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LE CAMP VD

Pierre Lamarque

CONFIDENCES D'UN HOMME DES CHAMPS IMPRIMEUR DE POÈMES


Confidences d'un homme des champs imprimeur de poèmes est auto-édité par l'auteur en cahier papier depuis novembre 2021.



Confidences  d'un homme des champs imprimeur de poèmes


AU CAMP DE LA PAGE BLANCHE





La poésie ne se définit pas par sa forme, prose ou vers on s’en fout, là n’est pas la question. La poésie peut prendre toutes les formes par exemple pour moi il y a peut-être plus de poésie dans les pièces de Shakespeare que dans ses sonnets. La poésie ne se définit pas non plus par son contenu, pour moi la poésie est une façon d’être et de penser crédible et qui enchante d’une façon ou d’une autre, voilà à peu près tout ce que je sais de la poésie à l’heure qu’il est.


Émile Cioran



CHAPITRE I



Ainsi lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.

Michel de Montaigne.






" Bien sûr, on peut le faire…"


Je n’ai pas eu à rester patient longtemps, l’oracle a parlé : telle est la réponse laconique du critique littéraire à mon mail…  Constantin ne s’occupe de la traduction de son roman en feuilleton qu’au dernier moment, je ne sais pas comment il occupe son temps, je n’ai jamais osé lui demander ça… c’est quelqu’un qui m’impressionne beaucoup… j’ai l’idée parfois d’être l'enfant en face de son père, à hauteur de cuisse, à hauteur de mystère.


J’ai parcouru une vingtaine de textes de Sixto Rodriguez, tous n’ont pas le même intérêt selon mes critères esthétiques…

Je pense que les deux textes de Sixto Rodriguez présentés dans le Dépôt - j’espère en trouver d’autres, révèlent un bon poète… qui peut-être l’ignore lui-même… dans ce cas nous pourrions dire sans nous tromper que tout est curieux chez ce personnage… Sixto Rodriguez, un poète excellent et inconscient, car s’il avait été conscient il aurait plus souvent écrit de la bonne poésie… La plupart des poètes sont comme lui, comme Bob Dylan, ils n’ont pas conscience de la valeur de leurs textes, sauf quelques exceptionnels poètes… ils ne savent pas faire un choix dans leurs brouillons, il ne savent pas rester au niveau de l’excellence qui est la leur parce qu’ils ne situent pas bien leur propre excellence… Peut-être parce qu’ils savent que l’excellence en poésie est une question de chance, de hasard ? Cette chance, ce hasard, cette fumée dont parle Gaston Puel : "Nous n’oublierons pas cette fumée si légère qui semble lointaine dès qu’elle apparaît, c’est le meilleur de notre parole, c’est ce qui veut aller plus loin que nous, vers l’insaisissable présence".


Ça aussi c’est curieux ! « Insaisissable présence » … tiens, tiens attrape ça, Princesse  Mahiva !


Bref, comme dit Aimé, "certains auteurs n'ont pas conscience de la valeur de leurs textes. Ils ne savent pas faire un choix dans leurs brouillons car il est très difficile de rester lucide. Ce n’est pas facile de corriger le texte d’autrui comme pas facile de se corriger soi-même… La correction est sans nul doute l’exercice le plus délicat de la création.

Pour d'autres, on venait fouiller dans leurs brouillons pour les publier : Bukowski... Un manuscrit de Proust est en train de ressortir, même chose pour Walser il y a quelques années qui - pour essayer de contrer cela - écrivait pourtant de façon graphiquement illisible et codée. Mais rien n'y fait".



C’est aussi le rôle difficile d’une revue de poésie de faire des choix lucides, de ne garder que le meilleur, d’indiquer où se trouve le meilleur de l'écriture non seulement aux lecteurs mais aussi à l’auteur lui-même…


Je suis en train de lire un livre qui m’emballe dès les premières pages, celui de Kundera qui s’appelle La vie est ailleurs : c’est de la littérature romanesque à son niveau d’excellence.

Une psychologie excellente dès les premières pages . L’histoire d’un poète que sa mère avait pensé prénommer Apollon… oui, c’est ça que j’aime chez Kundera : la valeur psychologique de ses écrits…le roman est une psychologie…le poème c’est autre chose…


Pour écrire un bon roman il faut un talent doublé d’une bonne imagination, mais le talent et l'imagination ne suffisent pas à écrire un bon poème, il faut aussi posséder la foudre de l’inspiration.


Enfin… bon… il est bon de pouvoir dialoguer… jadis j’avais observé, et j’aime toujours, le sens du dialogue de Constantin, et j’avais approfondi l'idée à partir de nos conversations que le dialogue était la forme la plus intéressante qui soit pour exercer la pensée… là-dessus je suis influencé par un penseur comme Socrate... écrire de la littérature pourrait être possible aujourd’hui en creusant cette question du dialogue… dans une de mes dernières tentatives poétiques j’avais expérimenté une sorte de dialogue et je recommencerai l'expérience…





(OK, JE T'APPELLE UN PEU PLUS TARD)



Il y a de bons jours et des jours médiocres.


Il était une fois nous avons besoin de l’enchantement que peut provoquer la poésie. Notre cerveau, notre coeur, nos poumons.


Dans la nuit sans étoile, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grand route.


Je me pose beaucoup de questions sur le Dépôt… comment faut-il qu’il fonctionne, à quoi faut-il qu’il serve… Le Dépôt de LPB c’est le parc et la Revue Lpb, le château… un château habité par des princes et des princesses de la poésie… le domaine autour du château est habité par de simples paysans et artisans et troubadours, des gens aux multiples savoir-faire …LPB est une entreprise féodale, anachronique… Dans le Dépôt les boulangers font cuire et placent leurs pains et leurs gâteaux sur leurs étals.. L’idéal serait que les paysan et paysanne, artisan, troubadour, boulanger, pâtissier, puissent avoir un accès direct à leur stand et le présenter comme ils l’entendent. Le pain ce sont les poèmes, mais aussi les articles critiques de toute sorte, poésies, arts, cultures, littératures… Le choix des participants du dépôt se fait en amont du dépôt, parmi les participants de la revue LPB elle-même… qu’importe et tant mieux si à la fin du siècle il y aura des centaines de noms dans le dépôt de la revue Lpb…



Ma soeur, Calique Dartiguelongue, est une personne modeste, et tellement modeste que je ne l’avais pas jusqu’alors vraiment appréciée exactement dans ses capacités de poète, même si avaient été publiés des textes d'elle dans un des premiers numéros de la revue LPB. Mais voilà l’erreur réparée, Calique a sa place dans le dépôt. Calique m’a décrit son état d’âme, son bonheur en lisant les mots que je lui ai écrits récemment. (Calique est le prénom que Catherine s’est donnée dès qu’elle a commencé à parler).


En fait, depuis un certain déclic que je ne saurai dater exactement,... il y a quelques mois, je suis en état d'écriture permanent… avec des dangers d’emballements… une suite d’instants étonnés, des fois j’en viens à m’en inquiéter mais la plupart du temps je suis simplement étonné, et cet étonnement m’est plutôt une bonne disposition mentale…être étonné du monde comme de soi-même... Tout ce passe comme si j’avais adopté un rythme souple et intellectuellement actif.


Depuis aujourd’hui j’ai décidé de pimenter les confidences d’un homme avec des souvenirs marquants de ma vie…j’en ai installé un au début du chapitre 2 et un j’en écrirai un autre bientôt, que je placerai vers la fin du chapitre 2…L’idée m’ est venue à la lecture de nouvelles de Raymond Carver, des nouvelles qui racontent la vie ordinaire - ma prochaine nouvelle à lire c’est Les vitamines du bonheur…Ce sont des textes qui me semblent plus ou moins autobiographiques et qui ont pour autre particularité de se terminer en queue de poisson, et j’essaierai de rendre cette même impression dans chaque souvenir que j’écrirai… J’ai lu des autobiographies mais ce genre littéraire ne m’intéresse pas en soi…autobiographie est synonyme pour moi d’autosuffisance… par contre, glisser des germes de souvenirs personnels dans un roman, une nouvelle, un journal me semble une bonne idée… Le genre littéraire du journal me plait bien… plus facile à écrire que le roman… le roman est un exercice d'écriture pour moi difficile sinon impossible… je ne me sens pas fait pour les récits de fiction structurés… la seule tentative que j’ai faite s’est vite révélée une entreprise ridicule et au bout du compte j’ai juste pu écrire une histoire courte… peut-être que je pourrai la relire un jour pour voir si je peux en faire une nouvelle… mais maintenant c’est certain je me sens devenir écrivain… je n’ai jamais voulu être écrivain, c’est en écrivant que je suis écrivain…




Le livre que je préfère de Céline (j'aime tous ses romans comme sa thèse de médecine, comme je déteste ses écrits antisémites), c’est Guignols band… Oui, un livre se souvient parfois du lieu où on l’a lu : je lisais Les vagues de V. Woolf assis dans l’eau au soleil de la Côte d’Azur et ce livre en a gardé le souvenir, les pages gondolent…

Un roman de Simenon, Le cercle des Mahé, a été imbibé de la pluie de Porquerolles où se passe l'action… Je fais souvent des cornes aux pages de mes livres, quelques fois le livre double de volume, quelques fois j’emploie mon crayon coquelicot pour souligner ou marquer des passages. L’état du livre m’importe peu et j’achète des livres d’occasion en ligne, c’est ainsi que je découvrirai bientôt Tristan Egolf.


L’étranger de Camus est des premiers livres de littérature qui m’ont impressionné, comme La peste, et en particulier les première pages de La peste, où l’auteur fait le récit ironique d’un écrivain qui bute sur la première phrase de son roman ; du genre ‘Par un après-midi de dimanche ensoleillé'.


Romain Gary Ajar c’est bien plus tard que je l’ai lu et j’espère découvrir encore beaucoup d’écrivains superbes d’autrefois et d’aujourd’hui. Voilà comment je fais depuis des années pour choisir des livres : je cherche à connaître le ou les écrivains que peut citer l’auteur.


