La
page
blanche

Le dépôt

Pierre Lamarque, rédacteur de la revue LPB

Poèmes

Deuxième cahier




CHANGEMENT

Changement, lumière, chaleur, pureté, gaz, forme, mélange, liquidité, informe, lucidité, immobilité, ténèbres, froid, changement, lumière, chaleur.




YES WE CAN

exchange expensive words for free.



LA COURBE DE SES YEUX

à Françoise

courbe, tour, rond, danse, auréole, berceau, ailes, bateaux, couvée, berceau, rosée, source, éclats, couvée, aurore, feuilles, mousse, roseaux, vent, ailes, ciel, mer, paille, astres.



THE CURVE OF HER EYES

to Françoise

curve, turn, circle, dance, halo, cradle, wings, boats, brood, cradle, dew, source, shards, brood, dawn, leaves, moss, reeds, wind, wings, sky, sea, straw, stars.




LES JOURS S'EN VONT COMME DES CHEVAUX SAUVAGES DANS LES COLLINES

De la glace pour les aigles p 29; Supplique à une jeune passante p 30 - « semble-t-il » - « les crânes qui nagent à nos pieds » - « ne chasse jamais tes actes d’amours à travers les allées résidentielles » - « en acceptant la télévision et un mari gnangnan » - « ne nous renvoie pas à Balzac, ou à l’introspection, ou à Paris, ou au vin » ; Corbeille à papier p 31 - « traces, anémie et diablerie et que pouvons-nous faire de ça ? » - « pourquoi tes poèmes sont-ils tous personnels ? » ; Les vieux films p 32 « Eh ! vous croyez qu’on peut la baiser avant qu’elle meure ? » ; Paix p 33-34 «et j’étais là aussi ».  

 

 

PREMIER TEXTE DU CHAPITRE DEUX

Lettres en processions, chenilles des chemins. Lettres mignonnes, oiseaux des fils. Lettres de petit calibre, assez timides. On remarque sous les lettres la présence d’une page et des espaces entre les lettres, célibataires, en couple, en familles nombreuses et petites familles. Avec cela de légers incidents, accents, contorsions diacritiques suscrites ou souscrites faufilées partout comme des traces anciennes de lettres, des ruines, enfin les signaux isolés en forme de virgule, de point, deux points, trois points, trois points laissés en avant comme des cônes.


 

ROUGE SANG 

Je rêverais que je me taille un doigt, dans mon idée jaillirait de l’entaille la couleur mêlée de terre étalée sur une fresque dans une caverne, devant l’entrée de la caverne une estrade, pour le concert on a disposé des cônes de chantier tout autour, histoire de respecter la distance communément admise.

 

ÇA PENSE POUR MOI

 Quand j’écris, déchiffreur des notes de ma partition, ne me sens pas écrivain, à la rigueur écriveur ou seulement écrirêveur. Aussi, quand j’écris, ne me sens pas exister. Quand j’écris, sais que n’existe pas. Car je est un pronom personnel, le pronom de personne, point barre. Est la construction grammaticale du sujet. Mon esprit existe mais je n’existe pas. Ou n’existe que comme un produit de mon esprit. Comme une image, comme une abstraction. Est un hologramme grammatical. N’existe pas en soi, mais pour soi, comme toute image. Comme tout ce qui, image, traverse le cerveau. Et le monde  lui-même n’existe qu’en pointillés, qu’en signes traversant mon corps. Je y compris. Ma réalité, mon réel, existe sous forme de signes et de signaux, vecteurs de sens, transmis par des neurones faiseurs de sens. Je est tout autre : un élément de langage neuronal. Vous m’avez téléphoné hier soir et j’ai eu votre message, désolé mon téléphone ne fonctionnait pas, un problème de carte sim tout d’un coup non reconnue; C’est dommage. Donc, je pense que n’existe pas. D’ailleurs, ne pense pas, ça pense pour moi. 

  

VOS BEAUX YEUX

Vos beaux yeux madame me font mourir madame. Vos mollets me piétinent d’amour (tout a commencé avec la formule bien connue du Bourgeois                    , de Molière. Cela fait quatre             que     Jourdain, amoureux de la Marquise Dorimène, s’extasie sur la découverte de la prose.         avec laquelle j’ai joué à mon       dans le premier      de ce bref     sans titre en deux   , puis                 l’évocation d’une personne aujourd’hui disparue rencontrée à Bordeaux,                            une suggestive beauté aux yeux bleus élancés, dont les ficelles des sandales s’   roulaient autour des mollets à l’antique                                    cette belle femme était                    . Pour     uer à quel po    je suis obsédé par les mollets de cette belle              , je précise que mon patronyme                    , datant                la guillotine, le         nom, pas                   grand père maire              , Lamarque                , pas le nom de mon père Charles pas le nom de Pierre,                          je m’appelle Pierre Lamarque       mon vrai                               Lamarque, je ne suis pas un Lamarque c’est Les Marquises. Pierre                 de la noblesse libre en gilet jaune. 



COMPAS 

Tout cercle écarte son compas. Tout compas droit et debout dans son trou fait son virage, son demi-tour, son tour. Tout compas perdu, esseulé, déboussolé, indique une direction à l’envers. Tout compas se désarticule sur toute page en général, il suffit de peu. Tout compas pointu traverse toute page. Tout compas cherche à faire son trou. Tout compas pose la question de savoir qui est en dehors et qui n’en est pas.

