La
page
blanche

Le dépôt

Pierre Lamarque, éditeur de la revue LPB

Confidences d'un homme des champs (1)


Ainsi lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.

Michel de Montaigne.


Rien ne dure, n’est fini, ni parfait. (C'est un principe au Japon).




(OK, JE T'APPELLE UN PEU PLUS TARD)



Il était une fois nous avons besoin de l’enchantement que peut provoquer la poésie écrite.


Dans la nuit sans étoile, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grand route.


Je me pose beaucoup de questions sur le Dépôt… comment faut-il qu’il fonctionne, à quoi faut-il qu’il serve… et je crois que ces questions n’auront jamais fini de se poser… le Dépôt de LPB c’est le domaine féodal de LPB et la revue LPB c’est le château de LPB… un château habité par des princes de la poésie et des princesses de la poésie successifs dans le temps… le domaine autour du château est habité par de simples paysans et artisans et troubadours, des gens aux multiples savoir-faire …LPB est une entreprise féodale, anachronique… Dans le Dépôt les boulangers que nous sommes font cuire et placent leurs pains et leurs gâteaux sur leurs étals.. L’idéal serait que tous les paysan et paysanne, artisan, troubadour, boulanger pâtissier, puissent avoir un accès direct à leurs boutiques. La gérer comme ils l’entendent. Le pain ce sont les poèmes, mais aussi les articles critiques de toute sorte, particulièrement les articles de poésie ou de littérature… à priori je pense que tous les auteurs invités dans la revue LPB ont droit à leur pièce dans le dépôt, qu’ils auront à gérer eux même directement car ils auront les clefs du Dépôt. On n’en est pas là mais je crois qu’on se rapproche de cette solution… le choix des participants du dépôt se fait en amont du dépôt, parmi les participants de la revue LPB elle-même… qu’importe et tant mieux si dans quelques années il y a des centaines de noms dans ce dépôt…

Si pour tel ou tel poète le niveau de ce qu’ils déposent devient trop faible à notre goût, nous nous chargerons de leur dire, le secrétaire de direction de LPB Matthieu Lorin ou moi… Voilà où j’en suis de mes réflexions.


Ma soeur, Calique Dartiguelongue, est une personne modeste, et tellement modeste que je ne l’avais pas jusqu’alors vraiment appréciée dans ses capacités de poète, même si j’avais publié ses textes dans la revue LPB. Mais voilà l’erreur réparée, Calique a sa place à nouveau dans LPB, Calique est reconnue, Calique est rassurée, elle m’a décrit son état d’âme de poète, sa secousse de bonheur en lisant les mots d’un mail que je lui envoyé récemment. Calique est le prénom qu’elle s’est donnée à elle-même dès qu’elle a commencé à parler.


En fait, depuis un certain déclic que je ne saurai dater exactement, il y a quelques mois, je suis en écriture permanente… avec des dangers d’emballements… une suite d’instants étonnés, des fois j’en viens à m’en inquiéter mais la plupart du temps je suis simplement étonné, et cet étonnement m’est plutôt une bonne disposition mentale…être étonné du monde comme de soi-même... Tout ce passe comme si j’avais adopté un rythme souple et intellectuellement actif.


Depuis aujourd’hui j’ai décidé de pimenter mon journal d’un homme des champs avec des souvenirs marquants de ma propre vie…j’en ai installé un au début du chapitre 2 et un j’en écrirai un autre bientôt, que je placerai vers la fin du chapitre 2…L’idée m’ en est venue à la lecture de nouvelles de Raymond Carver, des nouvelles qui racontent la vie ordinaire - la prochaine nouvelle à lire c’est Les vitamines du bonheur…Ce sont des textes qui me semblent plus ou moins autobiographiques et qui ont pour autre particularité de se terminer en queue de poisson, et j’essaierai de rendre cette même impression dans chaque souvenir que j’écrirai… J’ai lu des autobiographies mais ce genre littéraire ne m’intéresse pas en soi…autobiographie est synonyme pour moi d’autosuffisance… par contre, glisser des germes de souvenirs personnels dans un roman, une nouvelle, un journal me semble une bonne idée… Le genre littéraire du journal me plait bien… plus facile à écrire que le roman… le roman est un exercice d'écriture pour moi difficile sinon impossible… je ne me sens pas fait pour les récits de fiction… la seule tentative que j’ai faite s’est vite révélée une entreprise ridicule et au bout du compte j’ai juste pu écrire une nouvelle… peut-être que je pourrai la relire un jour pour voir si je peux en faire quelque chose de mieux… mais maintenant c’est certain je me sens devenir écrivain… je n’ai jamais voulu être écrivain, c’est en écrivant qu’on devient écrivain…




