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Pierre Lamarque

Pierre Lamarque -Poèmes

Pierre Lamarque - Proses




MON POÈME


Mon acrostiche, adage, air, affaire, amativité, amalgame, antienne, ariette, arlequinade, aubade, argutie, avis mon babil, bafouille, bagatelle, balivernes, ballade, barcarolle, berceuse, beuglante, billevesée, blague, blason, boniment, bouquet, broutille bucolique mon calcul, calembredaine, cantate, cantilène, cantique, canzone, caprice, cavatine, centon, chanson, chimère, cirque, comédie, complainte, composition, comptine, communication, concept, connerie, construit, conte, coquecigrue, couplet, croyance mon délassement, ma détente, démangeaison, dépêche, désordre, déroute, dialogue, dissertation, distique, dit, dithyrambe, dizain mon ébauche échappatoire, mon églogue, élégie, mon éloge, élaboration, élucubration, mon emphase, envie, épisode, épître, épigramme, épithalame, épopée, escapade, espoir, esquisse, essai, évasion, exercice, exode, mon expression ma fable, fabliau, facétie, faim, fantasme, farce, faribole, fête, feu, foi, folie, force, forme, ma fresque, ma fugue, mon genre, mon geste, mes haïkaï, mon histoire, mon huitain, mon goût, mon hymne, mon ïambe, mon idylle, mon impromptu,  mon invention mon jeu, mon k mon lai, leitmotiv, lied, lanterne, lettre, libido, lol, macaronée,  madrigual, mélodie, mine, mirage, mot,  mystère, nature, négoce, mon nome, ma nouveauté, mon ode, œuvre, opéra, mon ouvrage, mon pantoum, ma parole, pastourelle, pâte, patte, penchant, mes pensées, mon pépiement, ma péripétie, pièce, plaisanterie, ma poésie, mon point de vue,  ma priapée, mon prodrome, mon propos, ma prophétie,  psaume, quatrain, mon raisonnement, ma réalité, ma recherche, mon récit, mon rêve, mon reportage, ma rhapsodie, ma ritournelle, ma romance, mon rondeau, mes rotrouenges satire, science, sensualité, sentence, sentiment, mon septain, ma sérénade, mon sille, mon sirvente,  mon sizain, soif, songe, sonnet, sortie, sottie, souffle, ma spéculation, ma stance, ma stichomythie, ma strophe tenson, tercet, thrène, tournure, tragédie, triolet, turlurette, turlutaine ma vanité, véridicité, mon vers, ma villanelle, ma voix, mon vœu, ma volonté, mon biquet, mon chaton, mon enrouement, mon félin, mon grappin, mon greffier, mon grippeminaud, mon haret, mon margay, mon matou, mon miaou, mon minet, mon minou, mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis. Mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis, mon chat.




VOS BEAUX YEUX



Vos beaux yeux madame me font mourir madame.

Vos mollets me piétinent d’amour.

(tout a commencé avec la formule bien connue du Bourgeois                    , de Molière. Cela fait quatre             que     Jourdain, amoureux de la Marquise Dorimène, s’extasie sur la découverte de la prose.         avec laquelle j’ai joué à mon       dans le premier      de ce bref     sans titre en deux   , puis                 l’évocation d’une personne aujourd’hui disparue rencontrée à Bordeaux,                            une suggestive beauté aux yeux bleus élancés, dont les ficelles des sandales s’   roulaient autour des mollets à l’antique                                    cette belle femme était                    . Pour     uer à quel po    je suis obsédé par les mollets de cette belle              , je précise que mon patronyme                    , datant                la guillotine, le         nom, pas                   grand père maire              , Lamarque                , pas le nom de mon père Charles pas le nom de Pierre,                          je m’appelle Pierre Lamarque       mon vrai                               Lamarque, je ne suis pas un Lamarque c’est Les Marquises. Pierre                 de la noblesse libre en gilet jaune. 




