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NOTES

Notes de lecture (par ordre alphabétique des auteurs)

Il s'agit de choisir et de décider

(Greta Thunberg)





nom de l'auteur classé par ordre alphabétique - titre de l'ouvrage - éditeur - initiales éventuelles des auteurs d' articles


A


ANTHOLOGIE - Nous, avec le poème comme seul courage - Éditions Le castor Astral - P.L.


84 poètes (dont 32 femmes) d'aujourd'hui (2020) réunis dans un livre de 400 pages par Jean-Yves Rouzeau. Dans ce livre quelques un des textes de chaque poète choisi. Un panorama de la poésie qui s'écrit aujourd'hui d'une diversité et d'une richesse étonnante.



B


BAILLY Jean-Christophe - Le parti pris des animaux - Christian Bourgois éditeur - P.L.


Nous nous demandons quelle peut être la consistance d'un monde de choses innommées et comment, dans ce monde auquel nous n'avons eu qu'un accès furtif dans une enfance lointaine et sans souvenirs, quelque chose comme un sens - un sens qui n'est pas notre sens - affleure et, d'une certaine façon, pour autant que nous nous disposions à le pressentir, nous parvient.



BALZAC Honoré de - Le Père Goriot - Livre de poche - P.L.


Je me souviens de ce qui m’avait plu dans ce roman de Balzac Le père Goriot : une pension de famille du 19ème siècle avec des gens 

qui descendaient l’escalier pour le repas du soir à la pension de la veuve Vauquer dans un recoin de la capitale… Je me souvenais aussi de la convivialité de ces repas où s’échangeaient des mots simples et vrais. Voilà, c’est tout ce que j’avais retenu de ce livre - ah que j’avais beaucoup aimé le lire, ah que mais ! aujourd’hui je relis ce livre

un demi siècle après, je lis sourcil droit froncé et gauche relevé car ce portrait combiné d’une société riche et d’une société pauvre pourrait être écrit aujourd’hui. Et Balzac montre le va et vient et le rituel du rut entre ces deux mondes … les dames sous la coupe de leur mari riches n’ont droit à rien, font des dettes et vivent une vie élégante. Elles sont des vases à la maison dans lesquels on met fleurs et branches, mais elles s’amusent avec d’autres malheureuses comme elles pour oublier leur condition de femmes trompées. Chez Balzac il est beaucoup question de manque d’argent de poche, mais le côté fascinant du roman vient de cette réunion triste et magique des pensionnaires de la maison Vauquer qui est l’épicentre du roman … Balzac introduit dans ce groupe un Vautrin, à la fois dur et sensible mais sans scrupules et recherché par la police. Dans ce groupe de dames et de messieurs qui paient leur dû à dame Vauquer, le père Goriot, Rastignac, personnages principaux, le père Goriot faisant fondre ses pièces d’or pour l’amour de ses filles, le romantique Rastignac jeune étudiant ambitieux monté à Paris depuis son midi natal, sur les paroles duquel se termine le roman : « À nous deux maintenant » .



BARBARANT Olivier - Odes dérisoires et autre poèmes - Poésie Gallimard - SC


Olivier Barbarant se confronte à sa vérité en mode lyrique. Et son verbe, n'en n'est pas moins implaccable, mais le fil de plume est celui d une subjectivité lyrique en mode contemporain. Gageure bouleversante. La forme est celle du verset, sans ponctuation interne, sauf pour l usage de la majuscule toujours en début de verset ou à l intérieur de ce dernier, il place parfois un point en chute de vers.


Je pense que vous devriez être touchés par la franchise de sa quête poétique. Par sa faculté à s accepter comme héritier lyrique. 


Le titre des poèmes est en lettres capitales. Je choisis un ou quelques versets pour chaque poème. 


LES CONFIDENCES D EURYDICE


L époque est finie de geindre ou de prendre la langue pour un mouchoir carreaux


AMOUR D ERRANCE ET NON DE NUIT


En somme j ai des goûts banals et c est banal de se promener c est banal d aimer

Quand la poésie se refuse au banal


Mais pourtant c est banal aussi mourir



ESSAI POUR UN DIT DE L AME


Une âme voilà ça ressemble à ce qui reste dans le cendrier près du journal quand on se lève avec la monnaie de bronze et l'une sur la table parce que personne à qui offrir un jus d' orange 


Ou bien le ticket tâche tout effarange avec le prix du temps perdu à l encre mauve et le petit garçon en plus aurait rayé ajoutant au Bic bleu pour le paquet de cigarettes déjà à demi vidé


Et le métro alors accueille invisible sous le visage la plaie menue de la vérité. 


ODE À BÉRÉNICE


Mais Bérénice fait collier même de mes moments brisés

Et le bonheur alors prend la forme du cauchemar

Rien qu à savoir le prix qu on peut prendre soudain pour un autre

Cela vous saisit n importe où dans le face-à-face d un restaurant

Sentant un souffle son sommeil dans un train

Ou à se promener main dans la main parmi les fleurs

D un parc tranquille où ne passent plus que les chiens


Ou bien à la regarder rire


Toute lumière malgré moi lacérée tandis que j imagine

Bérénice pleurant dans la douceur des choses. 


BECKETT Samuel - En attendant Godot - Les Éditions de Minuit - P.L.


Chef d'oeuvre de l'étonnant irlandais francophone, devenu un classique mondial. Conversation à bâtons rompus entre deux clochards, Estragon et Vladimir, qui attendent... on ne sait quoi. Un sens exquis du dialogue rend cette pièce désespérée constamment amusante, bien qu'il ne s'y passe rien ou presque : tour de force unique dans l'histoire du Théâtre.


BECKETT Samuel - Molloy - Les Éditions de Minuit - P.L.


duo musical entre deux monologues qui se cherchent. La quête est sans fin : Moran recherche Molloy qui lui même cherche on ne sait quoi au juste, sans doute sa maman. Des clochards métaphysiques perdus dans le terrain vague de la mémoire. À tout casser. Hors du commun.




BECKETT Samuel - Têtes mortes - Les Éditions de Minuit - P.L.



Dans ce petit livre cinq textes écrits entre 1966 et 1969, le premier intitulé D'un ouvrage abandonné, le dernier intitulé Sans. On peut voir dans ces textes ce que devient finalement la poésie, c'est à dire mots et syntaxe, sous la plume de l'auteur.


Sans (extrait, p 74)



Petit vide grande lumière cube tout blancheur faces sans trace aucun souvenir. Infini sans relief petit corps seul debout même gris partout terre ciel corps ruines. Ruines répandues confondues avec le sable gris cendre vrai refuge. Cube vrai refuge enfin quatre pans sans bruit à la renverse. Jamais ne fut que cet inchangeant rêve l’heure qui passe. Jamais ne fut qu’air gris sans temps chimère lumière qui passe.


Samuel Beckett 

Têtes mortes 

Les Éditions de Minuit 




BERTHET Frédéric - Daimler s'en va – La Table Ronde - M.L.


Auteur français méconnu, mort jeune (suicide?) qui a laissé cependant une impressionnante correspondance, notamment avec des auteurs comme Echenoz ou Michon. Considéré longtemps comme l'écrivain le plus doué de sa génération, il a consacré sa courte vie à vouloir écrire LE roman et n'aura finalement fait paraître que deux ou trois écrits.

A fait un essai sur le roman de Flaubert Bouvard et Pecuchet, ce qui traduit bien son état d'esprit.


« Quand il avait une quinzaine d'années, Daimler écrivait des poèmes, en octosyllabes, où il était question d'envols de corbeaux au-dessus des terres labourées, d'odeurs citronnées, de parfum capiteux et de femmes alanguies. Il se dit qu'il devrait s'y remettre. Ce qui donne :`


OVER

Rio Bravo appelle Tango II

Crapaud IV appelle Tango, bon sang

Coyote hurlant appelle Tango malade

Over.


A part le fait qu'il soit passé au vers libre, son état d'esprit a changé. L'inspiration ne se commande pas. »


BOBIN Christian - Le Très-Bas - éditions Folio - P.L.


J’ai lu deux livres depuis hier : de Christian Bobin Le Très-Bas et d’Annie Ernaux La place. Ces deux livres sont pour moi une ode à l’humilité. La vie de Saint François d’Assise racontée à la façon d’un Christian Bobin est intéressante à suivre avec ses petits chapitres chronologiques, et pour moi ce roman est une réussite parce que son écriture est originale, que le thème de la chrétienté et de la Bible sont traités de façon suggestive avec un ton juste même pour un athée anti-sectaire et donc anti-clériqual.



BOLANO Roberto - Les détectives sauvages – Folio - M.L.


Roman somme (1000 pages), une fresque qui dépeint le Mexique et l'Amérique du Sud, écrit de façon crue et poétique à la fois. C'est exceptionnel!

L’histoire évoque avec ironie la création d’un mouvement poétique, le réalisme viscéral et le vagabondage de deux poètes, dont un se nomme Arturo Belano. Roberto Bolano a lui-même créé un mouvement poétique qui se nommait l’infra-réalisme.

« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent a l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l’Œuvre voyage irremédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. Tout ce qui commence en comédie s’achève en tragédie. »




BOLANO Roberto - La littérature nazie en Amérique – édition Christian Bourgeois - M.L.


Un dictionnaire fictif d'auteurs ayant des accointances avec l'extrême droite. L'ensemble est accompagné d'une bibliographie fictive, d'une liste de maisons d'éditions fictives... Bref, passionnant... Bolano, sans doute un des plus grands lecteurs-écrivains, était un admirateur de Perec et on retrouve cet amour du jeu ici...


BOLANO Roberto - 2666 – édition Christian Bourgeois - M.L.


Roman énorme, roman monstrueux mais à la lecture assez facile.

4 grandes parties dans ce roman sans, à priori, de liens étroits entre eux : 

la première raconte les atermoiements amoureux d'un groupe d'universitaires, lesquels sont à la recherche d'un poète mystérieux, Archimboldi, qui se serait réfugié dans la ville de Santa Thérésa, au Mexique, ville dans laquelle on apprend que de nombreuses femmes disparaissent chaque jour.

la deuxième suit un journaliste reconverti malgré lui en journaliste sportif et qui doit faire un papier sur un match de boxe se déroulant à Santa Thérésa

la troisième, la plus importante, 500 pages tout de même, raconte tous les crimes commis à Santa Thérésa. On s'attend à de la lassitude mais, en réalité, cela se lit très bien

la dernière enfin suit un soldat lors de la 2ème GM et dans l'après-guerre...


BOURG Lionel - Prière d'insérer suivi de Cote d'alerte - Ed. Le Passe Vent - M.L.


Certains écrivains aiment à prendre la lumière des médias, arborant avec fierté leur dernier ouvrage devant les journalistes qui n’attendent que quelques bons mots pour leur papier, sans vraiment chercher l’homme ou la femme qu’il y a derrière. Lionel Bourg préfère la simplicité dans les rapports humains et l’amitié. Modeste, il sait « La vanité voire la parfaite incongruité d’écrire » et que « Les mots mentent. N’avouent que mon insuffisance ». Modestie dont certains devraient bien s’inspirer…

Bourg écrit donc en peaufinant ses mots, en nettoyant bien leur peau, comme le suggère l’étymologie de ce mot. Il écrit en décrivant ce qu’il ressent plutôt que ce qu’il voit, en de longues phrases qui restent à la lecture pendant plusieurs secondes, comme le goût sucré des bonbons sur la langue. Il n’a pas besoin de voyager loin. Sa ville de Saint-Étienne, son département lui suffisent pour nous donner à comprendre beaucoup de choses sur notre propre vie, le monde qui nous entoure, la nostalgie de ce qu’il a été. « Écrire, c’est compliquer le réel. Souffrir peut-être, tant l’Ouvert dont Rilke fit grand cas se referme à chaque tentative de s’y précipiter. Envie de fuir. De partir. Et pour moi, sédentaire confirmé, la rêverie quelque peu douceâtre de me mettre à voyager… ».

Lionel Bourg observe la vie qui l’entoure avec une grande acuité. Il a de l’empathie par exemple pour ces petits vieux qui, « de l’extrémité de leur canne dessinent des hiéroglyphes à même le gravier qui recouvre le sol ». Quand il évoque Saint-Étienne, il ne cherche à tirer aucune ficelle touristique. « Écrire sur une ville, sa ville, n’a de sens à cette aune que si l’on s’extirpe de ramifications fallacieuses, l’imbroglio des lignages, la mangrove asphyxiante où l’on barbote avec les siens sans réussir à sectionner le nœud de vipères généalogiques auquel on doit un nom, une carte d’identité, cette nasse, ou ce terreau, cette patrie résolument perverse de qui parcourt toujours la même circonférence, n’établissant au mieux qu’une apparence illusoire ».

