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Maheva Hellwig

Les tribulations de Melle Irma #1 IRCAM AMPLIFY

Les tribulations de Melle Irma #1 IRCAM AMPLIFY

Nous sommes le 3 septembre il fait beau. La fontaine Nikki-Saint-Phalle est en travaux, comme la façade de Beaubourg. Tout le monde est masqué et le chemin d’accès est bien dessiné. Les portes s’ouvrent devant Melle Irma, pour la présentation de la nouvelle filliale de l’IRCAM issue de partenariat public/privé.


Pourquoi IRCAM Amplify est née ?

L’IRCAM a toujours été indépendant et jouissait d’une certaine souveraineté technologie. Se souciant peu des aléas du marché, l’IrCAM a développé ses tentacules dans le monde de la recherche musicale, depuis le groupe des acousmaticiens et des concrêteux à ceux des recherches tonales et harmoniques. Jouissant de créateurs illustres, des expérimentateurs de Cortot (ENS musique) et des conservatoires, les profils les plus divers n’ont cessé d’entourer cet institut de renommée et de gloire.

Néanmoins, à part une clique d’initiés qui s’emmurait dans une Castalie sans portes ni fenêtres, le public se faisait rare et le pont avec le Monde n’était que peu assuré... à part quelques lignes logicielles. Et pourtant, même Joseph Knecht1 a fini à revenir au monde. C’est ce geste que propose de faire IRCAM Amplify2.

En développant le B2B, à l’écoute des besoins des industriels, du luxe, de la santé, IRCAM Amplify est une structure apte à recevoir une perception réelle du son, et du son dans l’espace. Avec un grand parti pris sur le geste de Boulez dans la musique contemporaine, dans une perspective également médicale, Ircam Amplify propose le son comme pont entre l’homme et la machine dans un monde en lien avec la data sonore et la masse (déjà critique) de stimuli. Afin d’explorer, d’expliquer, bref, de ne pas perdre le consommateur.

Comment IRCAM Amplify se définit-elle ?

IRCAM Amplify propose un rôle de médiation aux différents publics via le design sonore et opère un lien transverse entre les différents usages du concept de design sonore.

Eté 2019 : création de la structure juridique complémentaire à l’IRCAM. Se dégage une volonté de créer de la valeur ajoutée à l’IRCAM via le développement produit. IRCAM Amplify se voit ainsi comme un « 

pont sans vitesse », un « catalyseur de solutions » techniques et artistiques. Mais ce n’est ni un distributeur de technologie, ni un constructeur d’usages. Ircam Amplify se veut être une construction d’ensemble en actionnariat avec la Société Believe3 qui est un partenaire majeur de distribution sur les domaines de : l’intelligence artificielle et la musique, la voix et l’interaction objet/voix pour susciter un lien de connexion émotionnelle. L’architecture, premier des arts dans les catégories de Hegel, n’est pas en reste puisque le son dans la ville est également présent au sein de la problématique des Smart Cities.

Mais quel lien avec le Design sonore ?

Le son est vu comme le plus petit dénominateur commun entre l’espace, le champ des data et l’interface. Ces concepts mouvants forment un ensemble qu’on revêt du terme générique de 

Design sonore, 

à mi-chemin entre science dure et créativité artistique. Eu à ces égards, le logiciel Speak se révèle comme descripteur sonore. Né de la problématique de : « 

comment se mettre d’accord sur


1 Voir Hermann HESSE, 

Le jeu des perles de verre

, trad. Jacques Martin, éd. Folio Classique, Paris, 2000.

  1. 2 Ceci est une remarque humoristique à but privé pour quelques professeurs d’Université qui ont travaillé à l’IRCAM. Néanmoins, Mme Laporte a cherché à préciser la réalité sous-jacente dans le cadre de son droit de répondre : « 
  2. Je ne peux laisser écrire cela : vous êtes très (trop ?) sévère et ce n’est pas totalement juste. L’Ircam s’est ouvert à la valorisation industrielle et aux pouvoirs du son dans le quotidien depuis une dizaine d’année, mais


  1. d’avantage en opportunité. Ircam Amplify renforce et structure cette activité initiale pour la déployer et s’ouvrir


plus largement. 

»

  1. 3 Et ce, au même titre que la Caisse des dépôts et E.T.R.E qui soutiennent les déploiements de la filiale sur les axes évoqués dans ce paragraphe.