Quand a commencé la revue Lpb, je ne m’imaginais pas que j’entrerais comme Alice dans un monde merveilleux. La littérature, philosophique, poétique et romanesque étaient déjà en soi un monde au trouble émerveillant où je m’évadais de ma médecine en apprenant toutes sortes de choses utiles à l’esprit. Je savais à peine que faire une revue de poésie c’est entrer en contact avec des gens qui écrivent. De même, c’est une chance que j’ai saisie quand mon caniche Crack m’a proposé de devenir son maître… depuis le début les choses ont évolué dans le sens où aujourd’hui j’ai plutôt un sentiment de solitude, d’être seul, Crack se tient à distance, il me délaisse …


Aimé me dit " Je viens d'aller voir sur le site. Il faut aller au bout de votre démarche et seul le temps (vous) dira si ce projet épistolaire est viable, intéressant et constructif. Je pense qu'il peut l'être, qu'il peut-être quelque chose qui se rapproche des Papier-Collés de Perros, une succession d'impressions, de pensées. Le titre me rappelle le théâtre et ce sentiment d'incommunicabilité qui traverse le théâtre contemporain (Lagarce, Y. Reza...)".


Je tente d’écrire le journal d’un éditeur de poésie sur internet. J’écris en direct, devant une grande salle presque vide, cherchant refuge dans ta bonne oreille, petite cuillère.


J’avais un ami que j’ai perdu de vue et c’est pour moi maintenant impossible de le retrouver, pourtant j’ai essayé. Cet ami, Philippe Fournier, qui a pas mal écrit dans les premières années de LPB, se faisait appeler Sonneur. Il jouait de la cornemuse et je l’avais rencontré lors d’un concert de cornemuse à La Brède, tout près de chez moi. Nous avions sympathisé et Sonneur m’avait fait découvrir les livres et les peintures d'un auteur périgourdin, François Augiéras, qui mérite d’être connu. Sonneur avait aux dernières nouvelles pour ambition de lire tout Chateaubriand. Il a dû mourir d’une indigestion ou se noyer dans une cuve de menthe à l'eau. Je n’ai plus de nouvelles. Ce sont des problèmes de communication que nous rencontrons dans la vie et nous ne sommes pas capables d’expliquer ni de résoudre ces problèmes.


 Le titre de chapitre  "Ok je t’appelle un peu plus tard", de mon essai mi roman épistolaire mi papiers collés, m’a été soufflé par le texte d'un sms que j’ai reçu de Mickaël Lapouge le réalisateur du site LPB. Ma vie est une succession de problèmes de communication, mais j’ai su les surmonter. Seule la mort me sépare des gens que j’ai aimés et que j’aimerai toujours aimer. 


J’ai commandé Art de Yasmina Raza que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup Lagarce.


Je crois que ce qui importe pour Crack c’est sa propre vie, à laquelle, je crois, il réserve son temps maintenant (il est, petite boule noire, dans les nuages blancs avec les anges) . 


J’ai lu Regain de Giono, un auteur que j’aimais beaucoup lire dans ma jeunesse. Une de mes anciennes patientes passait avec son mari, poètes tous deux, leurs vacances avec Jean Giono. J’ai lu aussi La promesse de l’aube de Romain Gary.


Un poète parmi ceux que je préfère : Thierry Metz. J’aime bien aussi Jean-René Cocteau… Rien à voir avec l'autre, que j'aime beaucoup aussi. J'ai un faible pour Richard Brautigan.


Ce matin je me suis réveillé avec l’idée en tête d’aller tout de suite retirer ce texte du Dépôt ; ça m’arrive de dépasser les limites, une nuit, dormir, suffit à retrouver la lucidité du matin; la lucidité du matin ressemble un peu au lever du jour; le matin on sort de l’obscurité, plus ou moins.


Aujourd’hui j’ai traduit deux poèmes de l’américain Allan Graubard; il m’a présenté quatre textes pour la revue; chacun de ces textes est une évocation d'amis poètes et d’un ami musicien compositeur et chef d’orchestre; ce soir je traduis les deux autres. Voilà encore un poète qui a assimilé la leçon surréaliste :


Bonjour Allan,


avant de lire un de vos cahiers de poésie il faut que je le traduise, afin de bien le savourer, alors si vous voulez, je voudrais traduire en français un cahier de vous.


Le dynamisme de vos images me rappelle la force de la poésie surréaliste et me donne le plaisir de goûter aux sources de votre imagination.


Cette séquence de quatre textes anglosaxons en l'honneur de vos amis, si elle vous convient dans ma traduction française et loyale, pourra paraître dans le n° 56 de LPB.



«  Un lent, sombre paysage d’échos et de fabrications…

Et du silence de l’autre côté… » 



«  et des ressorts délicats fleurissant sur chaque image … » 



«  cette chaleur

de laquelle

os chair habits et mots 

         sont nés

en nous

     de nouveau » 



«  .......... moi

cet amour de la vie d’amour et de vie

grillon insatiable qui racle sous la lune » 



«  quand les étoiles coulent dans la brume de fer

   qui transpire dans une rue vide » 



Quand j’ai traduit les textes des chansons de Bob Dylan - d’abord depuis un livre de Songs of Bob Dylan for ukulélé, j’ai voulu rester le plus possible près du texte original; le choix des mots doit être au maximum respecté dans la transcription. Le choix des mots et la structuration des phrases font partie de la personnalité de l’écrivain, pas seulement ce qu’il dit mais comment il le dit. Les traductions que j’ai pu lire ne m’ont pas du tout convaincu et c’est pour cela que je me suis lancé dans la traduction de 80 chansons, seule façon pour moi d’entrer dans l’univers de Bob Dylan.



Poème 4 : poème d’amour


Coucher

avec elle

est comme

coucher

avec

un balai `

de sorcière.


Ses yeux

ont

l'émotion

Du papier de verre.


Quand je l’embrasse,

c'est comme

embrasser un piège

à souris qui

vient 

de se refermer.


(Je n’arrive toujours pas

à comprendre 

pourquoi je l’aime

plus que tout.)


Richard Brautigan

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus

Poésie Points



Vendredi 12 février 2021 - J’enlève, je nettoie, j’ai fait une nouvelle présentation du Dépôt de LPB, plus conforme à l’esprit que Constantin Pricop a insufflé à la revue LPB. Je ne veux plus promouvoir tous les nouveaux venus, c’était une idée d’amateur. À quoi bon me vautrer dans une médiocrité qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la médiocrité ambiante.

Il y a quelque chose de médiocre en moi que je ne comprends pas, que je ne maîtrise pas, que j'essaie de maîtriser.


Il y de bons jours et des jours médiocres.


Je ne laisserai dans mon Dépôt que les auteurs avec lesquels je sens des affinités, comme je ne laisse sur les murs de ma maison que les peintres avec lesquels je sens des affinités, dans le temps que dure la vie de la maison de Beautiran.


Je regrette que Constantin Pricop ne continue pas à écrire ses éditoriaux billets et points de vue, car c’est ça qui donnait à chaque numéro de la revue LPB son style, sa personnalité, exactement ça, plus les lignes en pointillés du réalisateur du site, plus les choix des textes présentés.


J’ai l’impression d’être un amateur - cette impression m'est à la limite désagréable. Je ne m’empêche pas d’écrire pour moi, à condition de ne pas publier mes racontars. Pourtant je le fais, je me lance, j'y vais, je publie tout.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.


J’entame un nouveau livre de Brautigan, La pêche à la truite en Amérique, après avoir lu coup sur coup deux livres de sa poésie, sa poésie est tout à fait unique par sa simplicité, sa légèreté, et sa fantaisie ; je me sens heureux comme un poisson dans l’eau lorsque je lis les livres de cet auteur, romans et poèmes. "Mes amis " d’Émmanuel Bove, "Mémoires sauvées du vent" de Richard Brautigan,

"Des aveugles" d'Hervé Guibert,, quelques romans que je conseille..


Je suis sorti tout à l’heure pour faire la vidange de ma voiture… j’ai attendu en lisant "La pêche à la truite en Amérique", dehors il pleuvait, mais par chez nous c’est rare qu’il fasse vraiment froid.


Si l'aveu de la médiocrité n'empêche rien, elle est une prise de conscience de sa possibilité, ce qui est déjà un pas fait sur le côté : comme si elle ne pouvait pas tout à fait nous attaquer de face. C'est du moins ce que je me dis pour tenter de me rassurer.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.


J’attribue la médiocrité - manque de perspective par rapport à un horizon, à l’émotivité, au manque de contrôle des émotions, manque qui est quelque chose de tout à fait normal et structurel pour moi… la reconnaître n’empêche pas l’émotivité, c’est à dire la médiocrité, la débandade, mais ça permet de faire un pas de côté comme un écarteur de vaches landaises…transformons nos médiocrités en un arc élégant face à la corne et au plus près du danger de l'arène. Il y a une grande différence entre émotivité et émotion, l’émotion est quelque chose, l’émotivité autre chose… Bon, à part l’émotivité, il y a aussi cette tendance à fondre dans la médiocrité ambiante, ne serait-ce que la médiocrité du ciel.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.



La trame de mon journal m'importe beaucoup, elle est un dialogue, c’est la trame qui permet de constituer un tissu...



Tant pis si certains s'en offusquent mais il ne reste plus dans le Dépôt que des poètes que j’aime depuis un certain temps pour différentes raisons, à chacun la sienne.


J’ai réalisé que le labourage et pâturage du dépôt et celui de la revue c’est un même job.


Concours de poésie sur un thème oui, mais un seul thème : la poésie. Demander des contributions critiques, je le fais soit en m’adressant directement à un auteur de la revue, soit en passant un message ailleurs. Quant aux entretiens en général je n’aime pas, je ne sais pourquoi, cette formule, ce qui ne m’a pas empêché hier de parler de LPB avec Denis Heudré pour la revue Recours au poème.


Les images de couverture de LPB… Tout a commencé en 2008 quand j’ai fait la connaissance de mon ami jcb, cheminot, aussi peintre et poète, par l’intermédiaire d’un ami commun Patrice, Patrice que je fréquente depuis 1991, qui a écrit des poèmes dans sa jeunesse et qu’un jour je présenterai - au moins un de ses textes, dans la revue LPB car il a un style, comme Brautigan a le sien, et jcb aussi… (jcb : Jean-Claude Bouchard)… et Mickaël Lapouge le réalisateur aussi mériterait que je présente ses textes dans LPB. Coralie Meïsse que l'on pourra lire dans le n° 55 est une amie d’enfance de Mickaël Lapouge, et le poème que je publie d’elle dans le n° 55 de LPB est un poème qu’elle a écrit il y a des décennies, quand elle avait seize dix-sept ans. Les textes que je possède de Mickaël Lapouge datent de la même époque ; mais il ne veut pas que j’en publie ; il faudra que j’insiste ; l’âge d'un auteur a une importance relative.