Le livre que je préfère de Céline (j'aime tous ses romans comme sa thèse de médecine), c’est Guignols band… Oui, un livre se souvient parfois du lieu où on l’a lu : je lisais Les vagues de V. Woolf assis dans l’eau au soleil de la Côte d’Azur et ce livre en a gardé le souvenir, les pages gondolent…

Un roman de Simenon, Le cercle des Mahé, a été imbibé de la pluie de Porquerolles où se passe l'action… Je fais souvent des cornes aux pages de mes livres, quelques fois le livre double de volume, quelques fois j’emploie mon crayon coquelicot pour souligner ou marquer des passages. L’état du livre m’importe peu et j’achète des livres d’occasion en ligne, c’est ainsi que je découvrirai bientôt Tristan Egolf.


L’étranger de Camus est de ces premiers livres de littérature qui m’ont impressionné, comme La peste, et en particulier les première pages de La peste, où l’auteur fait le récit ironique d’un écrivain qui bute sur la première phrase de son roman ; du genre ‘Par un après-midi de dimanche ensoleillé'.


Romain Gary Ajar c’est bien plus tard que je l’ai lu et j’espère découvrir encore beaucoup d’écrivains superbes d’autrefois et d’aujourd’hui. Voilà comment je fais depuis des années pour choisir des livres : je cherche à connaître systématiquement le ou les écrivains que peut citer l’auteur.


Quand a commencé cette revue, je ne m’imaginais pas que j’entrerais comme Alice dans un monde merveilleux. La littérature, philosophique, poétique et romanesque étaient déjà en soi un monde au trouble émerveillant où je m’évadais de ma médecine en apprenant toutes sortes de choses utiles à l’esprit. Je savais à peine que faire une revue de poésie c’est entrer en contact avec des gens qui écrivent. De même, c’est une chance que j’ai saisie quand mon caniche Crack m’a proposé de devenir son maître… depuis le début les choses ont évolué dans le sens où aujourd’hui j’ai plutôt un sentiment de solitude, d’être seul, Crack se tient à distance, il me délaisse …


Aimé me dit " Je viens d'aller voir sur le site. Il faut aller au bout de votre démarche et seul le temps (vous) dira si ce projet épistolaire est viable, intéressant et constructif. Je pense qu'il peut l'être, qu'il peut-être quelque chose qui se rapproche des Papier-Collés de Perros, une succession d'impressions, de pensées. Le titre me rappelle le théâtre et ce sentiment d'incommunicabilité qui traverse le théâtre contemporain (Lagarce, Y. Reza...)".


Je tente d’écrire le journal d’un éditeur de poésie sur internet. J’écris en "live", devant une grande salle presque vide, cherchant refuge dans ta bonne oreille, petite cuillère.


J’avais un ami que j’ai perdu de vue et c’est pour moi maintenant impossible de le retrouver, pourtant j’ai essayé. Cet ami, Philippe Fournier, qui a pas mal écrit dans les premières années de LPB, se faisait appeler Sonneur. Il jouait de la cornemuse et je l’avais rencontré

dans un concert de cornemuse à La Brède, tout près de chez moi. Nous avions sympathisé et Sonneur m’avait fait découvrir les livres et les peintures d'un auteur périgourdin, François Augiéras, qui mérite d’être connu. Sonneur avait aux dernières nouvelles pour ambition de lire tout Chateaubriand. Il a dû mourir d’une indigestion ou se noyer dans une cuve de menthe à l'eau. Je n’ai plus de nouvelles. Ce sont des problèmes de communication que nous rencontrons dans la vie et nous ne sommes pas capables d’expliquer ni de résoudre ces problèmes.


 Le titre de mon essai mi roman épistolaire mi papiers collés m’a été soufflé par le texte d'un sms que j’ai reçu de Mickaël Lapouge le réalisateur du site LPB. Ma vie est une succession de problèmes de communication, mais j’ai su les surmonter. Seule la mort a pu me séparer des gens que j’ai aimés et que j’aimerai toujours aimer. J’ai commandé Art de Yasmina Raza que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup Lagarce. Voilà...