COMPAS 


Tout cercle écarte son compas. Tout compas droit et debout dans son trou fait son virage, son demi-tour, son tour. Tout compas perdu, esseulé, déboussolé, indique une direction à l’envers. Tout compas se désarticule sur toute page en général, il suffit de peu. Tout compas pointu traverse toute page. Tout compas cherche à faire son trou. Tout compas pose la question de savoir qui est en dehors et qui n’en est pas.




DIFFÉRENTES MANIÈRES D’ABORDER L’AUTRE 

à  Mimose


Il y a celui qui durçit le ton d’emblée, celle qui se présente simplement, poliment, celle qui présente son corps tailladé, celui qui parle, de temps en temps, assez humainement, celle qui montre qu’elle sait mais n’en sais pas assez, celui qui en sait assez et pourtant prouve qu’il ne sait rien, celle qui écoute et sourit, celui dont le coeur gros éclate, celle qui n’entend que ce qu’elle voit, celui sculpteur de reflets de salle à manger, celui qui ne sait pas où il en est, celui qui est mort, celle qui navigue en mer, celui qui aime, celui qui piaffe, celui qui semble endormi, celle qui est sa femme, ceux qui sont leurs enfants, celle qui danse, celui qui joue, celui en perpétuelle escalade avec sa chienne, celle qui suit, ceux qui sont leurs enfants, ceux que j’aime, ceux que l’on oublie, celui qui est tango tango, celui qui dit moi je, celle qui dit moi je, ceux qui disent moi je, celui et celle qui m’invitent, celle qui coud de la plasticine, celui qui lit ce qui est écrit sur un cahier brun, ou bleu, ou les deux, celui qui fume et qui boit, celle qui est hystérique, celui que j’aime qui en souffre et fait des poèmes pleins de souffrance, mais si beaux, celui qui se fout désormais de tout, qui renverse la table et fait tomber le vase plein de merde de la vie, celui qui n’en peut plus, ceux aux gilets jaunes qui n’en peuvent plus, la femme qui m’aime, la femme sarcopte, la femme que j’oublie…




GO


Bas la campagne à la recherche du temps passé, fais subir le supplice de la planche à un pirate, vole l’âme d’un agent de police faisant sa ronde, promène-toi dans le jardin avec lui jusqu’à ce qu’il se calme (l’infirmière le fait marcher pour qu’il exerce ses jambes, elle le promène dans Paris, elle l’a pris par le bras, elle le raccompagne jusqu’à sa voiture), pousse la commode petit à petit, va et viens, promène-toi, circule.




L’OS COCHLÉAIRE 

à Patrice 


Dès lors je cherchais un mot, pas un mot pour un autre, non, un mot pour moi, pour faire en sorte que mon enquête (et souvent piétine qui enquête, remarque Patrice), marquant le pas au début, dirai-je, je, je, je - je ne sais pas quel était ce mot que je cherchais, pour faire en sorte que mon enquête devienne un mieux disant; je ne sais pas non plus où chercher, j’ai gratté partout au fond de mes branches et finalement j’ai trouvé le machin dans un courant d’air collé sur un de ces lobes qui flottent à toute vitesse, à cause du ventilateur sous la poutre vacillante qui soutient tout l’édifice, hélas le machin perd toujours la boule parce que l’hélice tourne à l’intérieur de ses propres échos comme un atome enfourné par le trou noir de l’oreille et parce que c’est par là que se joue et se gagne l’osselet du maître outil. Voilà pourquoi l’os cochléaire. Parce que la cochlée tient fermement au sec les terminaisons synaptiques du point d. chez l’homme de même que les terminaisons dendritiques des points d. chez la femme se trouvent liquéfiées et disséminées dans les canaux semi-circulaires. L’équilibre parfaitement atteint n’existe pas plus que le nom divin de papa ne lui est donné à la naissance par de premiers cris de protestation, comme dit Patrice, mais l’équilibre nous l’obtenons nous les humains en puissance, virtuels, en faisant sans préparatifs baigner nos canaux semi-circulaires dès la conception avec la mousse de nos chères tendres sauvages sans fil et juteuses têtes d’asperges d. féminines à peine éveillées déjà décapuchonnées. (Le point d, les points d, asperges du désir).