Tableau


Sous les nuages blancs, la neige tombe.

On ne voit ni les nuages blancs ni la neige.

Ni la froideur et l’éclat blanc du sol.

Un homme seul, à skis, glisse.

La neige tombe.


Yasmina Reza 

Art

Ed. Magnard


J’ai trouvé ce poème à la fin du livre Art de Yasmina Reza . J’ai découpé ce passage du texte et j’ai ajouté le titre (un tableau blanc est le sujet de la pièce de théâtre intitulée Art)… je place ce texte dans la rubrique ‘poète du monde’ de LPB et dans mon journal de confidences (j’aime l’art pictural et j’aime aussi le jeu des relations, les dialogues, entre les personnages de théâtre. Le théâtre, un genre littéraire à part entière, comme la critique ).

Personnellement j’aime lire les pièces plutôt que les voir jouer par des acteurs mais avec des acteurs pareils (Vaneck, Arditi, Lucchini), j’aimerais voir la pièce…j’espère qu’elle a été filmée…


Ce qui m'intéresse le plus dans le roman, la nouvelle, le théâtre, c'est le matériau psychologique des oeuvres.


J’avais un ami d’études, Émile S., qui peignait des tableaux blancs avec des reliefs blancs, un peu comme le tableau blanc objet de la pièce de Yasmina Reza. Personnellement je trouve que le blanc n’est beau que dans la nature et dans les tissus. Entre un tableau blanc et un bidet accroché au mur, je ne vois pas de différence. Le blanc n’est-il pas plus laid que le noir, c’est une question que je pose à la page. Le blanc en poésie est possible aussi, le poète dessine des traits fins et de timides couleurs autour, presque invisibles sur la page blanche…


La formule du dialogue m'intéresse… Chaque relation, je suis sûr de ce que je dis, est un dialogue possible/impossible (il existe un mot unique en Égypte antique pour dire la réalité possible/impossible )… rien de plus intéressant et surtout rien de plus important dans notre vie que le dialogue. Je trouve qu’un bon dialogue, un bon dialogue à deux ou plusieurs, peut finir en surprise, partie d’échecs, de verres cognés, de danse …


Je suis content de mon caniche Crack, hein, toujours là près de moi !



Merci; je dis merci à celui qui me parle de tel ou tel écrivain. Il ouvre des portes, ouvrir des portes c’est d’ailleurs son métier de passeur . Quel beau métier, j’aurais du y aller, plutôt que la médecine. Ou alors j’aurais du être prof de médecine… Car l’enseignement c’est ce qu’il y a de plus noble parmi les métiers. J’ai eu la chance de connaître en 6ème et 5ème une professeure - à l’époque on disait professeur, on n’avait pas alors l'idée obsédante du sexe, ni le rappel à la loi des féministes, professeur de français qui a ouvert sa porte à un gamin de 9 ou dix ans. Elle m’a fait saisir les mots comme des objets vivants. Je me suis souvenu avec vénération de ses leçons, de sa personnalité, de sa qualité. Ensuite, dans mon souvenir, la littérature enseignée à l’école était souvent médiocre, très souvent médiocre. Et de même les efforts démesurés des enseignants en mathématique pour faire aimer les mathématiques, arithmétique, algèbre, géométrie, médiocres aussi. En sport, l’enseignement était quasi nul, surtout celui de la mêlée. Cela tient peut-être au fait que l’enseignement, l’éducation, est une administration sans beaucoup d’imagination… Parler avec un bon professeur pour moi est une aubaine. Un bon prof parce que bien formé, sans doute, je suppose, les programmes d’enseignement sont-ils de meilleure qualité à ici aujourd’hui qu’ailleurs autrefois, sans doute, je suppose, j’ai même quelques indices sérieux qui me le font penser quand j'écoute Aimé.


Crack m'attend tous les soirs devant le portillon.



Toujours en cinquième, ou peut-être en quatrième, j’avais eu un prof de sciences de la nature (on disait sciences naturelles) qui était un universitaire travaillant dans la géologie. C’était passionnant, d'autant que ce savant nous donnait des cours pratiques très pratiques dans les torrents et les garrigues de l’Aude, mais presque anecdotiques par rapport aux sciences fondamentales hélas si mal enseignées à l‘école, sauf le français en 6ème 5ème. L’importance d'un professeur laisse rarement des traces indélébiles dans l’esprit d’un élève. La transmission, le fait de passer de la connaissance, du savoir, mais aussi le fait de savoir transmettre, selon la personne que l'on est, à sa façon, voilà tout l’art des humanités et des humbles poètes. Bon, finis les discours.


Je n'ai pas la passion des échecs. Je n'ai pas un goût prononcé pour la géométrie. Les échec, le jeu, pour moi c’est une suite de petits cris rauques poussés par-dessus un damier, et le fou est presque aussi extravagant que la dame quand le roi est ubuesque, les cavaliers surprenants, les fantassins des troufions, des bidasses, des pions, de la chair à canon, qui pourtant, compte quelques fois dans le gras des héros. J’ai joué aux échecs avec mon père puis quand il est mort j’ai laissé ce jeu où il faut être deux. Les échecs c’est un jeu d’aventure à deux.


La patience c’est le contraire de l’émotivité : la meilleure des tisanes c’est la tisane des impatiences. J’aime aussi la ténacité et la pugnacité, l’audace et le courage, la stratégie et la ruse, qualités qu’on retrouve avec la patience dans le jeu d’échec.


Tout le monde a fait cette expérience du dialogue de sourds où chacun interrompt l’autre pour "en placer une" en développant exclusivement sa propre idée : communication possible/impossible…je pense qu' il n’y a pas lieu de différencier dans le dialogue le sens du mot échange et celui du mot partage… l’écoute est bien la condition du dialogue…l’écoute est bien la capacité à aller vers l’autre...


Je suis en train de lire La pêche à la truite en Amérique, youpi c’est très bon ! Je trouve les comparaisons de Brautigan savoureuses et impertinentes, mais les profiteroles, j’aimais tellement ça !


Aimé, me parle de gens que je ne connais pas comme Henri Calet l'écrivain, dont le père était un vrai faux monnayeur et qui avait lui-même joué les Arsène dans sa jeunesse. J’ai commandé Rêver à la Suisse d’Henri Calet, pour faire connaissance avec l'auteur et envoyer subrepticement le livre à mon fils Guillaume qui vit en Suisse. Rayonnement politique de la culture livresque française à l'étranger (mais pas en France) en échange d' un timbre d'un euro à la poste de Beautiran…


Les mots prononcés et entendus comme des actes qui peuvent changer la vie, qui expriment des changements de paradigme - les mots comme meilleure défense face à l’attaque. En amour, les mots comme meilleure attaque face à la défiance - les mots confiants.


J’ai pris en horreur le bachotage après l’avoir beaucoup pratiqué pendant mes études de médecine. Quand j’ai commencé ces études , j’avais eu des notes brillantes au bac en Sciences Expérimentales, dans toutes les matières sauf un douze à l’oral en français, le prof m’ayant interrogé sur Zadig qui n’était pas au programme, mais que j’avais lu en vitesse par plaisir, il est vrai que je n’ai pas su dire au prof que Zadig n’était pas au programme, j’étais timide... Ça s’appelait ainsi, Sciences expérimentales, et comme j’aimais beaucoup la biologie, grâce à la prof de biologie en terminale, j’avais choisi la médecine, ne sachant pas l’énorme quantité de travail de bachotage qui serait demandée - j’ai pas mal déchanté tout au long de ces études. Pourtant j’essayais d’apprendre intelligemment, pour pouvoir retenir j’essayais de bien comprendre ce qu’il me fallait retenir.


Des nuances de lumière … Même sans lune et par un ciel couvert on n’est jamais totalement dans le noir, même en fermant les volets et les yeux…et le blanc de la neige n’est pas du tout le même en plein soleil et à l’ombre.


"Dans les échecs, ce que j'aime, ce sont les préparatifs, l'envie de piéger l'autre. Il faut être patient, mais pas trop : il faut forcer l'autre à ne pas l'être ou à l'être trop. Il faut attirer son oeil vers le soleil pour le renverser ensuite. Ma pièce préférée : le cavalier, si difficile à maîtriser, si imprévisible. J'aime aussi le pion : seul il n'est rien, à deux ou trois il peut aller jusqu'à la reine grâce à un gambit hardi."


Contre moi il faut se servir des tours, il faut roquer. c'est fait.




CHAPITRE II




Nous deux, elle et moi, en voiture vers Bordeaux. Elle m’a tenu un petit discours, pas très long, bien construit, en y mettant des formes d'ultime tendresse, pour me ménager, car elle m’annonçait qu’elle ne m’aimait plus, qu’elle voulait se séparer de moi. "Au bout de sept années"... "Le divorce et ses conséquences pour notre famille"... Tout ce qu’elle disait était mûrement réfléchi. La voiture roulait lentement.



L’avenir, l'ère moderne, pour moi, comme pour Jourdin, c’est la prose ! Du moins, je pense qu’il faut faire le plus de place possible à l’écriture en prose. Pour moi l’écriture en prose est plus « sérieuse » que l’écriture en vers; mon idée, c’est qu’il y a quelque chose d’artificiel convenu compassé dans l’écriture en vers; le vers peut couper la respiration; le vers est parfois une suffocation; il y a danger avec le vers ! Je suis contre le vers, même si j’écris moi aussi des poèmes en vers, je suis pour un retour à la musicalité fluide de l'eau qui coule propre à chaque langue, propre à la phrase parlée et non chantée en vers; pour moi la poésie doit se contenter de suggérer une musique, un rythme; pour moi la poésie est la musique de la pensée; et la pensée ce n’est qu'une suite de respirations naturelles qui n’a pas besoin d’un ordonnancement particulier pour en quelque sorte prévenir le lecteur que voilà de la poésie. La chanson a toujours mis de côté la parole parlée, sauf quelques astucieuses exceptions; la poésie écrite n’est pas un chant plus ou moins lyrique mais une parole, et la parole est une expression sérieuse de la pensée - pas la seule expression de la pensée, mais la plus sérieuse, plus sérieuse et aussi plus comique que les autres expressions… artistiques, comme le chant…sérieux et comique de la vie brève... Pardon de mes emballements fantastiques contre cette chose comique qu'est le vers, mais sincères.