Je crois que ce qui importe pour Crack c’est sa propre vie, à laquelle, je crois, il réserve son temps maintenant (il vit, petite boule noire, dans les nuages blancs avec les anges) . 


J’ai lu Regain de Giono, un auteur que j’aimais beaucoup lire dans ma jeunesse. Une de mes vieilles patientes passait avec son mari, poètesses toutes deux, leurs vacances avec Jean Giono. J’ai lu aussi La promesse de l’aube de Romain Gary.


Un poète parmi ceux que je préfère : Thierry Metz. J’aime bien aussi Jean - René Cocteau… Rien à voir avec l'autre, que j'aime aussi. J'ai un faible pour Richard Brautigan.


Ce matin je me suis réveillé avec l’idée en tête d’aller tout de suite retirer ce texte du Dépôt ; ça m’arrive de dépasser les limites, une nuit, dormir, suffit à retrouver la lucidité du matin; la lucidité du matin ressemble au lever du jour; le matin on sort de l’obscurité.

Aujourd’hui j’ai traduit deux poèmes de l’américain Allan Graubard; il m’a présenté quatre textes pour la revue; chacun de ces textes est une évocation d'amis poètes et d’un ami musicien compositeur et chef d’orchestre; ce soir je traduis les deux autres. Voilà encore un poète qui a assimilé la leçon surréaliste :


Bonjour Allan,


avant de lire un de vos cahiers de poésie il faut que je le traduise, afin de bien le savourer, alors si vous voulez, je voudrais traduire en français un cahier de vous.


Le dynamisme de vos images me rappelle la force de la poésie surréaliste et me donne le plaisir de goûter aux sources de votre imagination.


Cette séquence de quatre textes anglosaxons en l'honneur de vos amis, si elle vous convient dans ma traduction franche et loyale, pourra paraître dans le n° 56 de LPB.



«  Un lent, sombre paysage d’échos et de fabrications…

Et du silence de l’autre côté… » 



«  et des ressorts délicats fleurissant sur chaque image … » 



«  cette chaleur

de laquelle

os chair habits et mots 

         sont nés

en nous

     de nouveau » 



«  .......... moi

cet amour de la vie d’amour et de vie

grillon insatiable qui racle sous la lune » 



«  quand les étoiles coulent dans la brume de fer

   qui transpire dans une rue vide » 



Quand j’ai traduit les textes des chansons de Bob Dylan - d’abord depuis un livre de Songs of Bob Dylan for ukulélé, j’ai voulu rester le plus possible près du texte original; le choix des mots doit être au maximum respecté dans la transcription. Le choix des mots et la structuration des phrases font partie de la personnalité de l’écrivain, pas seulement ce qu’il dit mais comment il le dit. Les traductions que j’ai pu lire ne m’ont pas du tout convaincu et c’est pour cela que je me suis lancé dans la traduction de 80 chansons, seule façon pour moi d’entrer dans l’univers de Bob Dylan.



Poème 4 : poème d’amour


Coucher

avec elle

est comme

coucher

avec

un balai `

de sorcière.


Ses yeux

ont

l'émotion

Du papier de verre.


Quand je l’embrasse,

c'est comme

embrasser un piège

à souris qui

vient 

de se refermer.


(Je n’arrive toujours pas

à comprendre 

pourquoi je l’aime

plus que tout.)


Richard Brautigan

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus

Poésie Points



Vendredi 12 février 2012 - J’enlève, je nettoie, j’ai fait une nouvelle présentation du Dépôt de LPB, plus conforme à l’esprit que Constantin Pricop a insufflé à la revue LPB.

Je ne veux plus promouvoir les nouveaux venus, c’était une idée d’amateur. À quoi bon m’étendre dans une médiocrité qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la médiocrité ambiante.

Il y a quelque chose de médiocre en moi que je ne comprends pas, que je ne maîtrise pas, que j'essaie de maîtriser.

Je ne laisserai dans mon Dépôt que les auteurs avec lesquels je ressens des affinités, comme je ne laisse sur les murs de ma maison que les peintres avec lesquels je ressens des affinités à long terme.


Je regrette que Constantin Pricop ne continue pas à écrire des billets et points de vue, car c’est ça qui donnait à chaque numéro de la revue LPB son style, sa personnalité, exactement ça, plus les longues lignes droites en pointillés du réalisateur du site, plus les choix des textes présentés.