PYRAMIDES


Songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire vous contemplent. Et telles sont les pyramides, une enveloppe extérieure dans laquelle repose un intérieur caché. L’intériorité comme telle en face de l’immédiate existence. L’autorité pyramidale de la mort. Manque la hauteur de laquelle on pourrait tomber.




AMOURS ET DESESPOIRS  


Écoutez mon découragement, mon abandon, ma divagation, écoutez mon ivresse, mon sucré, ma gaîté, écoutez mon journalier, mon renouvellement, ma recherche, ressentez mon penser, mon impression, ma métamorphose, mes trouvailles, continuez par ma détresse, ma torture, ma colère, ma fatigue, mon suicide, mon atrocité. Discourez sur mon humeur, mon futur, mon imprévu, mon absolu, mon sobre, ma grandeur, ma communication, mon mépris, mon amour, mon indifférence, mon horreur, ma mort, mon vide de la raison, ma force, ma passion, mon envie, mon utilité, mon savoir, mon amertume, ma solitude, mon incertitude, mon égarement, mon inaptitude, ma liberté, ma soumission, ma sottise, mon désespoir, mon bonheur, mon malheur, mon équilibre, ma sûreté, ma confiance, ma trahison. Rêvez de mon impossible, de ma nullité, de ma folie, de ma raison, de mon pardon, de mes habitudes, de ma quête, de mon évasion, mon intérêt, ma fuite, mon sourire, mon idéal, ma faiblesse, de ma lâcheté, de mon envie de mort, de mon espoir, de mon pouvoir, de ma haine, de ma joie, de ma fragilité, de ma peine, de ma volonté, et mon ignorance, et ma fatalité, et mon regard, et mon amitié, et mes représailles, et mon mensonge, et mon art, et ma fausseté, et ma platitude, et ma souffrance, et ma présence, et mes souvenirs, et ma distance, et ma cruauté, et mes rires, et mon sommeil, et ma boisson, et mon tabac, et mon abus, et mes regrets. Adorez mon simple instant, ma société de discorde et de réveil, de pleurs et de peurs, de concret et de sérénité, apprivoisez règles, décision, ridicule, illogique, difficulté, extrême, soupçonnez mon malhonnête martyr, mon crime, ma croyance mutique, mes soupçons d’orgueil, ma sincérité, prenez plaisir à ma frustration, à mon attente et surtout à ma connaissance et à ma générosité… Enchantez-vous de mes paroles, et surtout adorez mes comptes, mon oubli, mes ordres, ma tentation, mon impulsion, mes leurres, mon invisible, mon sordide, mon désir.



GLYPHES  


Simplice, ligne, empattement et mécane purement rectangulaire , emparecte à congés, deltapode, deltapode à congés, filextre au clou à congés, clavienne, humanes, garaldes et réales (tout cela n'est que claviennes (du latin clavis, « clou »), gestuelle calligraphique ou brossée, romaine onciale germane alienne machinale hybride ludique transfuge, écriture régulière, écriture des clercs classique basée sur le Kai ti, l’extrémité des traits est carrée ou bien les extrémités et les coins sont arrondis ou bien les traits courbes sont remplacés par des traits inclinés avec des angles pointus ou ronds. Serif sans serif cursive monospace fantasy, comprenez-vous ? Je propose que les poèmes en prose et beaucoup de poèmes en vers puissent s’écrire en langue stoïchédone, i.e. que les caractères soient alignés, marchent en rang, à la fois horizontalement et verticalement, à la manière de l'alignement en rang d'une armée de personnages. Les lettres occupent alors un espace identique quelle que soit leur taille (par exemple i et w prennent le même espace) et chaque ligne comprend un nombre constant de symboles, ce qui a pour conséquence qu'un mot peut se retrouver à cheval sur deux lignes. Je cherche juste à donner un guide d’affichage de la poésie contemporaine. Cette disposition connaîtra un succès extraordinaire car les polices TrueType peuvent être complétées par des instructions extrêmement puissantes. Les polices numériques ayant un design particulier deviennent souvent protégeables par copyright. Enfin certains des algorithmes de hinting  pour TrueType obligent les alternatives open-source