Aimé - " Vous pourriez ajouter ce paragraphe à votre journal car il parle de vous, de la littérature, du rapport entre vous et la poésie. Il est très exact car je pense également que le lecteur n'a pas besoin qu'on lui montre visuellement qu'il s'agit de poésie pour qu'il s'en aperçoive. Un bon lecteur marque naturellement les pauses, trouve le rythme du texte et l'accorde au sien propre. 

Je pense (en tout cas, c'est mon cas) que le retour à la ligne est plus utile à l'auteur qu'au lecteur : pour moi, le retour à la ligne sert à avancer, rend la phrase plus facile à construire. C'est une facilité et, comme toute facilité, la bannir serait positif. Je n'en suis pas encore là, je me sers du retour à la ligne comme d'une béquille. Pour le lecteur, il ne sert pas à grand chose.

La poésie comme parole et expression de la pensée, c'est vrai.

De façon générale, je trouve que les rimes, la forme contrainte du sonnet... sont obsolètes, à quelques exceptions près. Peu d'auteurs arrivent maintenant par ces contraintes à faire jaillir des choses intéressantes, pas même les membres de l'Oulipo. "



J’aime les proses calmes et élégantes comme celle de Rêver à la Suisse d’Henri Calet que je viens de lire… Dans ce petit livre au léger humour Henri Calet raconte ce qu’il a vécu en Suisse pendant un mois de vacances…Ce qu’il a vu et retenu de la Suisse...

C’est un livre de voyage bien écrit, bien pensé, intéressant, c'est à dire inattendu, d’autant plus que j’avais, tout petit, vers les 7 ans d'existence, rêvé à la Suisse (en allant voir avec mon école un film sur la Suisse dans un cinéma de quartier comme on n’en fait plus) et qu’il s’agit pour moi d'un unique et même rêve de la Suisse… pourquoi rêver à ce pays spécialement, tous les pays ont quelque chose à eux...ce pays de montagnes m’attirait, m’affairait, était tout et tout nouveau pour moi… Je ne pourrais en dire autant de Beautiran, le village où j’habite, traversé par l’ancienne route nationale 113 Bordeaux-Toulouse… en effet, qu’écrire sur le village de Beautiran qui n’a aucun charme particulier, excepté la Garonne, fleuve imposant, fleuve sauvage, au bord duquel il est bâti depuis mille ans ou bien plus, avec son église romane du 12ème siècle…

On se trouve pas si loin de la demeure Malagar de François Mauriac, surveillant les vignes et les landes plantées de pins de l’autre côté de la Garonne, et pas loin de La Brède où trône le château de Montesquieu au milieu d'une majestueuse flaque, nettement plus inspirant que la post-moderne mairie de Beautiran ...

Je garde le souvenir de quelques images du film sur la Suisse de mon enfance…c’était pour moi le pays du bonheur…un rêve… 



*


Bonjour ...,


(Beau prénom beau nom)

J’ai installé votre poésie dans le Dépôt de LPB… vous êtes parmi les heureux élu(e)s… vous apportez dans votre poésie, dans vos larges poèmes - c’est là que vous réussissez, un style bien à vous très plaisant, c’est ça que je recherche pour le Dépôt du site LPB… un style bien à soi très plaisant…


Bonjour ...,


je ne sais pourquoi, je vous imaginais capitaine de péniche pour touristes parisiens !  je me suis trompé...


J’espère vous lire dans un de vos poèmes un de ces jours…


Bonjour ...,


C’est très sympa de m’écrire ! Tout va bien, j'espère quelque neo-texte de vous un de ces jours…




*


La mamelle amputée - Pièce de théâtre



Aube. Forêt. Rocher. Arbres blancs. Hercule. Bertille


Hercule

_ Oui c'est vrai madame, vous êtes une Princesse ! Oui je suis votre frère.


Bertille

_ Comment ça une princesse ? Ah Hercule, passe-moi le flacon car j'ai des vapeurs. Une princesse de gala ?


Hercule

_ Aussi vrai que je suis française, vous êtes une Princesse.


Bertille

_ Je comprends très bien qu'après avoir entendu ce qu'on vient d'entendre on puisse se retrouver les quatre jambes en l'air en se demandant ce qui arrive, qui on est, et pourquoi pas nous ! Je comprends, je veux dire je comprends! C'est pas tous les jours qu'on apprend que votre mère qu'on croyait morte est une reine, comme feue Elisabeth II et qu'on a un frère français qui s'appelle Hercule !


Hercule


_ Oui je suis bien votre soeur. Hercule est un prénom français, de souche française. Les étrangers qui ignorent notre langue ne peuvent imaginer qu'Hercule est un prénom masculin bien de chez nous.



*




Terminé hier le livre La femme des sables d'Abe Kobo, et c’est vrai qu’à partir de la moitié du livre, j’ai tourné plus rondement les pages, pris et marqué par le serré du texte, comme dit monsieur Sabatier. Les digressions sont un pivot dans l’architecture du roman et maintenant que je l’ai lu en entier j’aime ce roman aussi pour cela, ses précieuses digressions. Mais l’histoire est très belle…très humaniste . C’est une littérature à la psychologie humaniste. Humanisme politique, humanisme dans un sens métaphysique surtout, qu’est-ce donc être humain ?…être humain c’est devenir humain comme un personnage de fable !... C’est ce genre de roman dont on pourrait parler pendant des heures tellement ils vous marquent. Je crois que ce qui plait au lecteur c’est le talent : talent quand la lecture se fait plaisir… Dans le sable de ce roman les sources de plaisir propres à provoquer un régal, une découverte, propres à désaltérer l'esprit ne manquent pas, j’adore la fin.


Je deviendrai un jour peut-être un meilleur lecteur, plus patient, plus confiant, surtout plus patient, et je serai récompensé de ma patience.. On se concentre en matière de critique littéraire sur les qualités de l’Écriture et on n’étudie pas assez les qualités de perception-réception de la Lecture… l’écriture est un travail mais la lecture en est un autre et il s’agit du même travail de l'esprit… du même travail… La littérature nous aide à vivre, auteurs et lecteurs. 


La modestie, une question de contact avec autrui et non une question de sentiment intérieur - où dans ce cas le mot humilité convient mieux.


Je n’ai travaillé qu’un jour, quand j’étais étudiant, comme docker, à trier des cageots…c’était « pour voir », pas pour gagner de l’argent, jeune étudiant je n’avais pas besoin d’argent, je n’en demandais pas à mes parents, je me contentais de mes tickets de resto U et de payer ma chambres d’étudiant avec le peu que je leur demandais (à l’époque ma mère était libraire et mon père imprimeur à Mont-de-Marsan ), ils avaient assez, mais je voulais me détacher d’eux, ne leur demander qu’un strict minimum). Jusqu’à mes quatorze quinze ans j’avais vécu d’abord à Alet-les bains jusqu’à 6 ans, puis à Carcassonne. Mon père avait eu un premier grave accès psychotique quand j’avais onze ans, qui l’avait empêché de continuer son travail de direction d’une société de construction, Les Castors - Les Castors, mouvement social d’après guerre où les gens travaillaient eux-mêmes à la construction de leur maison.


Mon père devenu imprimeur, et ma mère devenue libraire pensaient que si j’avais eu de l’argent je l’aurais dépensé. Il pensaient que ce n’était pas me rendre service que de m'en donner. C’est aussi un réflexe d’éducateurs spartiates (et radins) d ‘« apprentissage de la réalité de l'existence » .


Nous avons tous tendance à voir la face obscure de l’existence pénible, Joseph Ponthus, comme Thierry Metz, ont vu la face lumineuse de l’existence pénible.


On se sent tout petit et on est admiratif. C’est parce qu’on se sent petit par rapport à la grandeur qu’on est admiratif. Que vous vous sentirez grand par rapport à la grandeur, alors vous serez indifférent à tout.

Et passeriez à côté de la beauté sans la remarquer. Tant pis.


"Le mouvement de la Pléiade fut d'une importance considérable pour l'avancée de la poésie en langue française car ils se confrontaient et voulaient dépasser le modèle des anciens grecs et latins. Ils ont permis la naissance de la langue française alors qu'elle n'était que glaise. L'ordonnance de Villers-Cotterets est de la même époque". Tout ça c'est noté sur mon carnet de bord , merci Aimé.


Je me suis procuré La place, d'Annie Ernaux, un roman familial, une étude du familier, chez un bouquiniste en ligne (en moyenne moins d’un euro pour le prix d'un livre en choisissant un bouquiniste comme Momox ou Recyclivre ou Le livre au trésor etc., sur le site Amazon, et 2,99 euro pour la poste… Mes amies libraires de Cognac font la grimace quand je leur parle de la maison Amazon : elles ne peuvent pas lutter à armes égales contre la vente en ligne sans frais de port; je ne vois pas pourquoi on favorise politiquement la vente en ligne des livres d'Amazon seulement mais il doit y voir des raisons de compromission politique à tout cela. Tout cela m’arrange, moi qui suis relativement loin de tout étant donné que je ne me déplace pas à Bordeaux, ville que par ailleurs je n’ai jamais beaucoup aimée - j’aurais dû préférer Toulouse quand j’étais étudiant, cela m'aurait rapproché de mes véritables racines… ma patrie c’est le pays du vent, Toulouse, Carcassonne, c’est un pays de vent, le vent m’a marqué dans mon enfance, comme le vent a marqué ma soeur Calique Dartiguelongue dans sa poésie, j’aime la sensation physique du vent … il me semblait quand j’étais petit que le vent m’animait et que ma fusion avec la nature en était rendue d’autant plus étroite…le vent, le soleil, la vigne, l'argile, les cyprès, étaient dans ce beau pays indissociables de l'accent des gens qui l'habitent.



"Je m'efforce aux plus étroites lois du bien dire, attendant plus d'excuse de la bénignité des bons et sincères esprits - devant lesquels seulement je désire que mes labeurs se rencontrent".


"Avance lecteur, reçois de moi les humbles révérences par lesquelles je suis coutumier de t'honorer, récompense de l' honnête accueil duquel tu te fais libre de m'honorer. Reçois aussi ma fureur."


"Écrire, dis-je, écrire, je dois plutôt nommer cela fureur, qui vexe, et agite mon esprit, plutôt que maladie, qui distempère, ou débilite ma personne.

Fureur, poursuivis-je, me semble être autre chose qu'une aliénation d'entendement procédant d'un vice de cerveau, que vulgairement on appelle folie."



Je veux parler de tout ce qui ne s’oublie pas, je veux parler des événement brutaux, soudains, qui bousculent notre équilibre, je veux parler des évènement traumatiques de la vie.

