La
page
blanche

Le dépôt

Pierre Lamarque, rédacteur de la revue LPB

Poèmes

Troisième cahier

JE VOUS AIME



Je ne dirai jamais assez 

bijouxchouxcaillouxgenouxhibouxpoux 

cuicui je vous aime, 

surtout ne rien dire d'autre 

(ceci n'existe pas, ceci ne se fait pas).





GARDE ESPOIR



Sur mon hamac de nuages maison de mon coeur. La nuit.  La nuit, ma tête lente et timide au matin. Au matin rien : le chat, un génie, le ciel.


Comment voyager ? Le cou, la grammaire, les fourmis, les époques, le labrador, l’envol, la rencontre, tout. 


Rossignol loin des forêts, toutes les deux ou seule.


Tous les mots géants, toutes les planètes, tous les livres, tous les fauves bleus en promenade, que font-ils ? La belle ? Le rivage ? L’orthographe ? La statue ?


Temps mort. Détective après la tempête. Ce matin le labyrinthe a la couleur femme. L’écriture, autour et sous la tente, la plus belle chose !


Le chef d’orchestre tigré, quand ? Si oui, pari réussi ! Les maths et la poésie : intimité. L’arc-en-ciel et les grands arbres : un tout petit poème !


Les murmures…. Garde espoir...



LES TALENTS DE NOS TERRITOIRES, L’UNION DE NOS ÉNERGIES


Soutenir, accompagner, faciliter, mettre en place, retrouver, protéger, anticiper, développer, 

mener, proposer, majorer, renforcer, améliorer, favoriser, valoriser, créer, poursuivre, 

encourager, supprimer, expérimenter, atteindre, construire, garantir, porter, reconquérir, préserver, 

labelliser, lutter, lancer, réaliser, adapter, couvrir, proposer, cofinancer, faire, confier, doter, associer, 

permettre, devenir, désengorger, répondre, trouver, engager, fabriquer, rechercher, accéder, éduquer.



LA MACHINE À ÉCRIRE EST LANCÉE



les mots c'est rien ça marche devant


ce que fait abcdefghijklmnopqrstuvwxyz


dans ma chambre où je pleurai pendant des heures


et rien ne demeure que l'étourdissement passager


oeuf crac clac clac clac omelette


les mots c'est rien ça marche devant ce que fait abcdefghijklmnopqr stuvwxyz dans ma chambre où je pleurai pendant des heures et rien

ne demeure que l'étourdissement passager oeuf crac clac clac clac omelette.



MARTÈLEMENT DU POÈME !


 

J’aime un corps poétique dans sa nudité, démaquillé, simple. C’est difficile pour le poète de défaire les lacets de ses habits anciens, particulièrement ceux du sonnet; qui est un bijou, une conque, un exercice de style amoureux pour celles et ceux qui sont inspirés par la mécanique poétique du sonnet. Par cette façon propre au sonnet de condenser une pièce de poésie. La forme du sonnet pour moi c’est la forme la plus élégante, la plus concentrée, c’est la plus riche façon de faire de l’art avec les mots. Mais la forme du sonnet me semble à l’évidence comme un corset de mots à l'ancienne, les temps ont changé, les lacets de la poésie ancienne ont été défaits.


Les formes anciennes de la prosodie poétique sont des formes à contrainte syntaxique ou sonore hormis l’éternelle prose, mais les textes poétiques en prose sont certainement les plus anciens, plus anciens qu’on ne le dit. (Cf. La poésie de la Légende de Gilgamesh, 2000 ans avant J-C, et autres passages de l’Ancien Testament, dès 700 ans avant J.C.)… Comme je le martèle obsessionnellement nuit après jour, la poésie c’est de la parole, la parole étant l’expression orale d’une pensée, et pour moi c’est seulement la pensée telle qu’elle est qui vaut et prévaut…Si la pensée est éclatée comme dans des textes de Madame HELLWIG, ou de Monsieur CASENOBE, ou de Monsieur DEVILLE, alors la disposition éclatée sur la page, comme la diction hachée, coule de source… si la pensée a besoin d’une forme particulière, alors d’accord c’est une parole particulière, mais si la pensée est une parole qui s’exprime simplement alors une simple prose lui convient. La prose est une tenue moulante de la pensée. La question est alors pourquoi cette nécessité vitale d’échafauder des contraintes ? Parce que la poésie a besoin de construire très haut vers les cinq soleils pour s’éclater.