 

 

 

DIFFÉRENTES MANIÈRES D’ABORDER L’AUTRE 

Il y a celui qui durçit le ton d’emblée, celle qui se présente simplement, poliment, celle qui présente son corps tailladé, celui qui parle, de temps en temps, assez humainement, celle qui montre qu’elle sait mais n’en sais pas assez, celui qui en sait assez et pourtant prouve qu’il ne sait rien, celle qui écoute et sourit, celui dont le coeur gros éclate, celle qui n’entend que ce qu’elle voit, celui sculpteur de reflets de salle à manger, celui qui ne sait pas où il en est, celui qui est mort, celle qui navigue en mer, celui qui aime, celui qui piaffe, celui qui semble endormi, celle qui est sa femme, ceux qui sont leurs enfants, celle qui danse, celui qui joue, celui en perpétuelle escalade avec sa chienne, celle qui suit, ceux qui sont leurs enfants, ceux que j’aime, ceux que l’on oublie, celui qui est tango tango, celui qui dit moi je, celle qui dit moi je, ceux qui disent moi je, celui et celle qui m’invitent, celle qui coud de la plasticine, celui qui lit ce qui est écrit sur un cahier brun, ou bleu, ou les deux, celui qui fume et qui boit, celle qui est hystérique, celui que j’aime qui en souffre et fait des poèmes pleins de souffrance, mais si beaux, celui qui se fout désormais de tout, qui renverse la table et fait tomber le vase plein de merde de la vie, celui qui n’en peut plus, ceux aux gilets jaunes qui n’en peuvent plus, la femme qui m’aime, la femme sarcopte, la femme que j’oublie…

 

 

GO 

Bas la campagne à la recherche du temps passé, fais subir le supplice de la planche à un pirate, vole l’âme d’un agent de police faisant sa ronde, promène-toi dans le jardin avec lui jusqu’à ce qu’il se calme (l’infirmière le fait marcher pour qu’il exerce ses jambes, elle le promène dans Paris, elle l’a pris par le bras, elle le raccompagne jusqu’à sa voiture), pousse la commode petit à petit, va et viens, promène-toi, circule.

 

 

 

L’OS COCHLÉAIRE 

Dès lors je cherchais un mot, pas un mot pour un autre, non, un mot pour moi, pour faire en sorte que mon enquête (et souvent piétine qui enquête, remarque Patrice), marquant le pas au début, dirai-je, je, je, je - je ne sais pas quel était ce mot que je cherchais, pour faire en sorte que mon enquête devienne un mieux disant; je ne sais pas non plus où chercher, j’ai gratté partout au fond de mes branches et finalement j’ai trouvé le machin dans un courant d’air collé sur un de ces lobes qui flottent à toute vitesse, à cause du ventilateur sous la poutre vacillante qui soutient tout l’édifice, hélas le machin perd toujours la boule parce que l’hélice tourne à l’intérieur de ses propres échos comme un atome enfourné par le trou noir de l’oreille et parce que c’est par là que se joue et se gagne l’osselet du maître outil. Voilà pourquoi l’os cochléaire. Parce que la cochlée tient fermement au sec les terminaisons synaptiques du point d. chez l’homme de même que les terminaisons dendritiques des points d. chez la femme se trouvent liquéfiées et disséminées dans les canaux semi-circulaires. L’équilibre parfaitement atteint n’existe pas plus que le nom divin de papa ne lui est donné à la naissance par de premiers cris de protestation, comme dit Patrice, mais l’équilibre nous l’obtenons nous les humains en puissance, virtuels, en faisant sans préparatifs baigner nos canaux semi-circulaires dès la conception avec la mousse de nos chères tendres sauvages sans fil et juteuses têtes d’asperges d. féminines à peine éveillées déjà décapuchonnées. (Le point d, les points d, asperges du désir).

 

 

 

PYRAMIDES 

Songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire vous contemplent. Et telles sont les pyramides, une enveloppe extérieure dans laquelle repose un intérieur caché. L’intériorité comme telle en face de l’immédiate existence. L’autorité pyramidale de la mort. Manque la hauteur de laquelle on pourrait tomber.

 

 

 

AMOURS ET DESESPOIRS   

Écoutez mon découragement, mon abandon, ma divagation, écoutez mon ivresse, mon sucré, ma gaîté, écoutez mon journalier, mon renouvellement, ma recherche, ressentez mon penser, mon impression, ma métamorphose, mes trouvailles, continuez par ma détresse, ma torture, ma colère, ma fatigue, mon suicide, mon atrocité. Discourez sur mon humeur, mon futur, mon imprévu, mon absolu, mon sobre, ma grandeur, ma communication, mon mépris, mon amour, mon indifférence, mon horreur, ma mort, mon vide de la raison, ma force, ma passion, mon envie, mon utilité, mon savoir, mon amertume, ma solitude, mon incertitude, mon égarement, mon inaptitude, ma liberté, ma soumission, ma sottise, mon désespoir, mon bonheur, mon malheur, mon équilibre, ma sûreté, ma confiance, ma trahison. Rêvez de mon impossible, de ma nullité, de ma folie, de ma raison, de mon pardon, de mes habitudes, de ma quête, de mon évasion, mon intérêt, ma fuite, mon sourire, mon idéal, ma faiblesse, de ma lâcheté, de mon envie de mort, de mon espoir, de mon pouvoir, de ma haine, de ma joie, de ma fragilité, de ma peine, de ma volonté, et mon ignorance, et ma fatalité, et mon regard, et mon amitié, et mes représailles, et mon mensonge, et mon art, et ma fausseté, et ma platitude, et ma souffrance, et ma présence, et mes souvenirs, et ma distance, et ma cruauté, et mes rires, et mon sommeil, et ma boisson, et mon tabac, et mon abus, et mes regrets. Adorez mon simple instant, ma société de discorde et de réveil, de pleurs et de peurs, de concret et de sérénité, apprivoisez règles, décision, ridicule, illogique, difficulté, extrême, soupçonnez mon malhonnête martyr, mon crime, ma croyance mutique, mes soupçons d’orgueil, ma sincérité, prenez plaisir à ma frustration, à mon attente et surtout à ma connaissance et à ma générosité… Enchantez-vous de mes paroles, et surtout adorez mes comptes, mon oubli, mes ordres, ma tentation, mon impulsion, mes leurres, mon invisible, mon sordide, mon désir.