NOUS


Les étoiles tremblent de froid dans les citernes une rivière accourt et chante et danse et boit son petit doigt un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l'orange les rumeurs du jardin disent qu'il va pleuvoir un jour après un jour une nuit après nous.


SUJET


Moins une personne qu’une singularité désirante, une greffe en expansion selon un constant effet de supplément, un certain détachement appliqué à la manie poisseuse de souffrir, un penseur inventeur de pensées, un simple écumeur de livres, sa culture : le discours des autres, regards et paroles du dehors en soi, une poétique générale englobant philosophie, roman, poésie, critique, théâtre, musique, peinture, sculpture, installations, photographie et cinématographe, fragments de textes-limites, une écriture suffisamment ferme pour glorifier l’objet.




COMME UNE LETTRE D’AMOUR À FRANÇOIS RABELAIS

 

Ce pot plein, plein, avalez-le. À belles dents s’allonge mon parchemin - le pli des chemises existant depuis que les lingères ont rompu la pointe de leur aiguille et ont commencé à travailler du cul.  Mon verdoyant parchemin, fleurissant, fructifiant, plein de fleurs, plein de fruits. Mais, la langue me pèle, une mouche y a bu.

 

- Une belle grande plume bleue prise à un monocrotale d’Hircanie la Sauvage plantée dans un cul de foirard où toujours abonde merde, dit-elle. Élevons nos mots, pas la voix, c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. C’est ainsi que la lumière est bonne.

 

Si la lumière est bonne, j’ai terminé applaudissez. Je monte l’échelette, et je m’en vais sur le dos, sur le ventre, sur le côté, de tout le corps, des pieds seuls, une main hors de l’eau, comme un engin automate c’est à dire se mouvant sur lui-même. Si je touche la main de qui que ce soit, amende de quinze euros. J’enrage, diables, j’enrage, j’enrage, tenez-moi, diables tenez-moi !

 

Le vent attire les nuages, c’est bien connu. Et qui n’a conscience n’a rien. Je pense donc je rince les verres, mets la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume cette chandelle, ferme la porte. Un pied au feu et la tête au milieu.

 

Joie avant petite pluie abat grand vent et je suis étonné de ne pas voir pondre le monde vu qu’il fait si bon couver. Le monde quand il est mort, on n’y voit goutte. Quand le soleil est couché toutes les bêtes sont à l’ombre. La nuit est là. Il fait bon voir des vaches noires dans un bois brûlé quand on jouit de ses amours en chambre. (les vaches lui furent rendues afin qu’il puisse crier la lie dans un sabot).

 

« Cherche la réponse dans la question », lavandière de buées, racleuse de vert-de-gris ! Au bout de l’aune tu manqueras de drap ! Redoute la montée de l’eau… Toujours donnante, toujours ronflante, toujours bourdonnante, toujours pétante, on en a des frayeurs ! À force d’irriter le frelon, remuer le marais, réveiller le chat qui dort, vertudieu ! ta chambre est déjà pleine de diables. Les paillards ne cessent de te mugueter et se moquent qui cloquent. Quand je mettrai mon nez dans ton cul n’oublie pas d’enlever mes lunettes. (Ayons de l’huile et de la cire). Quel est ton nom, lavandière , Machemerde ? Lesongeur ?

  

« Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Toute suffocante et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens et je pleure. » Oh j’use seulement de sciomancie !