Cela peut être tel ou tel évènement, par exemple le co-vide, ce vide qui s’ouvre soudain à côté de vous. À cause de ces évènements pour toujours vous serez marqué-e. Je veux parler des accidents de la vie, la maladie, le décès, la folie, tous ces événements laissent des traces indélébiles sur la (blanche) feuille (de l’oubli naturel). La folie de mon père, j’y fus confronté pour la première fois vers l’âge de onze ans. La folie de mon père débarque dans mon livre, la folie de mon père c’est quand quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Il arrive de Paris dans sa nouvelle "ID 19" Citroen, il descend de la voiture, la portière avant droite s’ouvre aussi, quelqu’un l'accompagne, cette portière est de couleur noire alors que le reste de la voiture est de couleur blanche.

Mon admirable père s’est payé à Paris une voiture neuve, une confortable voiture, une bonne "ID" bien confortable aux lignes futuristes, autrement dit une "DS" - déesse selon Roland Barthes. Pourquoi la portière avant-droite est-elle noire ? Parce qu’elle a été changée dans un garage à la suite d’un accident de la circulation. Pourquoi cet accident ? Parce que mon père a vu sur le bas-côté de la route sa maman vivante, pourtant morte d’un cancer quand il avait 19 ans. Papa entre dans son bureau, il ne se maîtrise plus, il semble hors de lui, les paroles prononcées sont étranges et échevelées, il est excité. Il est dans un état de crise, un état d’excitation pathologique, un état maniaque de la maladie maniaco-dépressive, une excitation qui masque une grande détresse. Une excitation qui fait délirer, son cerveau est hors de contrôle et il en souffre. Mon père est dans un état de détresse. J’en souffre, nous en souffrons. 


Quand il est bousculé, même l'esprit le plus nonchalant se réveille, nous appelons cela conscience aiguë.


"Selon qu'il est d'un côté ou de l'autre du marché élémentaire, l'individu, l'agent, est ou n'est pas inclus dans l'échange, dans ce que j'ai appelé la vie économique pour l'opposer à la vie matérielle ; pour le distinguer aussi - mais cette discussion sera pour plus tard - du capitalisme."

Fernand Braudel in La dynamique du capitalisme.




CHAPITRE III



" L'artisan itinérant, qui va de bourg en bourg offrir ses pauvres services de rempailleur de chaises ou de ramoneur de cheminées, bien que très médiocre consommateur, appartient cependant au monde du marché ; il doit lui demander sa nourriture quotidienne." Fernand Braudel in La dynamique du capitalisme.


La cathédrale de Rouen et celle de Reims sont les premières cathédrales de ma collection virtuelle, j’aime aussi particulièrement l’albigeoise, que je n’ai pas visitée… je n’ai pas visité celle de Rouen non plus, mais j’en ai entendu parler dans un roman, et je l’ai vue en peinture. La cathédrale de Bordeaux n’est pas aussi belle que celles de Reims ou Rouen ; une cathédrale gothique se juge - selon mon critère esthétique, essentiellement à la façade. Or la Cathédrale de Bordeaux a cette particularité qu’elle n’a pas de véritable façade qui soit digne d'une cathédrale: c’est juste un mur large haut et plat avec une porte des plus ordinaires… à Bordeaux les entrées se font par les côtés et par le fond, mais le fond est sans ornement ni architecture, ni vitrail, ni rien , juste un haut mur de moellons avec une porte ordinaire en bas… pas assez d’imagination ? manque d’argent ?… c’est véritablement une cathédrale anomalique, elle par ailleurs la plus longue de France… Elle n’est belle extérieurement que de côté, sur sa longueur, de profil, comme une égyptienne.


La première année de mes études je vivais en cité universitaire à 15 km du centre de Bordeaux où se trouvait la fac de médecine, place de la Victoire - (les français sont un peuple guerrier)… Cette première année j’allais à la fac en vélo ou peut-être rêvais-je que je roulais en Vélo Solex, je ne m'en souviens plus, je crois bien que j’avais réussi en quelque sorte à extorquer un vélo-moteur à mon père, qui, quelques années plus tard va m’offrir une Citröen 2 CV en signe de récompense pour satisfactions rendues; mes frères n’ayant jamais connu ce genre de troc. Les années suivant la première je me souviens, je n'avais plus ni vélo ni Vélo Solex, j'habitais en ville, je ne prenais pas le bus, je n’avais pratiquement pas d’argent de poche, plus jeune je n‘avais jamais eu d’argent de poche, j’étais un pauvre garçon insouciant, naturellement heureux de vivre de peu et qui marchait beaucoup.



C’est de l’encre en un sens, mais ce n’en est pas en un autre sens.

Dans quelles circonstances y-a-t-il un sens ? Si cette chose a lieu cela peut assurément avoir lieu. Est-ce que cette chose a lieu ?


Je me souviens avec émotion de ma découverte bouleversante - grâce à Patrice (entre autres), de Chrétien de Troyes. J'ai commencé ma lecture du Grand Cahier d'Agota Kristof.


Je me sens en forme mais on ne sait pas à nos âges si cela durera. Ma mère a 94 ans, elle est toujours joyeuse même si elle n’a plus toute sa mémoire et commence à perdre ses repères.



Libération du regard

  

Se doucher dans les infos n’est pas substantiel, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. Le réel n’est pas se bouffer des mensonges médiatisés, le réel est le va et vient des faits et émotions vraies. Le noir akkadien n’est pas la vérité complète, le blanc sumérien n'est qu’une demi-historiette. Dans la langueur du temps biblique des querelles, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. Se frotter le corps avec du savon ne lave pas l’esprit, ce n’est qu’en faisant le vide qu’on peut arriver à l’oubli. Les faux-amis et les faux-amours collent à la mémoire, leurs cœurs cassés et leur rancœur sont sortis de l’armoire. Je chauffe l’eau de nos larmes salées pour me faire belle, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. J’ajoute l’essence de nos joies et disputes, gouttes à gouttes, je mélange les huiles essentielles de nos résistances et luttes, en versant leurs mots jolis et leurs injures, en parfumant le bain avec l’arôme de leur allure. Me submerger dans le raz-de-marée d’absence, ce n’est qu’en libérant le regard que la peau prend le relais, et tout fait sens.

 

 L. Rose



Il n’y a rien de plus ridicule aujourd’hui que la rime, sauf si elle agit comme une assonance dans un texte en prose, mais sinon le coup de téléphone que passe un vers à son bout, non merci, pas pour aujourd'hui.



Pour moi les mouvement littéraires, artistiques, sont des illusions balzaciennes, des photographies du temps. L’Oulipo selon moi c’est du passé, comme le Surréalisme est du passé, comme tous les mouvements littéraires du passé sont du passé, comme toute avant-garde littéraire fut invitée à passer. Je ne me base sur aucune ratiocination pour parler ainsi, je me base sur une intime conviction. Les écrivains ont toujours trouvé de quoi s’acoquiner avec les mots…l’Oulipo n’a rien inventé, même pas la contrainte, même pas la rime. Pour moi ce qui compte ce n’est ni le fond ni la forme, pour moi ce qui compte c’est l’usage de la parole… et l’usage de la poésie parole... dont on ne sait jamais dire ce que c’est, dont tout ce qu’on peut dire c’est qu’elle existe alors que Dieu, lui, ou elle, on n’en sait rien. D'ailleurs comment une telle chose appelée Dieu pourrait-elle exister, ce n’est tout simplement pas possible. Si Dieu existait, il ou elle se ficherait des humains.




Aimé : Les Editions de Minuit n'ont plus cette patte qui les caractérisait et chaque auteur vagabonde d'une maison à une autre. Le corporatisme n'existe plus. Il y avait aussi les écrivains issus de la bourgeoisie qui, malgré eux peut-être, formaient un ensemble cohérent. Et des satellites, comme Céline qui a fait tout valdinguer. Ceci étant dit, je ne parle ici que de littérature française.


Aujourd'hui la critique est moins importante, je pense, parce qu'il n'y a pas de véritable mouvement littéraire qui se détache, comme pouvait l'être le surréalisme ou le Nouveau Roman. Les écrivains se regroupaient par écoles; maintenant cela donne davantage l'impression que chaque auteur crée son propre sillon. 


J’apprécie, j’approuve ce que dit Aimé.


Par rapport à mon travail de médecin, qui a duré 35 ans : je me suis donné du mieux que j’ai pu dans ce boulot et je ne regrette vraiment pas une vie passée ainsi, j’ai eu de la chance de pouvoir faire ce métier à cheval sur la psychologie et la biologie… ce que je préférais à l'intérieur de cette matière intellectuelle qu’est la médecine c’était la séméiologie… la clinique… je ne pouvais pas devenir seulement psychiatre, je n’étais pas fait pour ça…j’étais vraiment fait pour la médecine générale. Pourtant j’ai étudié la psychiatrie avec grand intérêt… mais le contact humain n’est pas l’apanage du médecin psychiatre et sur ce plan tous les métiers se valent. J’aurais aimé être enseignant. Mes quatre grands-parents étaient instituteurs, l’un est devenu professeur d’histoire puis député socialiste des landes, il se faisait appeler Lamarque Cando… c’est lui le personnage qui descend avec mon père de la voiture à la portière noire… c’est lui qui est en partie responsable de la maladie de mon père. Il n’aimait pas son fils et n’aimait que sa fille. Il n’aimait pas la femme de son fils. Il n’aimait pas ses petits enfants du côté de son fils… Vers la fin de sa carrière politique il se voulait socialiste humaniste. Pour un homme hémiplégique en amour, c’était un projet.


Ma deuxième vie de travail, l’actuelle, est celle de quelqu’un qui se délecte dans ce qu’il fait le mieux, la lecture, et dans ce qu’il a pris l’habitude de faire, l’écriture. Si je ne me délectais pas dans la lecture et l’écriture je ferais autre chose. Je ne veux plus m’obliger comme je l’ai fait avec un travail difficile depuis mes études de médecine jusqu’à la fin de ma première vie qui a duré 35 ans.


Cette idée de faire une anthologie de la poésie américaine du XXème s

et de la traduire en français, cette idée que j’ai eue ne résiste pas à l’épreuve de la réflexion. C'est une idée aussi lourde à porter qu’un gagne-pain, sacerdotale, qui n’est pas pour moi. Il n’empêche qu’au fil du temps je ferai pour LPB des traductions de poètes américains connus ou moins connus et qui ne sont pas traduits en français, mais des traductions pour me délecter et surtout pas me lester d’un poids, je préfère m’attacher aux surprises plutôt que de me concentrer sur un travail de cantonnier.