 

 

GLYPHES   

Simplice, ligne, empattement et mécane purement rectangulaire , emparecte à congés, deltapode, deltapode à congés, filextre au clou à congés, clavienne, humanes, garaldes et réales (tout cela n'est que claviennes (du latin clavis, « clou »), gestuelle calligraphique ou brossée, romaine onciale germane alienne machinale hybride ludique transfuge, écriture régulière, écriture des clercs classique basée sur le Kai ti, l’extrémité des traits est carrée ou bien les extrémités et les coins sont arrondis ou bien les traits courbes sont remplacés par des traits inclinés avec des angles pointus ou ronds. Serif sans serif cursive monospace fantasy, comprenez-vous ? Je propose que les poèmes en prose et beaucoup de poèmes en vers puissent s’écrire en langue stoïchédone, i.e. que les caractères soient alignés, marchent en rang, à la fois horizontalement et verticalement, à la manière de l'alignement en rang d'une armée de personnages. Les lettres occupent alors un espace identique quelle que soit leur taille (par exemple i et w prennent le même espace) et chaque ligne comprend un nombre constant de symboles, ce qui a pour conséquence qu'un mot peut se retrouver à cheval sur deux lignes. Je cherche juste à donner un guide d’affichage de la poésie contemporaine. Cette disposition connaîtra un succès extraordinaire car les polices TrueType peuvent être complétées par des instructions extrêmement puissantes. Les polices numériques ayant un design particulier deviennent souvent protégeables par copyright. Enfin certains des algorithmes de hinting  pour TrueType obligent les alternatives open-source. 

 

 

NOUS 

Les étoiles tremblent de froid dans les citernes une rivière accourt et chante et danse et boit son petit doigt un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l'orange les rumeurs du jardin disent qu'il va pleuvoir un jour après un jour une nuit après nous.

 

SUJET

Moins une personne qu’une singularité désirante, une greffe en expansion selon un constant effet de supplément, un certain détachement appliqué à la manie poisseuse de souffrir, un penseur inventeur de pensées, un simple écumeur de livres, sa culture : le discours des autres, regards et paroles du dehors en soi, une poétique générale englobant philosophie, roman, poésie, critique, théâtre, musique, peinture, sculpture, installations, photographie et cinématographe, fragments de textes-limites, une écriture suffisamment ferme pour glorifier l’objet.

  

 

COMME 

Comme un arracheur de dents sans cachet d’aspirine, comme dans du beurre avec le bonjour de la crémière, comme un cheveu sur la soupe en forme de cœur, comme un coq en pâte sans cul ni chemise, un beau diable dans un rond de flan, une fleur dans un gant avec deux gouttes d’eau, comme d’habitude, comme un seul homme courant après le loup blanc, comme une Madeleine et son mouchoir de poche, le nez au milieu de la figure, comme un oiseau sur la branche, un perroquet, la peste, un phoque, sa poche, si de rien n’était, comme un pot, comme le vent.

  


JE DIRAI QUE JE SUIS TOMBÉ 

Je dirai que je suis tombé, c’est trop d’eau, trop d’eau désormais. Quand bifurque la voie s’impose le choix, et cela commence par un picotement. Je veux regagner mon caillou, ce n’est pas votre peau.

 

 

CONSTANTIN ÉCRIT

L’allemand comme le bruit fait par des véhicules à chenilles; le russe comme une confusion continuelle mais tenue avec force ; l’italien comme une chanson sentimentale; le français comme le bruit des oiseaux; le roumain comme une longue lamentation entrecoupée par des bruits de scandale; le hongrois comme l’aboiement des petits carnivores; le polonais comme le galop d’un détachement de cavalerie... ainsi de suite, comme ça...


 

LA CONTRAINTE

La contrainte pousse hihihi à chercher des solutions ohohoh pour pouvoir s’y conformer héhéhé et face à l’impossibilité de trouver des solutions littéraires conventionnelles ahahah, on doit souvent avoir recours à d’autres qui ne le sont pas hohoho. C’est donc précisément en cela que la contrainte pousse à la créativité héhéhé, à l’innovation littéraire eheheh, à trouver des formes réellement poétiques tictictic.  


 

LE FENDILLE-BRINDILLE 

Le fendille-brindille depuis toujours sert de gratte-oreille, autrefois on s’en servait aussi pour fendre la pointe des plumes d’oie. Grâce au fendille-brindille la plume d’oie laissait un léger trait sur la page ou un trait tranchant, évaporé ou épais, selon l’humeur, l’humeur se devinait à l’épaisseur du trait. Le fendille-brindille est à la mode. 

 

 

DISCIPLINA 

Lisez les œuvres de Maître François RABELAIS contenant cinq livres de la Vie, Faits et Dits héroïques de Gargantua et de son fils Pantagruel, mis en français moderne par Messire Jehan Garros et congrument illustrés de cent vingt-cinq dessins à la plume d’oye par Messire Van Rompaey. Se vend à Paris, à la librairie Gründ, 60, rue Mazarine.

 

 

LA SARDANE

En dansant la sardane on se trouve dans une ronde, on se prend par le bras, on se libère on sautille on tourne, libération, fraternisation, égalisation de la sardane.