  

Je mets la plume au vent : Liripipion, liripipié, strapontin, transpontin. Si peu que rien : récréatif, rustique, plaisant, champêtre, ordinaire, de toutes heures et non chagrin, rébarbatif, déplaisant, mécontent, sévère, rechignant. Joyeux, serein, gracieux, ouvert, plaisant, réjoui. Je mets la plume au vent.

 

Connais-toi toi-même, horrible sarcasme, sanglante dérision de ce toi, de cette personne qui pense « il n’est rien de réel que le rêve et l’amour dessus, dessous, devant, derrière, à droite, à gauche, dedans, dehors » . Seulement trois pierres sont nécessaires pour faire la gueule d’un four, philautie couillonniforme !

 

En ai-je une ?

 

Toussez un bon coup, buvez-en trois, secouez joyeusement vos oreilles, ma verte, mon coquin, mon manche, ma cognée, ma gousse, mon pois, bou ou ou je me noie je me meurs bonnes gens je me noie ! (Le niveau de l'eau des rivières reste encore très élevé).




COMME

 

Comme un arracheur de dents sans cachet d’aspirine, comme dans du beurre avec le bonjour de la crémière, comme un cheveu sur la soupe en forme de cœur, comme un coq en pâte sans cul ni chemise, un beau diable dans un rond de flan, une fleur dans un gant avec deux gouttes d’eau, comme d’habitude, comme un seul homme courant après le loup blanc, comme une Madeleine et son mouchoir de poche, le nez au milieu de la figure, comme un oiseau sur la branche, un perroquet, la peste, un phoque, sa poche, si de rien n’était, comme un pot, comme le vent.




I WILL SAY I HAVE FELL


I’ll say I fell, it’s too much water, to much water now. When the road forks comes the choice, and it starts with a tingle. I want to get back to my stone, it’s not your skin.


Pierre Lamarque



JE DIRAI QUE JE SUIS TOMBÉ


Je dirai que je suis tombé, c’est trop d’eau, trop d’eau désormais. 

Quand bifurque la voie s’impose le choix, et cela commence par un picotement. Je veux regagner mon caillou, ce n’est pas votre peau.


Traduction Gilles&John



Constantin m’écrit 

 

L’allemand comme le bruit fait par des véhicules à chenilles; le russe comme une confusion continuelle mais tenue avec force ; l’italien comme une chanson sentimentale; le français comme le bruit des oiseaux; le roumain comme une longue lamentation entrecoupée par des bruits de scandale; le hongrois comme l’aboiement des petits carnivores; le polonais comme le galop d’un détachement de cavalerie... ainsi de suite, comme ça...




La contrainte


la contrainte pousse hihihi à chercher des solutions ohohoh pour pouvoir s’y conformer héhéhé et face à l’impossibilité de trouver des solutions littéraires conventionnelles ahahah, on doit souvent avoir recours à d’autres qui ne le sont pas hohoho. C’est donc précisément en cela que la contrainte pousse à la créativité héhéhé, à l’innovation littéraire eheheh, à trouver des formes réellement poétiques tictictic.  



Le fendille-brindille 



Le fendille-brindille depuis toujours sert de gratte-oreille, autrefois on s’en servait aussi pour fendre la pointe des plumes d’oie.  Grâce au fendille-brindille la plume d’oie laissait un léger trait sur la page

ou un trait tranchant, évaporé ou épais, selon l’humeur, l’humeur se devinait à l’épaisseur du trait. Le fendille-brindille est à la mode. 



Disciplina, ae, f. (discipulus, discipula)


Lisez les œuvres de Maître François RABELAIS contenant cinq livres de la Vie, Faits et Dits héroïques de Gargantua et de son fils Pantagruel, mis en français moderne par Messire Jehan Garros et congruement 

illustrés de cent vingt-cinq dessins à la plume d’oye par Messire Van Rompaey. Se vend à Paris, à la librairie Gründ, 60, rue Mazarine.



