La
page
blanche

Le dépôt

LE CAMP VD

Quentin Baffreau

L'habillage des nues

La houle momifiée, pleurs séchés, pluie enfreinte.


*

 

Le moineau est mort dans le poêle, les braises sous les atteintes du gel.


Ici, donc, la clôture du cri offrent sur les champs impossibles des larmes où l’être refuse de verser sa foi, sa foi, sa foi. Sa foi ! et saines ou malades ses armes.


*


L’aimé, tu ne connais que l’avant-hier. Amitié, l’amer février. Sur la crête, le fou dans le feu de grands bras irrecevables, à l’aube ouatée.

 

La poitrine au sang légué.


L’amour. Si l’aimé ne connait que l’avant-hier, alors l’amour sera une autre fois, un soir d’orage, au milieu de la bouche d'une aubépine.


*


S’étreindre, préférant le cercle et la nuit, cernés d’élanions,

déjà s'effacent les visages au couleur de supplice.


 *


Les arbres installent mes poumons, mon corps qui n'est que trou,

du tilleul à mes pores.

 

Les rêves de cabane errent dans les champs ferroviaires, dorment dans les nids, écrivent de la chair.

 

Nous passons des yeux nouveau-nés à l’étoile du corps, de la brûlure de l’air à la poitrine gisante en terre ; au seuil d’une blanche reine, nous passons du parfum d’une maison à la fleur de l’âge fanée.


*


L’aventure est-elle passée ?


Auprès de la pipistrelle, autour du réverbère, l'habitation se couvre. L'amère consolation sourd du tableau de la tête de l’ange et du gibet. A la fois tissu des coins du monde et lit du présent.


*


Qui m’entraine, grand astre, détourner le matin ? Et la mer du vent ?

Ne suis-je pas en retard ?

 

Les germes, les fumées, les étincelles, éclatantes éternelles dans la bise noire de ce matin qui dominent les croupes de vie fondues.


*

 

C’est un samedi sous les combles.


Vois-tu, il faut se rejoindre à l’habillage des nues. Nous voir vivre et mourir.

 

Des menottes au ciel.

 

Comme une vague garde de banquise, ta danse m’enlève au vent.

 

Dans la lumière des cloches. C’est un dimanche d'herbe, un poème de pierres neuves.


*

 

Le dos qui timide comme neige au soleil meurt à découvert.

 

Voir retournée, cousue et brodée la transparence.


Chère nuit érodée de pastorale et de cité, voisines incroyables du feu.

 

Le rapace retourne à l’accueil du cœur, à l’écoute, à l’aire de repos.

 

Veilleuse de l’ouïe, haut lieu en branche d’apnée, forêt nocturne dorée,

forêt de son propre ciel plongée dans l’ombre le jour du retrait.


*

 

Pays du crucifix envolé, au goût de sang et feu. Un pantin de plume au regard de chute d'eau.

 

La petite croix en station scrute la terre renversée et la queue

des nuisibles, elle pique puis tranche, passe au-dessus d'une grange où quelques dames endormies, quelques bêtes avachies dans la paille attendent la promesse dont on sait qu'elle ne sera pas tenue. Là est sa beauté.

 

Le soleil se couche, la grange brûle avec lui, écrasée par la gamme déployée des torches et des lambeaux, célébrant la mort du voisin,

et le pantin fidèle à la terre attend au loin le soulèvement du glas.


*


Chair à pulpe divine, aux pépins enclins à l’air d’un souvenir qui passe

par la fenêtre.

 

Où bâillent le rouge et le jaune du recueil ? Qui s'ouvre aux veines roses de la souche ?

 

Sur la grange vient l’âge et l’ombre du jour. Le bruit recommence à geindre son amour vain pour la diurne quiétude. La maison du monde ouvert à l’ombre d'un poirier.

 

La citadelle dévore le bois et la terre craquelée où s'est glissée l’apparition.

 

La fleur d’avril laisse le fruit s’étirer dans la clarté d’un jour soupirant

et la fête s’étend à la cheville de l’arbre qui consume l’observation des astres. Le long d’une rivière sans nom, le fruit se pare de couleurs agonisantes.


Déjà loin d’ici

où la vie éclot.


*

 

Mais quelle vie si l’effacement des lieux est bel et bien la dernière lueur ?

 

Le verre ne devient-il pas opaque dans nos mains de fragile lumière comme une brume de ravin ?

 

Mais quelle mort, si elle n’est que l’avant-dernière, quelle mort, si elle n’est que le miroir méthodique de l’écumeuse, quelle mort guidera le clair-obscur de nos yeux, la vitesse ou la lenteur de nos pas ?

 

Il reste les murmures et les silences pour lesquels la mort est encore totale et avec eux, dans l’ombre revenante de novembre, la joie sans doute naïve de savoir que la mort n’est pas encore totalement objet.


*


Fenêtre de la nuit d’où naissent les montagnes.

 

Le chêne dévoile en même temps le grimpereau sur le tronc et la rosace qui conquière la couleur sur le mur.


Le manège s’éteint. On n'entend plus qu'un sifflement d'enfant.


Devenir noir, les roches brunes, la dérobée de la terre dans l’oubli.

 

La nuit monte.