La
page
blanche

Le dépôt

Matthieu Lorin

Matthieu Lorin - Aux quatre vents




A Richard Brautigan

 

Tête d’épouvantail qui balaie les quatre coins de mon esprit

Tu souris des sourires moqueurs

Chapeau haut de forme sur la tête

Lunettes rondes fatiguées de ne rien voir

Font de toi une figure géométrique que je reproduirai

Sur du papier millimétré en prenant un axe de symétrie filandreux

Bien sûr, à ma place

Tu aurais fait comme l’autre poète :

Tu aurais retourné la feuille pour écrire sur

La page blanche

L’espoir qu’en produisant un ersatz de toi

Tu lègueras un peu de ton génie

(Il reste bien toujours de la boue sous la botte

Après avoir marché sur la pelouse déneigée)

J’attends une goutte d’inspiration

Le stylo comme une corde à linge

Sur laquelle des oiseaux posés se moquent de toi

Et de ta tête d’épouvantail


17 février 2021


*




Nous chevaucherons des angles indomptés

Et des demi-cercles cascaderont bientôt sur tes épaules

Comme des débris de compas

Piétinés par mille foulées écolières.

Le rayon de tes yeux plus large qu’une boussole

me permettra de toujours me diriger dans la bonne direction

-  Celle où les angles ne meurent pas

Ne se mesurent pas

Ne se tracent qu’à main levée –

Nous construirons à notre arrivée une maison de guingois

bâtie sur la fondation de nos vertiges inassouvis.

Et si la terrasse venait à s’affaisser

Qu’une flaque se formait dans un de ses coins

Nous en profiterions

Pour y laver nos rêves de géométrie


7 février 2021



*




Il pleut des cordes 

Et c’est une chance inespérée

De pouvoir grimper là-haut

Et y décrocher

Les vérités cachées

Les rêves en transit

Les nuages dépravés

Le vent du souvenir

Il pleut des cordes et je regarde mes mains


Bien incapables de me hisser si haut.



Le septième ciel m’est refusé depuis si longtemps déjà

que j'habite des cavités spirituelles 

et me contente du vol des oiseaux par la fenêtre




2 février 2021




*






A force de jouer au caméléon

Je suis devenu plus transparent

Qu’un sac de congélation 

Vide

Je ne suis que le riverain de moi-même

Et connais de nombreux problèmes de voisinage





« Je ne te comprends plus » déclara la mère

De cette voix sèche comme un coup d’agrafe

Fermant ainsi pour toujours

Les portes de l’affection

Mais, pour la première fois, le fils

Répondit :

« Je crois que je ne t’ai jamais compris.

Alors, bâtissons sur ce premier point commun

Un palais que nous ouvrirons

Aux quatre vents »



1 février 2021