Saint-Étienne, c’est donc là qu’il a vécu. Il n’y a pas d’écriture déconnectée d’un lieu, cela devient un cliché. Le lieu est vie, il est donc personnage. Et cet ouvrage aux éditions Quidam est une vraie symphonie de noms propres. Comment nommer un collectionneur de noms propres ? Tout y passe, histoire, géographie, sport, cinéma, chanson, amis… Existe-t-il un record du monde du nombre de noms propres dans un récit ? En faire la liste ici serait à proposer à Bernard Bretonnière…

C’est donc là que Lionel Bourg a vécu, mais c’est surtout avec tous ceux-là. Car si un lieu marque un homme, les rencontres, réelles ou non, le façonnent. Les lieux, les hommes, les mots. De quelles rencontres, de quels mots le lieu est-il l’œuvre ? C’est un peu à cette question que tente de répondre Lionel Bourg avec ce livre sorte de mémoire de canut en bluesman.

Deux livres à conseiller donc, de Lionel Bourg, pour découvrir un auteur, un lieu, une œuvre :

C’est là que j’ai vécu, Quidam éditeur, octobre 2019, 128 pages, 14 €

Prière d’insérer suivi de Cote d’alerte, Editions La Passe du Vent, mai 2019, 48 pages, 5 €



BOUVIER Nicolas - L'Usage du monde - Éditions La Découverte - P.L.



Excellent style. Des phrases parfaites. Une qualité d’écriture. Mais aussi le récit d’une aventure hors du commun. Et dès le jeune âge une grande culture. Enfin, surtout, une personnalité attachante.

Je pourrais écrire des kilomètres de commentaires, tellement ce livre est inspirant. Par exemple, belles l’une après l’autre, ses phrases… par exemple, ce goût du contact, ce goût de la culture, cette façon suisse de se comporter avec calme, sans emphase, discrètement, avec pudeur. Cette envie de vivre à fond, ce courage, des qualités si nécessaires dans une telle entreprise d’usage du monde…


A lire les phrases de Nicolas Bouvier on devine l’influence du cinématographe dans sa littérature d’images en mouvement… certains courts chapitres sont des poèmes.


« De faux-fuyants en gentillesses sincères, de réticences en attentions délicates, la conversation finissait par mourir et Thierry prenait l’accordéon pour faire danser les dames » .


« Et, le coeur chaud, on retombait en feuilles mortes dans ce fraternel ennui provincial, gonflé de désirs vagues, qui baigne les pièces de Tchekov. » .


« Pharda toujours invoqué. Phrada gonflé de promesses. Pharda, la vie sera meilleure. » 


Être l’impossible troisième passager de la Fiat Topolinio, voyager dans une partie du monde avec eux, écouter parler Nicolas, voir dessiner Thierry, pousser la voiture à trois, c’est un rêve…



BRAUTIGAN Richard - Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus -Le Castor Astral - M.L.


Poèmes écrits à 21 ans et donnés à Edna Webster comme "sécurité sociale". Superbes poèmes que la critique a souvent rapprochés dans le style à ceux de Williams Carlos William ou à ceux de Ginsberg.

Voici le début de son recueil :

"je m'appelle Richard Brautigan. J'ai 21 ans.

Je suis un poète inconnu. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas d'amis. Ça veut dire que mes amis savent que je suis un poète parce que je leur ai dit."


Tout est résumé ici : la tendresse et l'ironie de Richard Brautigan. Un des plus grands poètes de la fin du XXeme siècle.


BRAUTIGAN Richard - La vengeance de la pelouse, Christian Bourgeois - M.L.

Qui n'a jamais lu Brautigan devrait se pencher sur cet auteur, sur ce livre ou un autre. Ne pas s'arrêter au titre car les titres de Brautigan sont souvent farfelus (La pêche à la truite en amérique, sucre de pastèque, willard et ses trophées de bowling...). Ne pas s'arrêter au titre mais comprendre également que le titre fait déjà partie de l'art de Brautigan : une fausse nonchalance, une poésie qui ne s'assume pas toujours, une simplicité apparente, un esprit un peu "foutraque".La vengeance de la pelouse est une succession de très courts textes en prose, au genre indéfinissable. C'est dans ce type de texte que je trouve qu'il est le meilleur. Je pense que ce sont des textes à mettre entre les mains de ceux qui veulent écrire de la poésie.



C


CARLOS WILLIAMS William- Paterson - Trad. Yves di Manno - Ed. Corti - P.L.


Franchement dépité, frustré par Paterson de W.C. Williams. Car décousu, car absurdité, car degré de plaisir voisin de zéro. Des perles, bien sûr, de la qualité parfois, rarement … (Aujourd'hui je sens que je peux lire n’importe quoi)


* Le temps! Comptez ! Divisez et marquez le temps !


* Illumine l’angle où tu te tiens


* une perle posée entre les océans à travers lesquels passe un fil


* des phrases, mais pas au sens grammatical : de vrais traquenards tendus à l’esprit


Je ne ferai sûrement pas de compte rendu de Paterson dans une note de lecture… à chacun de se faire une idée de ce livre dont l’astuce consiste à intercaler des chroniques de l’histoire de la ville de Paterson… Grâce à ce stratagème le lecteur ne se lasse pas totalement de cette poésie aimable et bizarre et sans profondeur, et vient à bout du livre ainsi rythmé… D’accord c’est bien disposé sur la page mais c’est tout. Ce n’est pas votre opinion ? Mais je suis comme je suis, je m’exprime en liberté.


* je vous rejoins sur certains points et comprends votre avis. Ce n'est néanmoins pas tout à fait le mien car il y a des passages que je trouve admirables, des bijoux qui montrent que Carlos Williams était un grand poète.

Mais le but de Carlos Williams était autre : il s'agissait pour lui d'ouvrir une nouvelle voie à la poésie plutôt que passer pour un grand poète, créer un mouvement plus que laisser une trace.

En cela il faut recontextualiser. Avant Carlos Williams, la poésie restait sur des thématiques très classiques, l'amour, la mort, la nuit... Certes, E. Pound, T.S Eliott et d'autres ont trouvé de la poésie dans des événements plus concrets mais c'est bien lui qui a poussé le curseur plus loin. A lancé un mouvement.

Ce mouvement mènera à la beat generation, avec le succès que l'on sait, et qui a mis au centre de ses textes les laissés pour compte, avec le succès que l'on sait.

Bref, il se peut que ce ne soit pas une œuvre pour vous, peut-être même est-ce un texte pour personne car il est défrichement plutôt que route goudronnée.


"Nulle défaite n’est seulement faite de défaite – puisque

le monde qu’elle révèle est un territoire

dont on n’avait jamais

soupçonné l’existence. Un monde

perdu,

un monde impensable

nous attire vers d’autres territoires

et nulle pureté (perdue) n’est plus pure que le

souvenir de la pureté ."




CARRÈRE Emmanuel - L'adversaire – Folio - M.L.


Style journalistique à la Truman Capote qui raconte l'histoire vraie de Jean-Claude Romand. Récit étonnant dans sa forme, glaçant dans le fond. Les remarques faites par Emmanuel Carrère, notamment à la fin du texte sur ces « visiteuses de prison » me semblent d’une grande pertinence.


"Qu'il ne joue pas la comédie pour les autres, j'en suis sûr mais est-ce que le menteur qui est en lui ne lui la joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d'être aimé malgré tout fait couler sur ses joues des larmes de joie, est-ce que ce n'est pas pas encore l'Adversaire qui le trompe ?"


CĀRTĀRESCU Mircea - Solénoïde - Ed. Points - P.L.


J’en suis à la page 702 du livre de Mircea Cāratārescu Solénoïde 

et j’ai mis dix jours pour y arriver tellement ce livre est impressionnant. J’ai lu des romans qui m’ont particulièrement intéressé comme ceux de J. Conrad, celui de J.K. Toole, mais tant d’autres auteurs sont particulièrement intéressants au moins dans certains de leurs livres… C’est bien comme je m’en doutais une écriture  de l’onirisme mais l’onirisme n’est qu’un aspect de l’inspiration de l’auteur qui atteint 

un niveau de pensée et d’imagination que je n’avais jamais connu chez un écrivain jusqu’à maintenant .


Avec le livre de Cartarescu Solénoïde je suis aux anges… je suis comme un ivrogne qui débouche de temps en temps sa bouteille pour prendre sa gorgée au goulot… 


Ce livre a tout simplement du génie et ce qui se passe c’est que son génie t’entraine par la main… donc un livre merveilleux à tous les étages de pages en pages et marches après marches…


J’approche de la fin du livre avec lenteur …


j'approche de la fin, je plonge dans le petit lait poétique, dans la poésie permanente de sa crème ...


je suis troublé par son imagination et surtout par son écriture…

Quant à la traduction du roman Solénoïde elle est écrite par une écrivaine aussi bonne écrivaine que l’auteur du livre, son français est beau...



CASSOU-NOGUÈS Pierre - Les démons de Gödel, logique et folie - Éditions Points - P.L.


Je lis un livre de Pierre Cassou Noguès , Les démons de Gödel - Logique et folie. Je crois que Jean-Michel Maubert m’a dit qu’il ferait une note de lecture, donc je n’en parlerai pas hihi, sauf pour dire que c’est un patient et constructif travail de recherche de l’auteur, dans une langue claire sur des textes édifiants de Kurt Gôdel, de mathématique - son théorème d’incomplétude a bouleversé les fondements des mathématiques, de logique, d’épistémologie et philosophie , qu’a laissés dans ses papier le logicien, dont l’imagination était hors normes ce qui pour certains est un signe de folie, sans doute, mais de folie positive, la folie telle qu’on l’entend est une maladie qui ronge le cerveau, tandis qu’il existe une autre folie qui est au contraire un gage de bonne santé mentale. Enfin il existe une folie sociale que tout le monde connait et partage plus ou moins. Celle-là insécurise et terrorise des sociétés. Voilà pourquoi l’histoire de Gödel que j’ai presque fini de lire m’a enthousiasmé. Au passage j’ai eu l’impression de me cultiver, de me renseigner sur les mathématiques, de comprendre que les mathématiques font partie des possibilité de langue, des possibilités de cerveau, qui permettent de comprendre le monde. Je me suis dit, en lisant ce livre, que les mathématiques et la poésie sont deux domaines intellectuels différents mais présentent des analogies. Les deux matières ont partie liée au langage, les mathématiques utilisent le langage des lettres combiné au langage des signes mathématiques, ou le langage purement des signes mathématiques … la poésie n’emploie pour son art que le langage des lettres. L’analogie se trouve dans le plaisir, la tension, que peut trouver un.e mathématicien.ne dans son écriture, du même ordre que celui d'un.e poète dans la sienne…


La logique comme une discipline, un usage à des fins scientifiques, c’est ce domaine de l’ignorance qu’explorait Gödel...



CÉLINE Louis-Ferdinand - Semmelweis - Ed. Gallimard - P.L.



Louis Ferdinand Celine a passé le fil des dix dernières années de sa vie en France à Meudon où il meurt à 65 ans en 1961 après son retour d’exil en Allemagne et au Danemark. IL a passé ses dix dernières années à soigner les pauvres comme médecin et à terminer son oeuvre littéraire - D’un château l’autre, Nord, Rigaudon. 


Sa thèse de médecine publiée en livre de poche sous le titre Semmelweis porte sur l’hygiène dans les hôpitaux. L’auteur de la thèse entre en révolte contre le manque d’hygiène, responsable de fièvres puerpérales mortelles, il est sur le chemin de la lumière laissée par son prédécesseur le professeur Semmelweis. Rien désormais ne l’arrêtera plus. Il ne sait pas encore par quel côté il va entreprendre une oeuvre grandiose pour cette maudite médecine responsable de tant de décès, mais il est l’homme de la situation, l’homme de cette mission, il le sent. Cependant, bien vite, Louis Ferdinand Céline mettra toute son ardeur dans les lettres.



CELINE Louis Ferdinand - Guerre - ED. Gallimard - P.L.


« Tu ne seras jamais aussi atroce et déconneur que le monde entier » 


« Graine de cul, compte tes sales tripes, eh sale con tu vas te prendre les pieds dans ta médaille » 


« Je devais plus rien à l’humanité, du moins celle qu’on croit quand on a vingt ans avec des scrupules gros comme des cafards qui rôdent entre tous les esprits et les choses"




CORSO Gregory - Le joyeux anniversaire de la mort - Black Herald Press - P.L.


Du poète américain de la beat génération, Gregory Corso, peu connu et peu traduit en France, que Blandine Longre a traduit en français, que Ginsberg considérait comme le meilleur poète de sa génération…

Je conseille ce livre de poésie car vous y trouverez un poète dont l’expression est originale et excitante, avec un effort permanent sur les signifiants et la syntaxe… à se demander si Corso n’écrivait pas sous l’emprise de stupéfiants, c’est stupéfiant...




COULON Cécile - Les Ronces - Le Castor Astral Poche Poésie - P.L.


