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Pierre Lamarque

Pierre Lamarque -Poèmes

Pierre Lamarque - Comme une lettre d'amour à François Rabelais


COMME UNE LETTRE D’AMOUR À FRANÇOIS RABELAIS

 

Ce pot plein, plein, avalez-le. À belles dents s’allonge mon parchemin - le pli des chemises existant depuis que les lingères ont rompu la pointe de leur aiguille et ont commencé à travailler du cul.  Mon verdoyant parchemin, fleurissant, fructifiant, plein de fleurs, plein de fruits. Mais, la langue me pèle, une mouche y a bu.

 

- Une belle grande plume bleue prise à un monocrotale d’Hircanie la Sauvage plantée dans un cul de foirard où toujours abonde merde, dit-elle. Élevons nos mots, pas la voix, c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. C’est ainsi que la lumière est bonne.

 

Si la lumière est bonne, j’ai terminé applaudissez. Je monte l’échelette, et je m’en vais sur le dos, sur le ventre, sur le côté, de tout le corps, des pieds seuls, une main hors de l’eau, comme un engin automate c’est à dire se mouvant sur lui-même. Si je touche la main de qui que ce soit, amende de quinze euros. J’enrage, diables, j’enrage, j’enrage, tenez-moi, diables tenez-moi !

 

Le vent attire les nuages, c’est bien connu. Et qui n’a conscience n’a rien. Je pense donc je rince les verres, mets la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume cette chandelle, ferme la porte. Un pied au feu et la tête au milieu.

 

Joie avant petite pluie abat grand vent et je suis étonné de ne pas voir pondre le monde vu qu’il fait si bon couver. Le monde quand il est mort, on n’y voit goutte. Quand le soleil est couché toutes les bêtes sont à l’ombre. La nuit est là. Il fait bon voir des vaches noires dans un bois brûlé quand on jouit de ses amours en chambre. (les vaches lui furent rendues afin qu’il puisse crier la lie dans un sabot).

 

« Cherche la réponse dans la question », lavandière de buées, racleuse de vert-de-gris ! Au bout de l’aune tu manqueras de drap ! Redoute la montée de l’eau… Toujours donnante, toujours ronflante, toujours bourdonnante, toujours pétante, on en a des frayeurs ! À force d’irriter le frelon, remuer le marais, réveiller le chat qui dort, vertudieu ! ta chambre est déjà pleine de diables. Les paillards ne cessent de te mugueter et se moquent qui cloquent. Quand je mettrai mon nez dans ton cul n’oublie pas d’enlever mes lunettes. (Ayons de l’huile et de la cire). Quel est ton nom, lavandière , Machemerde ? Lesongeur ?

  

« Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Toute suffocante et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens et je pleure. » Oh j’use seulement de sciomancie !

  

Je mets la plume au vent : Liripipion, liripipié, strapontin, transpontin. Si peu que rien : récréatif, rustique, plaisant, champêtre, ordinaire, de toutes heures et non chagrin, rébarbatif, déplaisant, mécontent, sévère, rechignant. Joyeux, serein, gracieux, ouvert, plaisant, réjoui. Je mets la plume au vent.

 

Connais-toi toi-même, horrible sarcasme, sanglante dérision de ce toi, de cette personne qui pense « il n’est rien de réel que le rêve et l’amour dessus, dessous, devant, derrière, à droite, à gauche, dedans, dehors » . Seulement trois pierres sont nécessaires pour faire la gueule d’un four, philautie couillonniforme !

 

En ai-je une ?

 

Toussez un bon coup, buvez-en trois, secouez joyeusement vos oreilles, ma verte, mon coquin, mon manche, ma cognée, ma gousse, mon pois, bou ou ou je me noie je me meurs bonnes gens je me noie ! (Le niveau de l'eau des rivières reste encore très élevé).