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poètes du monde

T S Eliot - Poésie

POÉSIE


me voici donc à mi-chemin   ayant eu vingt années en gros     vingt années gaspillées    les années de l'entre deux guerres    pour essayer d'apprendre à me servir des mots     et chaque essai est un départ entièrement neuf   une différentes espèce d’échecs    parce que l'on apprend à maîtriser les mots que pour les choses que l'on n'a plus à dire    ou la manière dont on n'a plus envie de les dire     et c'est pourquoi chaque tentative    est un nouveau commencement   un raid dans l'inarticulé   avec un équipement miteux     qui sans cesse se détériore    parmi le flou général de l'imprécision du sentir   les escouades indisciplinés de l’émotion    et ce qui reste à conquérir par la force      et la soumission    a déjà été découvert une ou deux fois     ou davantage    par des hommes    qu'on a nul l'espoir d’égaler    mais il ne s'agit pas de concurrence     il n'y a ici que la lutte pour recouvrer   ce qui fut perdu    retrouvé     reperdu   et cela de nos jours    dans des conditions qui semblent impropices   mais peut-être   ni gain ni perte      nous devons seulement essayer     le reste    ce n'est pas notre affaire   le chez soi est là d'où l'on part    comme nous avançons en âge      le monde devient plus étrange   et plus compliqué     le motif de morts et de vivants      non le moment intense    isolé      dénué d'avant comme d’après   mais bien toute une vie brûlant à chaque moment      et non le temps de vie d'un homme seulement    mais celui-là des vieilles pierres indéchiffrables     il y a un temps pour la soirée à la lueur des étoiles   un temps pour la soirée à la lueur de la lampe    ( la soirée des photographies que l'on feuillète )    l'amour est le plus près d'être lui-même     lorsqu’ici-et-maintenant cesse d’importer     les vieillards doivent être des explorateurs   ici-et- là   n'importe pas     il nous faut toujours nous mouvoir    au sein d'une autre intensité   pour une union plus intime   une communion plus profonde    à travers le froid obscur    la vacante désolation   le cri de la vague   le cri du vent    les eaux immenses    du marsouin et du pétrel    en ma fin mon commencement



Thomas Stearns ELIOT 

Poésie 

trad Pierre Leyris transprosée 

Ed. Seuil