Confidences d’une jeune femme, l’histoire se déroule en petits chapitres, poèmes semblables et toujours renouvelés, aux belles images surprenantes, inspirantes. « J’ai toujours été marquée par la poésie narrative. Je me suis inspirée de cette poésie-là, notamment la poésie américaine. Pour moi, dans un poème, l’important, c’est qu’il y ait un début, un milieu et une chute. »


La disposition des textes sur la page gagnerait en lisibilité si ces textes étaient disposés selon le principe de la transprose, procédé qui remplace l’échelonnement vertical des vers sur la page par des espacements (ou pas, selon le texte) entre les vers de façon à rendre la lecture plus facile, plus… coulante.



DERRIDA Jacques - L'animal que donc je suis - Ed. Galilée - P.L.


Une bonne syntaxe et un bon choix des mots, voilà un bon texte, voilà une bonne rédaction... On découvre dans ce livre, bien sûr la pensée, la façon de penser, de Jacques Derrida, aussi un panorama de la pensée philosophique sur la question du rapport de l'homme à l'animal, donc aussi sur la question du rapport de l'homme à l'homme. Et cela vous change un homme.


DESROZIERS Geneviève - Nombreux seront nos ennemis - Ed. L'Oie de Cravan - P.L.


(J’ai décollé et commencé à m’envoler très haut à partir de la deuxième partie intitulée "Fragments" pages 59 et jusqu’à la fin du livre page 96)


DES FORÊTS Louis René - Ostinato - L'imaginaire Gallimard - P.L.


J'ai lu pour le moment les premières pages du livre Ostinato de Louis-René des Forêts mais ces pages de prose me suffisent pour entrer dans air poétiquement palpable, concret, et pour y respirer pensées subtiles, bel esprit, style raffiné. Lente lecture jalonnée d'éclairs.


DIDI-HUBERMAN Georges - Survivance des lucioles - Ed. de Minuit


Synthèse des approches de penseurs de notre époque - Pier Paolo Pasolini, Giorgio Agamben, Walter Benjamin, par l'auteur Georges Didi-Huberman, sur les rapports entre les puissantes lumières du pouvoir et les lueurs survivantes des contre-pouvoirs.



DÖBLIN Alfred - Berlin Alexanderplatz - Ed Folio - P.L.


Je parcours avec application et détachement le livre de Döblin et heureusement que je suis encouragé dans cette lecture parce que c’est une lecture difficile, beaucoup plus difficile que la lecture des classiques. La lecture du livre Berlin Alexanderplatz est une épreuve pour moi et en même temps une conquête. En cela cette lecture si mouvementée me rappelle vaguement mes émotions à la lecture d'Ulysse de Joyce par exemple… j’y retrouve aussi Céline… Ce que j’apprécie pour le moment - je n'en suis qu’à la page 188, c’est cette liberté exceptionnelle que s’accorde l’écrivain.


Je croyais, encore il y a peu, qu’il n’y avait pas de différence entre la vie et la poésie… mais depuis que je lis des livres difficiles à lire, encouragé par mes amis et par Wim Wenders dans sa post-face au livre de Döblin, je pense maintenant qu’il n’y a pas de différence entre la vie, la poésie, et le roman.


Je viens de finir de lire Berlin Alexanderplatz…qui n’’est pas un roman comme les autres, à cause de son écriture faite d’associations poétiques autour de l’histoire, comme vécue du dedans, du personnage principal… livre burlesque bien documenté sur la pègre berlinoise d’entre les deux guerres… livre d’une grande qualité psychologique et livre riche en général...

La traduction n’a pas du être facile car le livre est écrit dans une sorte d’argot sûrement pas facile à rendre, et franchement pas très agréable à lire… donc c’est vraiment un livre un peu à part… un de ces livres qui achevé permet de décerner une médaille au lecteur.


DUCHARME Réjean - Le nez qui voque - Folio Gallimard - J.F.


Souvenirs de mon adolescence... C'est avec Ducharme que la plupart des Québécois de ma génération ont découvert la littérature.


Quelques extraits du Nez qui voque, que j'avais surlignés en jaune à l'époque pour un travail universitaire (très effacé depuis) :


"Cela fait cinq minutes seulement, que j'adore les adultes, et j'ai oublié quatre fois déjà".


" Si elle voyait qui je vois en elle quand je me hortensesturbe en secret, quand je la regarde".


"Et la vérité, la voici: la vie est monotone et tout le monde s'ennuie. A la vérité, il n'y a que la mort. Il n'y a que cela d'intérressant dans la vie".


"Il fait froid. Je ne parlerai pas de la température. Je ne suis pas une speakerine". 



DUCHARME Réjean - L'avalée des avalés - Folio - M.L.


L'avalé des avalés de Réjean Ducharme : une force poétique très forte. Des passages d'une grande beauté mais le récit laisse parfois l'impression que la forme importe davantage que le fond. On s'attarde sur une phrase ou un paragraphe, au détriment de l'histoire. J'aime quand les deux sont intimement liés, comme chez Radiguet par exemple, ou Faulkner, ou M. Lowry, ou Garcia Marquez.

Mais j'ai eu plaisir à découvrir cet auteur au talent immense : peut-être même davantage un grand poète qu'un grand romancier. 


E


ERNAUX Annie - La place - éditions Folio - P.L.


« J’ai fini de mettre à jour l’héritage que j’ai dû déposer au seuil du monde bourgeois et cultivé quand j’y suis entré ». Ce court roman familial d’Annie Ernaux se lit en une heure. Il raconte avec simplicité, tendresse et une pointe d'humour la vie d’humbles normands, une vie de famille centrée autour du père de la narratrice dont elle fait le portrait avec des mots patois, des expressions locales, des syntagmes du cru. Annie Ernaux est sortie de la vie humble en devenant enseignante de lettres modernes puis écrivaine. « Je me souviens d’un titre L’expérience des limites. Mon découragement en lisant le début, il n’y était question que de métaphysique et de littérature…///…Ce jeu des idées me causait la même impression que le luxe, sentiment d’irréalité, envie de pleurer » .


F


FANTE John - Demande à la poussière - éditions 10/18 - P.L.


"C'est une vraie histoire que John Fante, c'est une histoire de chance, de destin et de grand courage. Un jour peut-être on vous le racontera, mais j'ai le sentiment qu'il ne veut pas que je vous le raconte. Mais laissez-moi vous dire que ses mots et sa vie sont les mêmes : forts, bons et chaleureux. C'est tout. Maintenant le livre est à vous." Charles Bukovski


FAULKNER William - Absalon, Absalon ! – collection L’imaginaire - M.L.


Difficile d'accès, incompréhensible, envie de jeter le bouquin au feu car comprendre une page équivaut à une partie d'échecs et puis, à un moment donné tout s'éclaire comme le soleil lève le brouillard, comme l'eau soulève le couvercle pour dire que je suis prêt. Alors nos yeux se décillent comme dit la Bible.

Écrivain de génie qui se prétendait seulement un modeste terrien américain.


« On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela sans savoir pourquoi, mais on continue d’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, tout embrouillé avec eux, comme si on s’efforçait, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais les mêmes ficelles sont attachées à tous les autres bras et jambes et tous les autres essayent également et ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est qu’ils se prennent dans les ficelles des autres comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier mais avec chacune d’elles voulant tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, on le sait, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance puisque l’on continue à essayer ou que l’on est obligé de continuer, et puis tout à coup tout est fini et tout ce qui vous reste est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire mettre le marbre en place et d’y faire marquer quelque chose, et il pleut dessus et le soleil brille dessus et au bout d’un peu de temps on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les marques essayaient de dire, et cela n’a pas d’importance. »


FAULKNER William - Tandis que j’agonise - Folio - M.L.


Moins difficile à lire que "Le bruit et la fureur", c'est un livre magnifique.

L'histoire grotesque d'une famille (un père et ses 4 enfants) qui doivent parcourir quelques miles avec le cercueil de la mère pour l'enterrer auprès de sa famille. De multiples déroutes les attend : le cercueil qui tombe à l'eau, un enfant qui devient fou, un autre qui se casse la jambe et qu’on cimente littéralement, le cercueil percé au vilebrequin par un enfant persuadé que "maman est un poisson"...

Pour moi, le meilleur livre que j’ai jamais lu.


"Des fois, je ne sais pas trop si l'on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans l'autre."


FAULKNER William - Le Bruit et la fureur - éditions Folio - M.L.


Les deux premières parties (215 pages tout de même) sont très difficiles, en tout cas pour moi : la narration se fait à la 1ere personne et, dans la partie 1, c'est un handicapé mental qui s'exprime. Cela va dans tous les sens. Ce n'est même pas digressif, c'est une volonté de représenter le psychisme de ce personnage (Benji) et donc on s'y perd royalement. Par exemple, voir une partie de golf lui rappelle sa sœur, surnommée Caddie.

Dans la deuxième partie, on est cette fois dans l'esprit de son frère, Quentin, habité par la colère et une relation presque incestueuse avec sa sœur, Candice. Là deux difficultés : cela se passe 15 ans avant la première partie alors on se perd. Surtout, Quentin ne termine pas souvent ses phrases... Cela traduit son impulsivité... Dur également à comprendre.

Les deux dernières parties sont plus simples et éclairent rétroactivement les deux premières.

Bref, grand livre, certainement un de ceux qui me resteront en tête pour longtemps.


« C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. [...] Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. »




FORTIN Jérôme - Radio boulevard - Editions La Page Blanche - I.P.



Les patchworks de "Radio boulevard » de Jérôme Fortin apparentent la construction de son premier livre à un élégant habit d’Arlequin : des pièces fulgurantes, portraits, couples, situations, pointes folles, ciels d'Europe, le tout cousu main par-dessus un mannequin nu au soleil de Milan… de la fine ouvrage. Le roman de Jérôme Fortin porte un coup à une foi de lecteur ko debout, et laisse une bouffée de nouveaux variants et mutants dans la littérature de notre obscurantisme moyen-âgeux… Anna et Aurélien, Nelly et les autres sont des personnages en tenues vives, leurs pieds plongent dans un monde irréel dit réel. Le dit de ce roman est une métaphore de notre broussailleuse planète vue du ciel à l’instant t d'une pandémie. Une réussite à lire absolument dès le premier jour des vacances. L’esprit sans préjugés sera dégagé des soucis du quotidien.


Isabelle Pastyrkaya - "Литературное эхо" pour les "notes de lecture" de La Page Blanche


G


GARCIA MARQUEZ Gabriel - Cent ans de solitude - Point Seuil - M.L.


Quel chef d'oeuvre! Avec ce roman, Garcia Marquez donne toute l'étendue de ce que l'on nommera le réalisme magique.

Un roman où il pleut des pétales, où un village perd le sommeil, où une femme mange les crépis faits en chaux vive, où une révolution en remplace une autre...

Impossible à résumer si ce n'est que nous suivons la famille Buendia sur plus de cent ans, dynastie qui s'éteindra lorsque le dernier de la famille naîtra avec une queue de cochon.


"Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d'une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des œufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. Tous les ans, au mois de mars, une famille de gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins, faisait part des nouvelles inventions. Ils commencèrent par apporter l'aimant. Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s'en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. "Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là."


GAUDÉ Laurent - Eldorado - Éditions J'ai lu - P.L.


Beaucoup d'émotions en lisant ce livre et en le refermant. L'histoire parallèle d'un homme qui cherche à gagner l'Europe depuis l'Afrique, et d'un homme qui fait le trajet en sens inverse. L'un : espoir et désir de vivre, l'autre : désespoir et désir de mourir. Entre les deux le lecteur retient son souffle et ne pourra jamais oublier ce roman réaliste qui décrit de l'intérieur les cheminements de l'un et l'autre.

Le livre Eldorado de Laurent Gaudé se penche sur moi et m' attend.

(Ce n'est pas moi qui trouve un livre, un livre me trouve).


GEVAMAGDALA Evgue-Riek - LUDI NUIT - Dancot-Pinchart éditions - P.L.


Votre poésie n'est n'est-elle pas le résultat d'une contradiction insoluble par le raisonnement ? Votre poésie peu commune nous fait sortir, comme dirait Francis Ponge, de notre rainure. Votre effort tendrait-il à courber les choses vers une modestie qui serait elle-même fille d'un étonnement ... tiendrait-il à ne pas associer de façon automatique et impensée, comme cela se passe couramment, l'absence de logos articulé à l'imbécilité ou à une situation forcément subalterne ?Votre mouvement poétique : l'abstraction concrète.. Votre poésie ne tendrait-elle pas à désolidariser le "propre de l'homme", son langage, de la gangue de fierté qui le nimbe, et ainsi à prendre le parti des animaux , des plantes et des minéraux... Evgue, vous trouverez dans le livre "Le parti pris des animaux", de Jean-Christophe Bailli, édité chez Christian Bourgois, l'inspiration- en partie, de mon questionnement à propos de votre poésie.






GOES Albrecht - Jusqu'à l'aube - Ed. Librio - P.L.