Prenons les chose autrement, voyons les réalités sous un autre angle. Mais toujours selon l’idée que la poésie des mots est une matière légère constituée de paroles. Cette matière légère constituée de paroles peut s’analyser plus finement, la parole elle-même étant constituée de phrases. Arrêtons-nous un instant sur la phrase. La phrase comme molécule constituée elle-même de mots atomiques d’une certaine façon agencés… la phrase exténuante sur laquelle on peine, on rature. La phrase ronflante du charabia, la moindre phrase murmurée, la fameuse phrase, la phrase sifflée comme une chanson lente et monotone, la phrase toute faite, la phrase choc, la sentence à l’anglaise, la jùzī à la chinoise… toutes ces phrases qui font le langage, c’est-à-dire la matière impondérable de la parole. D’accord, mais où en venir, jusqu’où aller ? À la prose éternelle, indépassable. On est trop bien dans l’espace déshabillé et nu, on s’entend merveilleusement bien dans une langue en prose qui chante d’elle-même. 




LA PENSÉE PLATE


Pour moi pensée plate n’est pas pensée fade, une pensée plate pour moi n’est pas une pensée remuante, agitée, ardente, délurée, frétillante, déchainée, excitée, intenable…tout le contraire c’est une pensée paisible, nonchalante, calme, simple, impassible, pondérée, gentille. Pensée plate c’est à dire pas abrupte, pas complexe ni épaisse, pas arrogante, pas bombée ni bossue, pas cambrée ni creuse, pas piquante ni tranchante, pas hautaine, et surtout ni onduleuse ni perverse.



POÉSIE SACCADÉE DU MOUVEMENT DU PAON AU SOL


Voici autant un texte incontournable pour les monstres de la poésie émergente,

qu’un texte de mise en garde pour les colporteurs d'huile de serpent créative,

qu’un scanner psychologique à la technologie obsolète instantanément, 

que les mémoires d'un vieil érudit abandonnant à contrecœur ses fantasmes sexuels,

que le portrait réussi d'une jeunesse trompée sur le point de découvrir quelque chose d'horrible,

qu’un traité affectueux sur la poésie comme remède à l'orgueil, 

et qu’un gémissement profond de chair se transformant en roue de paon.



PHOTOGRAPHIE 



plaque émaillée, affichette, publicité


kiffer mater piger


baraque de bord de route, devanture de magasin, affiche, pancarte, enseigne


se barrer se casser se tirer


visages et corps de gens modestes, simples passants anonymes


des fringues un costard des emmerdes


détritus, débris, carcasses 


fouetter schlinguer gerber


cinglé timbré givré


sculpture, chaise en fer forgé, simple outil de bricolage.





DEVANT LE TEMPS


Interstitielle

intermittente

nomade

improbablement située


lueur malgré tout.




BLAST

Marcher forcer             vie en attente fébrile        Trembler debout               La vue fouille    

Mourir croît, ce qui vient crie                Profondément             nous restons muets.



BLAST

Walk force life in feverish waiting Tremble standing

The sight search

Dying grows, what comes screams Deeply we remain

silent.




PREMIÈREMENT CECI N'EST PAS UN POÈME


À propos du livre " Pourquoi rêver les rêves des autres ?" , un choix de quelques lettres (18) de Fernando Pessoa... 



