rien n’avance. Pas même l’envie d’avancer. Rien ne se passe à part le temps. Le temps qui passe et qui pèse. Qui pousse et qui presse. Qui repousse tout espoir de s’en affranchir. Je ne crois plus en la renaissance des horizons.

 

Il ne se passe rien. Je n’en suis pas fier. Tout juste bon à observer les corneilles dans l’arbre devant la fenêtre. Las de tant d’automnes à voir les feuilles tomber et les fossés se remplir. Las de tant d’hivers sans neige et leur terre lourde au pas. Las de tant de jours refermés sans avoir été vraiment ouverts. Je le sais, il n’y a aucun romantisme dans la lassitude et j’ai un peu honte d’écrire ce néant. Les saisons continueront de peser jusqu’à l’écrasement des illusions. Le retour d’un été nous sera surement arraché des mains. Il ne se passera rien.