J’ai l’impression d’être un amateur. cette impression m'est désagréable. Je ne m’empêche pas d’écrire pour moi, à condition de ne pas publier mes racontars. Pourtant je le fais, je les publie.


J’entame un nouveau livre de Brautigan, La pêche à la truite en Amérique, après avoir lu coup sur coup deux livres de sa poésie,

sa poésie est tout à fait unique par sa simplicité, sa légèreté, et sa fantaisie ; je me sens heureux comme un poisson dans l’eau

lorsque je lis les livres de cet auteur, romans ou poèmes. Mes amis d’Émmanuel Bove, Mémoires sauvées du vent de Richard Brautigan,

Des aveugles d'Hervé Guibert, (entre autres) romans à lire..


" Vous ne pouvez pas être confiant tant que vous ne savez pas qui vous êtes. La plupart d'entre nous traversons la vie sans vraiment nous connaître, sans jamais vraiment découvrir. Nous faisons ce que les autres nous disent de faire, puis nous mourons. C'est une tragédie. Ne laissez pas cela vous arriver. Chaque jour, prévoyez 20 minutes pour écrire. Imaginez la vie que vous voulez avoir. Écrivez cela. Travaillez dessus, jusqu'à ce que vous puissiez voir comment cela peut devenir une réalité. C'est le pouvoir de l'écriture. Vous devez imaginer un fantasme, imaginer une vie que vous voulez, avant de pouvoir la poursuivre. C'est pourquoi tant d'entre nous sont coincés. Nous ne savons pas que nous méritons mieux parce que nous ne savons pas à quoi ressemble le «mieux». Bref, s'il vous plait, devenez plus intelligent-e" .

Ksenia Anske


Je suis sorti tout à l’heure pour faire la vidange de ma voiture… j’ai attendu en lisant La pêche à la truite en Amérique, dehors il pleuvait, mais par chez nous c’est rare qu’il fasse froid.



Si l'aveu de la médiocrité n'empêche rien, elle est une prise de conscience de sa possibilité, ce qui est déjà un pas fait sur le côté : comme si elle ne pouvait pas tout à fait nous attaquer de face. C'est du moins ce que je me dis pour tenter de me rassurer.


J’attribue la médiocrité - manque de perspective par rapport à un horizon, à l’émotivité, au manque de contrôle des émotions, manque qui est quelque chose de tout à fait normal et structurel pour moi… la reconnaître n’empêche pas l’émotivité, c’est à dire la médiocrité, la débandade, mais ça permet de faire un pas de côté comme un écarteur de vaches landaises…transformons nos médiocrités en un arc élégant face à la corne et au plus près du danger de l'arène. Il y a une grande différence entre émotivité et émotion, l’émotion est quelque chose, l’émotivité autre chose… Bon, à part l’émotivité, il y a aussi cette tendance à fondre dans la médiocrité ambiante, ne serait-ce que la médiocrité du ciel.



La trame de mon journal m'importe beaucoup, elle est un dialogue invisible, c’est la trame qui permet de constituer un tissu...



Tant pis si certains s'en offusquent mais il ne reste plus dans le Dépôt que des poètes que j’aime depuis un certain temps…pour différentes raisons, à chacun la sienne.


J’ai réalisé que le labourage et pâturage du dépôt et celui de la revue c’est un même job.


Concours de poésie sur un thème oui, mais un seul thème : la poésie. Demander des contributions critiques, je le fais soit en m’adressant directement à un auteur de la revue, soit en passant un message par mail. Je parlais de cette question des apports critiques dans la rubrique Le dépôt du Dépôt. Mais maintenant cette rubrique a disparu. Quant aux entretiens en général je n’aime pas, je ne sais pas pourquoi, cette formule, ce qui ne m’a pas empêché hier de succomber à la tentation de parler de LPB avec Denis Heudré pour la revue Recours au poème.


Les images de couverture de LPB… Tout a commencé en 2008 quand j’ai fait la connaissance de mon ami jcb, cheminot, mais aussi peintre et poète, par l’intermédiaire d’un ami commun Patrice, Patrice que je fréquente depuis 1991, qui a écrit des poèmes dans sa jeunesse et qu’un jour je présenterai - au moins un de ses textes, dans la revue LPB car il a un style, comme Brautigan a le sien, et jcb aussi… (jcb : Jean-Claude Bouchard)… et Mickaël Lapouge le réalisateur aussi mériterait que je présente ses textes dans LPB. Coralie Meïsse que l'on pourra lire dans le n° 55 est une amie d’enfance de Mickaël Lapouge, et le poème que je publie d’elle est un poème qu’elle a écrit il y a des décennies, quand elle avait seize dix-sept ans. Les textes que je possède de Mickaël Lapouge datent de la même époque ; mais il ne veut pas que j’en publie ; il faudra que j’insiste ; l’âge n’a aucune importance en poésie, voir le cas de Jean Arthur Rimbaud...