 

 

LA STATION

La station, la caserne, l’église, le château, les halles, le stade, la station, le bar, la librairie, le supermarché, le théâtre, la banque, la discothèque, la station, le parc, la station, la mairie, l’hôtel, la station, la prison, l’hôpital, le cimetière, la station. 

 

 

ÇA FRÉTILLE ENCORE

La rue en bas de l'escalier rend possibles de tels évènements rares et exceptionnels. Comment nier le mystère qui surgit, chez nous, à nos cotés, dans la rue, partout, quand on y songe ?

 

 

QUELQUES LETTRES

Au rayon doré à la toile cirée à la patate, dans l'ornière une futilité, une série d’explosions pour avancer, j'ai l'idée d'un je n'sais quoi soulevé, coupé, quelquefois une seule goutte, moins la manche usée et rance, moins les regrets essuyés dessus, moins le vagabond sous le pont, moins le pont.

 

 

UN MOT 

Un mot qui ne nomme rien, qui ne représente rien, qui ne se survit en rien, qui n’est même pas un mot, qui n'est même pas de moi, un mot qui disparaît merveilleusement.

 

 

L. WITTGENSTEIN 

Dans l'usage effectif de nos expressions nous faisons pour ainsi dire des détours, et nous empruntons des ruelles latérales. Nous voyons certes droit devant nous une grande avenue, mais nous ne pouvons de toute évidence pas l'emprunter, parce qu'elle est en permanence barrée. 

 


SOUVENIR 

Autrefois, fin d’année scolaire, fin mai, vers mes quatre ou cinq bougies, du livre d’images, de sa taille, de son épaisseur, de sa couleur, du moment de la journée, du départ en promenade, d’une première phrase.


 

LA MARQUE MINIMALISTE  

Trois petits sauts, un deux trois, soleil. 

 

 

Ô SOLITUDE

Seul avec la promesse de bonne espérance de rester seul encore longtemps, son front en lignes déployées par-dessus son visage d'ancien combattant sans compagnie, c’est étonnant chez lui vieillissant qu’élans et emballements reprennent le dessus grâce à la solitude, étonnamment libre solitude.

 

 

DERRIÈRE LE CONTE 

Derrière le conte la fabulation, derrière la fabulation l'imagination, derrière l'imagination l'invention, derrière l'invention le langage, derrière le langage la poésie, derrière la poésie rien.


 

DOIGT POINTÉ SANS RIEN DIRE SUR MES DÉBRIS

À prendre et relâcher, moi-même confondu avec tant de débris, moi aussi je ne suis que débris, c'est pour mon double qui me suit ironiquement que je récolte, pour moi, mes sinueux andains, mon semis de cadavres, pour moi, mes fétus de paille, grains ou fragments, pour moi aussi cet éclat de bugle, pour moi, gisant quant à nous en ligne sur la page.

 

 

MARCHER 

Encore un pas une marche, une marche un escalier, une pensée dans l’escalier, pensée d’escalier, qui monte jusqu’au pas suivant.

 

 

BALADE À BRUXELLES 

Faire un tour en ville dans les magasins, errer, aller sans but, flâner, se promener au hasard des rues, être distrait, ne pas arriver à fixer son attention, s’écarter de la page, son regard errant dans la pièce, repenser par hasard au jour où, divaguer, dérailler, radoter, ne pas faire attention à ce qui se dit, sans se presser, d’un pas nonchalant descendre tranquillement au café.

 

 

PARCIMONIE D’ÉRIC SATIE

Quiétude réverbérée en un postillon de notes, célébration des secondes de couleur verte, épinglées aux cordes de la lyre frappée et étonnée, secondes refrain en quelque sorte, accord final plaqué avec parcimonie lenteur modération, pianissimo, une heure d'harmonie de verbe quiet et de rythme berceur.

 

 

VISAGE AVEC SOURIRE

Visage avec large sourire, visage avec large sourire la bouche ouverte, visage souriant avec les yeux plissés, visage avec large sourire et yeux rieurs, visage souriant avec les yeux fermés, visage avec large sourire les yeux plissés et une goutte de sueur, visage pleurant de joie, visage qui roule par terre en rigolant, visage avec un léger sourire.

 

 

POUR BÂTIR MON POÈME 

J’ai besoin du hasard pour bâtir mon poème, j’ai besoin d’un yaourt aux fruits sans sucre et de deux, l’un à la fraise l’autre au pruneau, pauvre malheureux pruneau tout flétri noir découpé en parcelles dans le bloc de lait teinté de brun, j’ai besoin de ce que ne peut ramasser au fond du pot de fraise avec morceaux ma légère petite cuillère que j’aime. J’ai besoin d’un cahier niais à carreaux roses et d’un stylo bleu qui dérape hors de contrôle. J’ai besoin de ce qui manque en général aux débutants, l’inspiration, j’ai besoin d’une photographie de ton corps mais je n’ose te la demander, j’ai besoin d’un poète à côté de moi qui me guide et me rassure, j’ai besoin de mettre un point de temps en temps à la fin d’une phrase, des fois je mets une virgule sans savoir pourquoi, j’ai besoin d’espace et d’oxygène j’étouffe, je sens le briquet de l’âme qui clignote pour m’avertir d’un danger, j’ai besoin de me sentir grand comme quand j’étais petit pour pouvoir regarder debout sur des mains croisés par-dessus les lignes. Et c’est compliqué car je glisse et j’aurais besoin d’urgence d’un train et d’une gare à ma disposition et je n’ai pas ça sous la main, et je tombe, tant pis recommençons.