La sardane


En dansant la sardane on se trouve dans une ronde, on se prend par le bras, on se libère on sautille on tourne, libération, fraternisation, égalisation de la sardane.



La station


la station, la caserne, l’église, le château, les halles, le stade, la station, le bar, la librairie, le supermarché, le théâtre, la banque, la discothèque, la station, le parc, la station, la mairie, l’hôtel, la station, la prison, l’hôpital, le cimetière, la station. 



Ça frétille encore


La rue en bas de l'escalier rend possibles de tels évènements rares et exceptionnels.



Quelques lettres



Au rayon doré à la toile cirée à la patate, dans l'ornière une futilité, une série d’explosions pour avancer, j'ai l'idée d'un je n'sais quoi soulevé, coupé, quelquefois une seule goutte, moins la manche usée et rance, moins les regrets essuyés dessus, moins le vagabond sous le pont, moins le pont.



Le mot lirlie


L’explication du mot lirlie est donnée par Rémy de Gourmont : "J’ai vu naître un mot ; c’est voir naître une fleur. Ce mot ne sortira peut-être jamais d’un cercle étroit, mais il existe ; c’est lirlie. Comme il n’a jamais été écrit, je suppose sa forme : lir ou lire, la première syllabe ne peut être différente ; la seconde, phonétiquement li, est sans doute, par analogie, lie, le mot ayant conçu au féminin. J’entendais donc, à la campagne, appeler des pommes de terre roses hâtives, des lirlies roses : on ne put me donner aucune autre explication, et le mot m’étant inutile, je l’oubliai. Dix ans après, en feuilletant un catalogue de grainetier, je fus frappé par le nom d’early rose donné à une pomme de terre, et je compris les syllabes du jardinier. » (Esthétique de la langue française, Mercure de France, 1899). 



Poésie brute


Demain démarre aujourd’hui, c’est que du bien être, mobile comme vous, dites bang à la saleté, soulage vos yeux en un clin d’œil, offrez-leur la douceur qu’ils méritent, on se lève tous pour danette, poltrone sofa artisagni della qualita, vas-donc chez speedy, speedy, nous créons l’impensable pour que vous réalisiez l’impossible, instinct de séduction,

selectour ça vous fera des vacances, la rencontre intense de chocolat et de pépites de fruits, le plaisir à l’état brut, plus je l’utilise plus il est efficace, susuki vitara imaginez plus grand, une nouvelle sensation fraîcheur, avec les chaines disney on garde tous une âme d’enfant, en ce moment deux mois offerts sur votre assurance auto, lidl, le vrai prix des bonnes choses, il n’y a que maille qui m’aille, caisse d’épargne, vous être utile, cliquez, switchez, votre standard est activé, partageons plus que l’information, tous unis contre la vie chère, tous touchés, tous concernés, tous responsables, soyez malynx, soyez le lynx, une meilleure santé pour un monde meilleur, les Pompes Funèbres Générales vous accompagnent, et bien au-delà, mais où va-t-elle chercher tout ça.



Un mot 


Un mot qui ne nomme rien, qui ne représente rien, qui ne se survit en rien, qui n’est même pas un mot, qui n'est même pas de moi, un mot qui disparaît merveilleusement.



L. Wittgenstein


Dans l'usage effectif de nos expressions nous faisons pour ainsi dire des détours, et nous empruntons des ruelles latérales. Nous voyons certes droit devant nous une grande avenue, mais nous ne pouvons de toute évidence pas l'emprunter, parce qu'elle est en permanence barrée. 



Souvenir


Autrefois, fin d’année scolaire, fin mai, vers mes quatre ou cinq bougies, du livre d’images, de sa taille, de son épaisseur, de sa couleur, du moment de la journée, du départ en promenade, d’une première phrase.