Jusqu’à l’aube est un roman court, au ton juste, à l’écriture sobre, presque nécessairement terne, l’histoire d’un prêtre protestant allemand sous le régime nazi en mission pour accompagner les derniers instants d’un condamné à mort… un roman aussi réaliste qu’un fim documentaire, un témoignage d’un humain chez les nazis.


GOGOL Nicolas - Journal d'un fou - Récits de Petersbourg


Je découvris que la Chine et l'Espagne étaient un seul et même pays, et que c'est par pure ignorance qu'on les considère comme États séparés. Je conseille à tout le monde d'écrire exprès sur un papier: "Espagne"; ça se lira: "Chine".


Mais je suis extrêmement peiné de l'évènement qui doit avoir lieu demain. Demain, à sept heures, il se produira un évènement étrange: la terre se posera sur la lune. Le célèbre chimiste Wellington parle, lui aussi, de cela.


J'avoue que je ressentis une inquiétude cruelle, lorsque je me représentai l'extrême délicatesse et la fragilité de la lune. La lune, d'ordinaire, se fabrique à Hambourg, et fort mal...


...



elle est habitée uniquement par des nez. Voilà pourquoi nous ne pouvons apercevoir notre propre nez, car tous les nez sont dans la lune. (note de Jérôme Fortin: on dirait du Réjean Ducharme)


...



... les hommes s'imaginent que le cerveau se trouve dans la tête. Pas du tout: c'est le vent qui souffle de la mer Caspienne qui nous l'apporte.


...


Ce n'est que l'ambition; et cette ambition provient de ce que nous avons sous la langue un globule, et dans ce globule un petit ver, gros comme une tête d'épingle, fabriqué par un certain barbier qui demeure dans la rue Gorokhovaïa.



GOUTTEFARDE - ROUSSEAU Amandine - L’âme nigredo - L’Ire de l’Ours Éditions - PL


Si vous aimez lire, lisez le recueil de poésie L’âme nigredo d’Amandine Gouttefard Rousseau, édité chez L’Ire de l’Ours Éditions. Faites-le connaître autour de vous comme il le mérite . .Je verrais bien ce livre de poésie publié aux Éditions LPB. C’est un livre qui mériterait d’être publié par plusieurs éditeurs, par les plus grands éditeurs, par le plus grand nombre possible, d'éditeurs, par amour pour la poésie. : "Poèmes pour les métamorphoses". Un manifeste.




GUIBERT Hervé - A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie - Folio - M.L.


Un sujet compliqué à aborder, celui du sida, dont il est atteint. Hervé Guibert contourne le problème pendant la première moitié du récit en parlant de la maladie de Muzil (Michel Foucault dans la réalité). Puis, il évoque les perturbations de la maladie sur lui-même, sur son rapport à l'autre surtout. Une écriture limpide, d'une grande beauté formelle.


"J'ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. "


H




HARRISON Jim - La position du mort flottant - Éditions héros-limite - M.L.


Le dernier livre écrit par Jim Harrison, une succession de poèmes en prose dans lesquels il évoque son corps vacillant et quelques bribes de son enfance. Des leitmotiv se retrouvent de pages en pages : la perte de son oeil (instant passé), sa fascination pour les oiseaux (instant présent), sa volonté de pouvoir remarcher pour sillonner la campagne avec sa chienne (instant à venir).

Pour qui garde l'image de Jim Harrison comme celui d'un roc qu'on peut difficilement ébranler, il faut se pencher sur ce livre.



OZBOLT Jeanne -Victor HUGO - éditions Ellipses - V.O.

 

     Biographie composée de sept grandes parties chronologiques pour 525 pages (la dernière, sur la postérité, pouvant être simplement consultée), divisées en chapitres courts, avec des extraits d’œuvres, des témoignages, de nombreuses anecdotes... Cela rend la lecture simple et plaisante, adaptée au grand public, pour un livre dont la taille peut, à première vue, impressionner. Nul besoin, donc, d’avoir beaucoup lu Hugo auparavant. Nul besoin également de tout lire si on s’intéresse à des périodes ou à des œuvres en particulier.

     

     Ce livre nous fait voyager dans la vie et les créations du génie, dans le Paris du XIXe siècle, dans l’Histoire pleine de péripéties de cette époque. La précision des événements nous en offre des tableaux on ne peut plus vivants.      

     Je pense par exemple à ce véritable enchaînement de scènes d’action : la fuite in-extremis à Bruxelles de Victor Hugo, suivie de celle de Juliette Drouet, tous deux recherchés, parfaitement orchestrées par celle-ci, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851.

     On pourrait citer de nombreux autres événements, parmi les souvenirs d’enfance, les  voyages (notamment avec cette même Juliette Drouet), l’accident tragique de Léopoldine Hugo, la vie en exil, les discours à l’Assemblée... jusqu’aux funérailles nationales.

     On ne peut qu’être sensible aux liens intimes entre la vie et l’œuvre de l’auteur : par exemple, on apprend que la scène des Misérables où Fantine se bagarre contre un homme qui l’a importunée, ce qui lui vaut d’être interpellée, est l’exacte réplique d’une scène de rue dont il a été témoin (il était alors lui-même allé déposer sa version des faits au commissariat pour faire libérer la jeune femme).

     Victor Hugo a eu un succès planétaire de son vivant (tant comme écrivain que comme humaniste), ce qui n’est pas donné à tous les personnages qui passent à la postérité. Pour autant, il a énormément souffert dans sa vie personnelle, mais aussi à cause des très nombreuses moqueries à son encontre : en littérature comme en politique. On sourit en songeant que le critique Jules Barbey d’Aurevilly estimait que Les Contemplations devaient vite tomber « dans l’oubli des hommes ».

     On nous rappelle que Hugo, en plus d’avoir été ce que j’appellerais un créateur décathlonien (roman, poésie, théâtre, textes historiques, discours, récits de voyage, lettres, agendas de Guernesey, mais aussi œuvres graphiques et caricaturales, décoration de sa célèbre maison d’Hauteville House), en plus de ses fonctions politiques, s’est notamment intéressé à la daguerréotypie, à la photographie, et même au spiritisme.

     Ses combats et son regard visionnaire sont époustouflants : lutte contre la misère et la peine de mort, pour le droit de vote au suffrage universel, pour les droits des femmes, des enfants, des animaux, pour la liberté de la presse, la défense du patrimoine et de la nature, les « États-Unis d’Europe », etc.  

     Mort à 83 ans, on se dit qu’il ne s’est jamais arrêté de toute sa vie et qu’il aurait pu continuer encore indéfiniment : écrire et voyager encore, combattre de nouvelles causes, aimer de nouvelles femmes...

     Dans le dernier chapitre sur sa postérité, un parallèle intéressant est fait avec son influence dans les camps de concentration nazis de la Seconde Guerre Mondiale.

     Je n’ai ainsi pu m’empêcher d’imaginer un Victor Hugo vivant aujourd’hui, quelque deux siècles plus tard. En cinéaste par exemple, lui qui a tant excellé dans le théâtre (avec peut-être des scandales, des photographies en couvertures de magazines, mais là n’aurait pas été l’essentiel pour autant).

     Il aurait connu l’abolition de la peine de mort en France et d’autres lois de progrès social comme le droit de vote des femmes, la création de l’Union Européenne, la déclaration universelle des droits de l’homme, la déclaration des droits de l’enfant, l’Organisation des Nations unies. Mais tant d’injustices l’auraient également frappé, qu’il aurait dénoncées sans relâche ! Ce dernier point relève évidemment de la libre interprétation de tout un chacun.

     

     Une biographie qui donne envie de lire ou de continuer à lire l’œuvre hugolienne. Car qui a tout lu ? Il faudrait sans doute plus d’une vie pour le faire. Alors, devant tant de choix, ouvrez le menu et commencez par ce qui vous inspire le plus.

 

Victor Ozbolt.


I


J


JULIET Charles - Lambeaux - Editions Folio - P.L.


Tu penses donc tu déprimes donc tu reconstruis donc tu écris. Tu penses donc tu vis.


K


KAFKA Franz - Lettre au père - Editions Mille et une nuits - P.L.


Ces confidences sont émouvantes. On voit à quel point l’emprise du père fut forte et négative. Père mauvais, fils intelligent.


KARINTHY Ferenc - Épépé - Ed Zulma - P.L.


Je viens de finir de lire le livre Épépé de Ferenc Karinthy, et je ne regrette pas de l’avoir lu même si pour moi ce n’est pas du tout un chef d’oeuvre littéraire. 

Je ne regrette pas car j’aime les livres où se déploie l’imagination. Ici une imagination dont l’origine est le sentiment de l’absurde. Là où l’imagination m'est la plus excitante c’est lorsque l’imagination est très proche d’une réalité. Je ne regrette pas car le personnage de Budaï est attachant. Je ne regrette pas car Budaï est linguiste et son sentiment d’enfermement dans une langue absurde est très touchant. L’enquête scientifique linguistique qui est proposée vaut le détour. Mais ce n’est pas selon moi un chef d’oeuvre à cause de ce sentiment pénible que j’ai éprouvé tout au long du roman, sentiment d’invraisemblance peut-être, mais surtout liée au sentiment de devoir avaler sans cesse des descriptions... à n’en plus finir. 

C’est un livre qui utilise la description de façon outrancière et indigeste. Il donne l’impression d’un monticule de détails entassés, d’une nourriture obsessionnelle. 

La fin du livre sauve le livre et me permet, lecteur, d’avoir accès à un génie inventif (l’invention de la guerre civile est géniale), une sorte de génie mythomaniaque, et à une merveilleuse étincelle de poésie à la toute fin du livre de l’écrivain (la découverte que de l’eau s’écoule jusqu’à la mer depuis le centre de la ville improbable). 

C’est pour ces raison que j’ai envie de connaître d’autres livres de Ferenc Karinthy, en espérant ne pas tomber à nouveau sur des descriptions…

L’excès de descriptions ressemble à l’excès d’adjectifs, l'abus révèle malheureusement une psychologie beaucoup trop obsessionnelle à mon goût.

Pour moi pour qu’un roman soit un chef d’oeuvre, il faut qu’il respire et non pas qu’il étouffe. Il faut plus de santé dans la littérature...


KELLEY William Melvin - Un autre tambour - 10/18. - M.L.


Roman qui date des années 50 et qui vient seulement d'être réédité en France. Kelley était considéré comme un autre Faulkner (même intérêt pour les sans rien du Sud des États-Unis) de son temps mais a été injustement oublié par la postérité.

Ce récit raconte la désertion de tout un état américain par la communauté noire : tous s'en vont, sans explication aucune.

Très bien mené comme récit avec une succession de points de vue différents.




KUNDERA Milan - La plaisanterie - Ed. Folio - P.L.



Je viens de finir La plaisanterie de Milan Kundera… je crois que même chez les très bons auteurs il se trouve des livres très mauvais, et c’est l'impression que je garde de la lecture de La plaisanterie. Quand on n’aime vraiment pas un livre je crois que le mieux c’est de ne pas en parler… juste pour dire que c’est très confus, sans aucune saveur, cette histoire de la Tchécoslovaquie prise dans la tourmente communiste, en train de se dévaster… ce livre m’a donné un sentiment de malaise du début à la fin… la construction du livre est faite de différentes sections où l’on voit un personnage dire je, puis un autre, et comme tous ces personnages ont en commun de sembler de falotes caricatures, les je se confondent et l’histoire se déroule sans histoires, plutôt des bouts anecdotiques collés l’un à l’autre du début à la fin du livre… une chose m’intéressait, c’était de lire un témoignage du communisme dans ce petit pays et de le comparer à celui, par exemple de C., de la Roumanie à la même époque… le témoignage de Kundera semble montrer que l’auteur n’a pas pris de distance critique avec son histoire, comme s’il était en train de la vivre au moment où il l’écrivait, noyé dans la névrose de son pays...… l’histoire de la croyance dans le communisme tel qu’il se développait alors dans ces pays totalitaires… ce livre me laisse un sentiment de dégoût profond pour ce que j’appellerai les mentalités de l’époque… le livre n’est pas bon, mais ce témoignage, même mauvais, sans aucun charme littéraire, à l’opposé des autres romans de Kundera, cette face sombre de Kundera joue quand-même son rôle de dénonciation de ce qu’étaient les façons d’être et de penser des pratiquants de la religion communiste : des gens complètement aveuglés par leurs slogans et leurs mots menteurs… c’est incroyable comme les gens peuvent être bêtes au point d'ignorer la liberté !


L


LAGARCE Jean-Luc - Juste la fin du monde - édition Les Solitaires intempestifs - M.L. - P.L.


Pièce très juste qui traite de l'impossibilité de communiquer, de dire quelque chose d'essentiel, de la volonté de rester dans le superficiel pour chasser d'un revers les vérités qui blessent.

Quand on la lit, on se demande quel est son intérêt et puis, une fois la lecture terminée, elle nous poursuit et nous interroge sur le monde et la relation que nous entretenons avec celui-ci.


« Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu'ils veulent entendre, mais souvent, tu ne sais pas, je me taisais pour donner l'exemple. »

 

« je pense du mal.

je n'aime personne,

je ne vous ai jamais aimés, c'était des mensonges,

je n'aime personne et je suis solitaire,

et solitaire, je ne risque rien,

je décide de tout,

la Mort aussi, elle est ma décision

et mourir vous abîme et c'est vous abîmer que je veux. »


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Je viens de finir de lire « Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce et retrouve les mêmes sentiments post-lecture que ceux que vous exprimez avec clarté dans votre note de lecture du Dépôt. Pourquoi Louis dit-il (à lui-même, dans un monologue, je crois) "la mort nous abime et c’est vous abimer que je veux", sachant que la mort abime tout et que personne n’a moyen d’empêcher ça… Alors pourquoi en parler ? En parler dans sa famille ou dans une pièce de théâtre (c’est bien pareil...) ?

Louis sait qu’il va mourir, et au lieu de craindre la mort - il veut mourir, de cette mort annoncée et imposée il fait une volonté. Je crois que si Louis ne dit rien à sa famille malgré son désir de la revoir avec comme motif annoncer aux siens sa mort, si Louis ne peut rien dire c’est parce qu’il n’y a rien à dire : la mort s’en chargera. Se chargera d’abimer tout le monde. C’est pour ça que j’aime cette pièce. Absolument linéaire et répétitive, d’une simplicité de langue familiale tout à fait vraie, juste, convaincante. Il s’agit donc d’une pièce sur la mort, sur la vie familiale, et sur la discrétion de l'auteur. Une pièce qui semble dire que la mort a beaucoup d’importance dans le peu à en dire des familles , qui semble dire que la famille est un nid, et la solitude un oiseau né dans ce nid. Si j’ai bien compris Jean-Luc Lagarce n’avait pas peur de la mort quand il a appris la sentence de sa "séropositivité" . Jean-Luc Lagarce fait preuve d’indifférence envers la mort.

C’est la mort qui est le sujet de la pièce. C’est pour cela que Louis se tait. Les membres de la famille de Louis, Louis inclus, communiquent, comme les membres de la presque totalité des familles… Qu’ils n'aient pas grand-chose à se dire est un fait. Sur la mort et sur l’amour, c’est un fait. Mais ils communiquent : la pièce montre de quelle façon les gens communiquent dans une famille, dans la presque totalité des familles, dans la presque totalité de l’humanité…


Cette pièce a eu une résonance dans le public et jusque chez les enseignants de littérature…à cause de la mort… dont il n’y a rien à dire... Il faut vivre sa mort pour pouvoir la dire. Pour pouvoir se lâcher comme fait Jean-Luc Lagarce.


LAROCQUE Pierre-A - Et si les pâtisseries étaient moisies? - Les herbes rouges, 1990



On sonne à la porte. Elle ouvre. C'est Mistère Freud. Elle peut lui faire confiance. Il enquête sur la libido liquide. Elle le fait entrer poliment. Il laisse de grosses taches sales sur son tapis mauve. Elle se précipite à genoux et frotte. Ses larmes coulent dans son kleenex (mouchoir en papier doux trois épaisseurs à 1.95$, pourquoi s'en priver). Elle croque des aspirines toute la journée en cachette.



LASVERNE Alain - Web voyage - ÉLP éditeur - P.L.


J’aime bien parler des livres qui m’ont troublé… car ce récit à la première personne d’un certain Jérémie m’a troublé. Pas impressionné pour la qualité des ses périphrases mais troublé comme si j’entrais dans un monde de mots à la fois banal et à part, il faut dire que le phrasé de l’auteur est particulier, fait d’un temps composé de petites propositions indépendantes reliées entre elles comme par une aiguille, l’aiguille de l'écrivain…

Le narrateur raconte des bribes de l'histoire de Jérémie, chômeur et homme sans qualité particulière, qui entretient une relation amoureuse avec une femme, lui dans son appartement, elle dans le sien, il voudrait bien partager son appartement mais cela ne se fait pas, chacun chez soi, et malheur de plus, ce pauvre homme perd  son ordinateur dans un wagon, ou plutôt, d’après le narrateur, se le fait voler - mais le récit est trop confus pour savoir la vérité, Jeremy veut que sa compagne l’écoute, il est obsédé par la perte de son ordinateur, il veut que la femme prenne la mesure de son manque… en gros l'histoire se partage entre les moments que Jérémy passe avec elle, les allées et venues à Pôle emploi, et son enquête  pour retrouver l’ordinateur, d’abord aux objets trouvés de la SNCF puis à la poursuite du voleur que lui aurait désigné un joggeur trois semaines après le vol…


Quelque chose d’invraisemblable... Pas très folichonne la trame romanesque…Non, ce qui m’a troublé c’est l’intention de l’auteur. Le message que l’auteur veut faire passer c’est, selon mon interprétation, un message qui dénonce non pas l’absurdité, mais l’insignifiance de la vie…

La fin du livre est trouble, le rêve de la vie insignifiante de ce quidam tourne au cauchemar, insignifiance, étrangeté, cruauté, violence....



LAWRENCE D. H. - L'amant de Lady Chatterley - Le livre de poche - P.L.


L’amant de Lady Chatterley, c’est une histoire d’amour mais aussi un livre qui parle de la libération des femmes, du pouvoir de l’argent, de l’évolution des moeurs et de la société du temps de l'écrivain, le tout début du XXème s., il y a cent ans, accessoirement de la nature. Un livre actuel… Même si l’histoire est prenante et bien racontée, ce n’est pas un roman précieux pour moi. Même si j’ai aimé cette histoire. C’est une question d’écriture, linéaire et sans surprise. Une écriture emprisonnée par les contraintes de la réthorique romanesque d'une époque finissante.



LES MARQUISES Pierre - Résidu - Editions les Cahiers du Buisson - P.L.


Je viens de terminer tes … et ai passé un excellent moment à les lire ! On se laisse emporter dans cette écriture à la fois mystérieuse et ludique. C'est une poésie qui est simple sans être facile. Je trouve la finale avec le chapeau levé excellente. J'aime beaucoup beaucoup. Merci P. pour la proposition de ce cahier que j'ai déjà lu en entier lors de mon dernier voyage en train et que je considère excellent. Il s'agit d'une poésie lumineuse, à la fois ludique et profonde, ancrée dans la modernité. J'aime la singularité de ce recueil, ce mélange de textes différents mais tous en direction de la poésie. Des poèmes sans en avoir l'air, un poète sans en prendre la posture et des textes qui restent en tête. Parfois, on se demande ce qui se passe dans la tête de P. D'un poème à l'autre, P. prend son lecteur par surprise, une surprise toute poétique. Je préférerais le voir édité chez Flammarion, tant la flamme qui l'anime est inventive et nous allume pleins d'étincelles à sa lecture. La marque des grands poètes... Voici mon oui complètement sans filtre! J'avais, comme J., déjà lu ce recueil, car un homme bien gentil me l'avait fait parvenir de France jusqu'au Québec!!! D'ailleurs si on recherche dans nos courriels je me souviens t'avoir déjà donné un avis bien positif sur ce manuscrit il y a longtemps.


Bref, oui, oui et encore oui. Si ce recueil était une peinture, ce serait une peinture traditionnelle chinoise, maitrisant le vide et la respiration blanche. Un exploit dans ce monde de bavardages…Bravo! . Beaucoup de liberté, de fraîcheur et de jeu dans ton recueil, je trouve. On tourne une page sans savoir à quoi s'attendre, sur quelle audace on va tomber, et l'on sent le plaisir que tu as eu à écrire ces textes. Tout le recueil me fait penser à quelque chose qui s'approcherait de la peinture naïve : c'est coloré, vif, émouvant, drôle, incompréhensible, effronté, sauvage, expérimental, sans se prendre au sérieux. On est souvent surpris, déboussolé ou intrigué par ces pages qui sont comme des esquisses d'un grand "texte libre extrême", comme l'annonce "Ouvrade"...


Ça vit bien, ça fourmille, ça foisonne ! Ton écriture a ce quelque chose de faussement naïf, brut et spontané; Le travail sur les vers est délibérément ingénieux et osé... Pour ça bravo  !


Quelle honnêteté créative !

 


Avégédor Lourfique Marquis de Lalèche



LODGE David - La chute du British Museum - Rivages poche - P.L.


La chute du British Museum de David Lodge, vraiment "un tout petit monde". Le livre La chute du British Museum m’a donné une claque mais une claque de mauvais goût, de superficialité, de mensonge, de mauvaise foi, de snobisme, de degré zéro de la littérature. La fin est absolument pathétique mais pathétique pour l’ auteur , vraiment un britannique ridicule. C’est le premier livre que je lis et que je trouve totalement raté et nul. Je l’ai pourtant lu jusqu’au bout car je voyais bien qu’il se passait quelque chose de dramatique (pour l’auteur) et je voulais voir le bout du bout de son livre. Une horreur, une plaie béante ! Je ne comprends pas que les éditions Rivages poche se permettent de dire que David Lodge, né en 1935, est l’un des plus grands écrivains britanniques. Je vais écrire aux éditions Rivages Poche pour leur demander le remboursement de ce défilé de mots, de cette mascarade littéraire. Jamais je n’avais éprouvé autant de mépris pour un auteur aussi insensé, auto complaisant, aussi minable ! L’histoire que David Lodge se fend à raconter sans aucune verve est invraisemblable au point que c’en est cocasse. Ce qui me surprend c’est que ce bonhomme si nul ait acquis une réputation si imméritée. La littérature anglaise est tombée si bas ! Comment est-ce possible ?



LORIN Matthieu - Proses géométriques et arabesques arithmétiques - Les éditions du nain qui tousse - P.L. - J.-M. M.


J’ai reçu son recueil Proses géométriques et je l’ai lu comme si c’était la première fois… une littérature qui se rapproche de la personnalité de Brautigan avec sa propre interprétation de ce genre de poésie confidence…Se déroulent dans ses textes des comparaisons étranges et singulières, me rappelant l’étrangeté de Beckett, de nature à choquer le sens, entre l'évocation des états d’âme et les formes géométriques, entre l’émotion et les figures abstraites…entre deux modes de représentation du monde, l’un concret par les mots et l’autre abstrait par les mathématiques c’est très intéressant de faire ce grand-écart, ce n’est pas si facile de le lire, ça demande des qualités de lecture dont tout le monde n’est pas capable......Le recueil papier est vraiment autre chose qu’une lecture sur un écran… l’harmonie qui règne entre les textes et les illustrations est remarquable avec ses oeuvres d’artiste, Marc Giai-Miniet sait donner des formes étranges et scabreuses à l’écriture des ces Proses géométrique et arabesques arithmétiques … j’aime particulièrement le texte de la page 29 « L’ombre de l’inspiration est passée » .

On tient le livre d’artiste et toutes les opérations intellectuelles de lecture et les gestes qui les accompagnent s’en trouvent différents : on perçoit le livre différemment si c’est un livre papier et un écran… rien ne peut remplacer la page…

La poésie de Matthieu m’intéresse beaucoup, après le recueil Le tour de moi en 31 insomnies, Proses géométriques et arabesques arithmétiques de Matthieu Lorin, d’autres poèmes à lire et à suivre de près, et un bonjour à monsieur Vercey et à la revue Décharge…


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J'ai reçu les poèmes de Mathieu, et, ce matin, ai commencé à suivre les lignes et courbures et textures de sa géométrie mentale/sensible/concrète (étrangement). "Malgré la pluie, tracez 

à la craie blanche un cercle dont le rayon reprendra la distance qui vous sépare de vous-même." 

Ce Problème de poésie géométrique ouvre un labyrinthe, un espace un peu douloureux dans nos têtes. 

Et on est prêt à le suivre, page après page, Mathieu. Se tisse je trouve avec les aquarelles un jeu d'écho troublant. 

Des harmoniques. Une tension, qui en nous résonne/raisonne.

(synchronicité étonnante, dans mon dernier livre, Hannah, une jeune poétesse qui sait des choses sur la douleur, 

a écrit des Poèmes géométriques...)



LORIN Matthieu - L'éboulement du temps et autres bricoles - à paraître - PL


Georges Perros et Thierry Metz ont en commun une personnalité certes différente mais dont se dégage une humanité bien reconnaissable dans les deux cas, Matthieu Lorin se situe dans l’humain comme eux… il s’agit avant tout d’une question de sensibilité. C’est ce qui nous rend ces gens proches. Pareil pour Nicolas Bouvier. Ce sont des gens qui pour moi sont des vrais, des purs, des bons, des exemples d'humanité… et il y a comme ça aussi des femmes que je pourrais citer, Marguerite Yourcenar, Marguerite Duras, Anaïs Nin… Le fait de pouvoir et de savoir écrire est une chance dans la vie.


Je lis l’histoire que Matthieu écrit, la sienne, comme le travail d'une conscience qui se remémore. On n’est pas dans le récit. Ou bien alors on est dans un récit abstrait.