 

 

RADIS

De fraîche et soyeuse rosée, et de bénins rayons, la lune tisse un crêpe silencieux dans l’enclos calme où un jeune homme cueille des radis. Une vapeur lunaire étoile ses cheveux pendants, un clair de lune bécote son jeune front, et lui, tout en cueillant, fredonne un air : Tu es blonde comme la vague blonde ! Je demande qu’on me donne une oreille en cire pour me protéger de son refrain puéril, je demande un cœur blindé contre celui qui cueille ainsi des radis sous la lune.

 

ENFANTS 

Enfants, nous décousons nos genoux à l’aide de cailloux, nous entreprenons de grandes manœuvres pour ficeler l’air, chaque fenêtre découpe notre ciel en morceaux à colorier et nous ne connaissons ni centre ni marge dans ces puzzles, sous nos souliers véloces le vélo trébuche entraînant dans sa chute le soleil, nous échangeons des buvards de collection et chaque tâche de buvard est comptée comme une île où emporter avec soi un livre au bout de dix images. Enfants, nous allumons des bulbes de lumière en plein midi pour lâcher nos soldats de plombs contre des poupées. Nous coupons le pain avec un couteau et le couteau avec un doigt sanglant et nous remplissons à ras bord nos verres de grenadine. L’espace voit un espace plus loin devant lui et les choses ont plus souvent qu’aujourd’hui un goût de neuf, une fesse double une autre fesse dans une autre vie qui passe devant la maison, les naissances parmi nous aiguisent notre curiosité insatisfaite, nous sommes propriétaires d’un pays natal de sauterelles.

 

 

LE REGARD DU VIEIL HOMME 

Le regard du vieil homme enveloppe une dernière fois ses yeux des lunettes noires du désir, abandonnant une dernière fois Longchamp aux zinzins du dada, le regard prend un autobus qui l’emmène à Paris. Le bon vieux regard y mourra, il n’y coulera plus la majesté de son oui volontaire face à la négation d’autrui et à la violence des évènements. On ne dira plus jamais assez qu’il coule sempiternellement de la colère de ce look. Un seul instant a suffi à dépayser le regard du vieil homme et à l’expédier au-delà de toute frontière, le bon vieux regard est mort, il ne jouera plus à faire imperceptiblement glisser sur une banane à moitié pelée les mémés à terre. Le ciel contrariant tourne la page du sournois bon vieux regard méchant. On cherchera en vain les articulations entre les os de son squelette de regard disparu. On fera le tour de sa maison, on inspectera, rien, le buffet et l’intérieur des cadres, rien. On ouvrira l’horloge et le frigo par derrière, rien. Le bon vieux regard mort a disparu, il ne règnera plus en terre de Paris.  La lumière a découpé la couleur de ses yeux fanés dans une photographie qui surveille son deuil et dépose son sourire sur ses os.

  

 

POÈME SIMPLE

Quand quelqu’un est malade et que l’on ne sait pas s’il va survivre, quand des personnes se rencontrent et qu’il y a des conflits au sein d’une famille d’une cité ou d’un peuple, à ce moment-là il va être fait appel à des poèmes. Toutes les situations du quotidien sont organisées et régulées par eux. Les poèmes ont un grand intérêt pour les vivants car la vraie mort d’une vie humaine n’est pas son cœur qui ne bat plus ni ses chairs qui se décomposent, car mort comme vie, oubli.

 

 

RÉSOUDRE L’ÉNIGME 

Légère peu vêtue souple désarmée je renonce à tout je ne possède rien je n’ai envie de rien je n’aime rien je n’ai rien à perdre. L’âme est une énigme tant que la langue n’est pas déliée et l’énigme ainsi résolue. 

 

BEAU GOSSE 

Contexte, message, contact, code, l'airconduisantladivinationd'icilà.

 

 

JE

Jeu dans le mouvement.

 

 

MON POÈME

Mon acrostiche, adage, air, affaire, amativité, amalgame, antienne, ariette, arlequinade, aubade, argutie, avis mon babil, bafouille, bagatelle, balivernes, ballade, barcarolle, berceuse, beuglante, billevesée, blague, blason, boniment, bouquet, broutille bucolique mon calcul, calembredaine, cantate, cantilène, cantique, canzone, caprice, cavatine, centon, chanson, chimère, cirque, comédie, complainte, composition, comptine, communication, concept, connerie, construit, conte, coquecigrue, couplet, croyance mon délassement, ma détente, démangeaison, dépêche, désordre, déroute, dialogue, dissertation, distique, dit, dithyrambe, dizain mon ébauche échappatoire, mon églogue, élégie, mon éloge, élaboration, élucubration, mon emphase, envie, épisode, épître, épigramme, épithalame, épopée, escapade, espoir, esquisse, essai, évasion, exercice, exode, mon expression ma fable, fabliau, facétie, faim, fantasme, farce, faribole, fête, feu, foi, folie, force, forme, ma fresque, ma fugue, mon genre, mon geste, mes haïkaï, mon histoire, mon huitain, mon goût, mon hymne, mon ïambe, mon idylle, mon impromptu,  mon invention mon jeu, mon k mon lai, leitmotiv, lied, lanterne, lettre, libido, lol, macaronée,  madrigual, mélodie, mine, mirage, mot,  mystère, nature, négoce, mon nome, ma nouveauté, mon ode, œuvre, opéra, mon ouvrage, mon pantoum, ma parole, pastourelle, pâte, patte, penchant, mes pensées, mon pépiement, ma péripétie, pièce, plaisanterie, ma poésie, mon point de vue,  ma priapée, mon prodrome, mon propos, ma prophétie,  psaume, quatrain, mon raisonnement, ma réalité, ma recherche, mon récit, mon rêve, mon reportage, ma rhapsodie, ma ritournelle, ma romance, mon rondeau, mes rotrouenges satire, science, sensualité, sentence, sentiment, mon septain, ma sérénade, mon sille, mon sirvente,  mon sizain, soif, songe, sonnet, sortie, sottie, souffle, ma spéculation, ma stance, ma stichomythie, ma strophe tenson, tercet, thrène, tournure, tragédie, triolet, turlurette, turlutaine ma vanité, véridicité, mon vers, ma villanelle, ma voix, mon vœu, ma volonté, mon biquet, mon chaton, mon enrouement, mon félin, mon grappin, mon greffier, mon grippeminaud, mon haret, mon margay, mon matou, mon miaou, mon minet, mon minou, mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis. Mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis, mon chat.