Tableau


Sous les nuages blancs, la neige tombe.

On ne voit ni les nuages blancs ni la neige.

Ni la froideur et l’éclat blanc du sol.

Un homme seul, à skis, glisse.

La neige tombe.


Yasmina Reza 

Art

Ed. Magnard


J’ai trouvé ce poème à la fin du livre Art de Yasmina Reza . J’ai découpé ce passage du texte et j’ai ajouté le titre (un tableau blanc est le sujet de la pièce de théâtre intitulée Art)… je le place dans la rubrique ‘poète du monde’ de LPB et dans mon journal (j’aime l’art pictural… j’aime aussi le jeu des relations, les dialogues, entre les personnages de théâtre. Le théâtre, un genre littéraire à part entière, comme la critique ).

Personnellement j’aime lire les pièces plutôt que les voir jouer par des acteurs mais avec des acteurs pareils (Vaneck, Arditi, Lucchini)…j’aimerais voir la pièce…j’espère qu’elle a été filmée…


J’avais un ami d’études, Émile S., qui peignait des tableaux blancs avec des reliefs blancs, un peu comme le tableau blanc objet de la pièce de Yasmina Reza. Personnellement je trouve que le blanc n’est beau que dans la nature et dans les tissus. Entre un tableau blanc et un bidet, je ne vois pas de différence. Le blanc n’est-il pas plus laid que le noir, c’est une question que je pose souvent à la page blanche... Le blanc en poésie est possible aussi, le poète dessine des traits fins avec de timides couleurs autour presque invisibles sur la page blanche…


La formule du dialogue m'intéresse… Toute relation, je suis sûr de ce que je dis, est un dialogue possible/impossible (il y a sûrement un mot en Égypte antique pour dire la réalité possible/impossible )… rien de plus intéressant et surtout rien de plus important dans notre vie que le dialogue. Je trouve qu’un bon dialogue, un bon dialogue à deux ou plusieurs, peut finir en partie d’échecs, de verres, de musique …


Je suis content de mon caniche Crack, hein, toujours là près de moi !



Merci; je dis merci à celui qui me parle de tel ou tel écrivain. Il ouvre des portes, ouvrir des portes c’est d’ailleurs son métier de professeur passeur . Quel beau métier, j’aurais du y aller, plutôt que la médecine. Ou alors j’aurais du être prof de médecine et pas seulement maître de stage…Car l’enseignement c’est ce qu’il y a de plus noble parmi les métiers. J’ai eu la chance de connaître en 6ème et 5ème une professeure - à l’époque on disait professeur, on n’avait pas alors l'idée obsédante du sexe, ni le rappel à la loi des féministes, professeure de français qui a ouvert sa porte à un gamin de 9 ou dix ans. Elle m’a fait saisir les mots comme des choses vivantes. Je me suis souvenu avec vénération de ses leçons, de sa personnalité, de sa qualité. Ensuite, dans mon souvenir, la littérature enseignée à l’école était souvent médiocre, très souvent médiocre. Et de même les efforts démesurés des enseignants en mathématique pour faire aimer les mathématiques, arithmétique, algèbre, géométrie, médiocres aussi. En sport, l’enseignement était quasi nul, hormis celui de la mêlée des dieux du stade. Cela tient peut-être au fait que l’enseignement, l’éducation, est une administration sans beaucoup d’ imagination… Parler avec un bon professeur pour moi est une aubaine. Un bon prof parce que bien formé, sans doute, je suppose, les programmes d’enseignement sont-ils de meilleure qualité à Chartres aujourd’hui qu’à Carcassonne autrefois, sans doute, je suppose, j’ai même quelques indices sérieux qui me le font penser quand je l'écoute.


Crack m'attend tous les soirs devant le portillon.