Tremper la soupe, faire feuille de rose


 Jouir foutre encule minette queue levrette dépucelle baise branle excite putain garce sperme, inceste, saphique sadique merde viole vicieuse miché gousse maquerelle, godmiché, derrière trou salope bordel pisse  cochonne bande de cochons, étant implicitement spontanément tacitement secrètement honteusement hypocritement cryptiquement.



La marque minimaliste  


Trois petits sauts, un deux trois, soleil. 



Ô solitude


Seul avec la promesse de bonne espérance de rester seul encore longtemps, son front en lignes déployées par-dessus son visage d'ancien combattant sans compagnie, c’est étonnant chez lui vieillissant qu’élans et emballements reprennent le dessus grâce à la solitude, étonnamment libre solitude.



Derrière le conte


Derrière le conte la fabulation, derrière la fabulation l'imagination,

derrière l'imagination, l'invention, derrière l'invention le langage, derrière le langage, la poésie, derrière la poésie rien.



Doigt pointé sans rien dire sur mes débris

 

À prendre et relâcher, moi-même confondu avec tant de débris

moi aussi je ne suis que débris, c'est pour mon double qui me suit ironiquement que je récolte, pour moi, mes sinueux andains, mon semis de cadavres, pour moi, mes fétus de paille, grains ou fragments, pour moi aussi cet éclat de bugle, pour moi, gisant quant à nous en ligne sur la page.



Marcher

 

Encore un pas une marche, une marche un escalier, une pensée dans l’escalier, pensée d’escalier, qui monte jusqu’au pas suivant.



Balade à Bruxelles


Faire un tour en ville dans les magasins, errer, aller sans but, flâner, se promener au hasard des rues, être distrait, ne pas arriver à fixer son attention, s’écarter de la page, son regard errant dans la pièce, repenser par hasard au jour où, divaguer, dérailler, radoter, ne pas faire attention à ce qui se dit, sans se presser, d’un pas nonchalant descendre tranquillement au café.



Parcimonie d'Éric Satie


Quiétude réverbérée en un postillon de notes, célébration des secondes de couleur verte, épinglées aux cordes de la lyre frappée et étonnée, secondes refrain en quelque sorte, accord final plaqué avec parcimonie lenteur modération, pianissimo, une heure d'harmonie de verbe quiet et de rythme berceur.



Visage avec sourire


Visage avec large sourire, visage avec large sourire la bouche ouverte, visage souriant avec les yeux plissés, visage avec large sourire et yeux rieurs, visage souriant avec les yeux fermés, visage avec large sourire les yeux plissés et une goutte de sueur, visage pleurant de joie, visage qui roule par terre en rigolant, visage avec un léger sourire.



Pour bâtir mon poème


J’ai besoin du hasard pour bâtir mon poème, j’ai besoin d’un yaourt aux fruits sans sucre et de deux, l’un à la fraise l’autre au pruneau, pauvre malheureux pruneau tout flétri noir découpé en parcelles dans le bloc de lait teinté de brun, j’ai besoin de ce que ne peut ramasser au fond du pot de fraise avec morceaux ma légère petite cuillère que j’aime. J’ai besoin d’un cahier niais à carreaux roses et d’un stylo bleu qui dérape hors de contrôle. J’ai besoin de ce qui manque en général aux débutants, l’inspiration, j’ai besoin d’une photographie de ton corps mais je n’ose te la demander, j’ai besoin d’un poète à côté de moi qui me guide et me rassure, j’ai besoin de mettre un point de temps en temps à la fin d’une phrase, des fois je mets une virgule sans savoir pourquoi, j’ai besoin d’espace et d’oxygène j’étouffe, je sens le briquet de l’âme qui clignote pour m’avertir d’un danger, j’ai besoin de me sentir grand comme quand j’étais petit pour pouvoir regarder debout sur des mains croisés par-dessus les lignes. Et c’est compliqué car je glisse et j’aurais besoin d’urgence d’un train et d’une gare à ma disposition et je n’ai pas ça sous la main, et je tombe, tant pis recommençons.



