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Jean de la Ville de Mirmont ou dialogue autour de la Transprose

Le funambule 


Sur

Un

Fil

Suspendu

À

Ta 

Vie




Le funambule



u

d

n

e

p

s

u

Sur un fil à ta vie




Autre disposition…


Bonjour Patrick je te réponds ici et entre tes ligne. 



L’Horizon chimérique


Je suis né dans un port et depuis mon enfance j’ai vu passer par là des pays bien divers. Attentif à la brise et toujours en partance mon coeur n’a jamais pris le chemin de la mer. Je connais tous les noms des agrès et des mâts, la nostalgie et les jurons des capitaines, le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas. Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore, la vitesse » du vent et l’orage certain,  car mon âme est un peu celle des sémaphores , des balises leurs soeurs, et des phares éteints. Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes et si mon coeur est faible et las devant l’effort, s'il préfère dormir dans de lointains arômes, mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.


Jean de la Ville de Mirmont




Les mots font des phrases et les paroles sont faites de phrases. Je penche pour le rétablissement de la conscience de phrase dans la prose et par conséquent je milite pour la prose qui elle même est faite de phrases. Je veux enlever les ornement baroques de la versification et lancer tout droit - sans contorsions - le sens et les lignes de mots qui

sont chargées de le porter. La beauté n’est pas dans la disposition des mots, elle est dans les mots. Prose et poésie même combat. Je suis pour l’édition en prose des poésies anciennes.


Pour qu’un poème ait une forme particulière il faut que cela ait un sens : par exemple ton texte Funambule ci-dessus…

J’aurais vu le texte plutôt ainsi en prose simple : funambule suspendu sur un fil à ta vie


Ce texte est ce que j’appelle un po, un demi-poème, un poème sans titre composé d’un unique vers.

Si je pouvais résumer ma carrière dans la poésie je dirais que j’ai inventé des po par milliers,

Je pense qu’un jour je les écrirai pour garder les meilleurs. (Ce que je fais aujourd’hui, je les garde soit tels quels soit en faisant des poèmes ) D’ailleurs Mickaël Lapouge m’a fabriqué autrefois un logiciel pour mes po, qui apparaissent aléatoirement sur la page, assez joli logiciel, et je le placerai dans mes pages du Dépôt.






Le 11 mai 2022 à 22:48, Patrick Modolo <patrick_modolo@hotmail.com> a écrit : Bonsoir Pierre,



Patrick - Voilà, c’est lancé! Pour 2 élèves pour l’instant, sur ce fameux poème liminaire de « L’horizon chimérique ». L’un d’un excellent niveau, l’autre plus volontaire mais bien plus en difficulté. 

J’attends le rendu, je l’enregistrerai avec leur accord, pour te le transmettre.


Pierre - C’est sympa merci !


Patrick - Bref, merci de ta proposition stimulante! J’aime beaucoup ta vision de la poésie, et ta volonté de moderniser les textes « anciens ». C’est intéressant, et cela me pousse à réfléchir différemment ! Tout en ayant des conversations de grande qualité, comme j’en ai souvent avec Matthieu! Je viens de lire ces 6 poèmes sur LPB. Jolie petite claque! J’admire vraiment son style, et il m’a confié que c’était grâce à toi que son style poétique avait été « libéré » avec ce passage en prose...

Ta vision nouvelle est enrichissante! Mais quand je vois la puissance du style de Matthieu en prose poétique, ses fulgurances, je me dis que je suis bien loin encore de cela!



Pierre - Moi aussi je me suis souvent dit que j’étais loin d’un poète auquel j’aurais voulu ressembler : ça été le cas pour Baudelaire quand j’ai commencé à m’intéresser de moi-même à la poésie vers la trentaine...



Patrick - J’aime bien aussi le terme de « transprose » ou de « transprosition », née de nos discussions. J’ai l’impression que tu es en train d’élaborer une nouvelle forme poétique peut-être bien! Stimulant!!



