La
page
blanche

Le dépôt

LE CAMP VD

Tom Saja

Amours

I


j’aime le flou de ma mère,

au-dessus de mes âges bas.


ce gravillon cousu sous la peau,

la cicatrice sacrifiée au soleil.


les dunes dans le sable dissous.


ce continent monstrueux que nous étions, tous

lovés dans la pondération de nos tiédeurs.


et aimer. j'aime et

j’aime ne plus aimer.


les règles cruelles de ce grand cirque.


les films en noir&blanc et

le monde en couleurs.


notre jardin qui a été rasé,

je l’aime de chaudes larmes.


je n’ai plus de chats

pour lécher mes plaies.


ce contingent de petites gravités

sur leur socle brûlant.


le passé qu’on rapièce,

le vécu qu’on anoblit.


il me reste quelques croutes

sur mes genoux d’enfance.


il me reste quelques gouttes

dans ma gourde des chemins.


est-ce cela aimer,

en garder un peu.


est-ce aimer

que tout vouloir.


nos blancs cheveux,

je les aime dès le matin,


juste avant le miroir, je

le sais


ils sont là.


j'aime le temps perdu

et cette seconde dévorée.


les miettes boudées par les oiseaux.


l'odeur du purin

quand les vaches sortent.


j'aime


comment l’eau épouse la terre


comme mon corps

épousera un jour aussi la terre.


j'aime


être fou, j’aime

la folie de cette pièce qui ne se déplace qu’en diagonale.