Bertille : D'un premier jet de réflexion, je partage beaucoup de tes idées, peut-être pas à un niveau également abouti, car ma vieillesse en puissance seulement me rend moins affirmative. Néanmoins j'approuve qu'il faille dépasser les formes et des codes, qu'une pensée me semble belle, avant tout pour l'intention qui la guide. De même, la prosodie pour le langage est essentielle et détermine mon appréhension de l'esthétique d'un poëme.



Lettre à Aimé : Bonjour Aimé, ça a mis du temps mais c’est arrivé à bon port. Avec ce petit livre sur Wittgenstein , Conférences sur l'éthique, que je trouve bien fait j’aurai répondu à votre question de savoir qui est Wittgenstein… déjà le petit texte de lui dans ce livre vous introduira dans ses pensées. Lui et Walter Benjamin sont à découvrir, si W. Benjamin pour vous ce n’est déjà fait. Constantin m’avait passé le nom de ces auteurs… Côté passeur des simple lettrés, des artisans et artistes modestes, des humbles poètes.


-J’ai installé dans le dépôt vos textes comme ils le méritent, c’est à dire dans une manière sobre à l’image du site LPB naturellement sobre. Ils sont à leur place sur la page blanche, ils vivent leur vie.


-Vos textes sont surprenants, ce qui est normal pour de la poésie, vos trois recueils en ligne montrent les labyrinthes de votre personnalité : vous êtes labyrinthique, nous sommes labyrinthiques. Le genre de textes qu’on a envie de relire dans l’autre sens dès qu’on a fini.


- Oui, il faut se sentir libre, et penser à avoir toujours recours au poème pour se sentir très libre. Et ce sentiment de liberté règne dans votre poésie. Le premier texte que votre femme trouve un peu convenu, je l’ai mis en second, mais il a sa place bien entendu dans cet ensemble…et j’ai modifié le titre de votre ensemble, ah oui j’ai osé ! Mais je suis sûr que vous serez d’accord avec mon goût.


J’ai écrit pour moi seul dès l’âge de sept ans, l’âge de raison dit-on… je tapais à la machine un journal d’informations avec des jeux de mots dans les titres comme dans le journal du Canard enchaîné… (mais des jeux de mots stupides)… Le sachant je ne montrai donc pas mon journal. J’écrivis pour moi, pour le plaisir d’écrire, pour jouer avec moi-même, pensant que la meilleure définition de la poésie est que la poésie est un jouet, que la parole est un jouet (ce jeu qui est le retour du différent comme le soutient Roland Barthes). Mais mon souvenir le plus marquant c’est quelque temps auparavant, quand je m'aperçus que je savais lire; j’étais précoce et le fait d’avoir un an de moins que les autres en classe a contribué à mettre des distances entre ma jeune personne et le monde environnant. De plus, je préférais jouer avec mes voisines plutôt que jouer avec mes voisins, j’avais mes frères et cela me suffisait comme compagnie masculine. Je plantai un carré de zinnias dans le jardin et je fus heureux car il en faut peu aux enfants pour être heureux. Je lisais dos à dos avec Dany près d’un cyprès dans la campagne en allant au Fresquel qui coulait plus bas où déjà je coupai une liane qui pendait aux arbres pour apprendre à fumer.


J’ai tendance à aimer ce qui est provocateur en poésie… pour moi la poésie de Bertille correspond à ce critère . C’est une amie qui doit avoir trente ans, que j’ai connue grâce à Mickaël qui fit sa rencontre dans un train Bordeaux-Paris. Nous l’appelons la Princesse de Madagascar. Elle est réellement princesse de Madagascar, sa mère qui est sous tutelle est la reine actuelle de Madagascar. Comme sa mère est à la fois reine actuelle et sous tutelle, cela pose des problèmes juridiques.

Quand j’étudiais la psychiatrie j’avais entendu dire par mon maître (un homme allongé par Jacques Lacan, un psychiatre bordelais réputé, au regard bienveillant et perçant en même temps), un péremptoire « il faut trois génération pour faire un psychotique » . Dans le cas de ma famille je crois que le père de mon grand-père paternel était un paysan dont la légende dit qu'il faisait plusieurs jobs dont boulanger, aubergiste, forgeron, maréchal ferrant, agriculteur, sylviculteur, berger … huit bouches à nourrir… Un jour enfant j’ai même visité sa ferme à Onard et baisé la fatalité du menton poilu de sa vieille femme en noir…mais j'ignore tout du père et de la mère de mon arrière-grand-père paternel… des paysans sans doute… Par contre je sais qu’un de mes ancêtres était un général, fait général par Napoléon Bonaparte à 24 ans, connu pour ses exploits guerriers et dont le nom figure dans le dictionnaire et dans le roman 93 de Victor Hugo… et pas seulement … il avait aussi traduit dans sa jeunesse les poèmes d’Ossian...


Quand j’étais jeune médecin installé à Trans en Provence j’avais connu alors un jeune patient d’une dizaine d’années qui voulait être camionneur… je souhaitais pour lui que l’école, sinon moi, lui permît de changer de vocation…Vous avez fait, Aimé, des études et un métier en ligne droite, moi en zigzag-zag. J’ai connu trois installations successives, à Saint Denis d'Oléron, avant le service militaire, Trans en Provence et Mérignac. J’avais pensé que le bon air de Provence pas loin de de Cavalaire-sur-mer serait un secret de l’avenir mais au bout de trois ans j’ai décidé de revenir à Bordeaux pour entreprendre des études de psychiatrie… j’avais tricoté une psychanalyse pendant 4 ans à la fin de mes études avant de passer ma thèse et comme j’étais jeune je m’étais installé un an à St Denis d’Oléron, où nous nous étions mariés Françoise et moi, en attendant le service militaire pour moi alors encore obligatoire, puis ce fut Trans-en- Provence. Évidemment Françoise tenait deux enfants en bas âge dans ses bras et était soudain obligée de quitter ce beau pays berceau de nos enfants , et obligée de travailler sans qu’il n' y eût de véritable débat entre nous, tellement elle sentait que j’avais besoin de faire ces études, Françoise dont la personnalité profonde avait besoin d’être rassurée, et dont la Zette sa mère de mauvais conseil était une personne trop matérialiste, bref entre Françoise et moi ce fut fini, ainsi va la vie qui nous réserve épreuves et surprises !


Oui bien sûr Aimé vous avez raison pour la question de l’angle obtus de Guillevic. À propos de trottoirs chauves (chauves = hygiéniques ?) je ne sais pas si vous connaissez un court poème d’Antonin Artaud qui commence par « la rue sexuelle s’anime » …j’adore ce court poème…


LA RUE


La rue sexuelle s’anime

le long des faces mal venues,

les cafés pépiant de crimes

déracinent les avenues.


Des mains de sexe brûlent les poches

et les ventrent bouent par dessous ;

toutes les pensées s’entrechoquent,

et les têtes moins que les trous.



Il était monté sur le toit de l’imprimerie, on pouvait l’apercevoir par la verrière, les gendarmes étaient venus le chercher pour l’emmener à l’hôpital psychiatrique Saint Anne - Il m’a donné une gifle, je lui faisais une piqûre d’halopéridol. La seule gifle que j’ai reçue de mon père.


La nuit qui a suivi le retour de mon père à la maison (avec sa belle voiture blanche à la portière avant-droite noire), (sa D.S. voiture déesse, une voiture fuselée, emblème du siècle de la Vitesse), cette nuit-là fut insoutenable à cause de l'insoutenable légèreté des accusations de mon père envers ma mère : il criait dans la chambre qu’elle le trompait avec un autre homme, elle protestait, elle gémissait, elle pleurait. Cela me parut durer ainsi toute la nuit. C’était le premier accès de folie de mon père, il y eut encore dix épisodes semblables dans sa vie. Ce père, ce héros de la Résistance admiré tant pour son verbe, que pour son dynamisme, sa créativité, son élégance. Un choc.





CHAPITRE IV




(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).

(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).

(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).




Texte : machine à produire des lectures (Vincent Jouve). Machine paresseuse. Comment le texte nous rend libres, comment le texte nous contraint. La lecture fait partie du texte, elle y est inscrite. Le narrataire, à l'instar du narrateur, n'existe qu'à l'intérieur du récit : il n'est que l'addition des signes qui le construisent.

Notre lecture d'Oedipe Roi, chef d'œuvre d'ironie tragique, même si nous ne connaissons pas la pièce est désormais marquée par l'analyse de son narrataire Sigmund Freud. La Critique de la raison pure, ne serait-ce que par son vocabulaire technique et spécialisé, ne s'adresse pas au même public que Le petit chaperon rouge. Nul n'est à priori tenu de se reconnaître dans le lecteur-type des romans de la série Harlequin. Je ne parle pas des livres au vocabulaire technique, tels des livres de philosophie ou des livres d'informatique, je parle des livres de bonne littérature dans lesquels on n'arrive pas à "entrer" et je donne le conseil suivant : accrochez-vous ! À trop chercher à comprendre on ne lit plus, à vouloir lire trop vite on ne comprend plus rien. Le narrataire n'est pas forcément un être humain, il peut-être le prolongement, le produit d'un être humain, c'est à dire une machine, un robot, un traducteur automatique d'une langue à une autre (le vrai lecteur a un corps, il lit avec). Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le dénouement de mon récit.


Eh, lecteur, mes confidences sont un miroir qui se balade sur la route.

Pour ma parole exaltée, tous les rois qui siègent sur des trônes à travers le monde, tous les rois à Beautiran viennent embrasser mes pieds. Puissent les dieux que j'installe en ma bibliothèque demander quotidiennement à Bel et Nabû que mes jours soient longs, et puissent-ils intercéder pour mon bien-être.


Je suis trop homme d'honneur pour n'avertir pas le lecteur bénévole que, s'il est scandalisé de toutes les badineries qu'il entend jusqu'ici dans le présent stand, il fera fort bien de n'en lire pas davantage, car en conscience il n'y verra pas d'autre camelote, quand ces confidences seraient aussi longues que le cylindre de Cyrus. Le lecteur et l'auteur postulés par le texte restent, quoiqu'on en dise, une conjecture.