Radis


De fraîche et soyeuse rosée, et de bénins rayons, la lune tisse un crêpe silencieux dans l’enclos calme où un jeune homme cueille des radis. Une vapeur lunaire étoile ses cheveux pendants, un clair de lune bécote son jeune front, et lui, tout en cueillant, fredonne un air : Tu es blonde comme la vague blonde ! Je demande qu’on me donne une oreille en cire pour me protéger de son refrain puéril, je demande un cœur blindé contre celui qui cueille ainsi des radis sous la lune.



Enfants


Enfants, nous décousons nos genoux à l’aide de cailloux, nous entreprenons de grandes manœuvres pour ficeler l’air, chaque fenêtre découpe notre ciel en morceaux à colorier et nous ne connaissons ni centre ni marge dans ces puzzles, sous nos souliers véloces le vélo trébuche entraînant dans sa chute le soleil, nous échangeons des buvards de collection et chaque tâche de buvard est comptée comme une île où emporter avec soi un livre au bout de dix images. Enfants, nous allumons des bulbes de lumière en plein midi pour lâcher nos soldats de plombs contre des poupées. Nous coupons le pain avec un couteau et le couteau avec un doigt sanglant et nous remplissons à ras bord nos verres de grenadine. L’espace voit un espace plus loin devant lui et les choses ont plus souvent qu’aujourd’hui un goût de neuf, une fesse double une autre fesse dans une autre vie qui passe devant la maison, les naissances parmi nous aiguisent notre curiosité insatisfaite, nous sommes propriétaires d’un pays natal de sauterelles.



Le regard du vieil homme


Le regard du vieil homme enveloppe une dernière fois ses yeux des lunettes noires du désir, abandonnant une dernière fois Longchamp aux zinzins du dada, le regard prend un autobus qui l’emmène à Paris. Le bon vieux regard y mourra, il n’y coulera plus la majesté de son oui volontaire face à la négation d’autrui et à la violence des évènements. On ne dira plus jamais assez qu’il coule sempiternellement de la colère de ce look. Un seul instant a suffi à dépayser le regard du vieil homme et à l’expédier au-delà de toute frontière, le bon vieux regard est mort, il ne jouera plus à faire imperceptiblement glisser sur une banane à moitié pelée les mémés à terre. Le ciel contrariant tourne la page du sournois bon vieux regard méchant. On cherchera en vain les articulations entre les os de son squelette de regard disparu. On fera le tour de sa maison, on inspectera, rien, le buffet et l’intérieur des cadres, rien. On ouvrira l’horloge et le frigo par derrière, rien. Le bon vieux regard mort a disparu, il ne règnera plus en terre de Paris.  La lumière a découpé la couleur de ses yeux fanés dans une photographie qui surveille son deuil et dépose son sourire sur ses os.




Poème simple


Quand quelqu’un est malade et que l’on ne sait pas s’il va survivre, quand des personnes se rencontrent et qu’il y a des conflits au sein d’une famille d’une cité ou d’un peuple, à ce moment-là il va être fait appel à des poèmes. Toutes les situations du quotidien sont organisées et régulées par eux. Les poèmes ont un grand intérêt pour les vivants car la vraie mort d’une vie humaine n’est pas son cœur qui ne bat plus ni ses chairs qui se décomposent, car mort comme vie, oubli.



Résoudre l'énigme

 

Légère peu vêtue souple désarmée je renonce à tout je ne possède rien je n’ai envie de rien je n’aime rien je n’ai rien à perdre. L’âme est une énigme tant que la langue n’est pas déliée et l’énigme ainsi résolue.



Tant pis


Mais s 'invente ce qui se dit ou bien ou bien, au fur et à mesure, et donc et tant pis donc, donc s'invente, or ce qui est dit nie être de la mauvaise came, c'est vrai, c'est dit.



Beau gosse


Contexte, message, contact, code, l'airconduisantladivinationd'icilà.



Je


Jeu dans le mouvement.