Celui qui cherche le sensationnel dans une biographie sera déçu avec Matthieu Lorin. Il est plutôt mesuré, calme, réfléchi. Et à côté de ça inquiet, dans le doute, introverti. Il se livre tel qu'il est, c’est ça le secret…



LORIN Matthieu - Souvenirs et grillages - Ed. Sous le sceau du tabellion - PL


J’ai adoré lire Souvenirs et grillages ! Je trouve cette poésie pleine de sensibilité, de fragilité et de force mêlées… et surtout de la poésie à travers le gris !

Vraiment chapeau bas et panache haut comme dit un gars de chez nous. J’ai corné beaucoup de pages du livre… je propose chacune 

d’elles comme simples poèmes pour la revue Lpb .




LOWRY Malcolm - Sous le volcan – Les cahiers rouges - M.L.


Roman difficile d'accès. L'on suit les déambulations de Geoffrey Firmin, consul au Mexique, hanté par l'alcool et des crises de delirium tremens.

On ne comprend pas toujours tout (en tout cas, je n'ai pas toujours tout compris) mais il en ressort une atmosphère poignante et la relation entre Geoffrey et sa femme Yvonne, laquelle l'a trompé, est poignante.

Jetez-y un oeil car c'est un roman qui ne ressemble à rien d'autre. Une expérience.


« Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? »



M


MALTAVERNE Patrice - Patrice Maltaverne Et compagnie - mgv2>publishing - P.L.



e-mail ouvert à Patrice Maltaverne éditeur de Traction-Brabant


Bonsoir Patrice,


J’ai fini de lire ton livre de 46 pages "Patrice Maltaverne Et compagnie » et j’ai aimé découvrir ces poètes, 

qui m’ont semblé tous virtuoses et modernes, dont toi-même dans cette mini-anthologie que tu as préparée

et co-éditée.



J’aime l’idée d’anthologie qui permet d’un coup de découvrir plusieurs poètes réunis par une idée.


À ce sujet je ne peux que recommander l’anthologie des poètes palestiniens d’Abdellatif Laâbi qui pour moi est d’une pertinence et d’une qualité inouïe.


J’ai recopié ci-dessous un de tes poèmes que je me suis permis de mettre en prose en-dessous de la forme originale.


J’ai fait ça parce que je suis résolument pour la prose car cette dernière permet une lecture plus facile des vers libres. La disposition en vers libres me semble, personnellement, la plupart du temps sophistiquée et obsolète et la forme prose se justifie par la clarté et la fluidité de lecture

qui selon moi, pour la pensée, est meilleure en prose, sans l’artifice du vers libre.


Dans Patrice Maltaverne & compagnie, ton poème cité ci-dessous et celui de Tom Samel intitulé  "Les artistes », texte écrit en prose, m’ont beaucoup plu.

De plus j’ai trouvé que les autres textes des autres poètes sont bons et forment une unité mais la plupart ont, selon moi et selon mon entêtement, ce défaut de n’être pas écrits en prose.


Nous avons commencé à La Page Blanche de réaliser une anthologie du même genre que la tienne avec des poètes de Lpb.

Ton petit livre, par sa présentation, par son esprit, peut nous servir de modèle.




amitiés

Pierre




MAUBERT Jean-Michel - LIMBES suivie de RONCES - Ed. Maurice Nadeau - P.L.



LIMBES


Peinture lumineuse et sombre, réaliste et onirique, prosaïque et poétique, singulière et universelle. Musique des limbes, des marges grises, des franges froides. Magistrale, envoûtante.



RONCES


La mort d’une araignée (peut-être la mort du poète Georg Trackl ) racontée par Jean-Michel Maubert. Lente progression des personnages à travers ronces. Qui s’accélère au milieu du livre jusqu’à la fin. C’est un très vaste espace. Avec des scènes d'atrocités de la guerre.

Les phrases sont souvent faites de propositions incises séparées par des longs tirets. Ce qui donne un rendu -- un effet de flux .


… Un immense boeuf musqué - ou un Aurochs, peut-être - blanc et gris…

La boue, la pluie — l’ombre lointaine, verte et fraîche et brune, des forêts



MEYER Bernard - Liaison - auto-édition P.L.


Liaison est un récit bien mené, au rythme soutenu, au lexique riche, aux phrases claires, aux images agréables et parfois surprenantes de finesse, fait de courts paragraphes qui s’enchaînent magistralement, et cette qualité architecturale de l’écriture est à souligner, qui entraine le lecteur en Amérique du Sud (Buenos Aires en Argentine, Rio au Brésil); Le narrateur s’appelle Bruno, 37 ans, son amant Oscar, 19 ans. De Bruno on ne sait que peu de choses, pas suffisamment à mon goût pour faire de ce récit un récit parfaitement équilibré et réussi. On sait juste que Bruno (son prénom n’est cité qu’une seule fois) est un français, bien élevé, cultivé, rien n’est vraiment dit sur sa profession, sur ses origines, son histoire, on apprend juste qu’il fait de temps en temps des conférences mais on ne saura pas de quoi, qu’il a des amis, mais l’auteur reste trop discret sur le personnage de Bruno pour que les deux protagonistes de cette histoire d’amour puissent être considérés par le lecteur à égalité de traitement. Oscar est un jeune homme qui travaille pour un maigre salaire. Au contact de son amant, en l’espace des quelques semaines que dure leur liaison, le lecteur sent l’influence positive qu’exerce Bruno sur Oscar et Oscar sur Bruno. C’est une belle histoire. Il manque à cette histoire, je le redis, d’étoffer le personnage de Bruno en lui donnant un passé, comme cela est fait pour le personnage d’Oscar.

Bernard Meyer n’a pas atteint encore le stade de la lecture en livre de poche d'un grand auteur mais Liaison mériterait d'être publié comme un grand roman, car c'est bien un récit romanesque, mené tambour battant, dans une grande maison d’édition à condition de faire un paragraphe ou du moins quelques phrases pour cerner mieux le personnage du grand Bruno.


"Pour moi, j'ai l'alcool gai. Quand il me pénètre, il agit comme le Saint-Esprit de l'hymne : il fléchit ce qui est rigide, relâche ce qui est contraint, réchauffe ce qui est de glace. Spleen, anxiété, découragement, tous les oiseaux de malheur s'envolent. Les tourments de l'existence prennent des proportions modestes. Une secrète assurance m'envahit. Je deviens disert, je brille, je vois dans le regard d'autrui le reflet de ma séduisante métamorphose. Et le miracle est là : j'aime la vie."



MIRON Gaston - L'homme rapaillé - Poésie Gallimard - P.L.


L'oeuvre poétique d'une vie, réunie en un recueil qui, à partir de la moitié du livre, devient d'une intense splendeur sans arrêt jusqu'à la fin.


NATURE VIVANTE


Le vent rend l'âme dans un amas d'ombres 

les étoiles bourdonnent dans leur feu d'abeilles 

et l'air est doux d'un passage d'écureuil 

tu déjoues le monde qui assiège nos lieux secrets

tu es belle et belle comme des ruses de renard 


Par le vieux silence animal de la plaine 

lorsque fraîche et buvant les rosées d'envol 

comme un ciel défaillant tu viens t'allonger 

mes paumes te portent comme la mer

en un tourbillon du cœur dans le corps entier



Gaston Miron

L'homme rapaillé 

Poésie Gallimard 



MODOLO Patrick - Drôles de Nouvelles ! - Éditions Futurel - PL


Il s’agit d’un premier livre d’un jeune auteur prometteur, contenant une veine de fantaisie - paru en même temps qu'un autre livre, intitulé « À bien y réfléchir » , un recueil d’aphorismes. 


Les "drôles de nouvelles" visitent les genres littéraires et les brassent

joyeusement. Patrick Modolo aime les mots et la littérature et joue avec les mots, et ce ressort comique alimente l’inventivité de l'auteur - parfois à peu de frais.


Quatre nouvelles brèves, peut-être parce qu’elles sonnent poétiquement, retiennent particulièrement mon attention : « La barbe à papa », « La princesse qui n’aimait pas les caresses », «Rue d’Ornano », et « Dolores ».


À la retraite dans un village à 20 kilomètres de Bordeaux, j'ai passé ma vie d'adulte dans  la ville de Bordeaux, je suis sensibilisé aux pages du livre qui parlent de cette ancienne capitale provinciale française entourée de banlieues, à la face liftée il y a vingt ans, au corps en voie de bobofication, depuis son coeur, et de verdissement, bien vue par l’auteur

 avec ses quartiers réservés au commerce du vin et de l'esclavage en aval du Port de la Lune, suivis en remontant la Garonne, fleuve majestueux comme le Danube, de quartiers réservés aux pauvres.


J’apprécie ainsi, dans ces onze brèves drôles et poétiques nouvelles (un genre littéraire moderne qui me plait bien), tels ou tels points de vue de l’auteur ainsi que ses idées originales qui sont la base même de ses écritures.



MODOLO Patrick - À bien y réfléchir - suivi de - Comme dirait l’autre et de - Dictionnaire des noms impropres - éd. Futurel - PL



"À bien y réfléchir" c’est ainsi que commencent ces aphorismes qui se lisent vite.

Ce sont, aux dires de l’auteur, des parodies de maximes d’inégale valeur,

certaines dérangées, certaines dérangeantes, certaines fines

certaines peu subtiles, lourdes ou légères, mais ces maximes provoquent la pousse de la réflexion jusqu’au bout du livre.


Pour toutes ces raisons ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains. C’est un livre pour chercher querelle et en trouver. C’est un livre à ne distribuer qu’à des amis sûrs qui tolèreront l'automatisme mental de jeux de mots faciles, aussi faciles que des blagues à Toto en haut du

mot Dolo. Pourtant beau.


Ce sont des trouvailles presque toujours drôles, d’exemplaires truismes, 

je cite de mémoire :


- ce n’est pas parce qu’elles ont des pieds que les tables marchent

- on dit souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. totalement faux.

 à Amsterdam par exemple, elle est juste meilleure.

- un bobo dans le baba c’est un peu con-con

- les nuits blanches tous les hommes sont gris

- si c’est pas demain la veille, c’est qu’aujourd’hui, c’est pas hier.

 et pas la peine de chercher midi devant sa porte, car on est sûr de

 ne pas le trouver avant 14 heures

- Hitler, il avait une voix un peu nasillarde, quand-même

- le penseur de Rodin a l’air psychorigide

- On ne dit pas hiérarchie mais Gérard défèque

- le sens de l’humour est souvent chez le flic qui vous arrête un sens interdit

- le premier avril, moi, je me sens comme un poisson dans l’eau

- si « je est un autre », alors tuez moi

- pour tuer le temps rien ne vaut la pointe d’un stylo

- Boris, c’est un bon écrivian

- je ne sais pas trop ce que je préfère entre mourir enfermé dans une ferme

 et être emporté par une porte

- l’art d’aimer commence par l’art des mots


À suivre



N


NABOKOV Vladimir - Lolita – édition Folio - M.L.


Classique sulfureux : je pensais polémique de pacotille mais les cent cinquante premières pages "méritent" le tremblement de terre. 

En dehors de cela, roman superbe dans lequel certains passages peuvent être considérés comme des poèmes en prose.

Rarement lu un auteur qui maitrise aussi bien la langue, alors que ce n'est pas sa langue maternelle.

L'histoire d'Humbert Humbert qui tombe en fascination devant une jeune "nymphette", fille de sa logeuse. Il se mariera avec la mère pour rester en contact avec la fille, Dolorès Haze, alias Lolita.


" Nous avions été partout, et nous n'avions rien vu. Je me surprends à penser aujourd'hui que notre voyage n'avait fait que souiller de longs méandres de fange ce pays immense et admirable, cette Amérique confiante et pleine de rêves, qui n'était déjà plus pour nous, rétrospectivement, qu'une collection de cartes écornées, de guides disloqués, de pneus usés - et les sanglots de Lo dans la nuit, chaque nuit, chaque nuit, dès que je feignais de dormir."


O


ORWELL George - 1984 - folio Gallimard - Trad Josée Kamoun - SC


il perd toute sensation sinon celle de la page blanche devant lui." (p 19).


Le personnage principal, Winston, se cale dans un angle de son appartement afin d échapper à la surveillance de Big Brother. Il se place devant une page blanche afin de se lancer dans l écriture d un journal. Cette activité est interdite par le régime. Si elle était découverte, elle "serait punie de peine de mort, ou d au moins vingt-cinq ans de travaux forcés." (p 17)




OSTER Christian - Loin d’Odile -Les éditions de Minuit - M.L.


Un des écrivains contemporains français que j'estime le plus. Drôle et profond à la fois. Et surtout, l'écriture est vraiment remarquable.

L’histoire d’un homme quitté par Odile et qui refait sa vie… avec une mouche.