J’ai fini de lire ces lettres choisies de Fernando Pessoa et suis tout encore sous le coup de l’émotion. Je connais Pessoa depuis longtemps, je l’ai lu tout au long de ma vie et je n’ai pas fini de le lire…


Ces lettres sont émouvantes car elles vous font plonger au coeur de la personnalité de l’écrivain. Personnalité littéraire, personnalité tout court. À partir de ces précieuses lettres je peux maintenant tenter une synthèse de ce que j’avais cru comprendre de Fernando Pessoa. Pessoa aimait se regarder dans le miroir clinique de la psychiatrie. Comme tous les « autistes »* de son espèce. Ses lettres à sa dulcinée sont empreintes d’ambivalence selon quel païen Pessoaque les écrit, Fernando Pessoa lui-même ou Álvaro de Campos*. Ofélia Queirós, sa dulcinée, a probablement dû beaucoup souffrir du dédoublement de personnalité de F.P. Mais ses lecteurs, pas autant !


* parmi nous il y a des gens qui entendent des voix

* Alvaro de Campos est immodeste et très agressif envers Ofélia Queirós



DEUXIÈMEMENT CECI N'EST PAS UN POÈME


Je regardais l’autre nuit à la télé un documentaire sur la vie et l’oeuvre de Sixto Rodriguez, un chanteur guitariste américain de la génération de Bob Dylan…

Ce chanteur anglophone a connu et connaît toujours la gloire en Afrique du Sud et en Australie depuis la fin des années 70, mais reste encore inconnu aux USA…

Non seulement ce chanteur auteur compositeur est très connu et aimé en Afrique du Sud mais en plus il a fallu attendre je ne sais combien d’année, presque 30 ans pour que les Africains du Sud qui le croyaient mort découvrent qu'il est toujours en vie . Cet homme là, âgé maintenant de 78 an, a travaillé toute sa vie à des métiers que les autres ne voulaient pas faire, il continue à faire quelques concerts tous les ans an en Afrique du Sud et reverse ses gains à une association caritative. Il vit de très peu et ce peu lui suffit. Histoire incroyable qui en dit long sur la relativité générale et restreinte… De quoi en faire un poème, quand-même.




TROISIÈMEMENT CECI N'EST PAS UN POÈME


Nous avons débattu le rédacteur en chef Constantin Pricop , Matthieu Lorin et moi, de la place que devait occuper le Dépôt dans le site LPB et nous avons décidé de ne laisser dans le Dépôt que les collaborateurs proches, le noyau de LPB, ceux qui participent à la construction et aux débats des numéros de LPB…. À mes yeux le Dépôt est une façon de leur offrir un espace d’expression et une présence complémentaire à la revue LPB. 




ESPACE NON FUMEUSE



On n’a rien fait tant qu’on n’a pas atteint       à    ce qui se confond 

avec                  le génie de quelqu’un

         son extrême modestie, le point où Il ou Elle est humble

Tracer, constituer           une figure minoritaire        comme

                                                              potentialité de chacun

Comment nommer pauvres    ,    des gens    ,   qui préfèreraient    ,    mourir de faim que travailler ?

Devenir-minoritaire      ,      c’est un but    .     Minorité désigne ici la puissance d’un devenir.    Il

s’agit bien d’une prise de conscience.           (Rein à voir avec une prise de conscience psychanalytique, 

ni non plus politique marxiste, ou bien brechtienne)


Il ne reste qu’une lumière crue. Lumière. Une masse d’atomes, une simple potentialité       amoureuse ,

un élément       pour      un    nouveau       devenir        

à partir d'une    lecture       de « Un manifeste de moins «       

de Gilles Deleuze 

dans 

le 

livre 

de 

Carmelo Bene et Gilles 

Deleuze Superpositions - Richard III suivi de Un manifeste de moins.



HÉSITATION


Mais alors que soudain ainsi parce que néanmoins tout de même cependant avec cela presque généralement.

Pareillement ici et là devant par côté ailleurs quelques fois pas toujours quand-même tout près à force enfin presque ni plus ni moins.

Pourtant.






LABORATOIRE


Laboratoire des Opérations d'écriture armée pour les constructions composites-monolithiques du Département de la Technologie des opérations du Poème Assemblé de l'Institut de recherche scientifique de l'Organisation pour la matérialisation du Poème et l'aide technique de l'Académie du Poème et de son architecture.