Pierre - Oui nous sommes peut-être en train d’élaborer une nouvelle forme poétique … j’avais écrit là dessus , j’en avais parlé à Matthieu et je crois même qu’il se trouve quelque part dans le Dépôt un mini-manifeste*** où j’en parle et pour le reste j’ai tout effacé parce que mes idées n’étaient pas au point, mais par exemple avec la discussion que nous avons et la trouvaille de ce mot « transprose » c’est un pas en avant puisque la transprose c’est le nom de la théorie qui donne les bonnes raisons de passer la poésie ancienne à la moulinette de la prose d’abord dans un essai des Cahiers de Lpb, et ensuite d’essayer d'envahir les manuels scolaires avec la transprose issue de la méthode "Les Marquises », c’est comme ça que j’avais qualifié la méthode qui consiste à aligner les vers et les maintenir séparés par cinq ou six espaces.. !!!! un projet fou qui me convient très bien.


Patrick - Pour ma part, ce qui m’est très important, c’est la spatialisation des poèmes, leur mise en page, la façon d’agencer les vers sur la page blanche. 


En voici le tout début d’un, écrit il y a quelques mois, intitulé « Le funambule » :


Le funambule 


Sur

Un

Fil

Suspendu

À

Ta 

Vie


Je cède aussi à la rime, et le concède, assez souvent même ! Question d’habitude je pense. De façon de penser et de créer. Et pour les rapprochements de deux mots sur leur seule sonorité. Un autre intérêt aussi, c’est de glisser un mot qui, justement, est isolé car ne rimant avec aucun autre du poème. Il est ainsi mis en exergue, par sa sonorité singulière. J’ai il y a peu écrit un poème sur Georges Arnaud, auquel très gentiment et très savamment a collaboré Matthieu. Le mot « Serpe » reste seul, comme tranchant. Central. Crucial. Voilà la vraie bascule du poème.



Pierre - pour moi la rime est une invention toute naturelle quand on invente une chanson sur le bord d'un chemin en marchant…mais de là à ce que la sévérité de la rime occupe des siècles de poésie je dis non ! Cela suffit ! 

Laissons la rime au passé de notre civilisation et ne l’utilisons plus qu’exceptionnellement.


Réfléchissons un peu à la question de savoir quelle a été l’utilité de la rime et parallèlement à cette question quelle a été l’utilité du rythme dans la poésie ? L’utilité de la rime et du rythme, l’utilité des contraintes en général c’est de permettre une diffraction de la lumière de la pensée. Quand on a compris l’importance de la contrainte dans la poésie on ne s’est plus contenté de la rime et chacun s’est progressivement approprié la contrainte, chacun à sa façon, chacun ayant inventé sa propre contrainte pour permettre la diffraction de la lumière de la pensée. Le vers est pour moi le fondement de tout. Le vers contient la pensée diffractée comme de la lumière à travers un prisme.


J’aimerais bien lire ce poème sur George Arnaud que vous avez écrit à deux...



Patrick - Et dernier intérêt, écrire un poème qui « ne rime à rien », un peu à la manière de l’oulipo, intitulé « Quatorze triomphes belges »...titre qui réunit si je ne me trompe pas, les trois seuls mots qui ne riment avec aucun autre mot de langue française. Pour l’instant, je m’en suis arrêté au titre ;-)


Pierre - quatorze triomphes belges pourrait presque être un de tes meilleurs po à condition de rajouter un deux ou trois mots…

( po est un mot invariable)




Patrick - Je rédige dans les semaines à venir la présentation de Laâbi, que je te soumettrai ensuite. Je ne sais pas si vous avez quelque chose sur La Ville de Mirmont, mais je suis preneur si besoin!