Tenant le livre entre ses mains, le lecteur maintient le contact avec le monde extérieur. L'inconscient du lecteur réagit aux structures fantasmatiques du texte (réaction à ses propres fantasmes : le monde du texte comme un monde existant). Par sa critique le lecteur s'intéresse à la complexité de l'œuvre. Au bout du compte le lecteur n'est jamais dupe. Jamais dupe des scènes de violence, des scènes de voyeurisme, des scènes de volonté de puissance, etc. (chez tout individu, au-delà des particularités personnelles on peut trouver un certain nombre d'invariants).


Au demeurant, le plus souvent, nous lecteurs, nous ne restons pas à la maison, nous allons nous promener. Au reste, nous auteurs, l'œuvre accomplie, peut-être aurons-nous versé quelques larmes intra muros et extra muros. De ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Monsieur Poiret, ce qu'il avait été ? mais peut-être avait-il été employé au ministère de la justice...


Mais qui n'a vu des princesses royales fort simples, telle Bertille, prendre spontanément le langage des poètes ! Telle Bertille, princesse de Madagascar, ex étudiante en philosophie. Bertille, porteuse d'une souffrance, cette souffrance qu'elle ressent ne ressemble à rien de ce qu'elle aurait cru. Non pas parce que dans ses heures de plus entière méfiance elle avait rarement imaginé si loin dans le mal, mais parce que, même quand elle imaginait cette chose, elle restait vague, incertaine... Bertille, après la fin de ses études philosophiques, s'étant particulièrement intéressée à Gottfried Wilhelm Leibniz , s'est intéressée subséquemment à l'acoustique et a fait de bonnes études d'acoustique qui l'ont menée à un métier technique et à des angoisses existentielles tellement fortes qu'on peut parler de souffrance. Aujourd'hui Bertille étudie, ausculte les bruits urbains. Dans son travail elle sera confrontée à la misère humaine, et plus elle avancera, plus ses relations s'appauvriront. Le travail la coupera de la vie : une sphère aseptisée dans laquelle on sera tous interchangeables, tous "brillants" mais tellement pauvres en dedans. Un travail d'expert, de spécialiste, indispensable à la société. Si auparavant la beauté lui paraissait comme un art universel de combat, aujourd'hui la beauté lui apparaît comme plus délicate et intime, presque personnelle. Une fois perdu l'idéal universel, elle s'est enfermée dans le particulier.


Au téléphone Bertille m'a dit "On n'a vraiment la sensation d'écrire que lors d'une χαλλιμραγιε. La plume a sa volonté propre; La contrainte de l'acier pèse et oblige à formuler nettement et sereinement chaque idée".


"χαλλιμραγιε"... la voix de Bertille s'est évanouie au téléphone, comme le grondement lointain et assourdi du tonnerre. Pardon pour ce mot grec mal orthographié parce que mal ouï, je m'excuse de devoir interrompre maintenant mon récit au sujet de Bertille, plongée dans une de ces rêveries profondes qui saisissent tout le monde, même un homme frivole au sein des fêtes les plus tumultueuses.


Mon texte, structurellement incomplet, ne peut se passer de l'apport du Lecteur. (Il y eut une tentative d'échappade vers le kilomètre 3421, à la cent trente et unième heure).


Deux dimensions dans la lecture : l'une programmée par le texte, l'autre dépendante du lecteur. Devant une oeuvre obscure ou déconcertante, c'est en s'appuyant sur la caution fournie par l'institution littéraire que le lecteur fera crédit au texte et tentera de trouver une pertinence à ce qui, à priori, lui pose problème. C'est ainsi qu'on accepte comme "littéraires" les opacités de certaine page de Joyce ou de Faulkner.


La lune blanche luit sur les toits, bonne nuit ! L'art comme valeur absolue

exigeant de l'artiste un sacrifice total, bonjour ! Qui a le nom de ma belle maitresse poésie, pour qui troublé d'esprit en paix je ne repose.



La rose et le réséda


Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle

La rose et le réséda.


Louis Aragon



Mon texte, pendant qu'il se fait sur mon ordinateur, est semblable à une tapisserie : chaque proposition, chaque séquence engagée, pend comme le fuseau provisoirement inactif qui attend pendant que son voisin travaille; puis, quand son tour vient, la main reprend le fil, le ramène sur le tambour; et au fur et à mesure que le dessin se remplit, chaque fil marque son avance par une épingle qui le retient et que je déplace peu à peu. Ramener le divers à l'un. Prendre connaissance de ma présence. Faire de l'ouvrage un tout à la main.




CHANGEMENT

Changement, lumière, chaleur, pureté, gaz, forme, mélange, liquidité, informe, lucidité, immobilité, ténèbres, froid, changement, lumière, chaleur.



Imagine un mot qui puisse avoir trois sens en anglais, que dans le poème anglais que tu traduis ce mot ait les trois sens, comment faire si tu ne trouves pas de mot équivalent en français ?


Les quatre cousins Oxford et Lamarque sont très soudés et ça c’est merveilleux ! Maintenant voilà la génération suivante, celle des petits cousins, et Aradon et sa région vont devenir un lieu de rencontre familial.


L'inconscient de l'un peut réagir à l'inconscient de l'autre en contournant la conscience, ou en détournant la conscience.


Plaisir trouble à s'enfoncer dans ce monde vierge, sans barrières, où tout parait possible. Retrouver par la lecture la jouissance de l'écriture.


Je décide - pour empêcher les forces du sens d'envahir le lecteur à l'exclusion de toutes les autres forces - de ralentir jusqu'au piétinement la vitesse de passage du sens à travers mon texte. Vous vous sentez bien ?

Cette façon d'agir s'accorde bien à mon repos immobile supportant un torrent d'activité mentale. La possibilité de la lecture n'est jamais fondamentalement acquise. Le sens, loin d'être immanent, se présente comme la possibilité d'une rencontre entre l'auteur et le lecteur. Un sens plus ou moins fondé, plus ou moins libre, dont il faut apprécier de quel pluriel il est fait. On comprend aisément qu'un sens dégagé par le lecteur puisse aller à l'encontre des intentions de l'auteur. L'analyse, s'il peut s'en dégager ce que tout le monde lit, ne saurait rendre compte de tout ce qui est lu.


Avec mes confidences, nous avons affaire à une succession de notes provisoires, dont chacune passe au rang de partie constitutive d'un plus grand ensemble: tout se développe comme s'il ne pouvait y avoir que des unités instables, aspirées par l'exigence d'un tout plus complet, qui les relativise. Cela revient à dire que pour mon texte pluriel, résumé en un mot au pluriel, Confidences, il ne peut y avoir de structure narrative, de logique du récit. La lecture dégage le lecteur des difficultés et contraintes de la vie. En l'impliquant dans l'univers du texte, elle renouvelle sa perception du monde. Par sa participation le lecteur transcende la position limitée qu'il occupe dans la vie quotidienne et parvient à un état de contemplation lorsqu'il accède à une vision du monde autre que celle de son univers culturel.


La lecture comme un jeu, un jeu d'échec et un jeu de rôle, à la fois un jeu d'échec entre auteur et lecteur, et un jeu de rôle pour le lecteur qui a tendance à s'identifier aux marionnettes que lui tend l'auteur à bout de ficelle... L'aptitude à se voir soi-même dans un processus auquel on participe comme moment central de l'expérience esthétique. C'est cette constante oscillation entre implication et observation qui fait de la lecture un moment vécu comme l'écriture.


Je réveille par des confidences une histoire de ma vie, normalement assoupie dans un demi-sommeil. Qu'est-ce qui fait que cette part de moi-même, héritée de l'âge tendre, renaît si facilement et implique la présence de mon personnage à l'intérieur du lecteur ? Le liseur de confidences ne retrouve pas toujours son histoire, car ce qu'il a devant lui représente le fantôme d'autrui, chose rarement sympathique ( au point que lorsqu'elle le devient; elle provoque l'amour). Si mes idées sont rejetées, je risque aussi de l'être; si au contraire elles sont partagées, je suis rassuré, protégé, fortifié.


L'identification - Sigmund Freud a attiré l'attention sur ce point - n'est pas un phénomène psychologique parmi d'autres : c'est un fondement de la construction imaginaire du sujet et le modèle des processus ultérieurs grâce auxquels il continue de se différencier. C'est la vérité de sa propre vie que la lectrice arlequine est en mesure d'appréhender : la lecture dans le train express régional qui la conduit à son lieu de travail la fait accéder à une perception plus claire de sa condition, lui permet de mieux se comprendre. C'est en revivant par la lecture les scènes originelles où tout s'est joué que la lectrice arlequine peut trouver un certain équilibre en modifiant son rapport au passé. Le compagnon lecteur de rail, voisin de la lectrice arlequine, partagé entre le regard distancié que lui impose le narrateur aux deux bords de l'histoire et une participation compréhensive aux sentiments de Charles d'abord, à ceux d'Emma ensuite, vit cette ambiguïté pour ainsi dire de l'intérieur. L'arlequine est interrompue dans sa lecture par la sonnerie de son téléphone mobile possédant des fonctions d'assistant personnel, conçu pour avoir des utilisations variées (internet, jeux...). Dans les mains de son compagnon de rail, sans doute distrait par la sonnerie, a changé le livre qu'il lisait. Il est en train de se libérer du traumatisme oedipien en le revivant ludiquement à travers les rapports de San Antonio avec sa maman. L'innovation ne se comprend que sur un fond de tradition. C'est ainsi que le prochain livre du voisin de rail traitera de la dégradation de l'homme par le prolétariat, de la déchéance de la femme par la faim, de l'atrophie de l'enfant par la nuit. Mes confidences n'ont qu'un but : produire une illusion. Cette illusion te permettra, arlequine lectrice de rail, d'imaginer que pour un temps tu as vécu une autre vie. Que ton expérience s'est miraculeusement étendue. Tu sortiras transformée du Train Express Régional, prête à attendre le tramway en rêvant à la distance critique dans l'examen, à la constatation d'un dépaysement, à la découverte du procédé artistique, à la réponse à donner à ces incitations intellectuelles. Chemin semé de boulettes de pain, demain semé de petits cailloux. On devine sans peine que dans mes confidences il y a des blancs, des choses tues.