 


ON TREMBLE 

on ouvre un livre au hasard, on s'oublie dans la lecture, on dresse un grain de poussière, on attend une goutte d'inspiration (on : corps gisant), on plafond, on monument d'oubli, on donne on prend on dit merci, d'abord on remercie la framboise sans laquelle rien n'existe, on, comme les montagnes russes d'une planète carnivore, on macédoine des légumes à la mayonnaise, on blanc, noir, brun, jaune, on cause, je ne fais rien de mal, on cause, la poésie est un on qui se déshabille, non, la poésie c'est du on et de la umière, une odeur de on accomplit le pet, trop rapide pour qu' on ait eu le temps de penser, on donne on prend on redit merci, on paresse et musardise, on n'est pas poisson volant mais on voit des poissons partout, on composé, croisé, en plis, indirect, ondulant, élastique, j'(on entre), une fleur dans un on avec deux gouttes d'eau, une fleur dans un pot avec trois gouttes d'on, toutes les fleurs ont jolies, tu donnes on prend merci, fil à la bouche, on fil, autour d'on des amitiés perdues, des souffles retournés au vent, on s'efface, le monde, l'instant, le vide, en premier lieu on second lieu, on essarte trop plus de futaie, on manque de merrain pour envaisseler, frais sur frais, on, doux sur doux, sans autre existence on rêve, on du silence mourant, on pas de course on trace fraîche, on poète poète, on étend la matière indifférenciée, on recourt au poème, méditati-on éphémère et brumeuse, on: haute pyramide d'épluchures, on: pièce architectonique, de haut en bas ma parole est celle d' on, on entendu, vu, touché, goûté, mouillées, un pas en avant, on regarde derrière, un pas en avant, ni vi ni ve ni on, à rayon doré à toile cirée à patate à on, l'oreille donne, on prend, les ténébrions se cachent dans le on pour mourir, on objet métallique on vole, sans ici sinon sans attente sinon sans on, on zappe on ghoste, en avant un deux trois demi-tour un deux trois demi-tour un deux on, tu donnes on, je prends, merci. 

 


THÉORIE DU RÉEL 

Que le réel est une évidence, une forme qui passe et repasse dans une autre forme. Que la réalité n'existe que si quelqu'un est là pour la rapporter, je crois en nous.


 

ENCORE

C’est pas un peu fini ! Quand même ! Vous voulez que je vous dise ? C’est pas pour dire, mais… Maintenant que j’y pense… Vous m’en direz des nouvelles.

 

 

 

ON SE COMPREND

Je ne sais pas de quoi je parle mais je n’en dirai pas plus, je ne sais pas ce que je veux dire même si tu ne me comprends pas, c’est moi qui le dis, je ne te le fais pas dire. Que veux-tu y faire ? Tu prends quelque chose ?


 

 

COMME

 

                            Un              

                                                       duvet 

  de

 

 

                           chardon

 

               tombant

                                            dans

 

le  

 

 

                       silence. 

 

  

 




CRACK MON CHIEN

Paranoïa du début de privation

Tout paraît noir

La chair morte, pâteuse, atone

Cauchemar du manque

(Son corps gisant).

 

 

 

 

DES TÊTES RONDES SOMBRES PLANENT DANS LE CIEL

des têtes rondes sombres planent dans le ciel, béatitude des pins aux cimes, laideur, comme beauté se perd, l'été d'autrefois brûle dans la bouteille qui luit, on lit devant un grand feu dans la cuisine, la dernière aube touche à la vitre, redresse l'orbite de ton grain de poussière satellite, où flambe un mot qui témoigne pour nous deux, s'arrête l'heure, tu parles, tu es debout, j'aurai été un nom suinté en bas d'un mur sur lequel une plaie, lu - de l'autre côté, toi avec la fronde, toi avec la pierre, descends-moi, verset sur le mur revient, et les étoiles, empilées, croissance, croissance, croissance - en rien, dans l'ombre d'une trace de blessure, montant vers la terre, passent les épaves du ciel, ici il ne pleut pas vraiment, seulement des gouttes, une membrane alaire, labiée, tu la perfores, cela à présent, le moment d'une juste naissance, pour l'amour de cette lueur de cuivre de la sébile, le temps équilibre la brusque balance rebelle, à chacun le mot qui chanta quand la meute se jeta sur lui, au nord de l'avenir je jette le filet que tu charges pierre à pierre, sur la feuille une goutte, au profond de la pierre une rumeur, respectueux envers les poètes au nom de l'or des dahlias, le sobre narré rêve, tu le touches, l'année entamée avec un quignon de pain moisi, bois à ma bouche, notre verre s'emplit de soie nous sommes, le silence rendu par derrière la foulée, le perdu trouve frugalité, clarté, par-delà les chants à chanter, pas plus grand que le point cœur, je vais dehors, chez moi dans la multitude, aide un flocon à sortir de soi-même, lardée de lignes main offrant, signe rassemblé au peigne en réponse à l'art pariétal, lorsque je parle je n'existe qu'entre guillemets, fantôme tel que je l'ai repéré dans mon éducation sentimentale, pour attaquer autre chose et oublier ce que j'écris.