« Peut-être, dis-je. Peut-être que tu vas trop vite. Je ne te connaissais pas, Jeanne. Je ne peux pas aller si vite. Dans l'idéal, ce que j'aimerais, c'est que tout s'arrête, mais je ne peux pas m'arrêter avec toi. Moi, si jamais je dois revivre un jour, j'aimerais que ce soit sur le bord de quelque chose, qu'il y ait quelque chose à voir du bord où je vivrais, et que je prenne le temps de le voir en me disant que c'est ça, peut-être, vivre, regarder quelque chose qui n'est pas à proprement parler la vie mais qui la rappelle, un reflet, une photo, pendant que là où l'on est la vraie vie, celle qui s'échappe, la vraie vie coule, elle, mais toi, je veux dire moi, tu regardes ailleurs. Et même quand ton regard tombe sur toi tu t'arrêtes, tu fais un pas de côté en prenant garde de tomber toi-même dans ce vide au bord de quoi tu vis, et tu regardes, et tu dis j'existe, mais toi, Jeanne, non, tu ne veux pas attendre, tu ne veux pas regarder, je ne sais pas ce que tu veux, dis-je. Mais je sais ce que je ne veux pas. 

Tu es complètement fou, dit-elle avec simplicité. »


P


PESSOA Fernando - Le gardeur de troupeaux - Passage des heures p. 174 - 196 - Poésie Gallimard - I. P.


Je suis tellement bouleversée par ce que je suis en train de lire que je m’arrête de lire pour le dire.

  



PESSOA Fernando - Pourquoi rêver des autres ? - Ed. L'Orma - P.L.


Fini de lire ces lettres choisies de Fernando Pessoa et suis encore sous le coup de l’émotion. Je connais Pessoa depuis longtemps, je l’ai lu le long de ma vie et je n’ai pas fini de le lire…

 

Ces lettres sont émouvantes car elles vous font plonger au coeur de la personnalité de l’écrivain. Personnalité littéraire, personnalité tout court. À partir de ces précieuses lettres je peux maintenant tenter une synthèse de ce que j’avais cru comprendre de Fernando Pessoa. Pessoa aimait se regarder dans le miroir clinique de la psychiatrie. Comme tous les « autistes »* de son espèce. Ses lettres à sa dulcinée sont empreintes d’ambivalence selon quel païen Pessoaque les écrit, Fernando Pessoa lui-même ou Álvaro de Campos*. Ofélia Queirós, sa dulcinée, a probablement dû beaucoup souffrir du dédoublement de personnalité de F.P. Mais ses lecteurs, pas autant !

 

* parmi nous il y a des gens qui entendent des voix

* Alvaro de Campos est immodeste et très agressif envers Ofélia Queirós



POWYS Llowelyn - Peau pour peau - Ed Hatier - P.L


Cinq étoiles pour "Peau pour peau »... de Llewelyn Powys. (Livre préféré de Tristan Felix - Collection Terre Étrangère - Hatier) Les Powys sont une fratrie d’écrivains comme les Brontë, avec les mêmes drames dus à la tuberculose… Je ne pense pas qu’en France il y ait eu de telles fratries…

Chez Llewelyn Powys quelle clarté et quelle élégance aussi bien face à la mort que dans l’écriture !


"On ne sait trop ce qu’est l’amour de la vie. Peut-être une manière 

particulière de jouir des sens, de les pousser à émettre, comme un

chant d’oiseau, la note la plus parfaite, la plus longtemps tenue.

Ainsi Peau pour peau est à la fois le récit d’un combat contre la maladie 

et le cri perçant d’un faucon pour cette chose étrange : la lumière.

Haut tenu, le chant. Haut tenue, la langue : une somptueuse prose

anglaise.

Avec, au coin du bois, quelques aperçus embusqués sur une famille hors du commun: les Powys."

Patrick Remaux


Q



QUIMPER Charles - La fleuve - Ed. L'oie de Cravan - P.L.


" Je t'aime même le dimanche matin, par-dessus le tas de lessive. Je trace

ton nom au bas des listes d'épicerie, je t'aime jusqu'au coin de la rue Christophe Colomb, jusqu'au poteau de téléphone planté au fond de la cour."



R


RADIGUET Raymond - Le diable au corps - Les Cahiers Rouges, Grasset - M.L.

Histoire d’un ado qui s'éprend d'une jeune femme dont le mari est parti au front. Roman publié en 1923 et qui fit scandale car, à une période où on louait les soldats et les gueules cassées, Radiguet commence son roman en disant que la guerre fut pour lui comme des vacances merveilleuses. « J'étais ivre de passion. Marthe était à moi ; ce n'est pas moi qui l'avais dit, c'était elle. Je pouvais toucher sa figure, embrasser ses yeux, ses bras, l'habiller, l'abîmer, à ma guise. Dans mon délire, je la mordais aux endroits où sa peau était nue, pour que sa mère la soupçonnât d'avoir un amant. J'aurais voulu pouvoir y marquer mes initiales. Ma sauvagerie d'enfant retrouvait le vieux sens des tatouages. »


RIMBAUD Arthur - Poésies - Ed. Poésie Gallimard - P.L.





RIGUET Martine - Youtube en poète _ Dans Po&sie 2022/1-2 (N° 179-180), pages 227 à 237


Marine Riguet est née en 1990. Elle est actuellement maîtresse de conférences à l’université de Reims. Depuis plusieurs années, elle se consacre aux formes poétiques numériques, sonores et audiovisuelles. Ses vidéo-poèmes et ses performances poétiques sont publiées sur sa chaîne YouTube, ainsi que dans des revues en ligne (Cahier Les Découvreurs, Hors-Sol, Les Cosaques des Frontières, Nouveaux Documents). Son texte On dirait une forêt est paru en 2022 aux éditions MaelstrÖm. Elle a également écrit une pièce de théâtre (Talk to me, 2012), des courts-métrages (Noces, 2017 ; Paris ordinaire, 2020), des textes sonores (La Souterraine, 2018 ; Le Désert du vide, 2020) et réalisé des clips musicaux.

La poésie vidéo m’est venue avec l’envie de tracer l’expérience d’un mouvement. C’est une poésie d’arpentage. Comme, avec son pas, on éprouve le monde, on trace des lignes. Une poésie de traverse : du corps mouvant, traversant et traversé par ce qui l’entoure, du geste qui touche et laisse son empreinte, de la lumière qui fait fugacement paraître.

Elle fait avec le numérique, parce qu’elle est relation vive au monde. Elle inclut la technique dans son rôle de médiation, c’est-à-dire dans une acception qui considère la technique comme « anthropologiquement constituante », telle qu’ont pu la penser ces dernières décennies des philosophes comme Bernard Stiegler ou Augustin Berque. Elle prend acte d’une modification de nos gestes les plus élémentaires, qui façonnent par le biais des outils numériques notre manière d’exister, de nous tenir à la lisière de nous-mêmes, de prendre part à la formation de notre environnement le plus immédiat…


https://www.cairn.info/revue-poesie-2022-1-page-227.htm





ROTH Philip - La pastorale américaine - Folio - M.L.



"On lutte contre sa propre superficialité, son manque de profondeur, pour essayer d’arriver devant autrui sans attente irréaliste, sans cargaison de préjugés, d’espoirs, d’arrogance; on ne veut pas faire le tank, on laisse son canon, ses mitrailleuses et son blindage; on arrive devant autrui sans le menacer, on marche pieds nus sur ses dix orteils au lieu d’écraser la pelouse sous ses chenilles; on arrive l’esprit ouvert, pour l’aborder d’égal à égal, d’homme à homme comme on disait jadis. Et, avec tout ça, on se trompe à tous les coups. Comme si on n’avait pas plus de cervelle qu’un tank. On se trompe avant même avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux; on se trompe quand on est avec eux; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on raconte la rencontre à quelque un d’autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n’y voit que du feu, ce n’est qu’illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s’y prendre dans cette affaire si importante- les autres- qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d’autrui et ses mobiles cachés? Est-ce qu’il faut pour autant que chacun s’en aille de son côté ,s’enferme dans sa tour d’ivoire , isolée de tout bruit, comme les écrivains solitaires, et fasse naître les gens à partir de mots, pour postuler ensuite que ces êtres de mots sont plus vrais que les vrais, que nous massacrons tous les jours par notre ignorance? Le fait est que comprendre les autres n’est pas la règle, dans la vie. L’histoire de la vie, c’est de se tromper sur leur compte, encore et encore, encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper à nouveau. C’est même comme ça qu’on sait qu’on est vivant: on se trompe. Peut être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raison sur autrui, et continuer, rien que pour la balade. Mais si vous y arrivez, vous..alors vous avez de la chance."





S


SAJA Tom - L'homme qui ne dort plus - Aube cessante - Éditions Pourquoi viens-tu si tard ? - P.L.


"L’homme qui ne dort plus" et "Aube cessante" de Tom Saja se lisent avec gourmandise d’un trait, d' une goulée. Ces 48 pages harmonieusement illustrées par Lou Devaux, donnent le ton dès l’ouverture, avec les vers : Noire est la nuit / blanche est la mienne/. Suit un discours rythmé de bouts de paroles qui forment des marches d’escalier, des cascades d’idées et d’images : pas plus tard que ce matin / j’ai recueilli de l’eau de pluie / dans ces puits / que j’ai sous les yeux / de quoi abreuver tous les moutons / que je compte / … mon sommeil / une grenade dégoupillée / qui tarde à faire / BOUM / … Et le jour m’a été chouré / par la somnole / … Ce grand rien/ si aucun n’en est revenu / c’est peut-être que / c’est parce que c’est bien / … Pas âme qui vive / toute la ville flottante / dans un chut / … etc.

Merci. Bonne nuit !


SAJA Tom - Cette main qui tient le feu - Éditions Exopotamie - PL


Une respiration fougueuse, étrange, simple, fluide, d'un seul tenant, jeune, délicate, ferme, ouverte comme une confidence dans le livre de cette main qui tient le feu.


Tom Saja est un invité permanent de Lpb.





SEGALEN VICTOR - La double Rimbaud - Black Herald Press - P.L.


"Sans doute, le poète s'était déjà, par d'admirables divagations aux routes de l'esprit, montré le précurseur du vagabond inlassable qui prévalut ensuite. Mais celui-ci désavoua l'autre et s'interdit toute littérature. Quel fut, des deux, le vrai ? (....) "


Dans cet essai majeur, paru en 1906, Victor Segalen sonde la dualité d'Arthur Rimbaud, en s'appuyant sur la fine analyse du Bovarysme

par Jules de Gauthier. Segalen fait aussi une étude critique remarquable de l'oeuvre d'Arthur Rimbaud. Un petit livre éclairant et nécessaire.


Blandine Longre et à Paul Stubbs, coéditeurs- passeurs, animent Black Herald Press,





SIMON Yves - La dérive des sentiments - Ed. Grasset - P.L.


Une très bonne étude des sentiments et moeurs contemporains, qui fait réfléchir, brio et élégance, centrée sur les relations de couple homme-femme, attentive à la psychologie des personnages, très appréciée de Michel Foucault.


SIMÉON Jean-Pierre - Petit éloge de la poésie - Folio 2€ - P.L.


"Je ferai, oui, l'éloge de la poésie. Sans restrictions. Sans états d'âme. (...) d'une voix pleine, vive s'il le faut. (...) Pour tous. (...) Comme une nécessité vitale."


Essai de cent pages sur la poésie par un homme doué pour l'éducation -- Beaucoup de bonnes 'idées, esprit de synthèse, pensée touchante qui va droit au coeur - Références et citations nombreuses et de premier choix. Un petit livre qui peut vous sauver la vie. Intéressant +++.


SIMON Yves - Note de lecture de Denis Heudré - Yves Simon, et tout comprendre de mon adolescence ratée - http://denisheudre.free.fr/


J'aime Yves Simon de toute mon adolescence mal fagotée. Il aurait suffit de peu pour en avoir une aussi riche que lui. Je n'ai pas su comme lui ouvrir la barrière de la culture pour m'ouvrir tout le champ des possibles. J'ai mis trop de temps à lancer mes mots au vent de la poésie. Trop coincé dans le quotidien, je n'ai jamais réussi à enclencher le moteur de la manufacture des rêves. J'ai mis trop de temps à savoir la direction vers laquelle embarquer ma vie. Trop peur de me présenter comme différent dans mon milieu. Je rêvais plus de sentiments que de réussite, de jolies phrases que d'argent. Je m'inventais des histoires d'amour platoniques depuis l'âge de dix ans. Je préférais la compagnie des filles, plutôt que celle d'un ballon de foot ou de ceux qui pissent plus loin. Je n'avais que l'écriture en tête mais les mots se bousculaient, s'embouteillaient, de telle sorte que rien d'intéressant ne sortait de ma bouche ou de la plume de mon stylo. J'avais des rêves d'Amérique comme Yves Simon, des chansons à écrire comme Yves Simon, Gerard Manset, Alain Souchon. J'aurais dû me payer comme lui une machine à écrire. Je me reproche de n'avoir pas eu suffisamment confiance en mes professeurs de français. Mais aurais-je eu le courage de les aborder en leur disant "apprenez-moi à écrire l'amour, la vie, mes rêves et tout mon mal-être d'adolescent" ?