Toujours en cinquième, ou peut-être en quatrième, j’avais eu un prof de sciences de la nature (on disait sciences naturelles) qui était un universitaire travaillant dans la géologie. C’était passionnant, d'autant qu’il nous faisait des cours pratiques très pratiques dans les torrents et les garrigues de l’Aude, mais presque anecdotiques par rapport aux sciences fondamentales hélas si mal enseignées à ‘école, sauf le français en 6ème 5ème. L’importance d'un professeur laisse des traces indélébiles dans l’esprit d’un élève. La transmission, le fait de passer de la connaissance, du savoir, mais aussi le fait de savoir transmettre, selon la personne que l'on est, à sa façon, voilà tout l’art des humanités et des humbles poètes. Bon, finis les longs discours.


Je n'ai pas la passion des échecs. Je n'ai pas un goût prononcé pour la géométrie. Les échec, le jeu, pour moi c’est une suite de petits cris rauques poussés sur un damier, et le fou est presque aussi dangereux que la dame tandis que le roi est ubuesque, les cavaliers surprenants, les fantassins des troufions, des bidasses, des pions, de la chair à canon, qui pourtant, compte quelques fois dans son gras-double des héros. J’ai joué aux échecs avec mon père puis quand il est mort j’ai laissé ce jeu où il faut être deux. Les échecs c’est un jeu d’aventure.



La patience c’est le contraire de l’émotivité : la meilleure des tisanes c’est la tisane des impatiences. J’aime aussi la ténacité et la pugnacité, l’audace et le courage, la stratégie et la ruse, qualités qu’on retrouve avec la patience dans le jeu d’échec.


Oui, tout le monde a fait cette expérience du dialogue de sourds où chacun interrompt l’autre pour "en placer une" en développant uniquement et exclusivement sa propre idée : communication possible/impossible…je pense qu' il n’y a pas lieu de différencier dans le dialogue le sens du mot échange et celui du mot partage… l’écoute est bien la condition du dialogue…l’écoute est bien la capacité à aller vers l’autre...


Je suis en train de lire La pêche à la truite en Amérique, youpi c’est très bon ! Je trouve les comparaisons de Brautigan savoureuses et impertinentes, mais les profiteroles, j’aimais tellement ça !


Aimé, me parle de gens que je ne connais pas comme Henri Calet l'écrivain, dont le père était un vrai faux monnayeur et qui avait lui-même joué les Arsène dans sa jeunesse. J’ai commandé Rêver à la Suisse d’Henri Calet, pour faire connaissance avec l'auteur et envoyer subrepticement le livre à mon fils Guillaume qui vit en Suisse. Rayonnement de la culture livresque française à l'étranger (mais pas en France) en échange d' un timbre d'un euro à la poste de Beautiran..


Les mots prononcés et entendus comme des actes qui peuvent changer la vie, qui expriment des changements de paradigme… les mots comme meilleure défense face à l’attaque. En amour, les mots comme meilleure attaque face à la défense.


J’ai pris en horreur le bachotage après l’avoir beaucoup pratiqué pendant mes études de médecine. Quand j’ai commencé ces études , j’avais eu des notes brillantes au bac en Sciences Expérimentales, dans toutes les matières sauf un douze à l’oral en français, le prof m’ayant interrogé sur Zadig qui n’était pas au programme, mais que j’avais lu par plaisir, il est vrai que je n’ai pas su dire au prof que Zadig n’était pas au programme, tellement j’étais timide... Ça s’appelait ainsi, Sciences expérimentales …et comme j’aimais beaucoup la biologie, grâce à la prof de biologie en terminale, j’avais choisi la médecine, ne sachant pas l’énorme quantité de travail de bachotage qui serait demandée, j’ai pas mal déchanté tout au long de ces études. Pourtant j’essayais d’apprendre intelligemment, pour pouvoir retenir j’essayais de bien comprendre ce qu’il fallait retenir.


Des nuances de lumière … Même sans lune et par un ciel couvert on n’est jamais totalement dans le noir, même en fermant les volets et les yeux…et le blanc de la neige n’est pas du tout le même en plein soleil et à l’ombre.


Dans les échecs, ce que j'aime, ce sont les préparatifs, l'envie de piéger l'autre. Il faut être patient, mais pas trop : il faut forcer l'autre à ne pas l'être ou à l'être trop. Il faut attirer son oeil vers le soleil pour le renverser ensuite. Ma pièce préférée : le cavalier, si difficile à maîtriser, si imprévisible. J'aime aussi le pion : seul il n'est rien, à deux ou trois il peut aller jusqu'à la reine grâce à un gambit hardi.


Contre moi il faut se servir des tours, il faut roquer. c'est fait.