Pierre - pourquoi pas en effet ? Si tu veux nous pouvons collaborer dans le choix des textes (4) et toi tu fais une courte présentation (courte ne veut pas dire que si le coeur t’en dit tu ne la fasses pas longue). Nous pourrions présenter le texte d’introduction des poèmes que j’ai mis ci-dessus en prose et trois autres textes ainsi que le lien vers la chanson de Julien Clerc. - à ce sujet je te signale que j’ai installé les photos des pages de Mirmont que tu m’as envoyées dans l’Esplanade du Cabanon https://lapageblanche.com/le-depot/cabanon/esplanade-du-cabanon/jean-de-la-ville-de-mirmont 


Patrick - Je te fais passer également quelques petites pépites! Toutes tirées de « Jean de La Ville de Mirmont, Œuvres complètes » de Suffran, aux éditions Champ Vallon (1992). À savoir :

- Une reproduction de l’édition originale de « Jean Dézert » , tirée à quelque 300 exemplaires, et pratiquement introuvable maintenant ( Thierry, de Finitude, s’est basé sur une réédition vieillotte pour sa future œuvre illustrée). 

- Un portrait peu connu de La Ville, qui fait plus penser à Jean Dézert, avec cette position assise nonchalante...

- Le manuscrit du fameux poème V « Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte! » ainsi que le texte dactylographié ( désolé, photo de moindre qualité mais je n’arrive pas à avoir mieux!).


Et en complément :

- La mise en musique de « Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse » de Julien Clerc, peu percutante à mon avis, avis que partage un poète que j’ai rencontré par hasard dans une bouquinerie de Luchon, et avec qui j’ai sympathisé, Elrik Fabre-Maigné, toulousain et occitan, très axé sur l’ancien français, les troubadours et...le rock des Doors ( dont il a connu le chanteur, Jim Morrison! Quand même!). Je te mets le poème aussi en PJ, poème qui a son intérêt car il clôt la première partie du recueil « L’horizon chimérique ».

https://youtu.be/mPUadCK_HaE


Pierre - j’ai placé aussi la chanson de Julien Clerc sur les Bancs du Dépôt, personnellement j’aime bien, et j’pense que cette chanson vieillira bien comme celui qui en a écrit les paroles… elle vieillira bien comme la voix chevrotante de Julien Clerc et ses mélodies romantiques… comme les paroles des chansons de Bob Dylan que j’ai traduites (j’en ai traduit 80 parce que la traduction à deux balles (en vérité Cinquante) de chez Fayard par trois mauvais traducteurs associés me semblait une trahison des paroles de l’auteur Bob Dylan, à qui j’ai écrit récemment mais je n’espère pas une réponse car depuis qu’il a reçu le prix Nobel il est complètement sonné.



Patrick - Dernier petit point, je te fais passer un texte d’un poète girondin que tu connais peut-être, qui est aussi lormontais, et que j’ai rencontré dans le cadre de mon travail. Il s’appelle Franck Lafossas, aussi connu sous le nom de plume Dune-Pontac, du temps où il était magistrat. La mise en page de ce texte, sur Lormont justement, m’a rappelé tes essais de tranprosition... même si lui reste très attaché à la rime!


Pierre - je ne connais pas Franck Lafossas, Dune-Pontac, mais une amie par intermittences, toulousaine, m’a fait connaître un poète toulousain que je conseille, zut son nom m’échappe … Serge Pey !


Patrick - Voici pour les diverses pensées poétiques du soir, cher Pierre!


Au plaisir de te lire, et de poursuivre ces riches échanges,




Pierre - je me suis permis d’associer Matthieu à notre échange…


amitiés à vous deux



*** MANIFESTE POUR LA PAGE #1    L’arrangement classique en vers libres doit être remis en question      Le poème comme des phrases ou des morceaux de phrases séparés par des espaces plutôt que des sauts de ligne     quelque chose entre l’arrangement de prose      et l’arrangement de vers      Je pense avoir découvert un nouvel arrangement pour la poésie      qui ne soit ni prose ni vers     Une prose avec des espaces dans la prose correspondant aux souffle au rythme et à l’intonation que veut donner par écrit      signifier la parole.