 

 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR À FRANÇOIS RABELAIS 

Ce pot plein, plein, avalez-le. À belles dents s’allonge mon parchemin - le pli des chemises existant depuis que les lingères ont rompu la pointe de leur aiguille et ont commencé à travailler du cul.  Mon verdoyant parchemin, fleurissant, fructifiant, plein de fleurs, plein de fruits. Mais, la langue me pèle, une mouche y a bu. - Une belle grande plume bleue prise à un monocrotale d’Hircanie la Sauvage plantée dans un cul de foirard où toujours abonde merde, dit-elle. Élevons nos mots, pas la voix, c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. C’est ainsi que la lumière est bonne. Si la lumière est bonne, j’ai terminé applaudissez. Je monte l’échelette, et je m’en vais sur le dos, sur le ventre, sur le côté, de tout le corps, des pieds seuls, une main hors de l’eau, comme un engin automate c’est à dire se mouvant sur lui-même. Si je touche la main de qui que ce soit, amende de quinze euros. J’enrage, diables, j’enrage, j’enrage, tenez-moi, diables tenez-moi ! Le vent attire les nuages, c’est bien connu. Et qui n’a conscience n’a rien. Je pense donc je rince les verres, mets la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume cette chandelle, ferme la porte. Un pied au feu et la tête au milieu. Joie avant petite pluie abat grand vent et je suis étonné de ne pas voir pondre le monde vu qu’il fait si bon couver. Le monde quand il est mort, on n’y voit goutte. Quand le soleil est couché toutes les bêtes sont à l’ombre. La nuit est là. Il fait bon voir des vaches noires dans un bois brûlé quand on jouit de ses amours en chambre. (les vaches lui furent rendues afin qu’il puisse crier la lie dans un sabot).« Cherche la réponse dans la question », lavandière de buées, racleuse de vert-de-gris ! Au bout de l’aune tu manqueras de drap ! Redoute la montée de l’eau… Toujours donnante, toujours ronflante, toujours bourdonnante, toujours pétante, on en a des frayeurs ! À force d’irriter le frelon, remuer le marais, réveiller le chat qui dort, vertudieu ! ta chambre est déjà pleine de diables. Les paillards ne cessent de te mugueter et se moquent qui cloquent. Quand je mettrai mon nez dans ton cul n’oublie pas d’enlever mes lunettes. (Ayons de l’huile et de la cire). Quel est ton nom, lavandière , Machemerde ? Lesongeur ? « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Toute suffocante et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens et je pleure. » Oh j’use seulement de sciomancie ! Je mets la plume au vent : Liripipion, liripipié, strapontin, transpontin. Si peu que rien : récréatif, rustique, plaisant, champêtre, ordinaire, de toutes heures et non chagrin, rébarbatif, déplaisant, mécontent, sévère, rechignant. Joyeux, serein, gracieux, ouvert, plaisant, réjoui. Je mets la plume au vent. Connais-toi toi-même, horrible sarcasme, sanglante dérision de ce toi, de cette personne qui pense « il n’est rien de réel que le rêve et l’amour dessus, dessous, devant, derrière, à droite, à gauche, dedans, dehors » . Seulement trois pierres sont nécessaires pour faire la gueule d’un four, philautie couillonniforme ! En ai-je une ? Toussez un bon coup, buvez-en trois, secouez joyeusement vos oreilles, ma verte, mon coquin, mon manche, ma cognée, ma gousse, mon pois, bou ou ou je me noie je me meurs bonnes gens je me noie ! (Le niveau de l'eau des rivières reste encore très élevé).

 


COMME UNE LETTRE D’AMOUR À PAUL CELAN


Qui était-ce, cette souche, celle lignée assassinée ?

  

 


COMME UNE LETTRE D’AMOUR À BLAISE PASCAL

Il a quatre laquais, il demeure au-delà de l’eau. S’il se vante je l’abaisse s’il s’abaisse je le vante et le contredis toujours jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible. Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige Juge de toutes choses, imbécile vers de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitudes et d’erreur, gloire et rebut de l’univers.  Qui démêlera cet embrouillement ? Infini rien. Parler contre les trop grands figuratifs. Car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. Parler contre les trop grands figuratifs. La nourriture du corps est peu à peu. Plénitude de nourriture et peu de substance. Je faisons, zoa trekei. C’est par là que les sauvages n’ont que faire de la Provence.

 


COMME UNE LETTRE D’AMOUR À RABINDRANATH TAGORE

Ne voyez-vous pas la laideur mortelle qui éclate partout, dans nos villes, dans vos rapports, le même masque monotone qui fait que nulle place n’est laissée à l’expression vivante de l’âme ? La mort s’insinue morceau par morceau dans le corps de notre civilisation. La soif du gain ne connait pas de limite à sa rapacité. Son seul objet est de produire et de consommer. Elle n’a de respect ni pour les êtres humains ni pour la magnifique nature. Elle est impitoyablement prête, sans une minute d’hésitation, à rejeter la beauté et la vie hors d’elle-même, ou à les changer en argent. La présente civilisation commerciale de l’homme prend beaucoup de temps et d ‘espace pour tuer le temps et l’espace. Ses mouvements sont violents, son bruit agressif et discordant. Elle porte sa propre condamnation, parce qu’elle foule aux pieds l’humanité sur laquelle elle tient debout. Elle transforme en monnaie le coût du bonheur. L’homme se réduit au minimum pour faire une plus grande place à l’organisation, il tourne en dérision ses sentiments humains parce qu’ils sont capables de résister à ses machines…

 



BUTÔ 



SURI-HASHI

 Les pas se font très lentement au début, l'utilisation des bords externes des pieds est très importante, l'attention doit être portée sur la continuité du mouvement et sur le plan arrière du corps. En avant !