" les sons et les mots ? », il concerne à la fois l’harmonie, la « matière sonore », la rythmie et tente d’approcher la réponse à la question : comment quantifier les émotions... pour des gens qui n’ont pas nécessairement de culture musicale. Aussi, les panels prennent-ils en compte cette dimension de public non averti, à travers une représentativité élargie. L’objectif posé était de dépasser la qualité affective de la musique. Ainsi est née la signalétique de Sorbonne Université. Dans la perspective de rendre une œuvre intercontextuelle, les rythmes évoquent ce que tait la mélodie et réciproquement. Une autre problématique rencontrée a été celle de « 

faire entendre sonner les terroirs dont sont issus les vins clairs qui composent les champagnes ».

Ainsi, c’est à travers la création de pastilles sonores que l’identité se crée et est appropriée par un client qui s’en fait une deuxième peau, kimono Chanel.

Puis a lieu l’expérimentation ludique destinée à faire entendre à un public non-connaissant les subtilités du son-interface, la réponse dans une perspective PMR4. La question du mouvement/son pour les hôpitaux... vous ne voyez toujours pas ? La détection par présence, le CND pour humain est issu de ce genre de réflexions. Il faut d’abord analyser le mouvement, diagnostiquer le retour sonore à l’aide des sciences cognitives et établir un son spatial, en lien avec la sécurité des publics. Toujours garder en tête que si le design sonore est mal compris, il devient une gêne... d’où la nécessité d’universel !


4 Public à Mobilié Réduite, acronyme désignant tous les handicaps (mentaux et physiques) généralement plus orienté vers les physico-dépendants.

Image 1: Le makey-makey ++ de l'IRCAM face aux studios et labs de recherches, 2 tables, 2 ambiances.


Une table. Un ordi. Une carte son. Et nous voilà à gratter, caresser une table pour en faire émerger des sons d’eau, des timbres. Nous voilà en train de frapper cette table pour la faire geindre d’un « PLOUF » sonnant et tonitruant (voir Image 1). Comment ça, vous ne voyez pas le son ?

Studio 6 – IRCAM 11:30 : Recherche sur voix.

Le son a un rôle primordial dans les nouveaux usages par la voix. La création d’une voix qui caractérise une marque, une voix qui porterait ses valeurs, son émotion, son inventivité. Une voix unique en temps réel

de synthèse. Et voici Beaudelaire, un extrait des Correspondances, lu par Emmanuelle qui, d’une voix sybilline (qu’on croirait appartenir à Catherine Potel) devient un poète romantique du 18e incarné sous nos oreilles alors que la femme se tient contre la paroi d’une anécho. Du studio 6. Les applications de la modification du signal de la voix ou extraction de prosodie sont utilisées et utilisables dans le doublage (voix de Farinelli5 par ex.) mais il n’est pas possible de remplacer les acteurs par un logiciel. Hormis pour le Procès Pétain et le journal de Marylin Monroe (dont votre servitrice se révèle fort ignorante), l’IRCAM fait peu de voix parlée... question de moteur. Dernier Studio visitable : la demi-sphère.

Un système ambisonique de 24+1 haut-parleurs répartis en trois couronnes + sub englobant sur l’axe médian de la salle. Pour recréer la captation avec antenne de microphones (sans interférences ni artefact)... autant dire que les Dolby.1000 peuvent gentiment se rhabiller. Ecoute de Terrasson, du Field recording de David Monnacchi. La clé de voûte trône solitaire dans les enfers de l’anécho et la pampa a raison de mes oreilles. Mais revenue la fraîcheur agrume de l’extrait suivant et on finit en beauté avec de l’électro bien de chez nous. Autant rhabiller les DJ sets de free parties underground aussi ! L’enceinte Zénithale se marre quand nous quittons la salle.

Merci à @ et le silence ...

Mme Birocheau CEO d’Ircam Amplify pour sa prestance et sa grâce,

de nous avoir reçus, Mme Laporte pour sa disponibilité et sa patience,

M. Amadu pour son enthousiasme et sa technicité, Mme Zoll, pour sa philosophie et sa performance. M.  Vincent Meurisse pour les démos sur les transfo de voix, pour son sens de la pédagogie et son inventivité face au direct.

5 Voir (et revoir) Farinelli de Gérard Corbiau, 111 min, Italie-Belgique-France, 1994.

Longue vie @IrcamAmplify !