J’ai passé la journée avec Françoise, toute la journée d’hier à la maison… c’était un moment important pour moi et elle, en présence de Mickaël et Anas…

C’était la première fois que nous nous parlions si longtemps, elle et moi depuis notre séparation il y a plus de quarante ans, après sept ans de vie commune...avec pour nous la même liberté d’esprit et d’expression et le temps d’une journée entière ; j’étais allé la chercher à la sortie de la clinique de rééducation après une opération du genou, la journée était ensoleillée et l’après-midi s’est passée sur le gazon devant la terrasse...Nous avons dégusté à midi des huitres du bassin d’Arcachon et des charcuteries asiatiques du marché avec une bouteille de vin de Graves blanc d’un château du voisinage… ils s’appellent tous châteaux mais la plupart ne sont pas des châteaux mais des petits manoirs du 18 ou 19ème s entourés de leurs dépendances où l’on élève et soigne les bouteilles de vin sorties des barriques … avant de les offrir comme des produits excellents et en harmonie avec le goût des huitres.




CHAPITRE V




Je m'étais bien aperçu que l'infirmière en fin de carrière était atteinte de troubles de la mémoire. Mais je m'en foutais. Trois jours de suite elle oublia d'injecter dans la perfusion le médicament qui me maintenait en vie.


Mickaël s’est marié en décembre dernier à Beautiran avec Anas, qu’il connait depuis deux ans. Anas est un jeune médecin syrien qui avait obtenu une bourse pour se spécialiser en santé publique dans le domaine humanitaire à l’université de Debrecen en Hongrie et Mickaël et Anas se sont rencontrés la première fois à Beyrouth. Il reviennent à Beautiran dans une dizaine de jours… Mickaël et moi nous sommes connus en 1992, il avait tout juste 18 ans quand il est venu habiter avec moi à Bordeaux et depuis Mickaël n’a jamais quitté Beautiran définitivement même si nous nous sommes séparés en 2005, et qu’il a vécu plusieurs années loin de moi.



Il faut s'y mettre à plusieurs pour faire un poème.


Déjà le fait que vous lui proposiez un poème est un bon signe.... am speaking to you about fiction, you answer me for reality, unless it is the opposite.


LA COURBE DE SES YEUX

à Françoise


Courbe, tour, rond, danse, auréole, berceau, ailes, bateaux, couvée, berceau, rosée, source, éclats, couvée, aurore, feuilles, mousse, roseaux, vent, ailes, ciel, mer, paille, astres.


THE CURVE OF HER EYES

to Françoise


curve, turn, circle, dance, halo, cradle, wings, boats, brood, cradle, dew, source, shards, brood, dawn, leaves, moss, reeds, wind, wings, sky, sea, straw, stars.


YES WE CAN

exchange expensive words for free.



Les deux mèches. Les sains parlent aux sains. Une image renvoie la lumière qu'elle reçoit.




CHUNG, MON VIEUX


Chung, mon vieux, ‘tention ma ville, n’abats pas mes saules. Les arbres ce n’est rien mais que dira mon père, ma mère ! Sois gentil, Chung, c’est affreux. Chung, mon vieux, saute pas mon mur, n’effeuille pas mes branches de mûriers. Les branches ce n’est rien mais mes frères feront un foin ! Sois gentil, Chung, c’est affreux. Chung, mon vieux, c’est mon mur de jardin, descends pas l’arbre du bois pour ressemeler. L’arbre ce n’est rien, mais tout ce que j’entendrai ! Sois gentil, Chung, c’est affreux.


Ezra Pound (The Confucian Odes)

Traduction de Serge Fauchereau

Lecture de la poésie américaine

Les éditions de Minuit



Il est temps de parler aux morts .



LA MADONNE DU WAGON


Très à l'aise dans le train vers Beautiran, Bertille montre sa compassion abondamment. Au-delà de l'eau de la Garonne qui bat la boue, s'écouleront à flot les voyageurs en troupeau. Serrer la main de quelqu'un : quinze euro. Ne pas vider sa corbeille tous les soirs : quinze euro. Need extra income ?



Je me suis inventé une doublure féminine qui se nomme Joe Pessetri. Mon double au féminin… j’ai 23 ans… j’ai l’intention d’envoyer mon Deuxième Cahier sous ce nom d’emprunt aux éditions l’H. auxquelles Sandrine C., une participante du n° 54 de LPB, a elle-même envoyé ses textes qui ont été acceptés et publiés. Je suis curieuse de connaître la sanction qui m’attend de la part de ces braves commerçants…


C’est la curiosité qui pousse devant le miroir ma doublure féminine…


Mais avant, Aimé, dites-moi en tant qu’ami sûr ce que vous pensez de tout ça s’il vous plait, et retenez-moi de faire n’importe quoi...




Madame, Monsieur,


Je m’appelle Joe Pessetri, je suis étudiante en médecine et j’ai 23 ans. Je suis passée devant les Éditons L'H. et j’ai vu la boite à lettres allumée.

Je n’ai jamais publié d'écrits, j’ai commencé à écrire pendant le confinement pour passer mon temps libre enfermée dans ma chambre d’étudiante.


Je vous présente mon premier recueil intitulé Deuxième Cahier. En deux mots, ce sont des proses ( cette prosodie a fait école depuis Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand et les poèmes en prose de Charles Baudelaire) car j’estime que le vers* est devenu désuet : le vers est devenu un attrape-couillon. Pensant cela j'ai choisi fermement la prose comme écriture. Je ne suis pas lyrique, je ne chante pas je parle, je tiens à rester sobre et dans la forme et dans le propos.


Comme le confinement va bientôt se refermer je n’aurai plus le temps de me consacrer à l’écriture, sauf si vous m’y encouragez.


Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.


Joe Pessetri


*"Il n'existe pas de vers libres, j'insiste sur ce point " William Carlos Williams




vanité de lumière à travers la lentille




sache que si tu quelque chose de ça te retombera toujours sur la




Discorde surprise de la cuisine


Beurre rance véreux

Caviar belliqueux

Buvard Albert Hoffmann


Cruautés insatiables du jardin

Vinaigrette de reproches


Potage « nécromantique » du Chef

Velouté de confort désintégré

Huile dépressive torréfiée

Chips de vomissures bileuses


Saupoudré d’irradiations nécrophages

Ravioles de déviations automutilatrices

Crème d’injustice notoire


Cuiller de noir sombré

Spirales interminables

Espoir chétif braisé

Creux d’assiette à vider


Sommeil illusoire moléculaire

Cauchemars aux épices réalistes


Effiloché myocardique

Mousseline d’âme abandonnée

Julienne de sentiments poubellisés

Sauce aux désirs apocalyptiques


Millésime 2020 « Futur noir »


Trilogie de sorbets Amour, Mort, Rose


Pipette de larmes incontrôlables

Bouchée d’explosions émotionnelles

Agrumes caustiques amertumes


Célébration arsenicale glacée

Silencieuse errance en fumée


Bulles « Confiance cuvée prestige » en éclaté


Souvenirs envolés fouettés

Mezzés de meurtre inavoué


Digestif cyanhydrique


Cadavre à décomposer.



Damien Vallat

Semaine 373 - L'ÉPÎTRE - lepitre.ch




Inutile, Aimé, de vous embarrasser plus longtemps avec ma doublure féminine, Madame Joe Pessetri (on ne dit plus mademoiselle), car sitôt endossé le masque sitôt ôté…


Je connais pour l’avoir lu dans un de ses recueils de poésie le directeur de la publication de poésie chez L’H., Philippe T. , grâce à Sandrine C. , c’est un homme très respectable même si ce n’est pas un bon poète à mon idée et je n’ai pas envie de mentir à cet homme de même que je n’ai pas envie non plus de proposer de publier quoique ce soit aux éditions L’H., ni à aucune autre maison en vérité.

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Sandrine C. est une poète toulousaine très particulière qui m’avait fait connaître Serge Pey (le poète toulousain qui gueule en tapant le sol avec son grand bâton où sont écrits ses beaux vers, un peu comme les bardes de jadis écrivaient leurs vers sur des bâtons suspendus à leur ceinture), et déclaré avec ferveur son amitié parce qu’elle concevait LPB comme ‘une serre’ pour elle, car elle m’avait proposé ses premiers poèmes, et j’ai eu des échanges avec elle. Du jour au lendemain Sandrine a supprimé son adresse e-mail et quelques jours après nous avons échangé par lettre, nos lettres se sont croisées. Sandrine C. s’éloignait définitivement (?) de l’internet… j’ai cru comprendre que Sandrine s’éloignait aussi de moi… Pourquoi tout cela je ne sais pas, je ne suis pas curieux de le savoir. Quand des amis nous ont mis de côté, pas facile de les oublier, il faudrait penser autrement, et pouvoir avancer tranquillement, et ainsi continuer son chemin... ("Maintenant tu peux comprendre la quantité d'amour que je te porte et qui me réchauffe, à tel point que j'en oublie notre propre vanité et que je considère les ombres comme des choses réelles").







      



Beautiran, le 29 -III- 2021



POST SCRIPTUM


Il y a dans les Confidences d’un homme des champs, une partie de ma vie d’éditeur de poésie, une partie de ma vie personnelle aussi, de mes pensées, de mes poèmes et po. En faisant cela, j’ai la sensation de travailler pour moi, pour quand je ne serai plus présent dans la vie physique, pour me permettre de continuer à vivre en esprit. Je fais cela pour atténuer la brutalité des pensées de la mort, pour me réconforter à l’idée de la mort, pour que la mort soit plus douce, moins cruelle, moins bête qu’elle n’y paraît, moins définitive, moins sans appel ni recours ni consolation; quand on pense à sa propre mort on pense aux gens qu’on aime et qui nous aiment, on veut leur laisser quelque chose de soi, pour leur prouver par l'exemple que la mort peut être vaincue, au moins en partie, la partie spirituelle. C’est mon âge qui veut ça, je n’avais pas ces idées étant plus jeune, jeune je considérais la mort avec insouciance et dédain, je n’y pensais pas, j’étais juste au courant de l’existence de la mort. Quand j’étais jeune mes questions existentielles étaient d‘ordre actuel, concernant le sens de ma vie et du vivant en général. De même la poésie que j’avais à écrire n’était qu’une impulsion momentanée et j’écrivais mais peu et ce que j’écrivais disparaissait peu à peu de ma life sans que je ne m’en soucie… Aujourd’hui j’essaie de regarder les choses en face, la mort en face, et donc les mots en face. Aujourd’hui j’ai l’intention d’écrire et de garder mes écrits, d’en faire des cahiers pour mes proches, et surtout ma postérité familiale. Cette écriture m’appartient, j’en fais ce que je veux. C’est ma parole. Parce que la poésie est avant tout parole, ensuite vient la musique mais jamais le silence, surtout jamais ! Mieux vaut le babil que la mort.