 


 

EXERCICE POUR DONNER ACCÈS AUX STAGIAIRES

Exercice pour donner accès à ce monde de variations et d'impermanence. Mise en pratique de la fragmentation du corps et des changements qui le constituent. Incarner un bras et une jambe qui ont mille ans pendant que le reste du corps vit ses trente ans. Sentir la moitié du corps devenir bois pendant que l'autre devient vapeur. L'imaginaire peut prendre le relai et permettre d'ouvrir la perception petit à petit. 

 

 

 

LA CONCENTRATION DE KO MUROBUSHI

C'est un élément primordial de la pratique. La concentration donne accès à la perception du changement et de la multiplicité. Elle ouvre aussi à l'expérience de l'unification du corps. Par exemple l'expérience du danger et de la façon globale et immédiate dont nous réagissons par réflexe de survie. Jeter son corps sans retenue. Il accepte de vivre. Il accepte de ne pas savoir.

 

 

 

À LA MANIÈRE DE KO MUROBUSHI

Expirer, suspendre, expirer, inspirer, suspendre, inspirer. Extrême niveau de vigilance. Enroulement du corps dans la respiration. Accès au dansé.

 

 

 

GENÈSE DE LA DANSE

Relation mystérieuse animé/inanimé genèse de la danse. Le corps n'est plus. Le corps n'est plus qu'un cheminement entre vie et mort qui s'ouvre aux imprévus, aux impensés. C'est l'intégration de la mort au sein de la vie. Autour de cela un rituel. C'est juste au moment de la perte que l'insolite se produit.

 

 

 

CET IDIOT LA DANSE

Le réel ce serait les formes comme elles apparaissent côte à côte. Sans forme pas de réel. La réalité ce serait une fabrication. Je me laisse traverser par un élan. Être vu, se laisser voir, regarder. Laisser venir les micros mouvements. De l'immobilité apparente faire paraître la vie. Être vivant. Accepter de vivre avec un corps à la fois savant et absolument incertain ou mystérieux.


  



QUESTIONS



À QUI ? 

Au fantôme du souvenir, au témoin de la solitude, à la statue du devoir, au messager du destin, quand je m'éveille ma bouche est ouverte.


 

QUOI ?

Curiosité personnelle, collectionnisme électif, invention de la connaissance ou vocation de l'activité, n'ayez pas peur, Monsieur est si bon.

 

POURQUOI ?

Pour suspendre en un affairement jubilatoire mon attitude plus ou moins penchée et ramener pour le fixer un aspect instantané de l'image, quelques secondes après j'étais dehors.

 

À QUOI BON ?

Tu es cela le chiffre mais à quoi bon t'emmener à ce moment où commence le véritable voyage, attends.

 

 

COMMENT ? 

Par la folie par la capture du sujet dans la situation (formule générale de la folie), celle qui gît au fond des asiles comme celle qui assourdit la terre de son bruit et de sa fureur, sous le porche il y a un tapis humide.


   

OÙ ? 

Castration, éviration, mutilation, démembrement, dislocation, éventrement, dévoration, éclatement, arracher la tête, crever le ventre, démantibuler, je sais que les consommations sont très coûteuses dans ces endroits. Néanmoins je commande une bouteille de vin.

 

QUI ?

Un tramway vide arrive, il est lavé de la nuit, les lumières qui l'éclairent ont la tristesse de celles qu'on oublie d'éteindre avant de s'endormir, je m'assois dans un coin.

 

QUAND ?

Quand l'esclave s'identifie au despote, l'acteur au spectateur, séducteur à séduit, oui, au-revoir, à un de ces jours.

 

LOCUTEUSE ?

 Nous empruntons le terme locuteuse au cher Patrice Parthenay qui tant dans les indications qu'il donne pour la venue au jour de notre poème en prose que pour celles qui le guident dans les ténèbres, montre une divination que nous ne pouvons rapporter qu'à son exercice de la sémantique.


 

FIN ?

La vérité conjecture, la parole pleine, le peu de liberté, le temps pour comprendre, le moment de conclure, chair composée de soleils.

  

 

QU’EST-CE QUE PO

Po est un grand soleil dans une vibration debout sur son banc blanc & noir. Po est un usage naïf du principe de discontinuité qui pousse à accomplir les choses par une suite d’intermittences. Selon le penseur Dai Sidjie une des lois est l’intermittence. Po fait sursauter ceux qui passent, n’y touche plus, n’y touche plus. Po est un peu d’argile, ou de silex.


 

MON FRAGME

Mon Po, simple remous (beau temps vendredi) qui s’arrache, se mérite. Mon Po trop ou pas assez. Mon Po, ma vibration qui ne dure pas suffisamment pour dire son peu. Mon Po me fait toucher du doigt l’inutilité du bord. Mon Po obsessionnelle question où je viens, d’où je vais, où l’on vient, d’où l’on va. Mon Po pipeau. Mon Po, mon inutile po, vide, sans qualité, transparent comme de l’eau piégée dans les doigts, mon fragme.



 

 

PO

Po simple vibration simple remous simple poème. Po s’arrache se mérite dur. Po vise le point de va et vient et de non-retour. Po singe faute d’inventeur. Po n’ose pas imaginer la suite. Po est un pas deux pas trois pas. Po était une fois. Un Po est un élément sonore de langage parlé considéré comme unité.