C'est par Yves Simon que j'ai abordé la littérature. Avec son écriture moderne, quasi cinématographique, faite de phrases courtes, n'hésitant pas sur les noms propres, les lieux et des dialogues pas communs. C'est lui qui m'a fait sortir la littérature de la poussière de l'école et remplacé l'analyse fastidieuse au profit du ressenti, et de l'éveil de l'imaginaire et des manifestations de la passion. L'adolescence a besoin de passion, non pas d'analyse stylistique froide. J'ai emprunté ses trains, embarqué sur ses océans. J'ai tenté de copier son style dans des débuts de nouvelles mal bâties. J'ai rêvé de ce romantisme là, en bannissant Lamartine, Vigny, Musset et autres poètes du 19ème siècle. Mon siècle avait mieux à faire et Yves Simon me montrait pourtant la voie à suivre.


J'ai aimé sa façon d'écrire mais aussi sa manière de voyager. Partir non pas pour voir, mais pour rencontrer. Malheureusement, je n'ai pas su comme lui provoquer ma chance "Les chanceux sont ceux qui écoutent, qui regardent, qui tissent des liens avec des inconnus, qui voyagent et s'étonnent, qui ne se découragent pas et persistent quand tout semble résister" dira-t-il plus tard dans La compagnie des femmes, lu bien trop tard, la cinquantaine passée... J'ai appris sur moi en le lisant, mais bien trop tard. J'ai toujours été en retard, en retard d'un sentiment, d'une prémonition même en retard de mes souvenirs. Toujours un peu perdu dans ce monde bousculant. Irrésolu, j'errais entre les mots sans vraiment me fixer sur eux. Trop marqué par le cherche-toi-un-métier-stable-et-bien-payé, je ne me rendais pas compte que moi aussi je faisais partie d'une "génération éperdue de mots, de musique et de futur" . 


Il m'aura manqué de l'argent pour acheter toujours plus de livres, aller voir le plus possible de films. Il m'aura manqué le courage de m'inscrire à la bibliothèque. Le culot de forcer la rencontre avec un écrivain. L'orgueil de me savoir, non pas supérieur, mais en tout cas à part, faisant partie du petit peuple attiré inéluctablement par l'écriture. L'adolescence est passée sur moi comme une coulée paralysante au lieu d'être comme pour Yves Simon, une piste d'envol formidable. Je n'ai rien à regretter, c'est que je n'avais pas le talent de forcer mon destin. Je suis vieux désormais, mais n'ai jamais quitté mon adolescence que je me plais à rêver autre. Merci à Yves Simon de continuer d'accompagner ma vie. 


août 04, 2020



STEINBECK John - Des souris et des hommes - Ed Folio - P.L.


Roman réaliste - construit sous forme de scènes et dialogues, comme une pièce de théâtre - bonne traduction d'une écriture sobre et simple - une histoire d'amitié entre deux ouvriers agricoles . Une tragédie sans doute inspirée par un fait divers. D'une logique implacable. L'art de la psychologie romanesque.


STEINBECK John - Les raisins de la colère - Ed Folio - P.L.


Ce romancier m’intéresse pour la pureté de son style, pour cette écriture vraiment superbe…(bien traduit)… pour sa façon de glisser des pensées profondes comme celle-ci : « il disait qu’il avait découvert que tout ce qu’il avait , c’était un petit bout d’une grande âme » … c’est une phrase de Casey dont se souvient Tom…


SVEVO Italo - La conscience de Zeno - Ed. Folio _ P.L.


Fumer - La mort de mon père - Histoire de mon mariage - L’épouse et la maîtresse - Histoire d’une association commerciale - Psychanalyse . Le titre des chapitres donne une idée de l’histoire… 

La conscience de Zeno est un récit qui se laisse lire sans trop de mal, qui ne séduit pas par des tournures de phrase ou par des images poétiques, qui m’a intéressé par son sujet qui touche à la vie des gens dans leur ordinaire, avec cette trouvaille de la psychanalyse qui fait sonner le livre comme une confession - c’est sans doute pour cela que le titre fait allusion à la conscience, pas véritablement à l’inconscient, caricaturé par l'auteur, mais allusion à la conscience qu’a Zeno de sa vie, de ses attentes et désirs, des valeurs de sa vie douillette. Pour moi, ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas l’écriture qui n’a rien d’extraordinaire, c’est le mensonge et l’hypocrisie de la psychologie du narrateur : Zeno vit en permanence, page après page, avec le problème que pose le mensonge… à mon goût il ne faut jamais mentir. Sauf exceptions. Mentir et se mentir c’est s’engager chaque fois dans la fiction . Il semblerait que tout cela (mensonge, hypocrisie, fabulation) soit normal et admis dans la société toscane du début XXème, normal et admis par l’auteur du roman…

Tout le roman est centré sur le mensonge que concocte Zeno, sur son arrangement hypocrite avec sa vie d'hypocondriaque…La conscience de Zéno : un miroir mental renvoyant un impitoyable reflet de nos propres vies…en cela un juste roman. Pas un beau roman. Un roman qui vise juste.



T


THUNBERG Greta - No one is too small to make a différence - Ed. Pinguin Book - P.L.


Premier livre de Greta Thunberg en anglais, non traduit en français, rassemblant ses discours devant diverses institutions internationales et divers parlements dont son célèbre discours devant l’ONU « Comment osons-nous » Ce livre de cent pages de Greta Thunberg est très intéressant à lire en anglais. Très intéressant en tant qu’expression de pensée …et franchement je vois qu'il me suffit de mon apprentissage de l’anglais à l’école pour me débrouiller quand la pensée est si claire. Est-ce que cette pensée claire fera son chemin à temps dans les consciences, j’en doute…je pense que la catastrophe a déjà commencé depuis des années, envoyant ici et là sur nos villes et nos campagnes ses premières et régulières tempêtes inondations tornades. Sècheresses, incendies. Pleurs et grimaces. Dans le livre des pensées de Greta Thunberg je veux remarquer la qualité de ses discours adressés à l'humanité. Qualité d'humanité de l'écrivaine.



TOOLE John Kennedy - La conjuration des imbéciles - Ed. 10 -18 - P.L.


Chef d'oeuvre de la littérature américaine. John Kennedy Toole est né en 1937 . Il ne trouve pas d'éditeur de son vivant pour publier ses deux romans : La conjuration des imbéciles et La Bible de néon . Persuadé

de n'être qu'un écrivain raté il se suicide en 1969. Grâce à la détermination de sa mère qui contacte l'écrivain Walker Percy et le convainc de faire publier La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole obtient le prix Pulitzer à titre posthume en 1981.


U


UNGARETTI Giuseppe - Vie d'un homme, poésie 1914 - 1970 - Ed. de Minuit-Gallimard - P.L.


Je recommande la lecture, dans cette somme de recueils de poésie de toute une vie, de "L'allégresse 1914-1919" , traduction de l'italien par Jean Lescure. On y trouvera toute la poésie de l'auteur en forme brève. Un sommet.



V


VARGAS LLOSA Mario - La fête au bouc (Folio) - M.L


Sans doute le roman que je conseille le plus en ce moment (mars 2022) au vu de l'actualité. Un roman polyphonique où on suit parallèlement trois histoires : Urania rentrée au pays, le dictateur Trujillo et le groupe qui projette de l'assassiner pour renverser le pouvoir.

Roman plein de maîtrise, passionnant et qui fait fondamentalement s'interroger sur le pouvoir, et le rapport au pouvoir.


"Tu ne comprends pas cela, Urania. Il y a beaucoup de choses de l'Ere que tu as fini par tirer au clair; certaines au début te semblaient inextricables, mais à force de lire , d'écouter, de comparer et de penser, tu es parvenue à comprendre que tant de millions de personnes, sous le rouleau compresseur de la propagande et faute d'information, abruties par l'endoctrinement et l'isolement, dépourvues de libre arbitre, de volonté, voire de curiosité par la peur et la pratique de la servilité et de la soumission, aient pu en venir à diviniser Trujillo. Pas seulement à le craindre, mais à l'aimer, comme les enfants peuvent aimer les pères autoritaires, se convaincre que les châtiments et le fouet sont pour leur bien. Ce que tu n'as jamais réussi à comprendre, c'est que les Dominicains les plus chevronnés, les têtes pensantes du pays, avocats, médecins, ingénieurs, souvent issus des meilleurs universités des Etats-Unis et d'Europe, sensibles, cultivés , expérimentés et pleins d'idées, probablement dotés d'un sens développé du ridicule, de sentiment et de susceptibilité, aient acceptés d'être aussi sauvagement avilis."



VIAN Boris - Les bâtisseurs d'Empire ou le Smürz - Ed. L'Arche - P.L.


"Car il y a des moments où je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. (Un temps - il regarde par la fenêtre.) Et si les mots étaient faits pour cela ?


VONNEGUT Kurt - Abattoir 5 - Signatures Points - M.L.


Livre étrange, classé dans le genre de la science-fiction puisque le personnage prétend avoir été enlevé par les tramalfadoriens, et dans lequel Kurt Vonnegut raconte son expérience de la guerre : prisonnier de guerre à Dresde lors des bombardements alliés, il est un rare rescapé et sera chargé ensuite d'enterrer les morts de la ville, par milliers.

Ce qui déroute le plus est l'éclatement temporel, comme si la guerre avait fait voler en éclat la chronologie même. Une expérience et un style désinvolte qui me rappelle Brautigan.


"Un Tralfamadorien, en présence d'un cadavre, se contente de penser que le mort est pour l'heure en mauvais état, mais que le même individu se porte fort bien à de nombreuses autres époques. Aujourd'hui, quand on m'annonce que quelqu'un est décédé, je hausse les épaules et prononce les paroles des Tralfamadoriens à cette occasion : c’est la vie."


Il est question du temps et des mathématiques. Ce que j'apprécie chez lui, c'est cette capacité à ne pas tomber dans le pathétique, à ne pas faire un récit gris de son existence malheureuse. Il faut une sacrée force de caractère pour rendre compte ainsi de ce que Kurt a vécu à Dresde. 

J'aime aussi cette explosion du temps : il n'existe plus, il est inutile de s'interroger sur l'instant, sur la mort, sur le passé ou l'avenir. 

Il me fait penser à Brautigan, un côté foutraque qui finit par créer quelque chose de fort.






VORONCA Ilarie - Ulysse dans la cité - Ed. Non Lieu - P.L.


Grâce à la lecture des poèmes d' Ilarie Voronca on reçoit un coup de poing, vers après vers, et on se sent aussitôt rafraichi et massé sous une cascade d' images dans la veine surréaliste basée sur le pouvoir contradictoire des associations de mots de l'auteur.


VORONCA Ilarie - Petit manuel du parfait bonheur - Éditions Cambourakis - P.L.


Petit manuel du parfait bonheur, ou comment rendre réel le rêve...

Une puissante et brillante défense de l'animisme.

"je ne savais pas que je vous aimais tant" s'exclame l'homme heureux.


W


WEIL Simone - L’enracinement (sous titre : Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain) - Ed. Folio Essais - P.L.


Ce livre a été écrit en 1943, peu de temps avant la mort de l’autrice. Il a été publié en 1949 grâce à Albert Camus. 

Il correspond à l’intention d'un témoignage, dans cette période de la deuxième guerre mondiale en Europe.

La théorie centrale de ce livre est la théorie des racines. L’auteur explique cela en détail dans la deuxième partie de son livre.

Mais c’est la première partie du livre, environ le premier tiers qui retient l’attention, toute l’attention du lecteur.

L’auteur y expose une théorie de valeurs selon elle essentielles. Valeurs humaines. C’est en cela que ce livre est fort.




WOOLF Virginia - Orlando - Folio classique - P.L.


Passées les premières pages un peu indigestes, où l'autrice essuie ses semelles sur la patience avide du lecteur, nous entrons dans le vif de la littérature à la façon de Virginia Woolf, façon Orlando qui laisse loin derrière elle D. H. Lauwrence et son Amant de Lady Chatterley, Marguerite Yourcenar et son Empereur Hadrien, Marcel Proust et son Temps perdu et Louis Ferdinand Céline et son Guignols Band. Pourtant certainement sensationnels.


Orlando, oeuvre déroutante au sens strict : elle semble faite pour empêcher le lecteur de deviner où et par quel chemin l'autrice nous conduit, au point que nous finissons par nous demander si elle le sait elle-même lorsqu'elle nous présente un personnage dont la vie s'étend du milieu du XVI ème siècle jusqu'à nos jours et qui change de sexe à mi-parcours sous le regard de son biographe.


"Car en vérité j'éprouve le besoin d'une escapade après ces livres expérimentaux, poétiques et sérieux, dont la forme est toujours minutieusement envisagée".



X


Y


Z